OSTREICULTURE EN CASAMANCE
I- CLASSIFICATION ZOOLOGIQUE
EMBRANCHEMENT
Les huîtres appartiennent à l’embranchement des mollusques, parmi ces « animaux mous » on peut distinguer trois sous-embranchements :
· Les Céphalopodes : la poulpe et la seiche, par exemple ;
· Les Gastéropodes : escargots, murex, etc…
· Les Acéphales (sans tête) comme les huîtres.
CLASSE
Les huîtres appartiennent à la classe des bivalves, elles ont donc une coquille composée de deux valves réunies par une charnière.
La sous-classe apportera une autre précision sur le corps de l’animal : Lamellibranche, qui veut dire que les branchies sont disposées en séries de petites lamelles, comme chez la plupart des poissons.
ORDRE
L’ordre des Siphones indique que les huîtres n’ont pas de siphon, contrairement à d’autres bivalves comme les Tellines que l’on trouve sur les côtes du Sénégal (Ordre des Siphonés).
Le sous-ordre des Monomaires indique que les huîtres ne possèdent qu’un seul muscle adducteur pour fermer et ouvrir les valves de leur coquille. Les moules, par contre, font partie du sous-ordre des Diminaires, où l’animal possède deux muscles de fermeture des valves.
Avec les huîtres, nous sommes donc en présence d’animaux mous, sans tête, recouverts d’une coquille en deux parties reliées par une charnière et fermée par un seul muscle. Le corps de ces animaux ne comporte pas de siphon et son organe respiratoire est composé de branchies semblables à celles des poissons.
Nous ne citerons que ces deux familles :
· La famille des Ostréidés dont les individus sont comestibles ;
· La famille des Pteriides, à laquelle appartiennent les huîtres perliéres.
I. Familles des OSTREIDES
1.1. GENRE OSTREA
Ces huîtres ont une coquille ronde et plate : on les trouve en bord de mer et en estuaire depuis la Scandinavie jusqu’aux îles canaries, Ostrea edulis cultivés en France, est une des meilleurs huîtres du monde.
Les individus du genre Ostrea changent souvent de sexe plusieurs fois aucours de leur vie : d’abord mâles, l’huître devient femelle après quelques semaines, puis elle redevient masculine après avoir pondu !
Bien que les huîtres soient fixées à demeure sur leur support, la fécondité des œufs du genre Ostrea a lieu à l’intérieur de la coquille de la femelle (1 million d’œufs) qui filtre les spermatozoïdes en même temps que l’eau ; les filtres sont ensuite lâchés au fil de l’eau.
Les jeunes larves, appelées « véliger » nagent librement pendant 1 à 3 semaines (planctoniques) et se fixent à un support lorsqu’elles mesurent 1 mm de diamètre.
1.2. GENRE GRYPHAEA
Ces huîtres ont une coquille creuse et allongée ; on trouve au Sénégal et le long de la côte d’Afrique Grypaea gazar ou Crassostrea gazar, l’huître de palétuvier.
A l’inverse du genre Ostrea, les individus du genre Gryphaea ont toujours le même sexe. La fécondation a lieu dans l’eau et non dans la coquille, chaque femelle pondant 1 à 2 millions d’œufs. La reproduction est dite ovipare.
1.3. GENRE PYCNODONTA
Ces huîtres ont une coquille crayeuse à structure alvéolaire qui lui donne par endroits l’apparence de la mie de pain. La reproduction est ovipare. On trouve au Sénégal Pycnodonta cochlear dans l’océan par 40 à 100 m de profondeur.
II . FAMILLE DES PTERIIDES
Les huîtres perlières ont toujours fasciné les amateurs d’objets précieux : on les trouve en Mer Rouge, dans l’Océan Indien et l’Océan Pacifique.
