À la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
et au Progrès de l’Humanité.
Très Respectables Dignitaires,
Vénérables Maîtres,
Mes Soeurs, Mes Frères,
en vos grades et qualités
Aujourd’hui, la Maçonnerie ne découvre rien : elle reconnaît.
Le Maroc porte encore dans ses rues, dans ses plaines, dans ses montagnes, dans le grain de ses sables, cette fraternité instinctive qui précède les lois.
Ici, la fraternité n’est pas un apprentissage : elle est un souffle ancien, un réflexe, un ADN partagé.
Une main tendue.
Un verre d’eau offert à celui qui arrive par la piste.
Un respect qui circule comme l’air chaud qui monte des pierres.
Dans les médinas qui tournent comme des labyrinthes de mémoire, dans les douars où le vent taille les murs, dans les zaouïas qui veillent avec douceur, dans les silhouettes patientes des montagnes,
la justice reste un rythme avant d’être un discours.
Un pays qui tient debout parce que les âmes savent tenir droites.
Le Maroc avance avec cette double nature : enraciné dans son sol, mobile dans sa pensée.
Il marche sur le fil du temps, fidèle à son souffle. La méthode maçonnique : une mise en humanité
La Maçonnerie ici ne s’impose pas : elle se révèle. Notre méthode repose sur quatre piliers :
l’initiation, le symbolisme, le rituel et la tradition. Ils ne prennent sens que vécus ensemble,
dans un cadre où chacun trouve sa place, sans distinction ni mise à l’écart.
Dans nos loges, la mixité n’est pas un combat contre quelqu’un : c’est un choix pour l’humain,
pour la complémentarité, pour la richesse que chaque être apporte.
Femmes et hommes, jeunes et anciens, parcours multiples : cette diversité n’est pas une opposition, c’est une force.
Dans l’espace maçonnique du Maroc, certaines obédiences sont masculines et d’autres féminines.
C’est leur histoire, leur choix, leur tradition. Nous les respectons pleinement.
Mais cette structuration crée parfois des distances, ou même des impossibilités de se recevoir
simplement parce que l’autre est un homme ou une femme.
À la Grande Loge Mixte du Maroc, nous avons choisi un autre chemin : celui de l’ouverture, de l’échange, du travail en commun. Non pas pour contester quiconque, mais pour servir ce que nous considérons comme essentiel : l’équité dans l’humain.
Dès sa création, notre Ordre a affirmé l’égalité entre les femmes et les hommes.
Ce n’était pas une revendication contre un genre, mais un acte de justice, souvent en avance sur notre société, qui disait simplement : « chacun ici compte de la même manière ».
Et cette affirmation prend un sens particulier au Maroc, où l’égalité reste un chantier, où la parité demeure un horizon plus qu’une réalité.
Et je tiens à le préciser devant vous, Frères et Soeurs venus de tant d’Orients différents : mes paroles s’inscrivent dans la réalité de mon pays. Chaque nation a son histoire, son rythme, ses avancées. Le Maroc chemine, et c’est dans ce contexte que je parle aujourd’hui.
L’altérité : un effort, pas un slogan
L’égalité, la mixité, l’altérité ne sont pas des évidences : elles se travaillent.
Chaque jour.
Elles se construisent dans la rencontre des sensibilités, dans la sincérité des échanges, dans la patience des gestes.
La tradition ne nous oppose pas au progrès : elle nous enseigne comment avancer, et le progrès nous rappelle pourquoi avancer.
Chercher l’équilibre.
Rappeler la dignité.
Défendre l’humain avant tout.
Voilà notre oeuvre.
La jeunesse : le tumulte qui cherche sa forme
Aujourd’hui, la jeunesse du Maroc parle fort.
Elle questionne.
Elle conteste.
Elle espère.
Rien ne surgit du vide : chaque jeune s’appuie sur l’épaule d’un ancien
comme un grimpeur sur la prise suivante. On les entend de Tanger à Lagouira. Leurs mots sont des pierres brutes. Leurs colères sont droites. Leurs désirs sont nets. Ils veulent un Maroc respirable, debout, un Maroc qui ne laisse aucun de ses enfants derrière sa dune. Puis vient l’instant où le cri devient matière, où la révolte réclame des outils, où la parole se change en architecture.
