L’équipe
sur la platine DISC
Je suis devant l’équipe de direction d’une entreprise que j’ai appris à connaître. Le dirigeant est le propriétaire. Il a des associés mais il reste largement dominant. D’ailleurs c’est son genre. C’est quelqu’un de curieux, il a gardé une vraie soif d’apprendre ; c’est aussi un grand entrepreneur et il est exigeant. La maison est bien tenue et quelquefois il faut s’accrocher car il arrive que le vent souffle entre les murs.
Son entreprise est comme sa famille. Ses collaborateurs sont ses enfants et certains enfants sont des collaborateurs. Tout ce petit monde cohabite correctement, eu égard aux innombrables pièges possibles et le navire tient bien, malgré la difficulté des temps, la rude concurrence et des clients parfois erratiques comme tous les clients peuvent et savent l’être.
L’objectif de la réunion est de partager les résultats d’un test passé par toute l’équipe de direction et qui donne des indications sur les registres comportementaux préférés des uns ou des autres.
Ce test est très répandu, souvent critiqué et naturellement caricaturé par ceux qui le critiquent. Tous les coachs le connaissent et les formations à son contenu sont innombrables. La plupart des gens l’appellent le « test des couleurs », et son nom officiel est le DISC, chaque lettre renvoyant un registre de comportement : D pour Dominant, I pour Influent, S pour Stable et C pour Conforme (ou Consciencieux). Quant aux couleurs, le D est « rouge », le I est « jaune », le S est « vert », le C est « bleu ». Quand j’étais au lycée, j’avais découvert le sonnet des Voyelles d’Arthur Rimbaud. Là, c’est le DISC 😊.
Mon client y a trouvé des ingrédients qui l’intéressent et il a envie de partager. Un de ses associés vient de quitter le navire, il lui en veut et il le regrette à la fois. Il se dit que ce questionnaire peut aussi être utilisé pendant les recrutements et il a envie de savoir ce que pourraient en dire les membres de son équipe de direction.
Le piège de ce type d’échange tient dans le risque de s’enfermer soi ou d’enfermer les autres dans un seul registre alors que nous possédons tous des capacités dans les quatre registres mentionnés, mais à des degrés divers selon le milieu dans lequel nous évoluons. Le test propose d’ailleurs des résultats qui renvoient au style naturel de chacun d’une part, à son style « adapté » dans son contexte du moment d’autre part. Bref, c’est instructif et ce serait bien de ne pas s’étiqueter soi-même ni les autres. C’est le risque de l’exercice.
La réunion n’y échappe pas : « à quoi ça peut bien servir, un « Vert ? » ricane un participant. Les « verts » de service sont contents. « Cela ne m’étonne pas que tu sois « bleue », tu es ma flic ». Ambiance. Certains lecteurs seront choqués, peut-être. Je recadre, tout le monde s’attend d’ailleurs à ce que je le fasse.
Le dirigeant-propriétaire souhaitait, avec cette réunion, se rendre compte de l’importance du comportement « rouge » dans son équipe de direction, essentiellement pour lui demander de « muscler » cette dimension fort utile au développement de l’entreprise comme à sa capacité d’innovation dans la mesure où le comportement « rouge » s’exprime par son côté énergique, tourné vers l’action et pas spécialement respectueux des conventions.
Le constat dont je me souviens était que l’équipe disposait d’un bon « capital » de comportement « rouge » dans les styles dits « naturels » d’un bon nombre d’associés mais les résultats des uns et des autres montraient que ce comportement-là était sous-utilisé dans le style dit « adapté » de chacun, comme si l’énergie principale du « dominant » précisément empêchait les membres de l’équipe de tirer pleinement parti d’une de leurs principales forces naturelles.
Bref, sur la platine DISC, pour que l’orchestre donne sa pleine mesure, il était important que le chef d’orchestre permette à chaque musicien et à chaque choriste de déployer toutes ses capacités !
Ce qui génère deux questions : la prise de conscience va-t-elle favoriser une attitude différente chez le dirigeant-chef d’orchestre ? De leur côté, les musiciens et les choristes oseront-ils puiser pleinement dans leurs ressources ?
C’est la suite de l’histoire et elle leur appartient.