Deux espèces sont particulièrement connues : PINCTADA radiata, élevée au japon depuis environ un siècle sur de grandes superficies, et Pinctada margaritifera, qui croît naturellement dans les lagons des atolls du Pacifique et donne les plus grosses perles du monde. Des essais d’élevage de P. margaritifera ont été effectués en Polynésie avec des résultats prometteurs.
La création d’une perle est accidentelle : un corps étranger ou un animal s’est introduit à l’intérieur de la coquille, dans un endroit d’où il ne peut pas être expulsé naturellement.
L’huître va secréter un mucus nacré pour enrober ce corps étranger qui la blesse. Si l’intrus est placé au bon endroit, l’enrobage de nacre formera une perle naturelle en quelques années. Cette perle aura un peu la forme du corps étranger qui se trouve à l’intérieur ; une perle naturelle est donc rarement ronde. De plus, si le corps étranger s’est glissé entre le manteau et la coquille, l’enrobage de nacre constituera simplement une bosse à l’intérieur de la coquille ; le bijoutier découpera cette bosse pour créer une demi-perle (pendentif ou boucle d’oreille).
Cependant, malgré leurs formes irrégulières, les perles naturelles conservent une valeur bien supérieurs à celle des perles de cultures, par suite de leur rareté et de leur « orient » c’est-à-dire leur éclat et leurs teintes particulières.
Dans l’aquaculture des huîtres perlières, on introduit une bille en nacre à un endroit bien précis du corps de l’huître, à l’intérieur du manteau. Si la bille est parfaitement mise en place et que l’huître survit à l’opération, on retrouvera un à deux ans après une perle parfaitement ronde. C’est un ingénieur japonais, Mikimoto, qui a mis au point cette technique, mais la mise en place de la bille demande toute la dextérité d’ouvriers japonais spécialisés pour réussir. Les cultures d’huîtres perlières mise en place en Australie, en Polynésie et ailleurs dans le monde, font toutes appels aux ouvriers de Mikimoto pour cette opération extrêmement délicate.
III.
ANATOMIE DES GRYPHAEA OU CRASSOSTREA GASAR
La coquille des huîtres est externe et bivalve. C’est-à-dire en deux piéces réunies par une charnière, qui contiennent le corps de l’animal. Les deux valves sont différentes :
· La valve gauche est concave et contient l’animal ;
· La valve droite est plus ou moins plate et le recouvre.
C’est la valve gauche qui se fixe sur le support et dans le langage courant, on parlera de valve inférieurs ( la valve gauche concave) et de valve supérieure (valve droite plate).
L’extrémité antérieure de la coquille est celle où les deux valves sont réunies par un ligament (charnière), car la bouche est située à proximité de celle-ci.
La charnière qui articule les deux valves des huîtres comestibles, est constituée très simplement par un ligament élastique en matière ressemblant à de la corne.
La fermeture des valves est effectuée par le muscle adducteur situé vers le milieu de la coquille ; cette fermeture doit être hermétique afin que l’huître puisse survivre durant les périodes de basse-mer, où elle se trouve à l’air libre.
Dans le corps de l’huître on rencontre, simplifiés, tous les grands organes des animaux supérieurs, en particulier les systèmes :
· Respiratoire ;
· Nerveux ;
· Digestif ;
· Circulatoire ;
· Génital.
Le sang de l’huître est un liquide vaguement bleuâtre, et les produits génitaux apparaissent en une masse blanchâtre dans le corps de l’huître, à certaines époques de l’année.
IV. BBIOLOGIE DES HUITRES CRASSOSTREA OU GRYPHEA
Salinité, température, nature du fond et des supports règlent la répartition locale des espèces mais, en règle générale, les huîtres sont des mollusques marins qui prospèrent dans des eaux dont la salinité est tempérée par des apports d’eau douce. Les larves réclament la plupart du temps une salinité inférieure à celle qui est supportée par les adultes : elles sont d’abord pélagiques pendant quelques jours, puis se fixent sur un support lorsque le développement de leur coquille augmente leur densité.
