Ce livre fait suite au livre "Les Chemins du Vent".
Dans celui-ci, je suis allée revisiter mon enfance, la traverser au plus près pour la transformer, lui redonner de la lumière.
Après sa parution, j'ai croisé à quelques reprises des lecteurs qui m'ont dit avoir été surpris de la façon dont je me suis dévoilée totalement dans cette écriture. Je n'ai pas toujours su si je devais lire dans leurs yeux un reproche ou de l'admiration. Peut-être les deux mêlés.
Que vont-ils penser alors de celui-là, ces lecteurs effrayés, frileux de l'intime, de la proximité, effarouchés par la mise à nu. D'autant plus que nous sommes plutôt dans une saison où la distance sociale, les masques, la censure, sont de mise. Me montrer de si près pourrait-il être contagieux ? Je crois que c'est au fond ce que je souhaite. La contagion de la parole, de l'expression.
J'ai fait le choix de ne pas me censurer. C'est un choix délibéré. Cela ne veut pas dire qu'il s'est fait simplement.
A de nombreuses reprises, au détour d'un chapitre fraîchement écrit, dans lequel j'osais transgresser les frontières de la bienséance, ce que l'on a le droit de dire, ce qui est socialement correct, bien vu, je me suis interrogée longuement. Était-ce juste de m'exposer de cette façon ? N'allais-je pas choquer des âmes bien-pensantes ? Car telle n'est pas mon intention. Réveiller, révéler, oui, choquer, non.
Je me suis sentie impudique, égocentrée de me montrer ainsi, honteuse même de dévoiler cette ombre pas toujours glorieuse, pas toujours belle à voir.
J'ai effacé mentalement le dernier chapitre compromettant, puis un autre difficile à confronter, un autre encore… Comme une tentative désespérée d'effacer l'ombre. Mais la tâche réapparaissait toujours, m'obligeant à effacer encore. J'abandonnais Caroline, seule face à ses démons. Ils me concernaient si peu...
De chapitre en chapitre remisés virtuellement dans mes placards, j'ai retrouvé un livre aseptisé, confortable pour moi et pour les autres, mais vide. Sans consistance. Ayant perdu tout ce qui lui donnait du sens.
Comment bâtir quoi que ce soit de profond en s'appuyant sur du mensonge, sur du refoulé, du caché, du secret.
J'ai donc fait ce choix de me dévoiler pour aider les autres, les souffrants qui me ressemblent (ils sont tellement nombreux), à oser soulever leurs propres voiles.
J'ai fait ce choix de leur prêter mes mots. Je vous livre donc mon histoire dans toute sa nudité. En toute impudeur. Peut-être pas en toute impunité. Ma nudité n'est que le reflet, qu'un écho de la vôtre.
Puisses-tu, lecteur bien-aimé, la contempler et oser retourner ton regard vers toi-même.
Nous sommes, les uns (unes) et les autres, tels les arbres d'une forêt. Nos troncs sont séparés et nous maintiennent dans cette illusion de la séparation. Pourtant, nos racines s'entremêlent dans le sol et nos branches s'épousent dans le ciel. Lorsqu'un arbre souffre, subit un traumatisme, c'est la forêt toute entière qui frémit et qui tremble.
Inversement, lorsqu'un arbre se libère, panse ses blessures secrètes, la forêt toute entière respire et en bénéficie.
Je dédie ce livre à tous ceux et celles qui, parce qu'ils n'ont pas "les mots pour le dire", sombrent à petit feu dans les abîmes de la souffrance physique, psychique et spirituelle. Ces abîmes… qui les abiment.
Écrire mon histoire vise à leur ouvrir la voie (la voix). J'ai choisi de leur prêter mes mots. Afin qu'ils puissent (re) trouver les chemins qui mènent vers la liberté, la joie, l'unité, la connexion, l'Amour.
Ce dessin , en hommage à mon petit-fils Théo, Il a bien failli être la couverture de ce livre. Il m'évoque un masque africain chamanique avec une inclusion d'animaux de tous les éléments, l'air avec le corbeau au bec arc-en-ciel, la mer avec la sèche, la terre, avec le serpent et le chien... Et l'homme, dont le masque est la réunion de tous ces éléments.
Ce livre est une invitation au voyage. Un voyage intérieur.
Un passé potentiel, imaginaire, positif, qui aurait pu être, se dérouler dans une autre dimension, est venue se raconter à moi.
Issu d'abord de mon propre passé, dans ma maison d'enfance, L'oasis, il va rapidement se transformer sous mon regard surpris.
Les personnages vont changer de nom, la maison de lieu. Une histoire va apparaître, avec une héroïne de seize ans, Caroline, mon double dans ce nouveau passé plus paisible.
Parallèlement se poursuit un autre voyage, le mien, tout au long de cette année d'écriture. Un voyage introspectif de connaissance, de reconnaissance d'une partie de moi plus sage, plus ouverte, plus évoluée. Qui m'amène à explorer d'autres mondes.
Ce livre est à lire comme une histoire, un conte, à la frontière de l'imaginaire et du réel. En acceptant de se laisser aller, de se laisser amener en voyage, de se laisser imprégner par une atmosphère quelquefois étrange, déroutante, comme peut l'être le monde des rêves.
Je vous souhaite un bon voyage. Lumineux .