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Bonne consultation ! Dr Alain POUHET





Ci-dessous un témoignage synthétique et messianique :

TÉMOIGNAGE d’une ENSEIGNANTE. Lausanne, le 17 février 2013.

Dans ma pratique, j’ai eu la chance d’accompagner des enfants de différents âges, présentant des troubles praxiques. Impossible de décrire un “enfant type”; chaque situation est différente, chaque enfant réagissant, se construisant, apprenant, en fonction de sa personnalité, de son histoire, de son passé scolaire et de ses éventuels troubles associés.

Je trouve que la problématique de la dyspraxie n’est pas facile à cerner. Quand j’ai commencé à enseigner il y a une quinzaine d’années, on n’en parlait pas du tout. Pas plus d’ailleurs que de dyscalculie, de haut potentiel ou d’hyperactivité, de déficit d’attention… C’est toute une diversification de notre métier, de l’observation, des adaptations, qui, il faut bien l’avouer ne sont pas toujours simples. Sur une classe d’une vingtaine d’élèves, nous trouverons toujours plusieurs situations particulières différentes. Elles vont tour à tour nous déstabiliser, nous irriter, nous remettre en question, nous mettre en route, nous rendre créatifs. Mais cela rend notre travail riche et nous avons beaucoup à apprendre avec ces enfants!

Dans le cas de la dyspraxie, pour moi, reviennent souvent les mêmes interrogations :

Au moment de faire connaissance, la première chose qui me frappe est la difficulté d’organisation, et cela dès le vestiaire ; dans l’habillage pour les petits et dans l’organisation dans les affaires, cahiers, agendas, pour les plus grands.

Puis vient l’aspect scolaire; je remarque souvent une grande lenteur dans l’organisation et l’exécution des tâches. La tenue du crayon et le graphisme sont compliqués, et ceci n’est pas limité aux petites classes.

L’enfant est aussi en difficulté d’imitation ; il semble comprendre ce que je lui dis, mais ne parvient pas à reproduire un mouvement, une position, un dessin. De ce fait, ses coordinations sont maladroites à la gym, à la piscine ou au bricolage.

L’enfant semble perdu face à son travail, c’est comme s’il n’avait pas de repères; il ne sait pas par où commencer ni comment continuer. Il a de la difficulté à faire deux choses à la fois, si je parle pendant que les élèves écrivent, soit il s’arrête pour m’écouter, soit il continue son travail, mais n’a aucune idée de ce que je viens de dire. De même, il aura du mal à gérer deux contraintes simultanées : “soigne ton écriture et vérifie l’orthographe”.

J’ai le sentiment de répéter toujours les mêmes consignes, encore et encore. L’enfant a beau écouter (la plupart du temps, c’est le cas), on dirait que les choses ne s’impriment pas. C’est comme s’il ne retrouve pas le chemin pour y arriver.

 Dans ces situations, un sentiment d’agacement peut rapidement émerger, avec l’envie de bousculer l’enfant. Pourquoi cet élève, qui semble intelligent, ne parvient-il pas à retenir et restituer ce que je lui enseigne? Le fait-il exprès? Est-il flemmard? Est-il à ce point assisté à la maison qu’il n’a aucune autonomie?”

Irritation. Impuissance. Ce sont des sentiments à dépasser si l’on veut comprendre et aider.

De son côté, l’enfant se sent probablement aussi perdu.

Intelligent, il a pleinement conscience de ses difficultés à faire face aux tâches demandées, mais ne peut pas décrire ce qui ne va pas.

Je me souviens d’un enfant de 10 ans sortant d’un entretien avec son enseignante, qui l’avait convoqué au bureau et lui avait sincèrement demandé “s’il la prenait pour une idiote”. N’ayant rien trouvé à répondre sur le moment, il s’était écrié en sortant : “si je la prends pour une idiote, et bien elle, elle me prend pour un demeuré!

Pour éviter à l’enfant et l’enseignant de s’enfermer dans une incompréhension mutuelle, pour trouver un soutien et des pistes.

Il est alors important pour lui comme pour moi d’avoir un regard extérieur. Dès que les troubles évoqués ci-dessus durent plus de quelques semaines, qui sont de l’ordre de la mise en route, je n’hésite plus à voir les parents, puis à faire appel aux spécialistes. Ensemble nous pouvons trouver des pistes, développer des stratégies, adapter le matériel, les exigences, les évaluations.

Pour l’enseignant que je suis, ce dernier point est souvent difficile ; adapter les exigences, n’est-ce pas injuste pour les autres enfants? À l’école, nous sommes si souvent attachés à cette idée : ne pas faire de différences! Je me suis laissé remettre en question par cette remarque d’un spécialiste “La véritable injustice n’est-elle pas de lutter avec une dyspraxie, une dyslexie, un trouble d’attention (...), de travailler plus que les autres pour un moins bon résultat, de ne pas pouvoir montrer ce qu’on sait, ni restituer ce qu’on a appris?”

J’ai déjà pu constater qu’un enfant “dys-” qui se sent compris, aidé, et que l’on valorise, peut développer des stratégies et devenir acteur de ses apprentissages. Il ne faut pas minimiser la capacité d’un enfant de trouver ses propres façons de faire, efficaces et innovantes! Ses difficultés ne disparaissent pas, mais il sait qu’il peut apprendre, se construire et connaître des situations de réussite. Et c’est si gratifiant pour tout le monde!