Dans l’estuaire de la Casamance où les fonds sont vaseux, les larves qui tombent sur le fonds disparaissent et seules subsistent celles qui trouvent un support, par exemple un pieu, un ouvrage en béton, et surtout les racines des palétuviers. De plus, les eaux douces proviennent, au moins en Casamance, de la filtration des terres avoisinantes et l’eau est donc plus douce en surface qu’en profondeur. Cette salinité moins forte est favorable aux larves et les conditions sont réunies pour que les larves se fixent de préférence sur les racines des palétuviers.
A l’âge d’un an les huîtres ont déjà des produits génitaux (œufs et spermatozoïdes), mais il ne semble pas, cependant, que ces produits puissent donner des larves viables avant l’âge de 5 ans. En général les huîtres vivent de 10 à 15 ans, mais on connait de très gros individus paraissant âgés de 25 à 30 ans.
Une GRYPHEE ou Crassostrea adulte, de 5 à 10 ans, peut produire 1 à 2 millions d’œufs par ponte. Le nombre de spermatozoïdes émis par les mâles est de 10 fois plus élevé. L’œuf à maturité a en général la forme d’une poire, de 0.1 à 0,2 mm de long sur 0,05 mm de large.
L’émission des œufs et des spermatozoïdes est effectuée la plupart du temps de jour à marée montante ; l’eau prend alors une couleur laiteuse. Cette émission paraît provoquée par une ou des modifications de température et de salinité.
En 24 heures, l’œuf fécondé se transforme en une petite larve ciliée (veliger) d’un dixième de millimètre de diamètre, capable de petits mouvements verticaux, mais incapable de vaincre le moindre courant ; elle se tient près de la surface et fait donc partie du Plancton. A ce titre tous les animaux s’en repaissent et en particulier, les alevins de poissons et les jeunes larves de crevettes.
Le 5e jour, la petite larve est pourvue d’un embryon de coquille à 2 valves semblables, et d’un disque extérieur cilié, le velum, qui lui permet de se déplacer.
Vers le 8e jour, l’une des valves devient plus creuse que l’autre et l’organisation interne se complète peu à peu.
Au bout de 15 à 20 jours, la larve atteint un diamètre de 3/10e de mm et acquiert une teinte rouille annonçant que le terme de sa vie planctonique est proche. En effet, avec l’alourdissement de sa coquille, elle tombe sur le fond.
A ce stade, la jeune larve possède un pied qui lui permet de ramper, et une glande sécrétant un byssus, matière collante filamenteuse qui lui permet de se fixer. Si la température, la salinité et la composition de l’eau sont favorables, et si elle trouve un support propre, non vaseux, la petite larve s’immobilise bientôt et se colle au support par sa valve inférieur gauche.
Là, en 72 heures, son corps se transforme complètement pour devenir une miniature de l’huître que nous connaissons.
On estime qu’une dizaine d’huîtres arrivent à l’âge adulte pour un million d’œufs pondus.
V. AALIMENTATION
Les branchies et la face interne des lobes du manteau et des palpes labiaux sont pourvues d’un nombre considérable de petits cils. Leur activité provoque entre les valves un violent courant d’eau qui entraine tous les organismes et particules en suspension ; pour une seule huître le volume d’eau déplacé en une heure atteint 5 à 6 litres.
L’oxygène dissous est absorbé par la surface des branchies et du manteau, assurant la respiration. Les matières solides sont enrobées d’un mucus sécrété par les branchies et sont conduites par les cils aux palpes labiaux qui les amènent à la bouche ; ce mucus joue le même rôle que la salive chez les mammifères avec probablement en plus une action pré-digestive.
Les courants de marée entraînent des organismes planctoniques et benthoniques de toutes sortes ; bien peu arrivent à échapper à l’absorption par l’huître.
Dans l’ensemble, en dehors de la vase, l’essentiel de la nutrition des huîtres est constitué par :
· Les diatomées, les flagelles, les péridiniens,…..
· Des débris d’algues diverses ;
· Des spores d’algues ;
· Des œufs et des larves microscopiques.
