Bien avant la chute de la Comète à Deux Queues, le clan de Throgar Blackrag vivait dans les contreforts des Montagnes du Bord du Monde. Contrairement à beaucoup de chefs orques, Throgar n'était pas uniquement guidé par la force brute. Il rêvait d'établir un véritable royaume orque capable de rivaliser avec les forteresses naines.
Pendant des années, il mena guerre après guerre, accumulant richesses et trophées. Mais l'âge venant, une question se posa : lequel de ses deux héritiers serait digne de lui succéder ?
Son fils, puissant et impétueux, ne jure que par la force des armes.
Sa fille, tout aussi redoutable, préfère la ruse, la discipline et la stratégie.
Aucun des deux n'accepte de céder sa place.
Plutôt que de trancher immédiatement, Throgar consulta le vieux chaman Lugzubur, gardien des traditions du clan. Celui-ci prétendit avoir reçu une vision de Gork et Mork :
"Là où les hommes pleurent, où les pierres brillent comme des étoiles tombées du ciel, le prochain chef sera révélé."
Cette vision désignait Mordheim.
Depuis lors, la bande parcourt la Cité des Damnés.
Chaque fragment de malepierre récupéré, chaque trésor découvert, chaque guerre remportée est comptabilisé.
Throgar observe. Lugzubur interprète les présages. Les deux héritiers rivalisent constamment :
Qui abattra le plus gros ennemi ?
Qui ramènera le plus de richesses ?
Qui gagnera le respect des autres guerriers ?
Les Mountain Orcs du clan se divisent peu à peu entre les partisans des deux prétendants.
Pendant ce temps, les gobelins de la forêt de Faldorn suivent la troupe. Personne ne les aime vraiment, mais ils sont utiles :
ils capturent et dirigent les squigs,
ils servent d'éclaireurs,
ils trouvent toujours quelque chose à manger,
et lorsque le troll accompagne l'expédition, ils constituent une réserve de nourriture particulièrement pratique...
Officiellement, Throgar reste le chef.
Officieusement, toute la bande sait qu'à chaque bataille se joue une nouvelle manche de la guerre de succession.
Certains guerriers suivent déjà le fils.
D'autres jurent que la fille sera la plus grande chef que le clan ait connue.
Quant à Lugzubur, personne n'est certain qu'il cherche réellement à éclairer l'avenir... ou simplement à voir combien de temps il peut entretenir la rivalité avant que cela ne dégénère en une magnifique baston dont il pourrait tirer parti.
"Pour Gork ! Pour Mork ! Pour les richesses d'Mordheim ! Et si personne n'est d'accord, on l'tape jusqu'à c'qu'il l'soit !"
Le plus vieux et le plus respecté des Blackrags. Sa réputation s'est constituée au fil de ses victoires sur des seigneurs nains, mercenaires humains et chefs orques.
Dans sa jeunesse, il était connu pour charger le premier et réfléchir ensuite. L'âge l'a rendu plus patient. Il ne parle pas beaucoup, mais lorsqu'il le fait, même les gobelins cessent de respirer.
Il ne cherche plus la gloire personnelle. Son obsession est désormais de bâtir quelque chose qui lui survivra.
Pour lui, le véritable test n'est pas de savoir lequel de ses enfants est le plus fort, mais lequel est capable de maintenir le clan uni.
Ce qu'il pense des autres :
Vorgak est puissant mais trop impulsif.
Vesdra est intelligente mais parfois trop calculatrice.
Lugzubur lui cache quelque chose, mais c'est probablement réciproque.
"Un vrai chef gagne une bataille. Un grand chef a encore une armée après."
Vorgak est le fils de Throgar.
Il ressemble physiquement à son père et agit comme lui plus jeune. Sa réponse à la plupart des problèmes est simple : frapper plus fort.
Il considère que son droit à commander ne devrait même pas être discuté. Il est l'aîné, le plus fort et celui qui obtient les meilleurs résultats au combat.
Pourtant, derrière son arrogance se cache un défaut majeur : il veut tellement prouver sa valeur qu'il fonce souvent sans réfléchir.
Les jeunes guerriers l'adorent parce qu'il partage leurs combats et leurs beuveries.
Sa relation avec Vesdra :
Il aime sincèrement sa sœur mais refuse d'admettre qu'elle puisse être meilleure que lui sur certains points.
Leur rivalité est féroce mais rarement haineuse.
"Si l'plan est bon, pourquoi on attend encore ?"
Vesdra est la fille de Throgar.
