23 au 25 juin de Tromsø à l'Ile à l'ours
Avant la traversée, il est prudent de faire le plein de Gas-oil : Shell Marine Service a un ponton facile d'accès au sud-est du pont, mais il faut payer en cash, la carte Visa n'y est pas acceptée. Nous disposons de 150 l, 60 dans le réservoir du bateau, et le reste dans des jerricans; cela devrait nous permettre de faire toute la traversée au moteur en cas de pétole totale.
Pour le moment, il y a du vent, sud-ouest 15 à 18 nds, notre cap est nord, donc tout va bien, 6 à 7 nds.
Le 24 dans l'après-midi, un appel VHF nous demande de nous dérouter, notre route croise celle d'un bateau qui tire un long cable, sans doute un dispositif de recherche pétrolière : activité intense dans la région!
L'ile à l'ours
Pris un fichier Grib avec l'Iridium : un coup de vent de nord-est s'annonce pour demain et les jours suivants; donc, recherche d'un abri, l'Ile à l'ours est très bien placée au milieu du parcours, et il y a une petite baie, Lunkevika, au nord-ouest; c'est un peu mal pavé, mais on n'a pas trop le choix.
On restera presque 2 jours dans ce mouillage; pas question de débarquer, la vitesse moyenne du vent est de 30 nds, avec des pointes à 42 nds; on a mis les 50 m de chaine de 8mm + 60m de câblot de 18; le long de ce câblot, on a fait descendre une Delta de 10 avec ses 30m de chaine : les mouvements du bateau sont bien amortis avec ce système, mais nous préférons quand même faire des quarts, car en cas de dérapage, le vent nous porte sur les cailloux.
D'après de nouveaux fichiers Grib, ça devrait se calmer à partir de 14h le 27.
Il y a plusieurs cargos mouillés à l'extérieur de la baie, ils conversent en Russe ou Polonais; leur manège nous intrigue, et nous élaborons les hypothèses les plus fantaisistes; il doit sans doute s'agir de cargos qui viennent récupérer le produit de la pêche des chalutiers, et peut-être les ravitailler pour leur éviter de perdre du temps en rejoignant un port.
La station météo de l'Ile à l'ours
Mouillage un peu venté
Nous voyons aussi passer un paquebot, le "Fram", de la compagnie Hurtigrüten; j'en profite pour lui demander à la VHF quel est l'état des glaces prés du Spitzberg; il m'indique qu'il faut rester 35 miles à l'ouest de la côte sud-ouest pour avoir l'eau libre; ce renseignement s'avérera exact, le coup de vent de nord-est a poussé le reste de banquise vers le sud du Spitz, et le courant qui porte au nord le long de la côte a entraîné celle-ci jusqu'au Bellsund.
du 27 au 30 juin de l'Ile à l'ours à Longyearbyen-Spitzberg
à 22h nous remontons l'ancre, avec un énorme paquet d'algues (kelp), nous avons eu de la chance de ne pas déraper, les ancres ont du mal à traverser ces larges feuilles, et peuvent glisser.
Après le coup de vent, le vent est resté Nord-est, le temps est superbe; mais cela ne durera pas, la pétole s'installe, moteur et radar...
Ma fille Marie nous envoie les prévisions des glaces par SMS, et confirme ce que nous avait dit le Fram : il faut s'écarter de 32 miles au moins de la rive sud du Hornsund; ce que le radar nous permet bientôt de vérifier :
Les glaces, reste de banquise disloquée, sont bien là!
au-dessus de la glace, la lumière est plus intense, c'est "l'Ice blink"
Il est évident que naviguer parmi ces blocs est impossible.
Finalement, il y aura de la glace beaucoup plus nord que ce qui était indiqué : notre route, pour rester un peu à l'écart, s'en ressent :
Le 30, vers 4 heures du matin, alors que approchons du Kapp Martin, la brume s'éclaircit un peu
et tout à coup, émerveillement et émotion : nous arrivons au Spitzberg après avoir longé la côte à une trentaine de milles sans voir la terre.
Entrés dans l'Isfjorden, nous nous dirigeons vers la capitale : Longyearbyen