Avant que la cité ne soit frappée par la malédiction, le capitaine Severin Vahl était un homme pieux, mais raisonnable. Chasseur de sorcières au service du Culte de Sigmar, il avait passé vingt années à traquer les mutants, les hérétiques et les magiciens noirs. Il ne tuait jamais sans preuve. Il priait avant chaque exécution et demandait pardon à Sigmar après avoir versé le sang.
Puis vint Mordheim.
Lorsque la cité fut détruite par la malepierre, Vahl reçut l'ordre de s'y rendre avec sa petite bande de chasseurs de sorcières. Leur mission était simple : retrouver les survivants, purifier les lieux souillés et détruire toute trace de sorcellerie.
Mais Mordheim ne récompense pas les hommes simples.
Sa bande se composait de Frère Matthias, un prêtre guerrier vieillissant ; Hanna Klee, une ancienne milicienne devenue tireuse ; Albrecht von Reiss un tireur émérite l’un des meilleur amis de Severin ; Oswald, un bourreau silencieux armé d'un lourd couperet ; les trois chiens de Severin alias crockdur, bijou et morda qui accompagne la bande depuis le début ; et deux frère devenu fou Johann et Helmut, flagellants qui avaient rejoint Vahl en jurant que la cité devait être lavée dans le sang.
Durant les premières semaines, ils combattirent mutants, possédés et bandes rivales. Vahl resta fidèle à sa foi.
Jusqu'au jour où ils trouvèrent le grimoire.
Dans les ruines d'une ancienne demeure noble, sous les cadavres calcinés d'une famille entière, Vahl découvrit un coffre de fer. Le coffre avait été ouvert de force, mais son contenu était encore là.
Un grimoire déchiré.
Sa couverture était faite d'un cuir noirci, frappé d'un symbole que Vahl ne reconnut pas. Plusieurs pages avaient été arrachées. D'autres étaient couvertes de sang. Pourtant, certaines lignes étaient encore lisibles.
Le capitaine voulut immédiatement le brûler.
Mais Frère Matthias l'arrêta.
— Attendez, capitaine. Nous devons savoir ce que ces sorciers ont appris. Peut-être que ce livre contient les moyens de vaincre leurs semblables.
Vahl hésita.
Puis il prit le grimoire.
Ce fut son premier péché.
Au début, il ne faisait que le consulter pour identifier les ennemis qu'ils rencontraient. Il y trouvait des descriptions de rituels, de démons et de maléfices. Mais plus il lisait, plus il découvrait des passages étranges.
Le grimoire parlait de la pureté de l'âme.
Il enseignait que la corruption pouvait être décelée avant même qu'elle ne se manifeste.
Un homme qui mentait.
Une femme qui cachait quelque chose.
Un enfant qui regardait trop longtemps une ombre.
Un prêtre dont la prière durait trop longtemps.
Pour Vahl, tout devint bientôt un signe.
Il commença à croire que Sigmar lui avait donné le grimoire afin de révéler les ennemis cachés au sein de l'humanité.
Et alors, sa piété devint fanatisme.
Un jour, Hanna Klee refusa d'abattre un vieil homme qu'elle croyait innocent.
Vahl la fixa longuement.
— Tu doutes de la volonté de Sigmar ?
— Non, capitaine. Je doute de la vôtre.
Il la condamna à la pénitence.
Trois jours plus tard, Hanna n'était plus la même.
Les flagellants, eux, adorèrent leur capitaine.
Ils commencèrent à l'appeler le Marteau du Pénitent.
Vahl ne connaissait plus la peur.
Chaque fois qu'ils entraient dans les ruines de Mordheim, il brandissait son marteau et le grimoire déchiré sous son bras.
— Sigmar nous regarde !
Et ses hommes répondaient :
— SIGMAR NOUS REGARDE !
Ils devinrent l'une des bandes les plus redoutées des ruines.
Mais quelque chose n'allait pas.
Vahl avait remarqué que certaines pages du grimoire semblaient changer.
Un soir, il découvrit une phrase qu'il était certain de n'avoir jamais vue auparavant.
« Celui qui cherche la corruption assez longtemps finira toujours par la trouver. »
Il resta immobile.
Puis il sourit.
— Bien sûr.
Pour lui, ce n'était pas un avertissement.
C'était une révélation.
Depuis ce jour, le capitaine Severin Vahl ne cherchait plus les sorciers.
Il cherchait ceux qui n'étaient pas assez pieux.
Et dans les rues mortes de Mordheim, sa bande avançait derrière lui, chantant des hymnes à Sigmar tandis que le grimoire déchiré reposait contre sa poitrine.
Personne ne savait d'où venait réellement le livre.
Personne ne savait pourquoi ses pages semblaient parfois se réécrire toutes seules.
Et surtout, personne ne savait ce qui était arrivé aux pages manquantes.
Vahl, lui, prétendait le savoir.
Il affirmait qu'elles avaient été volées par des sorciers.
Mais certaines nuits, lorsque les autres dormaient, le capitaine sortait le grimoire et murmurait :
— Je les retrouverai.
Alors, dans l'obscurité, une voix semblait lui répondre depuis les pages.
Une voix qui n'était pas celle de Sigmar.
« Oui, Severin. Retrouve-les. »
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