LAIZY

(Saône-et-Loire)


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- Carte IGN 2825 est : Autun

 

Accès :

  • depuis Autun, prendre la N81, direction Luzy – Bourbon-Lancy, puis à 11 km d’Autun, sur la gauche la D994 que l’on suit à peine 1500 mètres avant de prendre, de nouveau à gauche, la D222 jusqu’au bourg de Laizy (depuis Autun, 13 km 500).
  • depuis Étang-sur-Arroux, on prend la D994 (direction Autun) et on tourne à droite pour prendre la D222 jusqu’à Laizy (distance depuis Étang 6 km).

La commune s’étend de part et d’autre de l’Arroux. Elle est traversée par deux voies romaines. Sur la rive droite de l’Arroux, la voie d’Autun à Clermont : c’est à peu près le tracé de la N81, légèrement en bordure nord de celle-ci ; sur la rive gauche, la voie d’Autun à Toulon-sur-Arroux et Digoin suit approximativement le tracé du chemin de Brion à Étang-sur-Arroux. Le village s’est construit entre ces deux voies. Des vestiges d’époque gallo-romaine ont été trouvés autour de l’église. Il semble que le village de Laizy ait succédé à une villa gallo-romaine, possédée au VIe siècle par l’évêque d’Autun, Saint Syagre, qui en fit donation à son église.

 

L’église est placée sous le vocable de Saint Julien de Brioude. Une légende rappelle les péripéties de sa construction : Saint-Julien et Saint Léger se promenaient ensemble dans la campagne morvandelle (historiquement, ils ne vivaient pas à la même époque). Étant arrivés sur une hauteur proche de Méley, un hameau disparu de Saint-Léger-sous-Beuvray, proche de la limite communale de Laizy, ils admirèrent le paysage de la plaine et décidèrent d’y bâtir une église. Comme Saint Léger venait de s’approprier l’église de Saint-Léger-sous-Beuvray, ce fut au tour de Saint Julien de choisir l’emplacement de son église. Comme il hésitait, Saint Léger lui dit : « jette ton marteau, là où il tombera, ton église bâtira ». Et comme Saint Julien était sans doute très musclé, son marteau tomba quatre kilomètres plus loin, au bord de l’Arroux, et c’est là que fut construite son église. On rencontre ce choix d’un emplacement par un jet de marteau, avec évidemment des enjolivures et des personnages divers, dans maintes région de France et spécialement en Bourgogne. Sans doute s’agit-il d’un rite d’appropriation, mais son sens symbolique nous échappe.

 

L’église est un édifice roman du XIIe siècle. Elle se compose d’une nef de trois travées, flanquées de collatéraux de même hauteur, d’un transept légèrement plus large, suivi d’une travée de chœur puis d’une abside semi-circulaire. Les voûtes ont disparu. Ce qui en subsiste sur les croisillons et la travée d’avant chœur est en berceau brisé. Au carré du transept, sous le clocher, était une coupole que soutenaient les quatre trompes encore existantes. Les quatre piles cruciformes qui le délimitent sont ornées en partie de pilastres cannelés qui rappellent le décor de la cathédrale Saint Lazare et des portes romaines d’Autun. L’abside est ornée d’une arcature à sept formes séparées par des colonnettes surmontées de chapiteaux en calcaire blanc finement traités. L’un d’eux représente Jésus reconnu par les pèlerins d’Emmaüs. Les autres figurent des flores décoratives, des oiseaux adossés et des personnages divers. Les chapiteaux de la nef sont simplement ébauchés dans le granit. Le clocher, sur la croisée du transept, en forme de tour carrée d’un seul étage est éclair sur chaque face par une baie en plein cintre, et coiffé d’un toit pyramidal couvert d’ardoises, comme le reste de l’édifice.

La seule adjonction au plan primitif de l’église est la petite chapelle seigneuriale prolongeant vers l’est le bras droit du transept et accolée au chœur et à une partie de l’abside. Les nervures des croisées d’ogive indiquent le XVe siècle, les armes sculptées à la clef de voûte sont celles d’Esmée Rolin et d’Antoine d’Orges, son mari, dame et coseigneur de Chazeu avant 1541 et donc probablement les fondateurs de la chapelle.

Extérieurement, le vaisseau est épaulé sur chaque face latérale par cinq énormes contreforts obliques et par quatre autres en façade occidentale. Le visiteur est séduit, dès son entrée dans l’édifice, par la qualité remarquable du mobilier, qui en fait l’une des plus riches églises rurales de l’Autunois.