Sans le savoir, chaque jeune qui questionne refait le geste de Socrate : il cherche, il doute, il taille la pierre.
Les Trois Piliers : le pays en action.
La Sagesse, c’est le Maroc prudent, qui avance sans renier ce qui l’a formé.
La Force, c’est le Maroc nerveux, impatient, vibrant, indocile.
La Beauté naît de leur rencontre : une harmonie arrachée à l’effort, comme le soleil qui frappe les sommets avant d’inonder les vallées.
Le Maroc : un Temple en chantier
Le Maroc se construit au présent.
Il essaye, il chute, il recommence.
Chaque rêve est un éclat,
chaque refus un coup de ciseau,
chaque pas une première pierre.
Les villes-colonnes du Royaume
Dans ce Temple ouvert au ciel, les villes du Royaume dressent leurs colonnes invisibles :
Tanger, la sentinelle du Nord, où les vents du large rencontrent les songes d’Afrique.
Tétouan, la mémoire andalouse, où l’exil ancien continue de parler dans les murs.
Fès, la source du savoir, où la lumière ne vieillit jamais.
Meknès, la discipline impériale, colonne droite plantée dans le temps.
Rabat, la raison d’État, où le pays s’organise, se projette, se gouverne.
Casablanca, la pulsation brute, ville-force, coeur industriel, moteur impatient.
Marrakech, le foyer incandescent, où la couleur devient énergie et l’énergie devient souffle.
Agadir, la résilience debout, renaissant de ses ruines comme un aveu de courage.
Laâyoune, la marche vers le Sud, colonne avancée, ferme et tranquille, tournée vers demain.
Dakhla, l’horizon ouvert, où la mer et le désert se serrent la main pour tracer l’avenir.
Chacune est une colonne.
Chacune porte le Royaume.
Chacune éclaire l’ouvrage commun.
La verticalité royale
Dans ce Maroc en mouvement,
Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que la Force soit avec Lui, tient la verticalité.
Il veille comme un maître d’oeuvre qui oriente la lumière : chaque pierre compte, chaque ligne dessine l’avenir.
Sa vision dépasse le tumulte du présent, comme un minaret encore échafaudé,
qui regarde déjà le ciel et les montagnes qui l’entourent.
Et reconnaissons-le : si nous travaillons librement en terre d’Islam,
c’est parce que ce pays ouvre des espaces que d’autres ferment.
Parce que sa structure politique garde le souffle de la tolérance.
La Grande Loge Mixte du Maroc : la pierre militante
La GLMM fut un acte militant. Une pierre contre l’inertie.
Une étoile neuve dans le ciel du Royaume.
Elle est libre, audacieuse, mixte, vivante.
Je ne sais pas si j’en verrai son apogée.
J’ai seulement porté ma pierre.
Les femmes et les hommes de demain l’emmèneront plus haut.
Les femmes et les jeunes : la double ascension
À condition que le monde leur ouvre enfin la voie.
À condition qu’on leur reconnaisse pleinement la place qui leur revient.
Et je veux le redire devant vous aujourd’hui : une société qui prétend s’élever doit d’abord libérer ses femmes.
L’égalité n’est pas un cadeau : c’est un socle, une fondation, une respiration.
Là où une femme avance, un pays respire.
Là où une femme se redresse, une nation se redresse.
Et même si elle n’était pas franc-maçonne, Fatema Mernissi nous l’a rappelé avec force : « Quand la femme bouge, toute la société bouge. »
Et aux jeunes hommes, je le redis : un Temple construit par moitié reste cloué au sol.
Conclusion : la lumière transmise au présent
Nous ne bâtissons pas pour nous-mêmes.
Ce que nous faisons pour nous-mêmes meurt avec nous.
Ce que nous faisons pour les autres devient immortel.
Dans cette immortalité discrète se tient la noblesse de notre engagement.
Le Maroc, temple vivant où le vent travaille.
J'ai dit