Les violences économiques sont une forme particulière de violences conjugales encore mal appréhendées en droit et par l'ensemble des professionnels de la prise en charge des victimes comme des agresseurs.
Elles sont pourtant assez facilement matérialisables une fois que l'on maîtrise l'analyse des instruments financiers et la notion de contrôle coercitif.
Les victimes, elles-mêmes, sont rarement conscientes de vivre des violences économiques en raison du phénomène d'emprise et/ou du risque de mort physique et psychique, ce qui nécessite d'autant plus le questionnement systématique des professionnels de banque pour ne pas passer à côté de cet élément probant.
La formation de tous les acteurs est une perspective notable d'amélioration de la prise en charge des victimes de violences conjugales et du repérage des signaux dit "faibles" pour intervenir le plus en amont possible dans l'escalade des violences.
La convention d’Istanbul ratifiée par la France implique la mise en œuvre d’actions concrètes pour favoriser l’autonomisation et l’indépendance économique des femmes victimes de violences (article 18 de la convention d’Istanbul). En outre, la convention encourage le secteur privé à participer à ces actions pour combattre les violences économiques.
Forte d’une carrière bancaire de 20 ans au contact de la clientèle, et 10 dans l’accompagnement des victimes de violences conjugales, j’ai longuement éprouvé la sémiologie des inégalités financières et j’ai pu repérer et interférer dans des situations de violences économiques.
L'association de mes deux pratiques m’a permis de monter un module en éducation financière à destination des clients de la banque pour aller vers davantage d’équité financière, contribuer au repérage précoce des situations de violences conjugales et prévenir l'escalade des violences.
Mon expérience m’a prouvé que les conseillers de clientèle bancaire ont tous les outils en mains pour détecter les situations de violences économiques et entraver ce marqueur de contrôle coercitif qui empêche les victimes de s’extraire des violences.
En outre, cet axe professionnel permet de renforcer le risque opérationnel qui pèse sur les établissements financiers et d'améliorer le taux d'équipement des clients.
Côtoyant 186 millions de clients dans un maillage territorial optimal et dans les conditions idéales pour recueillir la parole des victimes et les orienter vers un réseau de prise en charge pluridisciplinaire, les banques ont toute leur part de responsabilité dans la lutte contre les violences domestiques.
La délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes a émis des recommandations en ce sens, dont la systématisation de la formation des collaborateurs aux dispositifs de sensibilisation et de détection des violences conjugales à hauteur de 7h minimum /an.