Planche de la S.°. L et du F.°. K
à l'occasion de la tenue des 10 ans de la G.°. L.°. M.°. M.°.
Décembre 6025
Dix ans de Lumière !
L.°. :
Mon F.°., entends-tu ce silence ?
Il me semble qu'il parle plus fort que nos voix...
K.°. :
Oui, ma S.°, c'est le silence du devoir accompli.
Dix années déjà que nos maillets ont frappé la première pierre de la Grande Loge Mixte du Maroc.
Et pourtant, j'ai l'impression que c'était hier.
MTCS L.°., beaucoup pensent que tout a commencé en 2018, avec notre premier Convent.
Mais est-ce vraiment là que débute notre histoire ?
L.°. :
MTCF K.°., le véritable commencement remonte à 2015. C’est cette année-là que la loge mère Qantara a vu le jour. Ce fut un moment fondateur, porté par des sœurs et des frères animés d'une même conviction : ouvrir au Maroc un espace maçonnique libre, mixte, et porteur de sens.
K.°. :
Une envie partagée par de nombreux maçons au Maroc.
L.°. :
Dès le début, des frères venus d’horizons variés nous ont tendu la main, à titre individuel, sans bannière, seulement mus par la fraternité et la confiance. Ce soutien et cette envie fédératrice ont constitué notre premier socle.
K.°. :
La période 2015 à 2018 fut donc une période de gestation, de lente maturation et de solide construction.
L.°. :
Oui... Durant ces trois années, nous avons œuvré ensemble à stabiliser plusieurs loges, à tisser des liens solides, à poser des fondations durables. C’était une période de construction patiente et collective.
K.°. :
Je me souviens des discussions, des réunions, des échanges passionnés entre nous toutes et tous. Les choix des noms des loges et l'adoption des rituels.
L.°. :
Ces échanges, entre sœurs et frères résolument déterminés, ont permis de forger l'ossature solide de notre projet. C’est sur cette base que nous avons pu, en 2018, préparer et organiser notre premier Convent, acte de naissance officiel de ce que nous célébrons aujourd’hui.
K :
Ainsi, fêter nos dix ans aujourd’hui, c’est honorer non seulement un Convent, mais aussi ces années fondatrices, souvent discrètes, mais toujours essentielles.
L.°. :
Oui, c’est célébrer une construction fraternelle née en 2015, portée par la volonté, la persévérance et la fidélité de sœurs et de frères engagés. C’est rappeler que notre histoire ne s’est pas écrite en un jour, mais qu’elle résulte d’un chemin.
Après trois années de construction acharnée pour façonner cette nouvelle obédience, te souviens-tu, MTCF, de ce 18 novembre 2018, Jour de l'Indépendance du Maroc, et jour de la naissance officielle de notre Obédience ?
Cette date n'est pas une pure coïncidence.
K.°. :
Parce que la liberté politique et la liberté spirituelle vont de pair et sont sœurs.
Ce jour-là, le Maroc célébrait son affranchissement, et nous, celui des consciences : la liberté des nations rejoint ainsi la liberté des consciences.
Ce n’était pas un hasard. Nous avons voulu unir ces deux élans dans un même symbole :
Un pays libre, une pensée libre, une Franc-Maçonnerie libre pour des maçons « libres et de bonnes mœurs ».
L.°. :
Et pourquoi avoir voulu une Obédience mixte, alors que beaucoup en doutaient ?
K.°. :
Parce qu'il ne peut y avoir de Lumière complète sans le Soleil et la Lune, ma très chère S.°.
Parce que la Franc-Maçonnerie ne peut être universelle si elle exclut la moitié de l’humanité.
Car la mixité est un pilier fondamental de notre démarche.
Ici, il ne s’agit pas d’une simple coexistence. L’enjeu est de mettre fin au rapport de domination homme/femme et aux discriminations. Et nous pensons que la mixité en loge est l’un des seuls moyens pour y parvenir. Le dialogue s’établit de cœur à cœur, et non d’être sexué à être sexué.
La mixité, au-delà du genre, vécue dans le travail maçonnique, est une école de l’altérité, du respect et de la diversité du vivant.
L.°. :
Il y a dix ans, nous nous sommes réunis pour fonder ce qui allait être une obédience nouvelle, mixte, libérale, adogmatique et autodéterminée : la première du genre en terre marocaine et africaine.
Mais pour comprendre ce moment, il faut regarder derrière nous… vers nos fondations et nos racines.