Là où son frère recherche l'admiration, elle recherche les résultats.
Elle observe plus qu'elle ne parle et connaît le nom de chaque guerrier du clan. Beaucoup la sous-estiment lors de leur première rencontre. Très peu recommencent une seconde fois.
Elle dirige souvent les expéditions d'éclaireurs, organise les embuscades et gère les réserves de nourriture récupérées dans Mordheim.
Certains orques murmurent qu'elle pense comme un nain.
Elle considère cela comme un compliment.
Sa relation avec Vorgak :
Elle voit en lui un excellent champion, mais pas forcément un bon chef.
Elle aimerait parfois qu'il réfléchisse avant de se jeter sur l'ennemi.
"Les morts n'profitent pas du butin."
Personne ne sait vraiment quel âge a Lugzubur.
Le chaman est couvert de gris-gris, d'ossements et de morceaux de malepierre attachés à son bâton.
Ses visions sont suffisamment exactes pour inspirer le respect... mais suffisamment étranges pour inquiéter tout le monde.
En réalité, il considère la rivalité entre Vorgak et Vesdra comme une bénédiction de Gork et Mork.
Selon lui, un chef forgé par la compétition sera plus fort qu'un héritier désigné.
Il donne donc parfois des conseils contradictoires aux deux prétendants.
Peut-être volontairement.
Sa véritable crainte : Que Throgar meure avant que les dieux n'aient désigné un successeur.
"Les dieux me parlent. Le problème, c'est qu'ils parlent tous en même temps."
Le troll accompagne parfois le clan.
Les gobelins le nourrissent, le surveillent et tentent d'éviter d'être mangés.
Grogmuk considère sincèrement les gobelins comme sa famille.
Il ne fait simplement pas toujours la différence entre un membre de sa famille et un repas.
Vesdra pense qu'il est utile.
Vorgak pense qu'il est drôle.
Throgar pense qu'il est efficace.
Lugzubur est persuadé qu'il est béni par Gork.
Grogmuk, quant à lui, pense surtout à son prochain repas.
"Grrr... manger ?"
Vétéran borgne qui a sauvé la vie de Throgar durant une guerre contre des nains.
Il soutient ouvertement Vorgak.
Forgeron du clan devenu guerrier.
Respecte énormément Vesdra pour son sens de l'organisation.
Toujours prêt à parier sur n'importe quoi.
Il organise secrètement des paris sur les exploits des deux héritiers.
Ancien garde du corps de Throgar.
Il refuse de prendre parti avant que le chef ne se prononce.
Le plus jeune des guerriers.
Fanatique de Vorgak.
Ancien mercenaire orque qui a rejoint le clan récemment.
Le seul à oser contredire parfois Throgar.
"Les montagnes nous ont rendus durs. Le reste du monde sert à aiguiser nos haches."
Chef officieux des gobelins et maître des Squigs
Extrêmement rusé. Tout le monde pense pouvoir le frapper quand il devient agaçant. Curieusement, personne n'arrive jamais à l'attraper.
Le gobelin à chaîne et boulet. Complètement fou.
Même les autres gobelins gardent leurs distances.
Responsable de la nourriture.
Personne ne veut savoir ce qu'il met dans la marmite.
Vendeur autoproclamé de trésors trouvés dans Mordheim.
La moitié de ses objets sont probablement maudits.
Collectionne absolument tout.
Il prétend posséder trois dents de Sigmar et un bouton appartenant à Karl Franz.
Messager et éclaireur.
Vesdra l'utilise souvent pour surveiller son frère
"Si ça mord, on l'évite. Si ça mange, on l'nourrit. Si ça tue, on l'appelle patron."
"C'est pas d'la lâcheté. C'est d'la stratégie avec les jambes."
A une obsession pour les bottes.
Le plus agressif du troupeau.
Percute les murs presque aussi souvent que les ennemis.
Émet un étrange cri juste avant d'attaquer.
Passe son temps à essayer de manger les gobelins.
"GNAAAAAH !"
Traduction approximative : "Je vais te manger."
La pluie tombait sur les ruines de Mordheim.
Sous les arches brisées du Pont des Pendus, les orques du Clan de la Faille Rouge traînaient plusieurs coffres récupérés après une bataille contre une bande de mercenaires reiklanders.
Les gobelins s'agitaient autour du butin tandis que les squigs tiraient sur leurs chaînes.
Au milieu du pont, un problème se posait. Un énorme bloc de pierre effondré barrait le passage.
