Descriptif du séminaire du second semestre 2026-27
Le philosophe et les astres
Selon l’Epinomis, dialogue attribué à Platon, « le plus sage des hommes est nécessairement un authentique astronome ». Initiation à la contemplation des « dieux visibles », l’astronomie est une première étape vers la sagesse, par laquelle on apprend à reconnaître la puissance des nombres, la mesure du temps et l’ordre du monde. Dans l’Antiquité tardive, la religion des astres (astrolâtrie) est associée à l’enseignement des sages orientaux hellénisés (Zoroastre, Hermès Trismégiste) et tend à se confondre avec une sagesse ésotérique, une astrologie divinatoire, qui est ensuite réintégrée au corpus de la philosophie naturelle par le grand astronome Ptolémée dans son Tetrabiblos. Dénoncée par Cicéron (De divinatione) comme superstition, par le monothéisme juif et chrétien comme idolâtrie et culte des démons, l’astrologie divinatoire (toujours réfutée, jamais éradiquée) ne cesse de hanter la pensée occidentale jusqu’à la fin de la Renaissance – les Disputes contre l’astrologie divinatrice (1494) de Pic de la Mirandole marquant le début de sa décadence définitive. Pendant des siècles, l’astrologie a mis au défi l’ensemble du dogme chrétien de la liberté humaine et de l’exclusivité de la prescience divine du futur, de la supposée souveraineté de l’âme sur les puissances corporelles, elle a mis au défi la pensée rationnelle et conceptuelle du philosophe face aux puissances mystérieuses des symboles. Alors que l’inquisition conduit les astrologues comme Cecco d’Ascoli (1269-1327) sur le bûcher, c’est « au retour de la messe que l’homme occidental va consulter son astrologue » (Eric Weil).
Bibliographie (sélective) :
Que sais-je ? L’astrologie (par Daniel Kunth et Philippe Zarka), PUF 200
Cicéron, De la divination. Présentation et traduction par José Kany-Turpin, GF Flammarion, 2004.
Eugenio Garin, Le zodiaque de la vie. Polémiques anti-astrologiques à la Renaissance. Les Belles Lettres, 1991
Jean-Patrice Boudet, Entre science et nigromance. Astrologie, divination et magie dans l'Occident médiéval, xiie-xve siècle, Paris, Publications de la Sorbonne, 2006.
Pietro Pomponazzi, Les causes des merveilles de la nature ou les enchantements, trad. Henri Busson, Editions Rieder, Paris, 1930. (disponible sur le site Gallica)
Pic de la Mirandole, Disputes contre l’astrologie (Disputationes adversus astrologiam divinatricem), édition bilingue latin/italien par Eugenio Garin, 2 t., Florence, 1946-52 (le premier tome est disponible sur le site Gallica)
Ernst Cassirer, Individu et cosmos dans la philosophie de la Renaissance, trad. P. Quillet, Editions de Minuit, 1983.
Éric Weil, La Philosophie de Pietro Pomponazzi, Pic de la Mirandole et la critique de l'astrologie, Paris, Vrin, « Problèmes et controverses », 1985