Le Cours

Dominique Holvoet, Véronique Mariage, Philippe Hellebois, Virginie Leblanc, Claude Parchliniak, 
Jean-Philippe Parchliniak, Guy Poblome et Bernard Seynhaeve

L'inconscient créateur (10h15 - 11h15)

« Homme du passé, Freud n’est nullement révolutionnaire. Il est subversif, ce qui n’est pas la même chose ; si subversion désigne l’existence d’une faille, d’une béance impossible à suturer désignée par l’inconscient. Sur ce point, Freud est toujours intempestif. »1

Les discours sinistres sur la psychanalyse proférés aujourd’hui, perpétuent la résistance que Freud a affrontée dès sa découverte de l’inconscient : la passion sans cesse renouvelée de l’ignorer. Lacan s’est employé à ruiner cette passion de l’ignorance, au moins pour les analystes, prenant au sérieux le fait que l’existence de l’inconscient dépend de l’attention qu’on lui porte et que l’analyste en est donc responsable2.

D’abord Lacan lit et relit Freud : « Lacan s’est voué, à restituer le dire de Freud en tant qu’on l’oubliait. C’est par-là que Lacan a fait de l’expérience, de ce dit de l’inconscient, le discours analytique. C’est-à-dire qu’il a révélé la logique de cette expérience : comment ça s’enchaîne et comment ça opère. »3 Au fil des séminaires l’inconscient est soumis à de multiples réélaborations. D’abord structuraliste, Lacan insiste dès son Rapport de Rome4 en 1953, sur un inconscient « structuré comme un langage », « fracturé entre signifiant et signifié ».5 Prime alors une conception mécanique de l’inconscient.6 Il poursuit dans la même veine dans le séminaire V7. Symbolique et imaginaire tiennent alors le haut du pavé.

En 1960, dans le Séminaire L’éthique de la psychanalyse8 la jouissance devient réelle, disjointe du signifiant et ne peut s’atteindre que par forçage. A l’opposé, dans le séminaire XI9, en 1964, Lacan dément le clivage antérieur du signifiant et de la jouissance : « Il forge une alliance, une articulation étroite entre signifiant et jouissance. »10 Son invention de l’objet a pulsionnel fracture la jouissance qui devient normale. L’inconscient, alors concept fondamental est repris comme pulsation temporelle11, dans une alternance d’ouverture et de fermeture. Le rapport à la jouissance se réfère ici à l’art, au tableau, à la contemplation pacifique de l’objet d’art12. En 1970, il dévoile la montée au zénith social de l’objet a dans la civilisation consumériste quand la vie pulsionnelle donne un air désuet à la vie inconsciente.13

À la fin de son enseignement, Lacan cesse de s’inspirer de Freud pour s’attacher à Joyce et à son symptôme, l’écriture. L’orientation vers le réel prend le pas. Il s’agit de découvrir ce qu’il y a de singulier chez chaque individu qu’il nomme avec un signifiant nouveau : le sinthome. L’inconscient est dans l’Autre et devient, dans ce dernier enseignement l’opposé du sinthome qui est chez chacun. Loin de relever seulement d’un régime signifiant, l’inconscient prend langue avec un corps parlant 14. « Le sinthome d’un parlêtre, c’est un évènement de corps, une émergence de jouissance. »15


1. COTTET S. L’inconscient de papa et le nôtre, Éditions Michèle, p. 26 2. Idem p. 30
2.  Ibid. p. 30
3. MILLER J-A, Un effort de poésie, inédit.
4. LACAN J., « Fonction et champ du langage en psychanalyse », Écrits, Seuil, p. 237.
5. MILLER J.-A., « En deçà de l’inconscient », La Cause du désir, n°91, p.98.
6. MILLER J.-A., Un effort de poésie, op. cit.
7. LACAN J., Le Séminaire Livre V, Les Formations de l’inconscient, Paris, Seuil, texte établi par J-A Miller
8. LACAN J., Le Séminaire, Livre VII, L’éthique de la psychanalyse, Paris, Seuil, texte établi par J-A Miller
9.  LACAN J., Le Séminaire, Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, texte établi par J-A Miller.
10. MILLER J.-A., « Les six paradigmes de la jouissance », La Cause Freudienne, n° 43, p. 15.
11. LACAN J., Le Séminaire, Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, op. cit., p.118.
12. Idem
13. LACAN J., « Radiophonie », Autres Écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 414.
14. MILLER J.-A., « L’inconscient et le corps parlant », La Cause du désir, n° 88, p. 110.
15. Ibid.
 

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