CHISSEY-EN-MORVAN

(Saône-et-Loire)


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- Carte IGN 1/25000e est Lucenay-Lévêque

 

Commune limitrophe de Côte d’Or, Chissey-en-Morvan dans la haute vallée du Ternin, est située à 21 km au nord d’Autun à mi-chemin de Saulieu. On y accède depuis Autun par la D980, ancienne route de Paris, qui traverse toute la commune et son bourg.

A l’époque gallo-romaine, c’était un carrefour, peut être un relais de poste, sur la voie d’Autun-Quarré-les-Tombes puis Auxerre. Cette voie fut empruntée par l’empereur Julien en 356 lorsqu’il vint délivrer Autun assiégée par les barbares.

 

De Chissey vers le nord, deux itinéraires ont été utilisés soit conjointement, soit successivement au cours des premiers siècles de notre ère. Ils se rejoignaient à Alligny-en-Morvan. L’un probablement le plus ancien, grimpait par une large boucle sur la hauteur de Pierresaut dominant le bourg de Chissey et suivait ensuite la crête en direction du nord (c’est l’itinéraire indiqué sur la carte IGN au 1/25000e 2824 est Lucenay-L’Evêque, sous le nom d’ « ancienne voie romaine ». L’autre, sans doute médiéval, suivait la vallée du Ternin, tandis que le premier, par un raccordement postérieur, était alors surtout connu comme voie d’Autun à Saulieu. De Chissey, d’autres voies secondaires rayonnaient, en direction de Villiers-Brazey et en direction de Savilly et Bard-le-Régulier vers le nord-est et l’est, en direction de Ruisselle-Cussy-Anost vers l’ouest. C’était des voies de raccordement aux grandes voies issues d’Autun et de Bibracte.

 

Quelques vestiges d’habitat gallo-romain furent découverts au XIXe siècle, notamment au château de La Prée, tout proche du bourg et aux Chaumes Cotantin, hameau aujourd’hui disparu, dans les bois proches de Ménessaire. Durant le haut Moyen Age, Chissey demeura un centre important : on découvrit un trésor monétaire de l’époque mérovingienne près du hameau de Buis. D’autres hameaux, comme Ruisselle et Palaizot, sont cités au VIIIe siècle dans le testament d’un riche patricien qui en fit donation (en 706) au monastère de Saint-Andoche-de-Saulieu. Palaizot (à cette époque Palatiolum) évoque d’ailleurs un « palais » c'est-à-dire une riche villa de l’antiquité tardive.

 

Chissey-en-Morvan fut christianisé de bonne heure. Son église construite au XIe siècle, est sous le vocable de Saint Martin. Reconstruite par l’architecte Jacques Rollet au XIXe siècle, elle conserve dans son mobilier une Vierge à l’Enfant en bois (XVIIe s., M.H.), une Sainte Barbe en bois (XVIe s., M.H.) et un Saint Jean-Baptiste (XIXe s.). Au dessus de l’église, derrière le cimetière actuel, se trouvait une fontaine Saint Martin, autrefois célèbre par ses vertus qui attiraient un grand nombre de pèlerins venus demander la guérison des fièvres, ou la pluie pour les cultures.

 

Le château, situé à l’entrée du village en venant d’Autun par la D980 était à l’origine le siège d’un fief relevant de l’évêque d’Autun et ne comportant qu’une tour de trois étages, en maçonnerie grossière, bâtie an XIIe siècle. Cette tour ronde, aujourd’hui tronquée, a été incorporée dans le château à la fin du XIIIe siècle ou au début du XIVe siècle. Elle en forme l’angle nord-est.

Le corps du logis se trouve au fond d’une cour intérieure. Il était prolongé à l’ouest par le donjon et une tour. Ce corps de logis comprenait une cave voûtée, un entresol et un étage avec galerie ayant vue sur la cour intérieure. Vis-à-vis, au sud, se trouvait une courtine partagée en deux par le pont-levis précédé d’un pont dormant dont l’accès était défendu par deux meurtrières. Le corps du bâtiment à droite en entrant dans la cour comportait une vaste cuisine, la chapelle, la grange et les étables. Quatre tours placées aux quatre angles du château et percées chacune de deux meurtrières, avec un fossé large et profond suivi d’un talus, rendaient l’accès de la forteresse très difficile. La tour sud-ouest n’existe plus et les fossés se devinent à peine.

Durant la Révolution, les seigneurs de Chissey émigrèrent (le propriétaire était alors Nicolas de Fussey) et le château et les terres dépendantes furent vendus comme biens nationaux. Heureusement, il ne fut pas détruit comme beaucoup d’autres et notamment comme le second château fort de Chissey qui, lui, a totalement disparu.

Il était connu sous le nom de « Lamothe-Chissey » et se trouvait au nord-est de l’actuel château, à peu près à l’entrée de la vallée des ruisseaux d’Effours et de Villiers, peut être vers les Guyards. Il existe en effet au pied de ces maisons un « pré de la Motte ». Ce château était flanqué de quatre grosses tours et d’un fossé alimenté par le ruisseau.

 

En 1815, les Alliés qui avaient vaincu Napoléon occupaient le pays. Des convois autrichiens parcouraient le Morvan. A Chissey, la résistance à l’ennemi s’organisa. Un maquis s’établit dans le nord de la commune, à la limite de Chissey, Moux et Blanot et des départements de Saône-et-Loire, Nièvre et Côte d’Or, sous le nom de « camp des Latois », du nom d’un hameau voisin. Une centaine de paysans prirent les armes, sous la conduite du maire d’Alligny, du nouveau propriétaire du château de Chissey, M. Hubinet, et du curé de Moux. Ils se trouvèrent bientôt 1500 à 2000, encadrés par tous les gardes forestiers de la région. L’empereur informé de l’ampleur des événements, envoya son chambellan, le comte de Forbin-Janson, pour coordonner la résistance et prendre la direction militaire des opérations. Des embuscades furent tendues aux convois autrichiens, dont une, particulièrement sanglante au pont de Souvert, entre Chissey et Lucenay. Les opérations cessèrent avec la fin de l’Empire. A son retour de l’Ile d’Elbe, Napoléon voulut marquer sa reconnaissance aux Morvandiaux. Il fit étape au château de Chissey et en profita pour recevoir les chefs de la résistance qu’il décora de la Légion d’Honneur, spécialement le curé Rasse, ce qui valut à ce dernier beaucoup d’ennuis ultérieurs de la part des occupants, après l’abdication définitive de l’empereur. Son évêque dut le mettre à l’abri pour le soustraire à la vindicte des Russes et des Autrichiens ;

 

Chissey offre aujourd’hui d’agréables promenades à ses visiteurs. Signalons quelques routes touristiques : la D276, Chissey-Ruisselle-Cussy, les D233 et D324, Chissey-Fravelle-Effours, les D233 et 247, Chissey-Savilly, le chemin Chissey, la Prée, Valouze, les Crots Barbizots, d’où le point de vue est remarquable. Il existe en outre quantité de sentiers pédestres à découvrir, la route romaine, la vallée de la Gagère depuis Souvert et bien d’autres (se munir impérativement de la carte IGN au 1/25000e Lucenay pour choisir son parcours).

 

A voir aussi, le moulin du Guidon (400m au sud du château, accès depuis la D980, à droite en venant d’Autun).

 

© Roland Niaux, 09 février 1994

Publication électronique : 2006-2007