Nous portons tous les différents règnes en nous, minéraux, végétaux, animaux. En d'autres termes, sur notre scène se déroulent des scénarios de ces trois règnes.
Ce temps où une personne se dévoile, est sacré. Il requiert un accueil et une bienveillance infinis. S'exposer à se dévoiler. Se montrer sans fard, sans masque, tel que l'on est vraiment, c'est prendre le risque d'être jugé. Et le moindre jugement porté à ce moment, peut être fatal. Faire se refermer la porte à tout jamais.
Le patient animal raconte le monde en termes de survie et de compétition. Le problème vient des autres également, mais dans un rapport supérieur-inférieur, dominant-dominé, bourreau-victime, proie-prédateur. Je te mange ou tu me manges. Un des deux va bouffer l'autre.
Le chant de la Source
J'écoute attentivement le fil ténu de la petite chanson qui se dévoile doucement. Une petite musique, qui sous-tend le narratif du patient. Qui émerge à intervalles réguliers, avec son refrain.
Les mots qui tournent, les mots qui creusent, qui amènent tout droit vers les profondeurs du puits de l'être.
Les mots de la Source.
Les mots-clefs de la sensation.
Des mots qui ouvrent les portes de la compréhension de ce que vit le patient dans ses profondeurs intimes.
Je me laisse dériver quelques minutes avec lui, je navigue dans son courant, sans lâcher le fil. Laisser filer un peu…
Je l'accompagne dans ses zones de turbulences, à travers les trous d'air qu'il traverse, les tsunamis qui quelquefois le submergent. Je plonge avec lui comme un dauphin pour rejaillir un peu plus loin dans une explosion de lumière et un arc-en-ciel aquatique.
...Ce qui se joue là-bas chez l'autre qui me fait face, dans son monde, est un écho de ce qui se passe dans le mien. Sa souffrance est une figure fractale de la mienne. J'exorcise mes démons en l'aidant à mettre au jour les siens. Ensemble, nous les contemplons.
Même si je semble en apparence ne pas broncher en l'écoutant, une partie de moi entre en résonance avec ce qui est en train de se dire, de se jouer dans l'univers de mon patient, ma patiente.
Nos racines se touchent. Nos histoires se mêlent, s'entremêlent. Quelque chose dans les regards s'échange en profondeur. Une étrange alchimie se met en place...
N'est-ce pas quelque chose de l'ordre du miracle, qu'il existe quelque part dans la nature, un élément en correspondance parfaite, totale avec vous, avec votre petite chanson ?
Le patient végétal souffre dans ses rapports avec le monde. A l'instar de la plante qui est sensible à son environnement, le soleil qui peut la brûler, les orages ou le vent qui peuvent la maltraiter, le froid qui peut la geler...
Son problème, ce sont les autres, qui le touchent, qui le blessent, qui le... Il est trop sensible.