LIMANTON

(Nièvre)


Accueil

 

- Cartes IGN 1/25000e 2724 ouest Chatillon-en-Bazois et 2725 ouest Cercy-la-Tour-Fours.

 

- Accès : depuis Moulins-Engilbert, on accède au bourg de Limanton par la D132 (sortie

ouest de Moulins-Engilbert), distance 6 km.

 

La commune de Limanton est une vaste commune rurale qui s'étend sur les deux rives de l'Aron, sous-affluent de la Loire, doublé par le canal du Nivernais. Tous ses affluents de la rive gauche, venus du Morvan, Veynon, Morion, ruisseau de Fontaine Noire, Guignon, forment chacun leur vallée.

 

Le centre approximatif de la commune est un carrefour de chemins, avec un château et l'église. Le château, siège d'une seigneurie attesté dès le Xe siècle, est un édifice entièrement remanié à la fin du XIXe siècle, propriété privée non visitable. L'ancienne église était du côté est de la D132. Il en reste une chapelle latérale sud dans le parc du château, en bordure de la route. Elle est utilisée comme chapelle funéraire des châtelains. La nouvelle église a été construite à la fin du XIXe siècle, en face et un peu plus au nord, sur le côté ouest de la D132. Le hameau de Panneçot forme la principale agglomération communale. Bâti le long de la D18, au point de franchissement de l'Aron et du canal du Nivernais, il comporte l'école, la gare, un port. C'était le centre de l'ancienne paroisse d'Anizy, supprimée à la Révolution et rattachée à Limanton.

 

Anizy était à l'origine un peu plus au nord, le long de la voie romaine qui franchissait l'Aron, probablement à gué, face au hameau de la Seigne. Ce passage important était gardé par une forteresse médiévale dont subsiste une partie d'un manoir reconstruit au XVIe siècle. C'est un édifice (MH) de plan carré, flanqué au sud d'une tour ronde à poivrière abritant un escalier à vis auquel on accède par une porte cintrée couronnée d'un fronton triangulaire. La porte s'ouvre au-dessus d'un perron évasé. Elle est défendue par une bretèche. Une courtine joignait autrefois ce bâtiment à une seconde tour ronde, plus trapue, la seule subsistant de l'enceinte qui entourait la totalité de la motte, bordée de fossés alimentés par l'Aron et franchis par deux ponts-levis. Cette vaste motte englobait, outre le château, la basse-cour, les granges, étables, remises, vinée, colombiers, ainsi que l'église paroissiale d'Anizy, probable chapelle castrale à l'origine. Cette église comporte actuellement une nef de plan rectangulaire couverte d'un toit à deux pentes et suivie d'un chœur surélevé à chevet plat. Sa transformation en grange, lors de la Révolution, la sauva de la destruction. Des sondages archéologiques effectués en 1991 ont révélé un niveau d'inhumations des VIIIe et IXe siècles, un sol d'édifice au XIIIe siècle et une reconstruction au XIVe siècle qui est celle du monument actuel, avec des modifications du XXVIIe siècle. Entre le parvis et les fossés, on a retrouvé les substructions d'un autre édifice de la fin de l'époque gallo-romaine et du haut Moyen Age, avec occupation du IVe au VIIe siècle. On a donc sur ce site d'Anizy, château et église, une occupation continue de l'époque gallo-romaine à nos jours.

 

Arcilly

A 2 km au sud-est de Panneçot, en bordure sud de la D11 et à l'orée du bois d'Arcilly, la petite maison forte d'Arcilly, jadis entourée de fossés délimitant une motte dont on devine encore les traces, est une élégante construction du XVe siècle. Elle comporte un corps de logis de plan barlong avec deux tours rondes accolées à la façade sud. L'étage de cette façade est éclairé par une fenêtre à baies jumelées, séparées par un meneau de pierre, et surmontées d'accolades. Les deux tours sont couronnées de toits en poivrières. La tour sud-ouest présente à sa base une belle porte mouluré à piédroits prismatiques, donnant accès à un escalier à vis éclairé de deux petites baies à accolades.