L’huître est donc un animal microphage et omnivore.
VI. RROLE DANS L’ALIMENTATION HUMAINE
A cause de leur prix élevé, les huîtres ne sont pas consommées en tant que plat de résistance, mais plutôt comme une délicatesse de gourmet. En effet, en Europe et dans le Sud-est asiatique les huîtres sont cultivées depuis plus de deux millénaires ; le coût de l’élevage et aussi du transport dans les coquilles font que le prix des huîtres payé par le consommateur est élevé. La production naturelle serait très loin de pouvoir suffire à la consommation, qui se chiffre à plusieurs centaines de milliers de tonnes par an.
Pourtant, par sa composition, l’huître est parfaitement apte à assurer les besoins organiques de l’homme, mieux que la viande par exemple. En effet, si la chair de l’huître est riche en eau (80%), elle contient beaucoup de protéines et d’hydrates de carbone, de très nombreux oligo-éléments et une proportion importante de Vitamines A,D,B1,B2 et C. C’est donc un aliment de choix pour lutter contre l’anémie et les carences en oligo-éléments.
Pour la digestibilité, l’huître vient au premier rang des aliments carnés avec l’œuf frais cru et le lait non bouilli, avec l’avantage d’être pauvre en graisses.
Cependant, dans les zones fortement polluées comme certaines baies du Japon, les huîtres peuvent devenir toxiques, à cause justement de leur faculté de concentrer les oligo-éléments comme le zinc et le mercure.
D’autre part, les huîtres, consommées fraîches, peuvent favoriser la propagation de certaines maladies comme l’Hépatite Virale et des « fièvres tropicales » d’origine mal connue. Quelques précautions peuvent être prises pour éliminer ce danger.
6.1. NETTOYAGE DES HUITRES
Lorsqu’on veut consommer des huîtres fraîches, il est indispensable de brosser soigneusement les coquilles dans de l’eau de mer propre afin d’éliminer toute la vase. De plus, l’eau retenue à l’intérieur est également très teintée ; on fera donc « dégorger » les huîtres en les plaçant pendant au minimum toute une nuit dans une quantité suffisante d’eau de mer propre et non polluée (récoltée en bord de mer).
Cela n’est pas suffisant pour obtenir une sécurité absolue mais éliminera au moins les impuretés, la vase et une partie des produits intestinaux.
6.2. PASSAGE A LA CHALEUR
Après brossage et passage dans l’eau de mer propre, on peut aussi « faire ouvrir » les huîtres sur un feu de bois ou de charbon de bois. En effet, exposées à forte chaleur, les huîtres s’ouvrent en mourant ; de ce fait, il est aisé de détecter les huîtres qui étaient déjà mortes avant le passage à la chaleur : celles –là ne sont pas ouvertes et risquent d’être toxiques. Elles seront éliminées.
L’action de la chaleur a également des chances de tuer les éléments pathogènes en même temps que les huîtres.
6.3. FUMAGE ARTISANAL
Traditionnellement certaines femmes des villages de pêcheurs fument les huîtres sur des feux de bois vert.
« Il faut se rappeler qu’une seule huître mal fumée peut provoquer une très grave intoxication alimentaire ». Ce cas est très fréquent en Casamance.
Pour que le fûmage soit homogène et bien conduit, on a intérêt à utiliser le fumoir constitué par un fût à essence dont on a parlé dans le cours de Pêche (halieutique).
L’ordre des opérations est le suivant :
· On commence par faire ouvrir les huîtres à la chaleur d’un feu comme indiqué en 6.2.
· Séparer les huîtres de leurs coquilles en observant la plus grande propreté, et les déposer dans un récipient propre ;
· Mettre les huîtres sur des supports ajourés ( claies ou mieux, grillages fins genre moustiquaire métallique), et les exposer à la fumée d’un feu de bois vert pendant 24 heures. La température au niveau des huîtres ne doit pas dépasser 55° à 60° (température tout juste supportée par la main).
