Les Agents de Renseignement et d'Action (ARA)
Les Agents de Renseignement et d'Action (ARA)
Jusqu'à aujourd'hui, chacun a connu un membre de sa famille qui pouvait témoigner de son vécu pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais ceux-là disparaissent petit à petit et l'Histoire s'efface.
Il est une catégorie d'hommes et de femmes courageux qui ont continué à vivre dans l'ombre bien après la fin des hostilités. C'est ceux que l'on appelle les Agents de Renseignement et d'Action ou communément ARA.
En Belgique occupée, ces derniers ressentirent très vite et spontanément le besoin de faire quelque chose ! Il fallait trouver un moyen de lutter de manière efficace contre l'occupant.
C’est leur liberté ravie, volée, qui a été pour eux le moteur qui leur a permis d’entreprendre toutes leurs actions, pour contrer, décourager et combattre l’envahisseur, tout en étant conscient qu’il y avait de grands risques à courir tels arrestations, camps d’internement avec fins horribles ou tout au moins très pénibles, voire exécution sauvage.
Leur vie ne tenait pas à grand-chose !
Agir, c'était se mettre en danger ...
Qui étaient-ils ?
Des hommes, des femmes, des jeunes issus de toutes les classes sociales, venus de tous les coins du pays. Toutes les professions, toutes les opinions étaient représentées. Intellectuels, ouvriers, agriculteurs, croyants, athées,…. tous étaient unis dans un élan solidaire, animés par un profond désir de liberté et l'envie de chasser l'occupant. L'esprit de sacrifice était aussi partagé de tous.
Bien que la majorité des Agents de Renseignement n'avait pas d'expérience, le service de renseignement s'organisa et se professionnalisa. Seuls les opérateurs radio et les instructeurs qui furent envoyés plus tard de Grande-Bretagne avaient suivi une formation pour exécuter des missions secrètes.
Petit à petit, ses membres acquirent davantage de compétences grâce à l'expérience et aux instructions reçues.
La recherche de contacts n'est pas sans risques et, paradoxalement, autant il faut se rassembler, autant, par souci de sécurité, il faut aussi savoir se tenir à l'écart.
On utilisait des noms d'emprunt - des prénoms choisis arbitrairement - de manière à ce que deux agents qui devaient entrer en contact et qui ne se connaissaient pas l'un l'autre continuent à ignorer l'identité de leur interlocuteur.
Après le renseignement, l'action ...
Petit à petit, les Services de Renseignement et d'Action se sont étoffés. Outre des réseaux de renseignement (Luc-Marc, Clarence, Zéro, Beagle…), on vit apparaître des missions et réseaux de sabotage (Luc, Conjugal, Groupe G,…), des missions de soutien aux travailleurs (Socrate, Cordelet,…), des services de propagande (Samoyède, Baboon-Othello, Manfriday,…), des lignes d'évasion (Benoît, Pat O’Leary, Comète,…), ainsi que des "missions" envoyées par Londres à des fins spécifiques (Cato CNC, Menenius, ...)
Un réseau était constitué de petites cellules qui, à mesure que l'on remontait dans la hiérarchie, se regroupaient en ensembles de plus en plus vastes. Plus un dirigeant se trouvait à un échelon élevé, plus il y avait de fils qui remontaient vers lui, plus le risque qu'il soit découvert était grand et plus l'ennemi s'efforcerait de le faire parler.
A l'inverse, un agent qui travaillait à un échelon inférieur, était laissé dans l'ignorance de tout ce qui se passait au-dessus de lui. On ne lui communiquait que les informations essentielles pour accomplir sa mission, et ce aussi bien pour sa propre sécurité que pour celle de toute l'organisation.
Dans la plus petite cellule, habituellement appelée section, le nombre de membres variait de quelques-uns à une dizaine ou plus. Ils avaient généralement été recrutés par le chef de section lui-même et en principe ils ne se connaissaient pas (mais il arrivait parfois que des parents ou des amis travaillent ensemble).
La tâche du chef de section ne consistait pas seulement à recruter des hommes compétents, mais aussi à leur enseigner ce qui était important, comment travailler et garantir le respect du secret et de la sécurité.
Ils l'ont fait ...
Jusqu'au début de 1944, les agents secrets ne pouvaient bénéficier d'aucune forme de protection légale. Leurs activités étaient illégales, y compris du point de vue des autorités belges.
Après la libération, ces "illégaux" apprirent qu'ils obtiendraient des grades militaires. Ceux-ci leur furent effectivement octroyés conformément aux activités accomplies et services rendus.
Plus de 50.000 dossiers ont été ouverts : 129 services ou réseaux et 18.716 ARA ont été reconnus : 5.266 avec un « grade militaire » (1.539 officiers et 3.727 sous-officiers) et 13.450 comme « auxiliaires ».
Un grade dans les Services de Renseignement et d'Action n'est donc rien d'autre qu'un titre particulier décerné pour mérite de guerre mais étranger à la hiérarchie militaire classique. Les grades sont d'ailleurs toujours mentionnés suivis de l'abréviation ARA.
Sur la durée de leur action, plus de 4.000 ARA ont été arrêtés et 1.817 reconnus « à titre posthume » car morts au Champ d’Honneur.
Certains d'entre eux périrent lors d'opérations parachutées organisées la nuit, d'autres lors d'une évasion ou d'un interrogatoire musclé et d'autres encore connurent la torture ou furent exécutés par décapitation ou pendaison. Nombre d'entre eux ne revinrent pas des camps de concentration ...
Tous entendaient œuvrer à un meilleur futur pour les générations à venir. Ces personnes qui, pour la plupart, avaient devant elles un avenir enviable, ont décidé de tout sacrifier pour la communauté, y compris leur vie.
Ce qu'un ancien ARA voudrait souligner ce jour est que, s'ils ont tout donné de leur jeunesse, c’est pour que nous puissions jouir pleinement et en toute sérénité de cette liberté retrouvée dont on use parfois sans modération mais aussi peut-être sans se rendre compte du prix réellement payé pour la reconquérir !
© Les Enfants de la Résistance,
Editions du Lombard / Ers-Dugomier.