Pour préserver un rapport brut avec le public, comme celui vécu avec l'organe, il ne s’agira pas de produire un film sophistiqué esthétiquement. Je pense au court métrage FILM de Samuel Beckett avec Buster Keaton (1965), particulièrement pour l’étrangeté des crises rétiniennes de Lillian.
RÉTINES est un film animé d’un esprit singulier, s'agissant de filmer une rencontre absolument anormale de la façon la plus normale possible. Ce film demande une préparation particulière pour les séquences de Double, dans une collaboration étroite entre le réalisateur, le chef opérateur, le chef monteur et l’acteur. Le tournage de RÉTINES se déroule sur une période courte, avec des moyens modestes - comme le film À BOUT DE SOUFFLE de Jean-Luc Godard (1960). Ce sont des conditions dans lesquelles le cinéeaste Yannik Ruault a produit ses deux premiers longs métrages, ABRAHADABRA (2017) et SNOWGLOBES (2024). Il a appris à travailler ainsi suivant un savoir-faire transmis par le réalisateur français Jean-Pierre Mocky.
La nature organique d’un film est aussi celle du rêve. Un film en a la même fonction : il pacifie - en rapprochant deux images, deux mots, deux personnages, deux actions, deux mouvements, deux idées… et il n’existe qu’en ce rapprochement. Peut-être naît-il réellement, uniquement, dans l’esprit du spectateur ?... Curieuse chose que la naissance d’un film... RÉTINES est un film singulier animé par sa propre narration créative qui le constitue, caractérisée par la rétine et le narcissisme. Présente dès le scénario, elle s'affirmera lors du tournage, puis du montage, à travers des choix singuliers, imprévus.