Merci pour cette période d’essai, dispositif expérimental encore jamais osé. Grâce à toi, nous pouvons faire une rentrée d’essai. Essayer de se mettre au boulot, de se remettre dans le rythme de l’année scolaire, faire tous les réglages d’horaires, de transport, caler les ados sur des couchers de poules et des réveils de coqs. Tu as calculé juste, cher Calendrier Scolaire : il faut bien quatre semaines pour s’habituer à l’idée que les vacances, c’est fini. Laisser le temps à ceux qui sont partis de défaire leur valise, à ceux qui sont restés de se faire une raison du retour des embouteillages, aux enseignants de découvrir la tête de leurs nouveaux élèves, aux élèves de remobiliser les connaissances péniblement acquises il y a des mois, aujourd’hui enfouies sous des tonnes de souvenirs de vacances, aux collégiens d’apprendre les petites manies de leurs nombreux professeurs (96 ou 192 pages ? à spirale ? grands carreaux ? petits carreaux ? A4 ou 24x32 ? marge à gauche ?, à droite ? au milieu ?), aux lycéens de se laisser persuader que cette année, c’est sérieux, il y a un examen au bout (ou une orientation), aux tout petits d’accepter de lâcher les bras de maman toute une journée, aux mamans de se convaincre que ces pleurs finiront bien par s’arrêter. Bref, de prendre la nouvelle mesure de son rôle d’apprenant, ou d’appreneur.
Et les autres années, ça se faisait tant bien que mal. On finit par s’y habituer. Mais cette année, grande innovation : dans un moment de folle inspiration, tu as prévu, cher Calendrier Scolaire, une rentrée d’essai : quatre semaines pour s’entraîner. Et comme cet entraînement est très fatigant, non pas une, mais deux semaines pour récupérer. Deux semaines pendant lesquelles nous pourrons tous revenir à nos habitudes de vacances. Nous dire que la rentrée, c’est pas si difficile, quand on a du temps pour s’en remettre. Et après ces deux semaines, on va faire une vraie rentrée sur les chapeaux de roue, bien reposés, et surtout, encore tout imprégnés de la répétition générale du mois d’août ! ça paraît tellement évident qu’on se demande pourquoi tu n’y as pas pensé plus tôt. Tu pourrais même, l’année prochaine, améliorer le dispositif en raccourcissant la période d’essai. Trois semaines d’entraînement ça serait peut-être suffisant. Suivies de deux semaines de repos… Ah mais non, il faut d’abord que tu regardes ce qu’on a au programme sportif, ou culturel, ou politique. Tu es capable de toutes les extravagances.
Tu sais, cher Calendrier Scolaire, tu nous donnes le tournis, à force de passer de bras en bras : un tour de valse avec la FIFA, un tour avec le gouvernement, un tour avec le vice-rectorat, un tour avec le nouveau ministre, un tour avec le GIE Tourisme, un tour avec le festival des Marquises, un tour avec les pensions de famille, un tour avec les enseignants, un tour avec les études supérieures, un tour avec les congés administratifs, un tour avec les parents d’élèves… Et les élèves dans tout ça ? Les élèves, ils attendent encore leur tour. Et l’attendront longtemps : je sais, cher Calendrier Scolaire, que même si tu sembles parfois te comporter comme un danseur écervelé, tu es bien trop sérieux pour t’intéresser à des considérations infantiles.
Lettre ouverte au calendrier scolaire (réponses)