La nouvelle est arrivée au beau milieu de la nuit, de façon totalement inattendue.
La propriétaire souhaitait nous parler.
Sascha et moi sommes restés un instant à regarder l'écran de notre téléphone, où s'affichait un message WhatsApp. Elle était en vacances, nous expliquait-elle, mais aimerait beaucoup faire notre connaissance par visioconférence. À cause du décalage horaire, son message nous parvenait sans doute un peu tard.
Nous avions du mal à y croire.
Nous faisions partie des personnes retenues pour l'attribution de la maison au bord du Tjelsund.
Nous avons parlé avec elle dès le soir même. Puis de nouveau le lendemain.
Elle avait pris sa décision.
Elle souhaitait nous confier le Hannahus.
Avec ce calme si typiquement norvégien, elle nous expliqua qu'il y avait eu trente-huit candidats, mais que c'était nous qui lui avions laissé l'impression la plus durable. Elle ne voulait pas remettre cet endroit si particulier entre les mains de n'importe qui. Elle cherchait les personnes qui lui sembleraient véritablement faites pour cette maison.
Elle commença alors à nous raconter ce que représentait le Hannahus dans sa vie et combien ses racines étaient profondément ancrées dans la baie Nord.
Pendant qu'elle parlait, mille pensées se bousculaient dans nos esprits. Seule sa voix parvenait à les apaiser, accompagnée de cette certitude grandissante que cet endroit deviendrait bientôt notre foyer.
Quelques semaines plus tard, une fois les contrats officiellement signés, nous nous retrouvâmes pour la remise des clés.
Aujourd'hui encore, je regrette un peu de ne pas avoir sorti immédiatement un carnet et un crayon pour noter toutes les histoires qu'elle nous racontait.
Elle évoqua son père, qui revenait parfois ici.
Sa grand-mère Nora, dont elle portait le prénom.
Et Hanna, celle qui avait donné son nom à la maison.
Elle nous parla de la générosité de cette femme, de tous les enfants des environs qui avaient trouvé refuge chez elle.
Dans son regard, on percevait tout l'amour qu'elle portait à cet endroit.
Au moment de nous remettre les clés, elle nous demanda si nous étions toujours aussi heureux de notre décision.
Je lui racontai alors nos voyages vers le Nord, cette sensation si particulière qui nous envahissait chaque fois que nos pieds retrouvaient la terre scandinave, et notre admiration sans cesse renouvelée devant la puissance de cette nature.
Je lui parlai aussi de notre rêve : celui de pouvoir, un jour, appeler une petite maison rouge comme celle-ci « notre maison ».
Et du bonheur immense que nous éprouvions à devenir, à notre tour, les gardiens de cette vieille demeure de bois.
Nous avons évoqué notre longue quête du lieu idéal.
Le bruit de notre premier appartement au centre-ville.
Notre déménagement dans un logement moderne, au bord du port.
Et surtout ce profond sentiment d'être enfin arrivés, que nous n'avions ressenti nulle part ailleurs qu'ici, dès le premier instant.
Tous les trois, nous sommes restés un moment dans le jardin, à contempler l'eau.
Puis elle nous dit avec un sourire :
« Et maintenant, vous voilà ici. Dans une maison rouge au bord du fjord, remplie d'histoire et d'âme. Je vous envie ce calme, toute cette verdure… et cette vue magnifique. »
Puis elle ajouta simplement :
« Kos dåkker ! Sentez-vous bien ici. Profitez pleinement de cette maison. »
Je crois que nous avions tous les trois les larmes aux yeux.
Quelques instants plus tard, nous étions seuls.
Nous étions là.
À trois mille cinq cents kilomètres de notre ancienne patrie.
Au-dessus du détroit.
Sur l'île de Hinnøy.
Dans la région de Troms, au nord de la Norvège.
Et le vent qui montait depuis la mer semblait nous souffler doucement une seule et même chose :
Nous étions enfin arrivés.