Alors, dis-moi, mon Frère, d’où vient cette Lumière qui brille ici, sur la Terre du Maroc ?
K.°. :
Elle vient de loin, ma S.°.
De Tanger, en 1867, lorsque Haïm Benchimol, journaliste, humaniste et marocain juif, fonda la première loge du pays.
Sous sa plume et son compas naquit une idée audacieuse : rassembler les esprits libres, sans distinction de religion ni d’origine, autour de la Lumière de la Connaissance.
L.°. :
Et c’est encore à Tanger, en 1890, que fut fondé le Grand Orient du Maroc, le premier Grand Orient autonome de cette terre chérifienne .
Des Espagnols, des Marocains, des Juifs, des Musulmans, des Européens y travaillaient côte à côte dans une mixité de cultures, de religions et de nationalités.
Ils posaient déjà les fondations d’un Maroc moderne et universel. Mais l’histoire fut rude pour eux…
K.°. :
Oui, les tempêtes coloniales dispersèrent les colonnes.
Mais la flamme resta vive.
Et en 1964, avec l’aide de la Grande Loge Suisse Alpina, la Franc-Maçonnerie renaquit sous le nom de Grande Loge Atlas, devenue plus tard la Grande Loge du Maroc.
De cette lignée naquirent ensuite la Grande Loge Féminine du Maroc, le Droit Humain International, la Grande Loge Unie du Maroc, et enfin, en 2015 puis en 2018 officiellement, notre Grande Loge Mixte du Maroc, née du désir de bâtir une maçonnerie à visage marocain, ouverte à tous les genres et à toutes les consciences.
L.°. :
C’est de cette lignée que nous sommes nés, et c’est dans cette histoire que nous inscrivons notre parcours maçonnique.
Aujourd’hui, la G.°. L.°. M.°. M.°. incarne ce que nos anciens appelaient « la régénération par l’esprit ».
Une Franc-Maçonnerie marocaine, certes, mais aussi universelle, enracinée mais ouverte à une mixité élargie.
K.°. :
L'histoire de la F.°. M.°., ici comme ailleurs, coïncide avec des émancipations sur le plan spirituel, scientifique et sur la liberté de conscience. Avec les différents temps de la F.°. M.°. au Maroc, nous avons ouvert en ce début du XXIème siècle les voies pour construire un « pluriversel », une « pensée frontalière héritée à la fois des colonisés et des colonisateurs ». Nous envisageons une critique décoloniale de la F.°. M.° et nous avons invité, avec la création de la G.°. L.°. M.°. M.°., à une « polinisation réciproque » des consciences.
K.°. :
Ma S.°. Laïla, dirais-tu que la G.°. L.°. M.°. M.°. a trouvé sa place dans le paysage maçonnique ?
L.°. :
« Elle s'y efforce », elle l’a conquise avec patience et travail.
Notre émancipation ne s’est pas faite contre les autres, mais avec eux. Nous avons bâti notre indépendance tout en tissant la fraternité.
K.°. :
Et nos traités d’amitié en sont la preuve.
De nombreuses obédiences, en Europe, en Afrique et au-delà des mers, ont reconnu en nous une lumière sœur. Leur présence en ce midi est la preuve de cette amitié fraternelle.
Chaque traité signé est comme une poignée de mains entre les Orients, un pont de Lumière jeté au-dessus des différences.
Des accords fraternels qui consacrent la maturité de notre Obédience et son intégration dans la grande chaîne d’union universelle.
L.°. :
L’émancipation, pour nous, c’est exister sans s’isoler.
C’est parler d’égal à égal, sans arrogance ni soumission.
C’est dire au monde que la Franc-Maçonnerie peut s’épanouir, ici, au Maroc, dans le respect des valeurs de tolérance, d’universalité et d’humanisme.
Nous avons fondé une obédience qui, par sa voix, porte un message clair : la Lumière se partage, elle ne se possède pas.
K.°. :
Mais dis-moi, ma S.°. L.°., que signifie pour toi être franc-maçon à la Grande Loge Mixte du Maroc, aujourd’hui, dans un Maroc si changeant ?
L.°. :
C’est une responsabilité, mon F.°.
Notre pays avance, se transforme, cherche son équilibre entre modernité et tradition.
Il affronte des défis immenses : l’éducation de sa jeunesse, l’égalité des chances, la justice sociale, la sauvegarde de l’environnement, la place des femmes, la lutte contre l’intolérance et l’obscurantisme.
K.°. :
Et que peut faire notre petite obédience, qui n'a que dix ans, face à tout cela ?