D'un côté, les orques chargés de butin. De l'autre, le chemin du camp.
Vorgak posa sa hache sur son épaule.
— On pousse.
Vesdra leva un sourcil.
— On contourne.
Vorgak grogna.
— Ça prendra des heures.
— Ça prendra moins d'temps qu'dégager toute cette pierre.
— T'as peur d'te salir les mains ?
Quelques guerriers éclatèrent de rire. Vesdra tourna lentement la tête vers eux. Le silence revint immédiatement.
— Non. J'ai peur qu'tu sois aussi malin qu'un squig affamé.
Les rires changèrent de camp. Vorgak sentit ses mâchoires se serrer.
— Alors montre-nous ton idée.
Vesdra grimpa sur une statue effondrée et désigna les bâtiments voisins.
— Les mercenaires ont construit une passerelle là-bas. On fait passer les coffres un par un.
— Un par un ?!
— Oui.
— C'est un plan de gobelin.
Snikrit leva la main.
— Merci cheffe !
— Personne t'a parlé.
Le gobelin se recroquevilla.
Vorgak cracha par terre.
— Regardez-la. Toujours à réfléchir. Toujours à compter. Toujours à attendre.
Il planta son marteau dans les gravats.
— Les orques, ça casse les murs.
Un rugissement accueillit la déclaration. Vesdra croisa les bras.
— Les orques morts cassent plus grand-chose.
***
À l'arrière de la troupe, Throgar observait. Silencieux, comme toujours.
À ses côtés, Lugzubur mâchonnait un os.
— Ça recommence...
— Oui.
— Les dieux aiment bien quand ça recommence.
Throgar ne répondit pas.
***
Vorgak attrapa un énorme bloc tombé d'une façade.
Ses muscles gonflèrent. Il poussa. La pierre bougea.
Les guerriers hurlèrent leur approbation. Il poussa encore.
Le passage commençait à se dégager.
Vesdra ne disait rien. Elle observait. Toujours.
Puis son regard se leva vers les ruines qui dominaient le pont. Son visage changea.
— Vorgak !
— Quoi encore ?
— Arrête.
— Non.
— Maintenant.
— Pourquoi ?
Vesdra pointa du doigt les étages effondrés. Une fissure venait d'apparaître dans toute la façade.
Le bloc déplacé par Vorgak soutenait en réalité une partie de la structure. L'édifice entier commençait à pencher.
Le sourire du fils disparut.
— Oh.
Puis tout s'effondra.
***
Des tonnes de pierres tombèrent dans un vacarme assourdissant.
Les orques se dispersèrent. Les gobelins hurlèrent. Les squigs bondirent dans tous les sens.
Un morceau de mur fonçait droit sur Vorgak. Vesdra se jeta sur lui.
Les deux roulèrent au sol tandis que le bloc explosait là où ils se trouvaient une seconde plus tôt.
La poussière engloutit le pont.
***
Quand le calme revint, Vorgak était allongé dans les gravats.
Vesdra était assise contre un mur cassé. Les deux étaient couverts de poussière.
Pendant quelques instants, aucun ne parla.
Puis Vorgak grogna :
— J'l'avais vu.
— Menteur.
— P'têtre.
Vesdra laissa échapper un rire. Rare. Très rare.
— Ton plan était stupide.
— Ouais.
— Vraiment stupide.
— Ouais.
— Le plus stupide que j'ai vu cette semaine.
— Pourtant t'as sauté pour m'sauver.
Vesdra détourna le regard.
— J'vais pas laisser un mur faire c'que j'espère faire moi-même un jour.
Un grand sourire fendit le visage de Vorgak.
— Ah ! Donc t'avoues !
— P'têtre.
***
Autour d'eux, les guerriers observaient. Certains s'attendaient à voir une bagarre. D'autres à voir l'un des deux finir avec une lame dans le ventre.
Au lieu de cela, Vorgak tendit une main.
Après une demi-seconde d'hésitation, Vesdra la saisit. Les deux héritiers se relevèrent.
***
Depuis l'autre bout du pont, Throgar finit par parler. Une seule phrase.
— Si vous avez fini d'prouver lequel est l'plus idiot... ramassez l'butin.
Les orques éclatèrent de rire.
Même Vesdra. Même Vorgak.
Et dans l'ombre, Lugzubur sourit, car pour la première fois depuis longtemps, les deux héritiers avaient combattu du même côté.
Et cela, pensa le vieux chaman, était peut-être le plus important présage de tous.