Mes recherches examinent les processus cognitifs et sociaux qui sous-tendent le développement des capacités de raisonnement génératif, et les capacités de dépassement des blocages cognitifs dans la résolution de problème. Pour cela, j'utilise une approche expérimentale (via des méthodes comportementales et de neuro-imageries) auprès des enfants et adolescents, d'experts de la conception innovante ou d'autres méthodes de créativité, ainsi qu'auprès de spécialistes de la créativité dans les associations Belges. Les recherches que j'effectue s'organisent selon les 4 axes décrits ci-dessous, et peuvent se dérouler aussi bien en laboratoire que sur le terrain (classes scolaires, industrie, association) lors de la mise en place de protocole de recherches-actions.
Exemple de travaux de l'AXE 1 : Déterminer quels sont les mécanismes cognitifs qui permettent le raisonnement créatif, et comment ils se développent de l’enfant jusqu’à la personne âgée.
En s’appuyant sur la littérature existante sur les biais de fixation dans la générativité mais aussi dans d’autres domaines (raisonnement probabiliste, numérique, linguistique), nous avons proposé un modèle qui explique comment les effets de fixation surviennent, et quels sont les mécanismes cognitifs qui permettent de les dépasser. Ainsi, d’après le modèle triadique de la créativité (Cassotti et al., 2016), ces effets de fixations résulteraient de l’activation rapide et spontanée d’un système 1, intuitif et heuristique ; alors qu’il serait plus avantageux d’explorer d’autres solutions en utilisant les processus cognitifs d’un système 2, délibératif et analytique. Ce modèle suggère également que le processus d’inhibition cognitive, appartenant à un troisième système, serait la clef pour diminuer la prégnance des effets de fixation créée par le système 1. Il permettrait aussi d’augmenter l’exploration d’autres voies plus créatives appartenant au système 2. Nous avons eu l’occasion d’apporter des arguments expérimentaux en faveur de ce modèle (Camarda, Borst, et al., 2018; Camarda, Salvia, et al., 2018), et de démontrer que la capacité à générer des nouvelles réponses face à un problème donné n’est pas automatique.
Nous poursuivons actuellement ces travaux dans une approche interdisciplinaire allant de la psychologie cognitive expérimentale (de la créativité et du raisonnement) du développement aux neurosciences cognitives, en s'interessant à la fois sur les populations allant de l'enfance jusqu'à la personne âgée, ou encore aux experts de la conception innovante que sont les ingénieurs et managers spécialistes de l'innovation.
Modèle triadique de la créativité; Cassotti et al., 2016, accessible ICI.
Exemple de travaux de l'AXE 2 : Étude des biais sociaux suceptibles de stimuler ou d'entraver les performances créatives
Ce deuxième axe de recherche apparait fondamental, car les études qui sont habituellement proposées en psychologie cognitive et développementale de la créativité se déroulent en laboratoire, et ne tiennent pas compte des mécanismes sociaux qui peuvent intervenir en classe, en association ou en encore en entreprise. Cette lacune rend alors très difficile le passage des connaissances acquises lors d’études fondamentales à la mise en pratique de ces nouvelles connaissances dans des cadres appliqués.
Ainsi, nous avons conduits des études dans lesquelles le contexte social de l'expérimentation était modulé dans le but d'observer son impact sur les performances des enfants, adolescents et adultes. Dans l'étude publiée en 2021 (Camarda et al., 2021), des enfants (niveau de 6e), adolescents (niveau de 4e et 2nde) et des jeunes adultes (étudiants universitaires) ont résolu une tâche de créativité soit seul dans une pièce, soit dans un contexte d'évaluation par un expert. Les résultats ont alors permis de mettre en évidence qu'un contexte d’évaluation sociale immédiate peu moduler les performances de génératives des individus, selon leur âge. En effet, seules les réponses créatives étaient impactées par la modulation du contexte social. Cet effet était alors néfaste pour les enfants qui ont vu leurs capacités créatives diminuer, alors qu'il était bénéfique pour les adolescents qui ont vu leur capacités à explorer des solutions expansives augmentées. Les adultes, quant à eux, semblent être en mesure de réguler l'impact de l'évaluation sociale puisque leurs compétences sont similaires lorsqu'ils sont évalués par un expert que lorsqu'ils sont seuls dans une pièce.