L.°. :
Elle ne donne pas de leçons, elle trace des chemins.
Elle n’agit pas par l'agitation, mais par la Lumière.
Elle enseigne la rigueur, le discernement, la bienveillance, la pensée libre et critique.
Elle rappelle que l’humain ne se résume pas à sa croyance, à son origine, ni à son statut : il est un être en devenir, une pierre à polir.
K.°. :
Alors la G.°. L.°. M.°. M.°. peut être, pour le Maroc, une des écoles du dialogue et d’éveil de la conscience, un laboratoire discret où se préparent les équilibres de demain.
L.°. :
Oui, mon F.°.
Et la Grande Loge Mixte du Maroc, par sa mixité, par son ouverture et sa fidélité à l’idéal humaniste, peut devenir un repère moral et spirituel dans une société en quête de sens.
Notre rôle est humble mais essentiel : rappeler la dignité de l’esprit humain et le pouvoir de la fraternité.
K.°. :
Et dans cette marche vers la lumière, des SS.°. et des FF.°. ont rassemblé ce qui était épars pour ouvrir cette nouvelle voie il y a dix ans, sous la conduite de notre Sérénissime Grand Maître, N.°. D.°..
Que lui devons-nous, ma S.°. ?
L.°. :
Nous lui devons la persévérance.
Celle d’avoir tenu le maillet quand les vents contraires soufflaient.
Celle d’avoir bâti l’unité dans la diversité.
Sous sa bienveillance, et dans le respect de la Monarchie, de la constitution du Maroc et de ses Lois, la G.°. L.°. M.°. M.°. est devenue un pilier solide du paysage maçonnique marocain et un modèle de fraternité active.
K.°. :
Et te souviens-tu de cette démarche qui nous a conduit à élaborer la devise de notre obédience pour concevoir ce qui désormais anime la G.°. L.°. M.°. M.°. : « Liberté, Mixité, Progrès » ?
Te souviens-tu de la richesse de nos échanges et du sens profond de ces trois mots ?
L.°. :
Parce qu’ils sont les trois piliers invisibles de notre Temple.
La Liberté, d’abord, flamme intérieure, droit sacré de chercher sa propre vérité.
La Mixité, ensuite, équilibre vivant entre les humains, entre raison et intuition, entre action et contemplation.
Et enfin, le Progrès, non pas celui de la technique, mais celui du cœur et de la conscience.
K.°. :
Et au centre de ce triangle, brille la Lumière de l’humanisme que tous les FF.°. et les SS.°. de la G.°. L.°. M.°. M.°. continuent à transmettre.
L.°. :
Il me vient ce poème d’inspiration soufie d’Ibn Arabî :
J’ai cherché la demeure de Dieu, et j’ai trouvé mon cœur,
J’ai cherché la lumière du monde, et j’ai vu ton regard,
Tout lieu où l’Amour s’installe devient Temple,
Tout souffle qui pardonne permet de tailler la pierre,
Le chemin n’a ni porte ni mur, mais trois fenêtres,
Car celui que tu cherches chemine en toi,
Et quand tu te crois au bout du voyage,
Sache que la route commence encore,
Dans le secret du cœur, là où toute différence s’efface,
Là où l’homme et la femme se confondent en Lumière.
K.°. :
Alors, ma très chère S.°., quel avenir pouvons-nous tracer pour notre Obédience ?
L.°. :
Celui d’une étoile qui continue de grandir sans jamais brûler. Celui d’une Franc-Maçonnerie marocaine, mixte, universelle, enracinée dans sa terre mais ouverte sur tous les horizons de l'humanité.
K.°. :
Et que souhaiter à la G.°. L.°. M.°. M.°. pour les dix années à venir ?
L.°. :
De toujours travailler dans la liberté. De garder son âme de mixité plurielle qui ne forme qu’un sous la voûte étoilée. D’œuvrer pour le progrès de l’humanité,
Et de rester fidèle à sa devise : Liberté, Mixité, Progrès.
Pour continuer à bâtir des ponts de lumière, d’Orient en Orient, et de cœur à cœur. Ce que nous avons bâti en dix ans n’est qu’un seuil : car la Lumière ne s’achève jamais, elle s’approfondit. Demeurons cette étoile scintillante, petite boussole, qui ouvre d'autres voies en terre marocaine.
L’émancipation commence le jour où l’on se choisit soi-même, c'est le sens profond de la G.°. L.°. M.°. M.°.
Nous avons dit S.°. G.°. M.°.