MESVRES

(Saône-et-Loire)


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- Carte IGN 1/25000e 2825 est Autun.

 

- Accès :

  • depuis Autun, la voie la plus directe, de plus voie touristique, est la D46, qui part d'Autun en direction du sud-ouest, sur la rive gauche de l'Arroux et gagne Mesvres par Guenand (distance 14 km). Un itinéraire qui a le mérite de passer par le Mont Jeu et qui offre des panoramas remarquables, rejoint Mesvres par la D256 qui quitte Autun par le faubourg St Blaise (sud d'Autun -cathédrale) et rejoint la D46 un peu avant Mesvres.
  • Depuis Etang-sur-Arroux, prendre la D61 (direction le Creusot), 4 km.

 

La vallée du Mesvrin, affluent de l'Arroux, est, depuis l'Antiquité, une voie de passage entre la région de Chalon et le cœur du Morvan.

Le village de Mesvres est bâti en bordure du Mesvrin, à l'ouverture d'une autre petite vallée conduisant vers le massif d'Uchon.

 

Entre ces deux vallées, la Certenue, montagne boisée bien arrondie, domine Mesvres au sud-est et fait face au Mont Jeu qui s'élève sur le versant nord du Mesvrin.

 

La Certenue, haut lieu mythique d'un paganisme mal christianisé, présente des traces d'occupation humaine ininterrompue depuis l'époque gauloise. Ce fut un lieu de culte populaire qui attirait, plus spécialement les lundis de Pâques et de Pentecôte, au moins autant de monde que le Mont Beuvray.

Au sommet de la Certenue, une terrasse, bordée de talus et fossés, rappelle l'aménagement proto-historique du site. Au centre de cette terrasse, une chapelle est attestée depuis le Moyen Age. Sur la pente sud-est, à environ trois cents mètres de la chapelle, une fontaine "miraculeuse" (cf. carte IGN au 1/25000e Autun) fournissait l'élément indispensable au culte. On vénérait sur cette hauteur la "Dame" ou la "Sainte", rescapée d'une triade dont les deux autres membres avaient été chassés dans les temps anciens. Les pèlerins étaient essentiellement des jeunes filles qui venaient chercher un mari et les femmes qui venaient demander un enfant ou du lait pour l'allaiter. Il s'agissait donc d'un culte de la fécondité, anciennement adressé à une triade de déesses mères gauloises. Les pèlerins se rendaient à pied au sommet, allaient boire l'eau à la fontaine, et passaient la nuit en prière à la chapelle, devant la statue de la "Sainte". Le lendemain, ils assistaient à la messe dans la chapelle, puis banquetaient toute la journée avant de redescendre à la maison.

Les pratiques anciennes ont disparu, en tant que démarche collective, à la seconde guerre mondiale. On parvient en voiture jusqu'à la porte de la chapelle (prendre, sur la D61, à St Symphorien-de-Marmagne la D120 en direction de Charmoy. A 1 km 500, à Creuzille, tourner sur la droite et prendre un chemin étroit mais carrossable passant par l'Usine et les Collins). Quant à la fontaine, autrefois cachée dans un bouquet de hêtres, elle se trouve aujourd'hui en bordure et en contrebas d'une large allée. Mais à la suite de travaux forestiers, elle est maintenant asséchée. Ainsi meurt un site autrefois plein de mystère et de poésie.

 

Au bourg de Mesvres, l'église, sous le vocable de l'Assomption de la Vierge, a été édifiée fin XIe siècle-début XIIe. Elle se compose d'une nef unique de 17 m de longueur sur 9 m de largeur, prolongée par une travée de chœur plus étroite, puis par une abside semi-circulaire intérieurement, insérée dans un massif extérieurement rectangulaire. La nef est couverte d'une belle charpente. Elle est éclairée latéralement par des ouvertures en plein cintre profondément ébrasées. La travée de chœur surmontée d'une coupole octogonale sur trompes communique avec la nef et l'abside par deux arcs en plein cintre. La longueur totale de l'église est de 26 mètres.

Le toit très pentu de la nef est orné d'un petit clocher-arcade à pignon triangulaire édifié sur l'arc séparant la nef de la travée de chœur.

