Il rallie les Forces françaises libres le 28 août 1940, avec quelques camarades hostiles à la capitulation et aux nazis. Il est engagé comme pilote dans les toutes nouvelles Forces aériennes françaises libres à Brazzaville. Il devient pilote de l'État Major du Commandement de l'Air, et c'est à ce poste qu'il multiplie les missions à bord de son Bloch MB.120. Lâché à Brazzaville sur Glen Martin en mars 1941 au sein de l'Escadrille de Bombardement n°2 sous les ordres du Cdt Georges Goumin.
Tractage du Bloch 120 sur le terrain de Kayes (Mali).
Attaché au colonel Philippe Leclerc de Hauteclocque, il pilotera en particulier son avion lors des campagnes du Fezzan, de Tripolitaine et de Tunisie. assurant aussi les liaisons entre le Tchad et les villes d'Afrique-Équatoriale française ainsi que vers les bases anglaises d'Égypte.
Venangeon - Raymond & sa chienne Fly - x - Bully
C'est à cette période qu'il commencera à piloter régulièrement pour le général de Gaulle en Afrique et à assurer des missions en Égypte, en Afrique de l'Est et au Levant. Le plus souvent en équipage constitué avec Aimé Bully (mécanicien navigant) et Louis Venangeon (radio navigateur).
Outre son rôle de pilote auprès du colonel Leclerc, ses missions sont le transport en cours d'opération de personnels, de personnalités et de ravitaillement pour la colonne Leclerc.
L'immense majorité du ravitaillement monte des ports libres de l'Afrique équatoriale ou des colonies anglaises, par les pistes et les fleuves, à dos de chameaux parfois, contournant les territoires encore acquis au gouvernement de Vichy et souvent au prix d'efforts surhumains et permanents. L'avion permettra un acheminement rapide de matériels essentiels ou sensibles et autres éléments de rechange, et parfois même de munitions ou d'essence pour l'avant. Il permet aussi et surtout l’évacuation des blessés évitant de « fixer » des moyens médicaux lourds trop près des zones de combat.
Bombardier Bristol Blenheim
Lockheed L-18 Lodestar à Zouar (Tchad)
Bombardier Glenn Martin 167 - Raymond & Leclerc à gauche
Le lieutenant Raymond utilise lors de ces évacuations sanitaires vers l'arrière toute sa capacité de pilote et de spécialiste du vol en zone désertique et saharienne. Il s'agit de conjuguer au maximum des impératifs élémentaires que sont les masses et le centrage et la prise en compte d'éléments climatiques très hostiles aux hommes et à l'intégrité des machines. Les équipes au sol comme les équipages le savent, Félix Raymond ne laisse personne « par terre ». La chaleur, le sable et la poussière abîment très vite le trop petit nombre d'appareils. Le trio Raymond-Bully-Venangeon fonctionnera heureusement à merveille.
1941, le lieutenant Raymond collabore avec le groupe de bombardement Bretagne à partir de la base d'Ounianga, en particulier pour les opérations lors de la bataille de Koufra. Il participe aussi à cette époque à quelques missions de reconnaissance et de bombardement, en particulier sur Mourzouk et Oum El Araneb. Le colonel Pierre Carretier, ancien compagnon de Jean Mermoz sur "L'oiseau bleu", est durant cette offensive en équipage constitué avec Raymond.
1941 avant l'attaque de Koufra - Potez 25 sur la base d'Ounianga (Tchad) - Félix Raymond à droite
Plus d’une vingtaine d’années après, devenu général, Pierre Carretier, est cité dans la revue des anciens de la 2eme DB, Caravane, n° 250 de mars 1965, à propos d'un retour de mission en Tripolitaine avec Raymond dans le cockpit et aux commandes : "Privés de radio et dans le vent de sable, c’est grâce à la science et à l’instinct de navigation de Raymond, que nous sommes rentrés".
Il sera associé dans les mêmes conditions à la deuxième campagne du Fezzan à partir de 1943.
Burnelli UB-14 Cunliffe-Owen Aircraft 0A-1 baptisé "Clyde Clipper" - Félix Raymond au centre
En avril 1941, le Slt Soubabere et le Slt Raymond seront les deux premiers pilotes français parmi les très rares à être qualifiés sur le premier et seul appareil de série de type aile volante jamais opéré par l'armée de l'air française et à toutes les époques.
C'est Jim Mollison qui leur livrera le Cunliffe-Owen Aircraft 0A-1 baptisé "Clyde Clipper", également connu sous la dénomination Burnelli UB-14. L'avion sera intégré aux Lignes aériennes militaires du colonel Lionel de Marmier.
Le 6 janvier 1943, il ramènera à Fort Lamy, le colonel Leclerc assis à ses côtés au poste de pilotage et triomphant, sept officiers italiens prisonniers capturés à Gatrun.
Après la campagne de Tunisie, il reste basé en Afrique du Nord. C'est à Alger qu'il reçoit sa nouvelle affectation de Chef de bord et pilote du général de Gaulle, détaché à son cabinet militaire, à la Villa de Glycines, assurant entre autres, des missions en Corse et en Italie.
Extrait Ici Paris septembre 1958
Renversé par une moto le 27 juin 1944 à Alger, tibia et péroné cassés le clouent à l'hôpital et l'empêchent de collaborer au voyage qui, partant d'Alger via Gibraltar, ramène le général de Gaulle sur le sol de France à Cherbourg dans la nuit du 19 au 20 août 1944. C'est le colonel de Marmier qui sera aux commandes de l'avion, en compagnie des éternels complices Louis Venangeon et Aimé Bully.
Félix Raymond pilotera cependant, en compagnie de Venangeon et de Bully, Yvonne de Gaulle ainsi que sa fille Elisabeth pour leur retour en France, à Orly, en provenance d'Alger-Boufarik, le 22 septembre 1944.
Carnet de vol de décembre 1944
En décembre 1944, il est aux commandes de l'avion du voyage en URSS du général de Gaulle, pour la signature du traité d'alliance entre la France et l'URSS.
Sont du voyage par la « route Sud » via Tunis, Le Caire, Téhéran puis Bakou (le dernier tronçon s'effectuant en train spécial, via Stalingrad), outre le Général de Gaulle, Georges Bidault, le général Juin, l'ambassadeur d'URSS à Paris Alexandre Bogomolov, Gaston Palewski, le lieutenant Claude Guy, le commandant Henry de Rancourt de Mimérand, et bien entendu le lieutenant Venangeon et le sous-lieutenant Bully. Au retour, c'est un équipage soviétique pilotant un DC3 qui les ramènera à Bakou en présence du colonel de Marmier, qui devait disparaître tragiquement deux semaines plus tard au-dessus de la Méditerranée.