Le syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil est défini par la survenue d’épisodes répétés d'obstruction des voies aériennes supérieures, complètes (apnées), ou partielles (hypopnées) durant le sommeil (Aubertin et al., 2017).
L’apnée obstructive est définie par la diminution du flux aérien égale ou supérieure à 90%.
Une hypopnée est caractérisée par la diminution du flux aérien égale ou supérieure à 30%, accompagnée d’une désaturation en oxygène supérieure ou égale à 3% ou d’un éveil ou micro-éveil.
Les événements respiratoires, apnées ou hypopnées, doivent s’étendre sur une période d’au moins 2 cycles respiratoires (Franco. P, 2017).
Le SAHOS touche environ 1 à 4% des enfants d’âge scolaire (Kaditis et al., 2016; Van Holsbeke et al., 2013). Le pic de prévalence se situe entre 3 et 8 ans en raison de la croissance adéno-amygdalienne supérieure à la croissance osseuse concomitante, aboutissant à un rétrécissement de la lumière des voies aérodigestives supérieures.
L'hypertrophie adéno-amygdalienne (Savini et al. 2019) et l'obésité (Amaddeo et al., 2017) sont les facteurs de risques principaux du SAHOS pédiatrique.
La prématurité (Aubertin et al. 2013).
La fréquence des infections des voies aériennes supérieures : rhinopharyngite, otites, angines... et des pathologies inflammatoires : asthmes, rhinites allergiques (Aubertin et al. 2013).
Les antécédents familiaux de SAHOS (Aubertin et al. 2013).
Certaines anomalies génétiques, craniofaciales, dento-faciales et nasales ainsi que les malformations craniofaciales majeures (Savini et al. 2019).
Les grossesses multiples, l’exposition au tabac (Savini et al. 2019) et l’origine ethnique noire le sont aussi (Aubertin et al. 2013).
Les enfants ayant des malformations ou déformations maxillofaciales ou des voies aériennes rétrécissant ces dernières (cranio-facio-sténose, achondroplasie, hypoplasie, microsomie faciale, syndrome de Pierre Robin, mucopolysaccharidose, Trisomie 21, syndrome de Prader Willi) sont plus à risque de SAHOS , ce qui en justifie la recherche systématique chez ces patients.
Les maladies neuromusculaires (Maladie de Duchenne, maladie de Steinert…) sont des affections associées au SAHOS (Aubertin et al. 2013).
L’impact cardiovasculaire est moins important que chez l’adulte mais est réel chez l’enfant apnéique, et particulièrement en cas d'obésité associée (Aubertin et al. 2013).
Ces enfants ont un risque plus important de développer de l’hypertension artérielle, indépendamment de la sévérité de leur SAHOS (Blechner & Williamson, 2016).
Les perturbations sont très variables d’un enfant à l’autre. La susceptibilité spécifique liée à l’âge, au terrain, à la durée et à l’importance du SAHOS peut expliquer ces différences.
Le retard staturo-pondéral est retrouvé chez 25 à 50% des enfants atteints (Aubertin et al. 2013). Une cassure de la courbe du poids peut également être observée (Esteller et al. 2018).
Par ailleurs, la sécrétion de l’hormone de croissance peut aussi dysfonctionner (Esteller et al. 2018).
La ventilation à tendance buccale est généralement retrouvée chez les enfants ayant un SAHOS. Ainsi les conséquences oro-faciales de cette ventilation seront présentes chez ceux d'entre eux qui présentent ce mode ventilatoire.
Le ventilateur à tendance buccale peut présenter un faciès adénoïdien (Bruwier et Limme, 2015) (schéma).
L’absence de fonctionnement de l’étage nasal entraîne à long-terme un sous-développement de l’étage maxillaire (nasal et buccal). Le palais devient étroit et ogival, générant ainsi des anomalies dentaires (Bruwier et Limme, 2015).
Afin de permettre le passage de l’air dans la cavité buccale, la langue doit se placer en bas de celle-ci. La position physiologique au palais de la langue au repos et lors de la déglutition s’en trouve perturbée. La pression exercée physiologiquement n’est, de ce fait, plus réalisable. Or, elle est indispensable au développement de l’étage maxillaire.