Nous poursuivons actuellement cet axe de recherche en approfondissant notamment l'impact d'un contexte d'apprentissage sur les performances des enfants, mais aussi en s'intéressant à l'impact du travail en groupe (brainstorming) comparé au travail individuel.
Résultats observés dans l'étude
Camarda et al., (2021) accessible ICI.
Exemple de travaux de l'AXE 3 : Quelles sont les méthodes de stimulation qui permettent le dépassement des blocages cognitifs lors de tâches de créativité ?
Les études menées dans cet axe de recherche mobilisent des méthodes d’expérimentation appliquées au terrain (recherche-action) et d’analyses à la fois quantitatives et qualitatives. Elles peuvent se déroulent en école pour étudier la question du développement par différentes méthodes / outils pédagogiques, ou encore en entreprise pour étudier l'impact de l'expertise sur les effets des méthodes employées.
L’une de ces études a permis de mettre en évidence que les effets du contexte social de la classe (travailler seul ou en groupe) ne suffisent pas à expliquer les effets des méthodes utilisées sur le développement des capacités de créativité (Cassotti, Camarda & Bouhours, 2019). Ainsi, tel que démontré dans de nombreuses études sociales de la créativité, nous avons mis en évidence que la génération d’idée en groupe peut être délétère pour la créativité, en créant des effets de fixation collectifs massifs, et en extrémisant les opinions à propos du choix des idées les plus intéressantes. Nous avons aussi mis en évidence que ces effets sociaux néfastes peuvent être annihilé lorsque les enfants utilisent des méthodes de la conception innovante qui leur permettent de créer ensemble une sorte de mesure de l’efficience de leur raisonnement créatif. De manière intéressante, ce groupe d’enfant est aussi celui qui a indiqué qu’il avait le mieux « appris » et « travailler avec ses camarades ».
Photo d'ateliers menés avec les enfants dans le cadre de l'étude explicités dans un chapitre d'ouvrage (Cassotti, Camarda & Bouhours, 2019).
Exemple de travaux de l'AXE 4 : Étude de l'importance des compétences de raisonnement général dans les situations de resolution de problème de la vie quotidienne
Cet axe défend le raisonnement créatif comme une ramification du raisonnement tel qu’il est étudié habituellement, et tend à démontrer que les capacités de raisonnement créatif (i.e., la capacité à sortir des effets de fixation et à générer des solutions alternatives à un problème donné) pourraient être nécessaire à la résolution de problèmes sociétaux au quotidien. Et si nous considérions que les individus étaient eux-mêmes en mesure de générer et de concevoir de nouvelles méthodes de résolutions de ces problèmes ?
Dans cet axe de recherche, qui est très récent et qui n’est que très développé à l’heure actuel, je m’intéresse à la manière dont les individus sont capables de se dé-fixer afin de devenir de meilleurs citoyens. Evidemment, cette question est très large, et engloge de nombreuses thématiques plus précises comment par exemple : La capacité à réagir face à des situations de conflits sociaux qui peuvent être plus ou moins violents; la manière dont les normes dans la résolution de problèmes sociétaux tels que la question de l’écologie peuvent entraver la proposition de solutions innovantes par les citoyens; Ou encore la manière dont la participation à des activités créatives peut influencer la perception de la cohésion sociale et des règles de société.
Photo d'ateliers menés avec les enfants dans le cadre de l'étude explicités dans un chapitre d'ouvrage (Cassotti, Camarda & Bouhours, 2019).