Construction de l'église


À la fin du XIIᵉ siècle : les seigneurs de Passavant construisent l’église et le prieuré de Martinvelle

Vers la fin du XIIᵉ siècle ou au début du XIIIᵉ, bien que le centre de gravité de la terre de Martinvelle se déplace vers l’est avec la construction du château de Passavant, le village reste le centre géographique le plus peuplé de la nouvelle seigneurie.

Martinvelle conserve également son rôle de foyer religieux de tout le territoire. Son église primitive demeure la seule paroissiale, puisque ni Regnévelle ni Passavant ne possèdent encore de sanctuaire. L’un des premiers actes des seigneurs de Passavant sera de prendre sous leur protection cette église, désormais indépendante de l’abbaye de Remiremont, et de la reconstruire dans le style roman caractéristique de l’époque.

C’est à cette période que sont édifiées ou reconstruites les églises romanes de la région : Isches, Relanges, Monthureux-sur-Saône côté lorrain ; Jonvelle, Voisey côté bourguignon, pour ne citer que les édifices ayant conservé des vestiges de cette époque.

L’église de Martinvelle

À Martinvelle, l’église romane construite alors présente, comme aujourd’hui, une nef principale rectangulaire flanquée de bas-côtés et prolongée vers l’orient par une travée de chœur carrée surmontée du clocher. La nef comporte quatre travées larges.

Contrairement à l’édifice actuel, la nef et les bas-côtés étaient couverts d’une voûte en plein cintre reposant sur des piliers carrés. La nef centrale, plus élevée que les bas-côtés, recevait directement la lumière par des fenêtres hautes. La façade devait probablement refléter la division en trois nefs d’inégale hauteur par un pignon central flanqué de deux appentis plus bas. La travée de chœur était fermée par une abside, et l’autel roman était placé sous le clocher, à proximité de l’assemblée des fidèles.

Cet édifice sera détruit par les guerres deux siècles plus tard ; il ne subsiste aujourd’hui que le portail, une partie des murs extérieurs de la nef et la travée de chœur sous le clocher.

La protection et le droit de présentation

La construction de l’église romane de Martinvelle, qui suit de peu la formation de la seigneurie de Passavant, marque un changement dans le statut ecclésiastique de la paroisse.

En 1070, un accord entre l’abbaye de Remiremont et l’archevêque de Besançon conférait le droit de nommer le curé de Martinvelle à l’abbaye Saint-Vincent de Besançon. Ce droit est confirmé entre 1159 et 1181 par une bulle du pape Alexandre, qui reconnaît en particulier l’église de Martinvelle et ses dépendances.

Après la formation de la seigneurie de Passavant, la protection de l’église est transférée aux nouveaux seigneurs. Dans un titre de novembre 1244, Élisabeth, dame de Passavant, et Vichard, son fils, seigneur de Passavant, conviennent avec l’abbé de Saint-Vincent que le droit de nommer le curé de Martinvelle sera désormais partagé à parts égales et alternativement entre l’abbé et les seigneurs de Passavant. Ce document constitue une reconnaissance officielle de la seigneurie de Passavant par les autorités ecclésiastiques.

Le prieuré de Martinvelle

Dépendant, pour asseoir leur prestige et affermir leur autorité, il ne suffit pas aux premiers seigneurs de Passavant d’y édifier un bourg et un château, de reconstruire l’église de Martinvelle, ni de se faire reconnaître dans le droit de nommer son curé. Très rapidement, ils tiennent à s’entourer d’une communauté de moines et à fonder un prieuré.

Les prieurés sont alors de petites communautés monastiques détachées des grandes abbayes. Lorsqu’une abbaye possède des terres ou des fermes trop éloignées pour être gérées directement par son économe, elle peut ériger ces biens en prieuré. L’abbé y donne commission à un religieux détaché de son couvent. Ce religieux ou prieur est parfois seul, parfois accompagné de plusieurs moines, dont il devient le supérieur.

Sur place, la petite communauté gère les biens de l’abbaye et célèbre l’office divin dans une chapelle domestique, ouverte aux fidèles pour la messe. Le plus souvent, ces prieurés sont créés sur la proposition du seigneur du lieu, qui finance et dote la fondation. En échange, le seigneur bénéficie de prières pour le salut de sa famille et du soutien intellectuel des moines pour rédiger chartes et documents administratifs.

Au XIIᵉ siècle, se produit un double mouvement entre les anciennes abbayes et les seigneuries naissantes : dans un premier temps, les seigneurs avoués construisent des châteaux et forment des seigneuries pour protéger les abbayes de leurs biens temporels ; dans un second temps, ils rappellent des moines à proximité pour y fonder des prieurés.

Dans notre région, de nombreux seigneurs établissent ainsi de petites communautés religieuses : en 1030, Riquin de Darney fonde le monastère de Relanges ; en 1044, Gauthier de Deuilly fonde le monastère de Deuilly ; en 1048, Renard, comte de Toul et seigneur de Fontenoy-en-Vôge, fonde le monastère de Bleurville ; en 1133, Guy de Jonvelle fonde l’abbaye de Clairefontaine ; vers 1130, Aubert de Darney, Elvire sa femme et Liétard leur fils fondent le monastère de Droiteval.