Cette maison forte a pris la succession d'une forteresse beaucoup plus ancienne, bâtie en bordure d'un carrefour de voies romaines. Des céramiques et des monnaies gallo-romaines y ont été découvertes au XIXe siècle. D'autres vestiges gallo-romains sont également signalés sur la commune de Limanton, à Boux, où Bulliot situe un camp romain, entouré de fossés. Mais si Boux est effectivement un hameau de Limanton, le camp en question se trouve en dehors des limites communales de Limanton, à 1 km au sud-est de Boux, sur la commune de Moulins-Engilbert.

 

Bellevaux

L'ancienne abbaye de Bellevaux est située à 3 km 600 au nord de l'église de Limanton, en bordure du Veynon, aux confins des communes de Limanton, Maux et Brinay, loin des grandes voies de communication. Pour y parvenir, il faut prendre, depuis l'église actuelle de Limanton, le chemin vicinal qui se détache de la D132, direction Champardolles-Vauvelle. A hauteur du hameau de Nantilly, on tourne à gauche dans un petit chemin qui mène à Bellevaux. Bellevaux est maintenant une exploitation agricole. Il convient donc de solliciter l'autorisation des occupants pour visiter, extérieurement, les bâtiments de l'abbaye. Fondée en 1188, l'abbaye de Bellevaux abritait des moines "Prémontrés". Prémontré, village de l'Aisne, vit au début du Xlle siècle la naissance d'un nouvel ordre contemplatif fondé par Saint Norbert de Xanten. Comme les cisterciens de Saint Bernard, les Prémontrés entendaient réagir contre l'affadissement de la vie monastique et la décadence de Cluny. Ils étaient régis par la règle de Saint Augustin et prospérèrent surtout en Belgique et en Allemagne. La fondation de Bellevaux bénéficia très vite de la générosité des seigneurs voisins ; beaucoup choisirent d'y élire leur sépulture. Des représentants de toutes les grandes familles du Morvan et du Nivernais y furent inhumés au cours des XIIIe et XIVe siècles, les Nevers, Château-Chinon, la Tournelle, Champeaux, Verrières, Chatillon...

En 1560 l'abbaye fut pillée et incendiée par les troupes protestantes de l'amiral de Coligny. Elle mit un bon siècle pour retrouver sa prospérité économique, mais avec le régime de la commende qui octroyait le "bénéfice" des établissements religieux à des courtisans et non plus à des supérieurs élus, la ferveur spirituelle des premiers siècles avait disparu. C'est ainsi qu'au moment de la Révolution, les religieux n'étaient plus que trois. Tous les biens de l'abbaye furent alors vendus.

En pénétrant par un grand porche dans le domaine clos de murs, on se trouve face à l'entrée de l'église Notre-Dame de Bellevaux. Les bâtiments conventuels sont disposés sur la droite pour former, avec l'église, les trois côtés d'un ensemble encadrant une vaste cour ouverte vers l'ouest. L'église est un vaste bâtiment de plan rectangulaire, datant pour l'essentiel de la fin du XIIe siècle. Sur la façade ouest en pignon s'ouvre un portail du XVIe siècle à sommet trilobé sous un arc brisé, qui ne conserve que la partie haute de deux colonnettes ornant son montant de gauche. De chaque côté du portail se dressent deux contreforts massifs. L'intérieur de la nef, coupé par un plancher, ne permet pas d'apprécier l'aspect original de l'église. La façade du chevet, côté est, était éclairée par une baie plein cintre, étroite et très haute, placée dans l'axe et encadrée de deux autres baies, un peu plus étroites et un peu moins hautes, avec, comme en façade ouest, deux contreforts plats sur toute la hauteur de l'édifice.

Les bâtiments conventuels, convertis à un usage agricole, sont ceux reconstruits au XVIIe siècle. On distingue au rez-de-chaussée, sur les deux bâtiments en L encadrant la cour, quelques ouvertures en arcade de l'ancien cloître. Sur la façade du bâtiment sud s'ouvre un portail Renaissance à fronton triangulaire où apparaissait le blason portant les armes de l'abbaye. Derrière le promenoir étaient disposées les parties communes de l'abbaye, salle du chapitre, cuisine, réfectoire. A l'étage se trouvaient l'appartement du prieur, les chambres des religieux et des hôtes, la bibliothèque. Vu de l'extérieur, depuis le chemin venant de Nantilly, ce bâtiment, en position dominant la route, présente une grande élégance classique.

 

© Roland Niaux, 09 février 1994

Publication électronique : 2006-2007