LAROCHEMILLAY

(Nièvre)


Accueil

 

 - Cartes IGN 1/25000e 2825 ouest St Léger-sous-Beuvray et 2725 est St Honoré-les-Bains.

 

- Accès :

  • depuis Luzy prendre au nord la D985 direction Moulins-Engilbert et à 2 km vers la droite la D27 qui conduit au bourg de Larochemillay. Distance totale 12 km.
  • Depuis Saint-Honoré-les-Bains, suivre en direction de l'est la D299 jusqu'à Sanglier, puis la D227 jusqu'après Montjouan, puis enfin la D192 jusqu'à Larochemillay.

 

La commune de Larochemillay est très vaste. Elle comprend l'étroite vallée du ruisseau de la Roche, autrefois appelé la Séglise, dont la plupart des sources sont issues du Beuvray ; toutes les pentes sud-ouest du Mont Beuvray, avec la vallée de Malvaux, la forêt de Chatillon et la cuvette de Montjouan et Champ Robert, enfin le Mont Touleur. Le village est bâti dans une sorte de cuvette dominant la vallée, face au Mont Touleur.

La roche de Millay est-elle la roche, toute proche au nord-ouest du bourg, sur laquelle est bâti le château qui domine le village ? Est-elle la roche, elle aussi couronnée d'un château, qui donne au Mont Touleur voisin l'aspect d'un volcan éteint d'Auvergne ?

Quant à Millay, c'est encore le nom - sans rajouts -de la commune voisine, un peu plus au sud. Dans les chartes médiévales, Larochemillay était Rupes militis, la roche des guerriers, mais il s'agit là de l'interprétation latine du nom parlé, et non l'inverse. Ce qui est certain, et évident, c'est la fonction défensive du site.

 

Aujourd'hui entièrement boisé, le Mont Touleur domine de 270 mètres la vallée du ruisseau de la Roche. Son sommet est une masse rocheuse, partiellement arasée par la construction d'une forteresse dont subsiste la base des murs. Cette construction mesure intérieurement environ 21 mètres d'est en ouest et 13 mètres du nord au sud. Les murs, de 1 m 80 d'épaisseur, sont de pierres liées par un ciment extrêmement dur, au tuileau pilé, ressemblant au ciment romain. Ils s'appuient sur la roche naturelle, taillée et incorporée dans la muraille. Les parois est et ouest de la construction - sans doute le donjon - se prolongent vers le nord par deux lignes de pierres, vestiges probables d'autres murs. Au sud, on distingue les traces d'une tour, et au nord-est une profonde dépression d'environ 6 à 7 mètres de diamètre et 3 mètres de profondeur, peut-être une citerne. On ne sait rien de l'origine de cette forteresse. On pense qu'elle aurait été détruite au XVe siècle, probablement en 1474, comme toutes les autres défenses de hauteurs du Morvan, lors des troubles suivant la guerre de Cent ans. Son emplacement commande l'un des principaux accès à Bibracte. Il n'y aurait donc rien de surprenant à ce qu'il ait été utilisé dans l'organisation du système défensif de l'oppidum éduen.

 

Construit au sommet nord-ouest du bourg, face à Touleur, sur une masse rocheuse surplombant presqu'à pic la rivière de la Roche sur sa rive gauche, et son affluent le ruisseau de l'Etang des Marauds, le château de la Roche est une demeure classique (ISMH) du début du XVIIIe siècle. Elle aurait été construite vers 1715 par le maréchal de Villars. Elle comporte un grand corps de logis à mansardes, flanqué de deux pavillons rectangulaires. Le tout est bâti sur une esplanade surélevée entourée d'une balustrade. On y accède par un escalier monumental à double révolution. Ce château n'est toutefois pas le premier construit sur la butte rocheuse du village. En y accédant aujourd'hui, on coupe l'enceinte d'une fortification beaucoup plus ancienne, dont subsiste une tour. Peut-être a-t-il succédé au château de Touleur après sa destruction, ou peut-être les deux châteaux ont-ils existé conjointement durant le Moyen Age, leur double présence constituant une défense parfaite de la vallée. La baronnie de la Rochemillay était la seconde par son importance de tout le Nivernais. Elle tenait plus de 80 seigneuries dans sa vassalité. Son territoire englobait 7 paroisses et elle possédait des droits dans 24 autres.