De la même façon, aux environs de l’an 1200, un seigneur de Passavant, sans doute Simon, fonde à son tour un prieuré. Il choisit naturellement Martinvelle plutôt que Passavant même, au pied de son château, confirmant ainsi le rôle de Martinvelle comme foyer religieux de toute la seigneurie.

Les bâtiments du prieuré sont édifiés en contrebas de l’église, à l’endroit actuellement occupé par l’ancienne école de filles et le café Gantois. Ruiné par les Suédois pendant les guerres du XVIIᵉ siècle, il en subsiste encore quelques vestiges jusqu’à la fin du XIXᵉ siècle, avant leur disparition vers 1870 lors de la construction de l’école de filles.

Tout comme l’église paroissiale de Martinvelle, ce prieuré dépend de l’abbaye Saint-Vincent de Besançon. Il est mentionné pour la première fois dans une charte de 1250, confirmant ainsi que sa fondation est antérieure à cette date. Il s’agit d’un accord conclu à Chaumont-en-Bassigny, le 9 mars 1250, entre le comte de Champagne, Thibaut IV, et Vichard, seigneur de Passavant-en-Vôge, qui guerroient alors ensemble. Vichard donne à Thibaut la moitié de ce qu’il possède à Serqueux, près de Bourbonne. En échange, Thibaut s’engage à ne pas « retenir » auprès de lui les hommes habitant le fief que Vichard tient de lui, c’est-à-dire probablement les habitants de la seigneurie de Passavant qui combattent pour le comte de Champagne. Thibaut ne pourra pas non plus, sans le consentement de Vichard, prendre sous sa garde l’hôpital de Beauchemin « ni le prieuré de Martinvelle ».

La charte de 1266

Mais c'est surtout en l'an 1266 que nous trouvons une pièce d'une importance capitale concernant le prieuré de Martinvelle et les droits de souveraineté qui s'exercent sur le village.

Cette année-là, le duc de Lorraine, Ferry III, accorde à ses « amés et féables Wichars, sires de Passavant », et à leurs héritiers, si cela leur convient, la permission d'accroître les biens du prieuré et de l'église de Martinvelle de vingt livrées de terre à prendre sur son fief. En même temps, il accorde une semblable autorisation à l'église de Saint-Vincent de Besançon. Ainsi, l'abbé et le couvent Saint-Vincent de Besançon, le prieuré et l'église de Martinvelle pourront acquérir trente livrées de terre sur le fief du duc de Lorraine, à quelque époque que ce soit, sans contestation de sa part ni de celle de ses héritiers.

De plus, par l'effet de son bon vouloir, le duc de Lorraine confirme pour toujours, en son nom et au nom de ses héritiers, à l'abbé et au couvent Saint-Vincent de Besançon, ainsi qu'à l'église et au prieuré de Martinvelle, toutes les chartes et lettres patentes qu'ils ont reçues de Vichard, seigneur de Passavant, de son père et de ses devanciers. Le duc a examiné ces lettres et les tient pour bonnes. Il les considérera toujours ainsi, sans jamais pouvoir les réviser, ni lui ni ses héritiers.

En outre, le duc de Lorraine déclare, en son nom propre, au nom de ses héritiers et au nom de quiconque serait autorisé à agir par ses ordres, dans le présent comme dans l'avenir, qu'il promet solennellement à Vichard, seigneur de Passavant, et à ses héritiers de ne jamais prendre sous sa garde ni d'acquérir de quiconque le prieuré ni l'église de Martinvelle. Ce prieuré et cette église resteront toujours sous la garde du seigneur de Passavant ou de ses héritiers. En effet, ni le duc de Lorraine, ni ses héritiers, ni ses ayant cause dans l'avenir, ne pourront jamais rien prendre ni saisir quoi que ce soit provenant des biens de ce prieuré, ni de l'église de Martinvelle, qu'ils leur soient offerts par l'abbé ou le couvent Saint-Vincent de Besançon, par le prieur ou le curé de Martinvelle, ou par le seigneur de Passavant ou ses héritiers.

Le duc de Lorraine ajoute enfin que ni lui, ni ses héritiers, ni ses ayant cause quels qu'ils soient, ne pourront jamais invoquer son bon plaisir souverain pour changer quoi que ce soit aux concessions qu'il a énoncées et détaillées ci-dessus, sans le consentement du seigneur de Passavant ou de ses héritiers, ni sans l'accord de l'abbé du couvent de Saint-Vincent.

Et pour témoigner de sa bonne foi, afin que les présentes lettres demeurent invariables et ne puissent jamais être modifiées par lui ni par ses héritiers, il les a faites et scellées de son sceau, l'an de grâce mil deux cent soixante-six. Il y a apposé plus bas une marque en forme de rosace.