Abandonnée dans les années 1980, la programmation semble faire un retour dans les écoles, que ce soit pour des raisons économiques, pour des raisons entrepreneuriales ou pour le développement des compétences (Couture, 2020). Au Québec, l’informatique est intégrée dans le Programme de formation de l'école québécoise (PFÉQ) par l’entremise de la compétence transversale Exploiter les TIC, mais celle-ci ne fait pas référence à la programmation (Couture, 2020). Malgré cela, le ministère de l’Éducation du Québec (MEQ) est favorable à ce que les enseignants utilisent la programmation en tant qu’outil visant à favoriser le développement des compétences transversales et disciplinaires prescrites par le PFÉQ (Couture, 2020). D’ailleurs, l’ajout au PFÉQ d’une nouvelle compétence transversale qui viserait le développement d’une pensée informatique et qui intégrerait l’apprentissage de la programmation est une option envisagée (Couture, 2020). En outre, Couture (2020) mentionne que la programmation permettrait le développement de la pensée critique, mais il ajoute que la charge déjà importante des programmes complique son intégration en classe. Aussi, certaines études semblent démontrer que la programmation permet le développement de compétences transférables (Couture, 2020). Néanmoins, l’approche pédagogique doit être convenablement orientée pour que cela se produise, et de plus amples études seraient nécessaires afin d’évaluer plus en détail les bénéfices qui découleraient de l’intégration de la programmation dans le curriculum (Couture, 2020).
Source : Argonne National Laboratory (2015)
Tout comme Couture (2020), nous pensons qu’il est légitime de réfléchir sur la portée pédagogique de l’enseignement de la programmation au secondaire. En effet, en ce qui concerne les faits qui pourraient faire en sorte que d’aucuns puissent relativiser les avantages découlant de l’instauration d’une telle approche dans nos écoles, Couture (2020) rapporte, d’une part, qu’il n’existe que peu de données permettant d’identifier les meilleures façons de faire développer aux élèves les compétences du 21e siècle et, d’autre part, que les bienfaits pédagogiques de l’enseignement de la programmation dépendent énormément de la façon dont ce dernier est intégré dans les curriculums, du contexte d’apprentissage et des stratégies et des intentions pédagogiques et didactiques de l’enseignant. Autrement dit, selon nous, le message clé qu’il faut retenir du rapport de Couture (2020) est que l’efficacité de la programmation est, comme celle de n’importe quel autre outil numérique, tributaire de ce que l’on en fait et de ce que l’on veut en faire. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous sommes d’accord avec le Comité du rapport sur l’état et les besoins de l’éducation quand il affirme que la programmation ne devrait pas être vue comme l’unique façon de faire en sorte que les élèves développent les compétences transversales et disciplinaires prescrites par le PFÉQ (Couture, 2020). À ce sujet, nous croyons qu’une piste de réflexion pertinente qu’il faudrait explorer pour s’assurer que l’enseignement de la programmation se fait convenablement dans nos écoles consisterait à se demander quelles sont les manières dont il faudrait mettre en pratique cette approche pour qu’elle soit la plus avantageuse possible d’un point de vue pédagogique.
En outre, nous pensons que, si le MEQ souhaite vraiment assurer, chez nos élèves, le développement des compétences informatiques par l’entremise de la compétence transversale Exploiter les TIC et d’outils tels que la programmation, il devrait considérer qu’une évaluation rigoureuse de leurs apprentissages devrait être faite non seulement pour les compétences disciplinaires, mais aussi pour les compétences transversales. À notre avis, il n’y a présentement que les compétences disciplinaires qui sont sujettes à une telle évaluation de la part des enseignants, car ce sont les seules compétences pour lesquelles des indicateurs de réussite précis se retrouvent sur le bulletin de l’élève (MEQ et MES, 2023). Ainsi, une autre piste de réflexion qu’il faudrait considérer serait d’identifier les méthodes d’évaluation qui permettraient de rendre compte le plus fidèlement possible des apprentissages des élèves en ce qui a trait aux compétences transversales.
Source : Marlinsons (s. d.)
Source : Braunschweig (2017)
Couture (2020) remet en question le bien-fondé de l’enseignement de la programmation en tant que fin en soi et souligne que le Québec voudrait plutôt l’inclure au programme comme un moyen pédagogique. C’est, d’après nous, la bonne approche, car l’enseignement de la programmation comme tel nécessite l’appropriation de la syntaxe d’un langage, de librairies et de modules, ce qui est hautement chronophage. D’un point de vue pédagogique, ce serait problématique de dédier autant de temps à cette activité, quand on cherche surtout à développer des compétences, telles que la résolution de problèmes ou la pensée critique, qui peuvent tout aussi bien être apprises à travers des activités plus traditionnelles (Couture, 2020). Cependant, il ne s’agit pas de proscrire la programmation à l’école, car ses possibilités de création et sa proximité avec les expériences numériques des élèves la rendent motivante. Il faut porter une attention particulière au design pédagogique des activités en lien avec la programmation pour s’assurer que des moyens efficaces d’enseigner des compétences aux élèves sont mis en œuvre (Couture, 2020). Par exemple, on peut exploiter les capacités mathématiques et artistiques des élèves dans la création d’un jeu vidéo avec Scratch (https://scratch.mit.edu/), en prenant bien soin d’expliciter les compétences que les élèves doivent développer et en adaptant les modalités du travail à ces fins.
Argonne National Laboratory. (2015, 29 juin). Argonne programming camp sparks students’ scientific curiosity [photo]. Flickr. https://www.flickr.com/photos/argonne/20279189848
Braunschweig, D. (2017, 3 décembre). Block programming loop example [image]. Wikimedia Commons. https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Blockly_do_loop.png
Couture, H. (2020). État des connaissances sur l’apprentissage et la pratique de la programmation informatique en contexte scolaire. Conseil supérieur de l’éducation. https://www.cse.gouv.qc.ca/wp-content/uploads/2020/11/50-2112-ER-apprentissage-informatique.pdf
Marlinsons. (s. d.). Good Grade on School Assignment clipart [image]. Creazilla. https://creazilla.com/nodes/23754-good-grade-on-school-assignment-clipart
Ministère de l'Éducation du Québec (MEQ) et ministère de l'Enseignement supérieur (MES). (2023). Pondérations et libellés du bulletin - Enseignement secondaire. http://www.education.gouv.qc.ca/enseignants/pfeq/secondaire/ponderations-et-libelles-du-bulletin-enseignement-secondaire/