 

Autour de son château, Le bourg de Larochemillay n'était pas un simple village de paysans. Avant la Révolution, il s'y tenait un marché chaque semaine et sept foires par an. Larochemillay était le siège d'un bailliage dont le ressort s'étendait sur tout le Morvan du sud, à près de trente kilomètres à la ronde. Après la Révolution, Larochemillay fut un moment chef-lieu de canton, puis son importance déclina au profit de Luzy, géographiquement mieux placé. De sa puissance passée, de son importance commerciale et administrative, Larochemillay a conservé nombre de belles demeures bourgeoises du XVe au XVIIIe siècle, le long de ses rues tortueuses et pentues qui grimpent jusqu'à la place sommitale où se tenait autrefois le marché, où s'ouvre l'entrée du château, à côté de l'église paroissiale (reconstruite à la fin du XIXe siècle).

 

Il faut voir, entre autres, l'auberge, avec sa tour ronde à poivrière ; Couveau, belle demeure du XVe siècle, à contreforts et ouvertures avec linteaux à accolades, actuellement gîte rural ; la petite chapelle construite au XIXe siècle dans l'ancien cimetière, au nord-est du bourg ; Machefer, château moderne et moulin, un peu en dehors du bourg, également au nord-est.

Saint-Gengoux est un hameau à 1 km au sud-ouest du bourg, au pied sud du Mont Touleur. Ce fut autrefois une paroisse, rattachée depuis la Révolution à Larochemillay. De ce passé demeure la petite église de St Gengoux, édifice roman du Xlle siècle, aujourd'hui chapelle funéraire de la famille de Rivière, dont le château se situe un peu plus au sud-ouest.

 

Les pentes sud-ouest du Beuvray

Il s'agit essentiellement de la vallée du ruisseau de Malvaux, l'une des régions les plus pittoresques du massif beuvraysien. Malvaux, comme son nom l'indique, était une mauvaise vallée. En effet Saint Martin, si l'on en croit la légende, faillit y laisser la vie. Poursuivi par les païens en colère, il ne dut son salut qu'à la vigueur de sa monture, qui franchit la vallée d'un seul bond, laissant la trace de ses sabots dans le rocher. Cet épisode rappelle combien cette vallée est étroite et encaissée. Elle est froide et voit peu le soleil. Le "Pas de l'Ane", sur la carte IGN (qu'il faut utiliser pour y accéder), est situé exactement à la cote 633, en bordure ouest d'un bon chemin forestier qui part du hameau de Montodué. On peut également y accéder par le "Haut de Sery", un chemin qui part de la grande épingle formée par la D274 (chemin de descente du Beuvray) à la cote 663. Le "Pas de l'Ane" est une petite cavité, creusée de main d'homme, au sommet d'un rocher dépassant de peu le niveau du chemin, mais surplombant de plusieurs mètres la vallée de Malvaux. On y venait déposer une offrande de menue monnaie pour perdre une souffrance ou faire exaucer une prière. C'était un lieu de pèlerinage très fréquenté.