6.4. CONSERVERIE
Une excellente spécialité espagnole est consommée avec l’apéritif : ce sont les Alméjas, coquillages bivalves mis en conserve au naturel. Il est parfaitement possible d’utiliser les huîtres de palétuviers pour fabriquer un produit similaire.
VII. L’AQUACULTURE DES HUITRES (OSTREICULTURE)
En quoi consiste principalement l’Ostréiculture ?
En gros, il est d’abord nécessaire de favoriser la fixation des jeunes larves, donc de multiplier les supports sur les lieux de reproduction.
On transportera ensuite ces supports dans des lieux favorables au grossissement, où les huîtres seront surveillées, disséminées et protégées contre leurs ennemis.
Enfin, on « affinera » les huîtres avant la vente pour améliorer leur présentation et développer leurs qualités gustatives.
7.1. HISTOIRE DE L’OSTREICULTURE DANS LE MONDE ET AU SENEGAL
Les Chinois cultivent les huîtres depuis des temps immémoriaux ; ils utilisent encore de nos jours nombre de procédés empiriques inventés par leurs ancêtres.
En Europe, il ne semble pas que les grecs de l’antiquité aient à proprement parler cultivés des huîtres ; cependant ils avaient déjà fait les observations essentielles concernant les moyens de multiplication et la possibilité de grossissement dans des endroits propices.
Les Romains cultivaient des huîtres dans les lagunes de Venise et dans les estuaires ; de plus ils importaient de grandes quantités d’huîtres en provenance de la côte atlantique de France, de Belgique et même d’Angleterre (qui ne s’appelaient pas de ces noms là à l’époque !).
En France, après des élevages empiriques, l’ostréiculture moderne prit naissance en 1857 avec des essais systématiques de types de collecteurs différents, l’enrichissement des bancs naturels, des études sur biologie, et la création d’étangs spéciaux pour le grossissement.
Au Sénégal, en dehors de la région de Ziguinchor, l’aquaculture a toujours été une activité marginale pratiquée par moins de 0,06% des ménages ruraux sur l’ensemble du territoire.
C’est à partir de 1940, que les techniques modernes ont été expérimentées dans la vallée du Fleuve Sénégal (pisciculture), en Casamance (pisciculture, ostréiculture et crevetticulture) au Sine Saloum (ostréiculture) et sur la petite Côte (ostréiculture).
Les travaux de Cormier Salem (1992), Gilles (1991) et Pennec (1992), Diadhiou (1995) et N’diaye (1997) font l’état des connaissances sur l’ostréiculture en Basse Casamance. Ces auteurs ont été l’existence d’une ostréiculture traditionnelle pratiquée par les femmes de Cabrousse et de Diogué. Cette technique, pratiquée sur les berges et dans les rizières est en perte de vitesse.
A côté de ces formes traditionnelles, des techniques d’ostréiculture en guirlandes et pochons, beaucoup plus avancées ont été introduites à Carabane, Djivente et Ourong par les projets Franco canadiens (1988), celles de la Mission Agricole Chinoise (1996) et de Idée Casamance à Essaout, Djivente, Ourong, Niaguis, Thiobon et Katakalousse (2002-2006) donnant ainsi un nouveau souffle à l’ostréiculture dans la région.
Ainsi, des huîtres de 6 à 7 cm de diamètre ont été obtenues après près de huit mois d’élevage.
Visite des anciens sites de tendouk
Dans la région de Thiès, à Joal-Fadiouth, initié par un ex navigateur de profession entre Joal et Dakar, l’élevage des huîtres remonte vers années 1940. Il sera rejoint dans cette activité par quelques habitants de Joal- Fadiouth. En 1957, l’inspecteur régional des pêches, Dr Antoine Blanc, s’intéressa à cette pratique et améliora les techniques de culture avec la mise en place de systèmes de captage de naissains sur guirlandes ou tuiles chaulées, posées directement dans les marigots. La coopérative de Joal- Fadiouth est transformée en GIE regroupant 119 membres depuis 1987.