L’un des trésors de cette petite église est une Vierge en marbre (MH), haute de cinquante centimètres placée à gauche dans le chœur. C’est probablement une œuvre de Jean de la Huerta, qui travailla en Bourgogne à la fin du XVe siècle pour le compte du cardinal Rolin, qui devint seigneur de Chazeu en 1461. Le visage du modèle se retrouve sur plusieurs statues de la même époque, entre autres la Sainte Marguerite de la Grande-Verrière, aujourd’hui au musée Rolin d’Autun.

D’autres statues méritent une mention : deux statues en bois peint du XVIIe siècle. représentant l’une Saint Jean-Baptiste, bois polychrome (ISMH), l’autre Sainte Agathe, également en bois polychrome, tenant un livre de la main droite et de l’autre la tenaille avec laquelle on lui arracha les seins. Citons également une Sainte Philomène en bois doré du XIXe siècle. Dans la chapelle seigneuriale, un haut relief en pierre polychrome représente l’apparition du Christ, enfant, à Saint Hubert, œuvre du XVIe siècle (MH).

Dans le bras nord du transept, un panneau peint en bois, du XVe siècle, montre l’apparition du Christ à Marie-Madeleine. En arrière plan, on voit le Sépulcre vide, l’apparition aux Saintes femmes et les pèlerins d’Emmaüs.

Enfin, au dessus de l’autel voisin, une toile du XVIIe siècle (MH) représente Saint Julien de Brioude en officier romain sous les traits de Roger de Bussy-Rabutin, qui fut seigneur de Chazeu en 1648. Cette œuvre est attribuée à Lebrun.

 

CHAZEU était le siège d’une seigneurie dont dépendait Laizy. On peut en voir les ruines sur la rive droite de l’Arroux, à un kilomètre au sud du bourg. L’accès est possible depuis la D994, par un chemin conduisant à la ferme de Chazeu. Les ruines ne sont cependant pas visitables. On peut voir en contournant le site une partie de la porterie surmontée d’une tour carrée découverte, haute de deux étages, une tour semi-circulaire à mâchicoulis, et au nord, la base du gros donjon carré avec, entre ces différentes parties les vestiges de murs envahis par les broussailles, et tout autour les fossés bordés d’un talus. Ces vestiges évoquent l’édifice restauré au XVe siècle, du temps des Rolin. Il comprenait quatre autres tours de deux étages, les corps de logis entre les tours, un grand fossé entourant les murailles, franchi par un pont-levis au sud-ouest, et une chapelle extérieure, au sud.

La forteresse commandait le passage à gué de l’Arroux (on trouve sur la rive opposée un lieu-dit « Le Péage »). Elle fut acquise vers 1434 par Nicolas Rolin, chancelier du duc de Bourgogne, qui la transmit à son fils, le cardinal Jean Rolin, évêque d’Autun. Chazeu passa dans la famille de Rabutin vers la fin du XVIe siècle. Le plus célèbre personnage de cette famille, qui fit de Chazeu sa résidence d’été, fut Roger de Bussy-Rabutin, que Louis XIV envoya en exil en Bourgogne. Là, il partagea son temps entre ses résidences de Bussy près de Montbard, et de Chazeu. Il avait épousé en 1643, sa cousine Gabrielle de Toulongeon, petite-fille de Sainte Jeanne de Chantal (Toulongeon à la Chapelle-sous-Uchon, et Chantal à Monthelon, font partie du « Pays d’Art et d’Histoire »). Bussy-Rabutin avait une autre cousine, célèbre, Madame de Sévigné, qui vint à Chazeu en 1677. Bussy-Rabutin mourut à Autun en 1693 et y fut inhumé.

En 1765, Chazeu passa aux Mac-Mahon. On voit encore dans l’église de Laizy quelques traces d’une litre funéraire aux armes des Mac-Mahon. A la Révolution, Chazeu fut vendu comme bien national et détruit entre 1830 et 1840, dans le seul but d’en vendre les pierres comme matériau de construction. On retrouve ainsi parfois, dans les fermes ou les murs de clôture du voisinage, quelques éléments architecturaux issus du château. Bien qu’inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1927, il se détériore de plus en plus.

 

La commune a pourtant fait de gros efforts pour l’accueil touristique. Les rives de l’Arroux ont été agréablement aménagées : camping, pêche, promenades sont possibles. Le GR 131 d’Autun à Bibracte, traverse la commune et le bourg de Laizy. On peut voir également l’ancien moulin banal de Chazeu, qui conserve des aménagements intéressants. Il est situé à 750 mètres du sud-ouest du château, à l’extrémité du chemin qui prolonge, en ligne droite, la sortie de l’ancien pont-levis.

 

© Roland Niaux, 09 février 1994

Publication électronique : 2006-2007