L'arrivée d'Akuma et de ses Maneaters à Mordheim
On raconte, dans les tavernes enfumées de l'empire de Cathay, qu'il existe des montagnes qui marchent. Des masses de muscle et de vieilles cicatrices qui avancent sans hâte, sans peur, et qui laissent derrière elles un silence que même les corbeaux respectent.
Akuma était de celles-là.
Il y a bien longtemps, il avait porté la guerre jusqu'aux portes dorées de Cathay, un fléau parmi tant d'autres venus des montagnes de l'Ouest pour piller ce que les hommes de l'Empire du Dragon avaient mis des siècles à bâtir. Mais Cathay ne se brise pas — elle absorbe. Et un jour, on offrit à Akuma des récompenses comme il n'en avait jamais vues, pour qu'il tourne sa fureur contre ceux qui l'avaient jadis engagé. Il accepta. Puis il recommença. Année après année, guerre après guerre, l'ogre au service du plus offrant devint peu à peu autre chose : un nom qu'on respectait, une lame qu'on redoutait de voir dans le camp adverse.
C'est à Cathay qu'on lui donna le nom qu'il porte encore — Akuma, le démon — non par insulte, mais par un respect prudent, celui qu'on accorde aux forces qu'on ne cherche plus à comprendre, seulement à ne pas contrarier.
Et puis, un jour, les armes se sont tues.
Akuma retourna dans ses montagnes. Il y retrouva d'autres ogres, dispersés, sans clan, sans feu autour duquel s'asseoir. Il y rebâtit un village aux échos des terres du dragon, prit femme, éleva des enfants qui n'avaient jamais tenu une arme. Pendant des années, la montagne qui marchait s'était enfin arrêtée.
Mais la guerre ne meurt jamais.
Akuma gardait contre lui une esquille de pierre tombée du ciel, froide au toucher, chaude au regard, ramassée sur un champ de bataille dont plus personne ne se souvenait le nom. Il la portait comme on porte une dette. Et la pierre, elle, n'avait pas oublié la guerre.
Elle lui parlait la nuit. Pas en mots, mais en images. Le poids d'une lame dans la main. Le silence après un cri. La saveur du sang sur la neige. Année après année, le murmure se fit plus clair, plus insistant, chassant jusqu'au sommeil d'Akuma, ressassant et s'irritant contre ces images qu'il tentait d'ignorer, jusqu'à ce qu'il comprenne qu'aucune paix, aussi méritée soit-elle, ne pouvait faire taire ce que la pierre voulait de lui.
Alors il partit. Seul d'abord, puis, ogre après ogre, sa décision entraîna ceux qui avaient combattu à ses côtés à Cathay, ceux qui reconnaissaient dans ses yeux la même faim ancienne. Une petite bande se forma, aussi improbable que redoutable : des guerriers-montagnes au regard d'oni, marchant vers l'Ouest, vers une ville dont on disait qu'une pierre y était tombée du ciel entier, et non en éclats.
Ils arrivèrent aux abords de Mordheim un soir sans lune.
Et c'est alors qu'Akuma la vit : la cité des damnés.
Le fragment, contre sa poitrine, se tut soudain.
Pour la première fois depuis des années, Akuma n'entendit plus de murmure. Il entendit un silence. Un silence qui ressemblait, étrangement, à une reconnaissance.
Le voyage était fini. Le destin, lui, commençait.
Le Clan d'Akuma entrent dans Mordheim.
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