Dans la région de Fatick, plusieurs expériences portant sur les techniques d’élevage à même le sol et d’élevage sur tables ostréicoles, ont été menées. Malgré un encadrement technique permanent des volontaires japonais, il n’y a malheureusement pas de résultats probants, les meilleures zones de captage de naissains et de grossissement ne sont pas toujours connues avec certitude.
Toutes ces techniques ont été abandonnées au profit de la cueillette qui est beaucoup pratiquée dans la région de Fatick où elle est effectuée par les populations autochtones et les migrants venant de Gambie. Ainsi, les huîtres sauvage récoltées sont pré-dégorgées dans un bolongs pendant 5 à 10 jours puis expédiées aux Almadies à Dakar pour la commercialisation. Cette activité de cueillette occupe de plus en plus un nombre d’individus dans cette région, du fait de l’existence d’un marché urbain de plus en plus demandeur.
7.2. LES BANCS NATURELS
La faible consommation des huîtres au Sénégal n’a pas encore posé de problème de la surexploitation et de l’anéantissement progressif des bancs naturels. L’Europe a connu ce problème dès le Moyen-âge et a donc été obligée de le résoudre.
Pour qu’il y ait reproduction, il faut qu’il y ait un grand nombre de géniteurs rassemblés et plus la concentration des œufs et des spermatozoïdes sera forte, donc plus grandes seront les chances de fécondation du maximum d’œufs.
On aborde déjà le problème essentiel de l’ostréiculture car la reproduction en dehors des bancs naturels (obstacles comme palétuviers) est très aléatoire. En effet si les huîtres prolifèrent en certains endroits et pas dans d’autres, c’est parce que les conditions de survie des larves y sont meilleures. L’ostréiculture actuelle est toujours tributaire des bancs naturels pour la collecte du « naissain », c’est-à-dire des jeunes huîtres au moment de leur fixation sur un support.
En cela le Sénégal et la majeure partie de la côte ouest d’Afrique, est favorisé puisque les huîtres de palétuviers sont toujours abondantes et que les réserves naturelles ne sont pas entamées, sauf près des grands centres de consommation.
Les racines aériennes des palétuviers constituent des collecteurs naturels en nombre suffisante pour assurer la survie de l’espèce tant que l’effort de pêche est insignifiant. Cependant cette situation est fragile car la récolte est effectuée en coupant la racine qui supporte les huîtres.
Dans ces conditions, toute récolte s’accompagne d’une diminution du nombre des supports ; en cas d’exploitation importante les racines disparaissent et ne sont pas remplacées ou du moins un faible remplacement (reboisement). Les jeunes huîtres de la génération suivante ne trouvent donc plus aucun endroit pour se fixer, à part les coquilles de leurs parents.
On obtient donc des « bouquets d’huîtres » très difficiles à diviser, avec quelques grosses coquilles enroulées autour de la branche, qui supportent un grand nombre de petites coquilles superposées. En coupant le support on récolte des huîtres de tous les âges avec une efficacité très mauvaise.
On ne peut donc pas exploiter rationnellement les bancs naturels d’huîtres de palétuviers et, en cas d’exploitation importante, leur disparition sera extrêmement rapide.
7.3. COLLECTE DU NAISSAIN
Près des centres de consommation il faut donc veiller attentivement sur la santé des bancs naturels. En France par exemple, l’exploitation des bancs naturels est interdite sauf pendant quelques heures par an et seulement dans un but de repeuplement. Cela est indispensable pour conserver sur une surface donnée un nombre suffisant de reproducteurs.
Pour obtenir des huîtres de consommations en grand nombre, la solution est donc de favoriser la fixation des jeunes larves en multipliant les supports disponibles sur le lieu de reproduction. Il est donc hors de question de couper les racines des palétuviers pour ramasser les huîtres ; au contraire on conservera soigneusement ces supports naturels et on les entourera de supports artificiels amovibles sur lesquels pourront se fixer les jeunes huîtres.
