Brève histoire de la Résistance belge de 1940 à 1944
Dès 1939, alors que la guerre n'a pas encore commencé en Belgique, les premiers réseaux de résistance s'organisent spontanément entre gens convaincus que les Allemands vont à nouveau violer notre neutralité. Cette mise en place de réseaux destinés à agir dans la clandestinité est le fait d'une poignée d'hommes et de femmes qui agissent sous l'impulsion directe des premiers agents britanniques envoyés sur le continent pour mettre en place, dès 1939, un système de renseignement et d'action. D'anciens réseaux actifs lors de la première Guerre mondiale seront réactivés dès le début de la seconde occupation allemande du territoire belge, comme le réseau de renseignement Clarence qui ressuscitait la Dame Blanche de la première occupation, en 1914-18.
Lors de la mise en place des réseaux de résistance, ceux contre le fascisme se regroupent. La rupture unilatérale du pacte matérialisée par l'invasion de l'Union soviétique survenue le 22 juin 1941 a un effet libérateur pour les militants communistes dont les mouvements de résistance montent en puissance. Très vite, ils perçoivent cependant que s'ils souhaitent fédérer et amener le peuple belge à la résistance, ils devront neutraliser les considérations idéologiques et mettre davantage en exergue les valeurs patriotiques. C'est dans cette mouvance que voit le jour le Front de l'indépendance, majoritairement communiste, et que se cristallise l'Orchestre rouge un réseau exclusivement voué à l'espionnage au profit de l'Union soviétique et installé dès avant la guerre en Belgique, en France et en Suisse. Le milieu militaire se restructure progressivement après la désastreuse campagne des 18 jours. Des officiers échappés de la captivité sont à l'origine de la mise sur pied de la Légion belge qui deviendra l'Armée secrète.
Son action
Les premières actions menées par les résistants sont le renseignement et l'établissement d'une nécessaire jonction avec Londres où se trouve la seule autorité belge légitime, le gouvernement belge en exil du pâle premier ministre Hubert Pierlot qui représente un relais indispensable auprès du gouvernement britannique. Une autorité centrale des mouvements belges de résistance en territoire occupé est installée à Londres sous l'autorité de l'industriel Idesbald Floor. Établir un lien depuis Londres par voie terrestre à travers la France occupée et l'Espagne — dont le gouvernement est collaborationniste et pro allemand — entraîne des délais et comporte de nombreux risques. Dès 1941, le parachutage d'agents de liaison et d'opérateurs de radio-télégraphe par les Britanniques permettent d'organiser des filières d'évasion et de transmission à travers la France. Des Belges désireux de combattre et des aviateurs rescapés d'avions abattus sont ainsi conduits vers l'Espagne et le Portugal où les consulats belges et britanniques les prennent en charge. Un système de liaison par alphabet morse, dont les opérateurs sont surnommés les "pianistes", permet le contact avec Londres et les services de renseignement belges. Les réseaux sont composés de personnes de diverses classes sociales qui font fi de leurs opinions politiques d'avant-guerre pour mieux s'unir contre l'ennemi commun. Dans le réseau Luc-Marc, c'est un jeune liégeois Armand Delsemme qui assume la direction en dissimulant son activité clandestine sous le couvert de son travail scientifique. Tous les âges sont représentés, comme dans le réseau d'évasion d'aviateurs, le réseau Comète, fondé par Frédéric De Jongh arrêté et fusillé en 1943 et qui sera alors dirigé par la fille du fondateur, Andrée de Jongh. Mais les Allemands établissent rapidement des contre mesures par le moyen de camionnettes équipées d'un système de repérage par radiogoniométrie qui sillonnent villes et campagnes pour détecter et anéantir les lieux d'émissions clandestines par lesquels les réseaux communiquent entre eux et avec l'Angleterre.
L'année 1942 connaît un nouvel essor de la résistance en Belgique. Durant l'été, survient le port obligatoire de l'étoile jaune pour les Juifs et les premiers convois de la déportation des Juifs de Belgique quittent le territoire. L'impact de ces mesures sur la résistance en Belgique produit principalement ses effets dans les grandes villes dont Liège. Certaines autorités civiles qui refusent d'établir des listes de Juifs sont arrêtées par la police allemande et déportées. C'est à ce moment qu'est mis sur pied le Comité de défense des Juifs. Un autre événement produit davantage encore de répercussions pour la Résistance, il s'agit de l'instauration du Service du travail obligatoire à la suite du décret allemand du 6 mars 1942. Ces mesures accompagnées de menaces jettent dans la clandestinité des milliers de personnes fuyant la déportation. Elles viennent souvent gonfler les rangs de la Résistance qui entreprend de s'organiser pour coordonner ce nouvel afflux et en organiser sa subsistance.
Au début de 1943, on entre dans une autre période de la guerre. En vue de la libération du pays par les Alliés, que l'on sent venir alors que les troupes allemandes sont vaincues à Stalingrad et que l'Italie capitule, la coordination des réseaux des diverses provinces se renforce et l'armement se développe avec les parachutages britanniques et de la récupération d'armes belges cachées depuis 1940. Un vent nouveau souffle sur la Résistance car tout confirme que l'ennemi est devenu vulnérable. Les différents groupes montent alors en puissance et se lancent dans des actions de plus en plus audacieuses, exécutions de traîtres, attaques de convois militaires, sabotages d'industries réquisitionnées qui travaillent pour l'Allemagne. Le point d'orgue est le débarquement allié en juin 1944 qui suscite un élan d'optimisme et une audace accrue contre la Wehrmacht, dont, notamment, des attaques destinées à libérer des prisonniers en voie d'être déportés. Il en résulte une répression accrue sous la forme de prises d'otages et d'exécutions.
La Résistance a payé un lourd tribut durant les années d'occupation: 30 000 arrestations, 15 000 morts. Lors de la libération du pays, au début de septembre 1944, la Résistance prend part aux combats et permet, notamment, de préserver le port d'Anvers d'une série de destructions préparées par les troupes allemandes en déroute. Nombre de résistants s'engagent ensuite dans les troupes belges rentrées d'Angleterre avec les Alliés et continueront la guerre jusqu'à la victoire finale le 8 mai 1945.