De surcroît, la ventilation à tendance buccale chronique entraîne des anomalies dans la croissance faciale, ainsi qu’une position anormale de la tête et des cervicales (Guilleminault et al., 2013). Elle entraîne également une rotation mandibulaire durant la croissance de l’enfant, ce qui conduit à un rétrécissement des voies aériennes supérieures.
Du fait des difficultés respiratoires durant le sommeil, ces enfants dorment fréquemment avec la tête en hyperextension afin de faciliter le passage aérien. Le menton se trouve basculé en arrière. La croissance mandibulaire se déroulant la nuit, les enfants peuvent souffrir d’une hypomandibulie, laquelle aggrave également le SAHOS par le rétrécissement de l’espace pharyngé postérieur.
Le bruxisme durant le sommeil est aussi retrouvé dans le SAHOS. 11% des enfants ayant un bruxisme présentent un SAHOS (Ferreira et al., 2015).
Pour rappel, la ventilation nasale est physiologique et innée en dehors d'un épisode obstructif. La ventilation à tendance buccale est pathologique et doit être traitée.
Chez ces patients, une ventilation à tendance buccale est souvent retrouvée. En revanche, tous les enfants ayant une ventilation à tendance buccale ne sont pas apnéiques.
Les liens entre SAHOS pédiatrique et le trouble de l’attention et de l’hyperactivité (TDA/H) sont étroits et entretiennent une relation bi-directionnelle.
L’hypoxie et l’interruption des stades de sommeil peuvent causer des déficits en attention et/ou d’hyperactivité. Pour un cerveau en développement, l’hypoxie intermittente causée par les épisodes d’obstruction peut entraîner des lésions cérébrales responsables de l’apparition de TDAH (Bruwier et Limme, 2015).
Les troubles du sommeil sont également présents dans 55 à 74% des enfants atteints de TDAH. Ces troubles doivent être évalués avant la pose d’un diagnostic de TDAH.
De plus, sans développer de TDAH, ces enfants présentent des comportements hyperactifs réactionnels à la fatigue et à la somnolence (Bruwier et Limme, 2015). Ces comportements peuvent mimer le TDAH.
La chronologie permet d’établir ce qui relève du trouble de l’attention/hyperactivité de ce qui relève du SAHOS. Dans le TDAH, la symptomatologie est présente depuis la petite enfance (Bioulac et al., 2017).
Les compétences cognitives globales sont affectées dans le SAHOS pédiatrique bien que, dans la plupart des cas, les compétences cognitives globales restent dans la norme (Da silva Gusmao Cardoso et al. 2018).
Peu d’études à haut niveau de preuve scientifique, et ayant peu de biais, existent sur le lien entre SAHOS et compétences mnésiques. De plus, ces études n’évaluent pas les mêmes “domaines” de la mémoire, rendant difficile la comparaison. Ainsi, il paraît prématuré de conclure à un déficit des compétences mnésiques en lien avec le SAHOS (Da silva Gusmao Cardoso et al. 2018).
Les fonctions exécutives ne semblent pas affectées par le SAHOS (Da silva Gusmao Cardoso et al. 2018).
La revue scientifique de la littérature de Da Silva Gusmao Cardoso et al (2018) ne permet pas de conclure à un impact du SAHOS sur les performances académiques au vu du niveau de preuves scientifiques des études et de leurs résultats.
Des troubles du langage et de la parole sont rapportés dans cette population, corrélés à des troubles neurocognitifs et/ou comportementaux (Mohammed et al., 2021).
Des études commencent également à mettre en lumière des difficultés de langage oral notamment en sémantique, phonologie, et en fluence verbale (Corrêa et al., 2017).
Cependant, peu d’études ont été réalisées sur la parole et le langage dans le SAHOS. Bien que des études récentes s’y intéressent, le faible niveau de preuve scientifique ne permet pas de conclure définitivement à un lien entre trouble du langage et SAHOS (Da silva Gusmao Cardoso et al. 2018; Mohammed et al. 2021).
De nombreuses études mettent en exergue le lien entre SAHOS pédiatrique et troubles du comportement. Cependant, de nouveau, le niveau de preuve scientifique de ces études ne permet pas de conclure à une réelle corrélation (Da silva Gusmao Cardoso et al. 2018).
Certains troubles psychologiques peuvent apparaître: dépression (Yilmaz et al., 2013), faible estime de soi, timidité psychologique (Franco. P, 2017) et anxiété (Blechner et Williamson, 2016).