Après la fixation du naissain, ces supports artificiels seront emportés et disséminés dans des endroits où la croissance pourra s’effectuer dans de bonnes conditions.
Quelles sont les qualités d’un bon collecteur :
· Facilité de manutention et de mise en place ;
· Prix minime et grand disponible ;
· Facilité de décollage des jeunes coquilles (détroquage) ;
· Faculté de rester propre le plus longtemps possible ;
· Adaptation aux conditions locales d’exploitation.
Selon les caractéristiques du fond sur lequel seront placés les collecteurs, on peut utiliser :
· Des branches de bois dur (filao, palmier, rônier, bambou ou palétuvier) réunies en fascines ou entrecroisées ;
· Des « crintings » fixés sur des pieux plantés dans la vase ;
· Des chapelets de coquilles vides posés horizontalement uu verticalement sur des bouquets sur un piquet ;
· Des morceaux de toiture en amiante-ciment ;
· Des tuiles en terre cuite demi-cylindriques.
Rien que dans le bassin d’Arcachon, les ostréiculteurs français placent 20 millions de tuiles tous les ans.
Pour faciliter le détroquage, les collecteurs sont enduits avant mise à l’eau d’un mélange de 1/3 de chaux et 2/3 de sable. La chaux aurait un effet attractif sur les larves et l’enduit est facilement enlevé avec une palette, entrainant avec lui les jeunes huîtres, sans casse importante des coquilles.
En Europe, la mise en place des collecteurs à naissain doit être faite à une date précise : si les collecteurs sont placés trop tôt avant la formation des naissains ils s’envasent ou sont envahis par d’autres organismes (algues et autres coquillages). S’ils sont mis en place trop tard, les larves seront déjà tombées sur le sol et peu d’entre elles seront collectées. Seule une étude sérieuse pourra déterminer les conditions de mise en place de collecteurs au Sénégal.
La récolte du naissain se fait le plus souvent de 3 à 9 mois après la fixation sur les collecteurs ; le mode de récolte est en relation avec les techniques d’élevage. Il y a deux possibilités :
· Le mollusque sera élevé sur son collecteur pendant tout le temps ou une partie de sa croissance ; dans ce cas les collecteurs seront simplement transportés avec le naissain ;
· Le mollusque sera élevé sur d’autres supports ou à même le sol ; dans ce cas le naissain est « détroqué », ce qui provoque souvent la cassure d’un certain nombre de coquilles.
Pour remédier à cette perte on utilise des collecteurs en matière plastique lisse et souple (qui reviennent malheureusement assez cher) ou des collecteurs biodégradables qui se désagrègent dans l’eau de mer au bout d’un an environ.
On peut réaliser des collecteurs biodégradables avec les cartons employés en aviculture pour emballer les œufs. Ces « cartons à œufs » sont chaulés et empaquetés, non serrés, dans di grillage (méthode canadienne). On les met en place en les attachant sur des piquets plantés dans le fond.
7.4. LES METHODES CULTURALES
L’ostréiculteur doit assurer une bonne croissance des huîtres et éviter une mortalité anormale (épidémies, pollution prédateurs). Les aires d’élevage sont choisies en fonction de la qualité nutritionnelle des eaux et de leur salubrité (absence d’égouts, d’usines, etc.)
Les ostréiculteurs utilisent des modes de cultures très variés, correspondants aux conditions locales. On peut regrouper ces méthodes en 03 groupes :
L La culture à plat
Les huîtres détroquées sont répandues sur le sol, ou les collecteurs couverts de naissains sont disséminés dans le parc de façon à ce que les huîtres ne soient pas gênées dans leur croissance. On reconstitue en quelque sorte la physionomie des bancs naturels mais en séparant les générations. En général, ce type de culture ne peut se faire qu’après nettoyage du sol et élimination des prédateurs. De plus, les apports de vase ou de sable pendant la croissance doivent être aussi réduits que possible.