Beaucoup plus spectaculaire est le chemin, probablement de construction gauloise, creusé dans la roche en bordure sud du ruisseau de Malvaux. Pour y accéder, venant du bourg de Larochemillay, il faut prendre au nord la D507 puis, au Crot des Hates, gagner les hameaux des Praies et de Montodué, hameaux de résidences secondaires extrêmement agréables. On gagne l'extrémité nord-ouest de Montodué et, la dernière maison dépassée, alors que l'on amorce la descente vers la vallée de la Roche, il faut prendre le second sentier sur la droite, dans les jeunes plantations de conifères. La distance pour atteindre et franchir le ruisseau de Malvaux est d'environ 850 mètres. Très vite, on va s'apercevoir qu'une roche barre le chemin. Celui-ci ne l'a pas évitée: son passage a été creusé dans cette roche. Un peu plus loin, après avoir franchi un ruisselet qui descend de la droite, on entre dans la forêt feuillue et on constate que tous les rochers présents sur le passage ont été taillés à angle droit, laissant une banquette ou trottoir de part et d'autre du passage. On peut se poser des questions sur les motivations de cette entreprise de taille, qui n'était pas uniquement destinée à permettre le passage, puisqu'à l'arrivée près du ruisseau la taille des banquettes a été poursuivie à la base des rochers à un niveau et dans une direction divergents du niveau et de la direction du chemin.

Près du ruisseau également, les roches dominant le chemin présentent des profils élevés en hauteur qui les ont fait dénommer "clochers de Malvaux". Il s'agit là probablement des vestiges de débitage d'anciennes carrières. Le ruisseau franchi, il est possible de continuer à monter le chemin suivant sa rive droite. Au bout d'un kilomètre environ, il franchit ce ruisseau et repart sur l'autre pente jusqu'au "Pas de l'Ane". En revanche, si on redescend le long du ruisseau, le chemin arrive sur la D507 en face du Moulin de Montvernot, un très joli moulin qui demeure en parfait état de fonctionnement et dont la roue est mue par l'eau du ruisseau de la Roche, amenée par un bief de 400 mètres.

 

Montjouan -Lavault -Champ Robert

Pour parvenir à ce groupe de hameaux, à l'extrémité ouest de la commune, il faut prendre d'abord la D27, au nord du bourg, puis très vite à gauche la D192, direction Sanglier. Avant ce croisement, sur un petit parking, on aura la plus belle vue sur le château de la Rochemillay et sur la vallée.

2 km 500 après ce croisement, sur une petite place, un monument rappelle la présence, dans le bois voisin, des cantonnements du maquis Louis durant la guerre 1939-45, au hameau des Fraichots. Ce hameau, aujourd'hui abandonné et totalement ruiné, avait probablement été choisi en raison de son éloignement des grandes routes, mais aussi parce que son existence n'était pas mentionnée sur la carte d'Etat major, à la suite d'un oubli ou d'une erreur de graphisme.

A Montjouan, on arrive dans une vaste clairière entourée de hauteurs boisées. Cette région était autrefois, et ce dès l'époque romaine, le siège d'une intense activité minière et industrielle. On y exploitait le marbre et le fer. Le hameau de Lavault s'appelait Lavault-de-­Ferrières. La pyrite était exploitée depuis Lavault jusqu'à la route romaine formant limite de commune avec Villapourçon, et même au-delà, dans la forêt de Chatillon. L'exploitation du chapeau de fer était réalisée par des excavations successives et voisines, dont les traces sont toujours visibles dans la forêt, comme elles ont été conservées par la toponymie : champ des Crots, Bois des Crotellés...

A Champ Robert, c'est le marbre qui était exploité à ciel ouvert, un beau marbre blanc saccharoïde très pur, qui attira vite l'attention des gallo-romains. On retrouve le marbre de Champ Robert dans bien des monuments romains d'Autun et de St Honoré. L'exploitation fut d'ailleurs reprise aux XIXe et XXe siècles, mais dut être abandonnée avant la guerre 1939-45 en raison du coût élevé dû aux difficultés de transport. Tout à côté, des vestiges de fours romains de type catalan ont été mis au jour. On y traitait le fer extrait des mines voisines. Les fronts de taille des carrières de marbre et les installations métallurgiques ont été dernièrement détruits par les terrassements. Ces travaux ont attaqué les abords d'une motte féodale dite "Château d'Auvergne", siège de l'antique seigneurie de Champ Robert.

 

© Roland Niaux, 09 février 1994

Publication électronique : 2006-2007