Le mobilier de l'église de Mesvres est très riche. Il comprend un siège abbatial en bois sculpté, XVIe s., MH, placé dans le chœur; deux retables à baldaquins, bois, XVIe s., MH, placés au-dessus des deux autels latéraux ; un triptyque peint sur bois, XVe s., MH, représentant au centre la Crucifixion, à gauche l'Annonciation et à droite un apôtre, Saint Antoine au désert et Saint Sébastien. Il comprend aussi plusieurs statues : à l'extérieur, au-dessus de la porte principale, la Vierge en majesté, tenant l'Enfant sur ses genoux, œuvre en pierre. A l'intérieur: l'Annonciation, Vierge et ange, bois polychrome XVIIIe s. ; Saint Antoine au désert, 1e cochon à ses pieds, bois polychrome, XVIe s. ; Saint Jean-Baptiste tenant l'agneau pascal, bois polychrome, XVIe s. ; Saint Sébastien, bois, XVIIe s. ; un évêque en chape (Saint Martin ?), bois polychrome XVIIe s. ; Saint Antoine, bois teinté.

 

Le Prieuré Saint Martin, aujourd'hui presque entièrement ruiné, s'élevait au sud du village, tout près du Mesvrin. Déjà attesté au IXe siècle, il a été bâti sur les ruines d'un temple gallo-romain, dont les matériaux furent utilisés pour sa construction. Plusieurs chapiteaux corinthiens de marbre blanc, une tête de Mercure, entre autres, ont été recueillis au XIXe siècle et déposés au Musée Rolin d'Autun.

L'église du prieuré était magnifique. Sa nef, partiellement détruite avant la Révolution, fut transformée en grange, de même que le bras nord du transept. Cette nef était précédée d'un narthex, surmonté d'une tour carrée à trois étages, haute de 49 mètres. La tour s'est effondrée en 1836. Au sud de l'église s'ouvrait la cloître et les bâtiments prieuraux. Le bâtiment ouest présente de beaux éléments architecturaux du XVIe siècle. Celui du sud, offre des vestiges de peintures murales. Tout à côté, un moulin est alimenté par un bief du Mesvrin. En 1357, le prieuré de Mesvres avait pour prieur Pierre de Beaufort. Celui-ci fut élu pape en 1371 sous le nom de Grégoire XI, dernier pape d'Avignon.

 

Le village de Mesvres présente quelques maisons intéressantes.

A l'ouest du bourg, proche de la D228, un portail XVIIe à fronton de type toscan donne accès à un manoir du XVIe à une tourelle ronde en poivrière. Le pignon du logis moderne accolé au manoir est décoré d'un cartouche aux armes de Claude de Toulongeon, abbé de Saint-Satur au XVIIe siècle. Au-dessus de ce cartouche a été encastrée une stèle funéraire gallo-romaine.

Tout à fait au sud du village, une belle grange de la fin du XVe est sans doute une dépendance du prieuré.

Deux ponts-voûtes, à cinq et trois arches principales en plein cintre, de style XVe-XVIe siècle franchissent, l'un le Mesvrin, l'autre le bief du moulin du prieuré. Les abords, aménagés en promenade et théâtre de verdure, présentent une entrée de village agréable.

 

Dans les bois, au pied de la Certenue, près du Mousseau, est à découvrir la Pierre de la Dame, en amphibole verte, de six à sept mètres cubes, avec une croix gravée par la "Dame" de la Certenue. Elle était interprétée, au XIXe siècle, comme gravure rupestre.

Au sud-ouest de la Certenue cette fois, on peut voir une stèle funéraire gallo-romaine en granit rose dans la cour de la ferme des Genevois. Elle représente un personnage debout tenant dans ses mains le flacon et le verre des libations funéraires.

A Fougerette, ferme située à 1 km 500 à l'ouest du bourg, la chapelle, construite vers 1650 est le dernier vestige d'un château. Cette élégante construction rectangulaire s'ouvre par un portail surmonté d'un fronton triangulaire percé par un oculus.

 

© Roland Niaux, 09 février 1994

Publication électronique : 2006-2007

 

Du même auteur : La Motte des Choux à Mesvres