Les aires de culture sont protégées des grands prédateurs en plantant côte-à-côte tout le long du périmètre de grandes perches en bois. A l’intérieur de cet enclos, la parcelle réservée aux huîtres les plus jeunes est elle-même encore protégée par un grillage en plastique de 30 cm de haut soutenu par des piquets ; au dessus, une planchette horizontale empêche la pénétration des crabes, prédateurs du naissain.
Dans les autres parcelles, les huîtres sont triées et placées à des densités variables en fonction de leur taille. La densité est de 1000 individus/m2 pour les adultes.
Il est nécessaire de lutter contre les prédateurs, les salanes et contre le développement excessif des herbes et des algues ainsi que contre l’envasement ou l’ensablement.
Lorsque les parcs sont situés en dessous du niveau des plus basses mers, on parle de « parcs bas » ou de « culture en eau profonde » encore que l’exploitation ne se fasse guère en dessous de -7m. Cette technique ne permet pas autant de surveillance et d’interventions que sur terrain découvrant ; généralement le naissain est jeté à la volée à partir d’un bateau et la récolte a lieu à la drague. C’est la méthode la plus employée aux Etats-Unis.
La culture surélevée
Les huîtres sont contenues dans des caisses à claire-voie ou des sacs en plastique grillagés, qui sont fixés sur des supports en métal ou en bois. L’avantage de la surélévation (20 à 50 cm) est d’obtenir une meilleure protection contre les prédateurs, les herbes ou l’envasement, ainsi qu’une croissance plus régulière.
Cette méthode ne peut être pratiquée qu’en terrain découvrant, entre le niveau de la marée haute et basse ; elle réclame un gros investissement et nécessite beaucoup de main-d’œuvre. Elle est très employée en Australie.
La culture suspendue
La suspension des mollusques se fait avec de nombreux systèmes, fixes (pilotis, jetées) ou flottants (pontons, radeaux, bouées et flotteurs), avec les huîtres sur leurs collecteurs ou séparées.
Lorsque les huîtres sont fixées sur leurs collecteurs, ceux-ci sont percés, enfilés sur des cordes et noués à une certaine distance pour éviter l’entassement (Japon).
Les huîtres séparées des collecteurs peuvent être fixées directement sur des cordes (Yougoslavie), ou collées au ciment sur des madriers (France, Italie), ou placées dans des sacs grillagés (Japon).
On utilise également des « caisses ostréophiles » caisses grillagées flottantes contenant des plateaux également grillagés. Les huîtres sont disposées sur ces plateaux à raison d’une centaine au m2.
7.5. L’AFFINAGE ET LA COMMERCIALISATON
Lorsque l’huître est consommée cuite, comme aux Etats-Unis ou au Japon, ou lorsqu’elle est destinée à être mise en conserve, seule la chair est livrée au consommateur. L’ostréiculture peut alors négliger tout souci de présentation de la coquille.
Au contraire lorsque l’huître est consommée crue, présentée dans sa coquille, comme en France ou Canada, la forme et l’aspect extérieur comptent beaucoup. Cette perfection de la coquille n’est acquise que par le détroquage, puis les tris, nettoyage et reparcages successifs. De plus l’affinage doit assurer à ces produits frais des qualités gustatives et hygiéniques précises.
VIII.
IX.
Eco-Rurale pour la Formation et le Développement Local (ER.F.D.L)
Maison des Anciens Combattants près du Lycée Aline Sitoé DIATTA – Oussouye – Sénégal
Phone:(00221) 77 901 43 55/ 70 645 77 42/ 33 992 69 44 Fax: (00221) 33 993 11 16
N° Compte Bancaire SGBS Ziguinchor : n°SN011 03040 026001261297 07
Email: erfdlorg@live.fr
Pour accéder aux photos et réalisations aller à Facebook et taper erfdlorg@live.fr