"Les Amis de Pietru-Pierres d'Ambès"
Association pour le patrimoine architectural, historique et naturel de la Presqu'île d'Ambès
Agréée pour la protection de l'environnement
1985/2005
Site dédié à Philippe Serge DUCAMIN (1959-2005) ,
artiste peintre (Galerie cliquez ici),
animateur, esthète et chercheur d'archives passionné d'architecture et de généalogie,
co-fondateur et administrateur de l'association "Les amis de Piétru-Pierres d'Ambès".
Un environnement contrasté
Un patrimoine architectural et naturel entre sites portuaires et industriels à hauts risques
A quelques kilomètres de Bordeaux, la Presqu’île d’Ambès s’allonge au Nord des derniers coteaux d’Ambarès, Bassens, Carbon-Blanc, jusqu’à la réunion de la Garonne et de la Dordogne. C’est un paysage inattendu et contrasté qui offre de réelles beautés.
Ce sont d’abord, la Garonne et la Dordogne, changeantes au rythme des marées, dont la confluence à créé une langue alluvionnaire. Des bourrelets fluviaux, encadrent les marais de Montferrand situés en dessous des plus hautes eaux des fleuves. Une partie du marais de Montferrand (296 ha) est la seule dans la région à rester encore propriété collective. Ces “padouens” permettaient aux paysans de faibles ressources d’envoyer paître leur bétail.
Ces marais tourbeux, sont régulièrement submergés. Aussi au XVIIème siècle, un réseau de jalles et d’esteys fut aménagé avec un système de vannes, pour tenter réguler le niveau des eaux. L’affleurement de la nappe phréatique, caractéristique de ces vastes zones humides favorisera le développement d’une faune et d’une flore spécifique très diversifiée inventoriée en tant que Zone Naturelle d‘Intérêt Écologique Faunistique et Floristique (ZNIEFF) et Zone d’Intérêt Communautaire pour les Oiseaux (ZICO).
En effet, ces marais giboyeux sont situés sur l’axe migratoire de vingt espèces d’oiseaux protégés d’Europe Occidentale qui trouvent dans ces zones humides, un site de reproduction privilégié du fait de la mosaïque des aires de repos et de nutrition (Hérons cendrés et pourprés, Busard, Pie-grièche, Milan noir, Bondrée apivore, Blongios nain, Cygnes...) mais aussi un refuge pendant leur hivernage (Aigrette garzette, Sarcelle d’hiver...) ou leur migration (Grues cendrées, Cigognes noires et blanches, Bihoreau gris...).
La biodiversité de la flore spontanée de la presqu’île est bien connue des botanistes qui réalisent des herborisations depuis plus de 150 ans. On y trouve des espèces protégées dont certaines ont quasiment disparues de Gironde ou de France (Angélique hétérocarpe, Œnanthe de Foucaud, Euphorbe des marais, Renoncule à feuille d‘Ophioglosse, Grande Douve...).
Les bourrelets fluviaux sont constitués de limons argileux, siliceux et parfois sableux, qui leur confère de bonnes aptitudes viticoles. Aussi dès l’époque féodale la culture de la vigne se développa sur la baronnie de Montferrand, dont la production était vendue au suzerain anglais.
A partir du XVIIème siècle, la noblesse parlementaire bordelaise commença à s’installer sur la presqu’île. Château Peychaud, Lansac, Geyrème datent de cette époque.
Au XVIIIème siècle, l’ascension de familles bordelaises d’armateurs et de négociants permis l’édification d’élégantes demeures (La Palanque, Cluzeau, Malescot, Margarance, La Seiglière, Sainte Barbe, Lespéron...), car à l’agrément d’une “belle maison de campagne” et à la source de revenus qu’alimente l’abondante production de vin de palus, s’ajoute l’intérêt d’une rade sur la Garonne à une époque où la majorité des transports s’effectuent par voies fluviales ou maritimes - d’ailleurs, ne dit-on pas que le vin se bonifie en traversant l’océan! -
Au cours du XIXème siècle, la superficie des vignes s’accrut, quelques nouveaux domaines furent édifiés, souvent sur l’emplacement d’anciennes demeures (La Gaucherie, Le Bousquet, Fonfrède, Peyronnet, Bacon...).
Paradoxalement, à la fin de ce siècle, le phylloxéra épargnera les vignobles des palus. En effet, les vignes sont sur des terrains inondables (contrairement aux demeures), et leur submersion à partir des jalles de fin novembre à la fin décembre, contrôlé par un système de vannes lors de certaines marées, assure non seulement l’enrichissement du sol, mais aussi permis de lutter efficacement contre le phylloxéra.
Sept de ces demeures qui témoignent de l’histoire des hommes et d’un art de vivre en harmonie avec la nature sont inscrites sur l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques (ISMH).
Dans un passé récent (1980-1990) certains sites du bord de Garonne ont subi des destructions et dégradations scandaleuses (Piétru, Puynormand, La Menaude, St Angel, Branne, Saint Clément, Alty...) car le XXème siècle apportera une profonde mutation de la presqu’île, avec l’apparition de l’industrialisation qui va conquérir peu à peu les palus par des remblaiements successifs qui ne sont pas sans conséquences sur l’écrêtement des crues. Ainsi le déplacement vers l’aval du Port de Bordeaux et les implantations industrielles à risques majeurs de la pointe du Bec d’Ambès (9 établissements SEVESO seuil haut et 4 établissements SEVESO seuil bas pour la seule presqu‘île) modifient sensiblement la vulnérabilité de ce territoire partiellement ouvert à l’urbanisation de la périphérie bordelaise. Une telle situation mérite une vigilance accrue de tous, pour le respect du droit de l’environnement, qui, lorsqu’il est appliqué, est censé permettre un développement durable entre nature, culture, habitat et industrie.
Le 13 mars 2005
Le président, Daniel Galy
Le bec d'Ambès en 2003
Carte postale du Bec d'Ambès post industrialisation