Le premier élément que je retiens de l’article de Widmer et Bétrancourt (2018) en lien avec mon développement professionnel est l’importance d’exploiter le numérique en créant des activités susceptibles de susciter de l’engagement et de l’intérêt de la part des élèves. En fait, dans leur étude, Widmer et Bétrancourt (2018) démontrent ce point crucial en rapportant que, bien que les élèves aient eu beaucoup de difficultés à prendre, à l’aide de tablettes tactiles, des photos à travers l’oculaire d’une loupe binoculaire, ils ont maintenu une bonne concentration pendant toute la durée de l’activité, et ce, tant et si bien que la plupart d’entre eux ont pris la décision de poursuivre leur travail au lieu de prendre la pause à laquelle ils avaient droit. D’ailleurs, cela suggère que, si les élèves sont suffisamment intéressés à réaliser une activité en lien avec le numérique, leur motivation peut surpasser le désintérêt que pourraient générer les difficultés rencontrées lors de cette activité et même devenir un vecteur leur permettant de les surmonter. Ceci étant dit, si je devais trouver une faiblesse à l’étude de Widmer et Bétrancourt (2018), je dirais que, si les auteurs ont bien pris soin de choisir la plateforme qui serait la plus conviviale possible pour les élèves, ils ne se sont pas assez préoccupés de l’adéquation entre cette dernière et la démarche d’investigation scientifique que les élèves devaient réaliser. En effet, les élèves auraient probablement eu beaucoup moins de difficultés à prendre leurs photos si on leur avait demandé d’observer des organismes plus gros (p. ex. des plantes, des champignons, etc.) que des petits arthropodes, dont l’identification à l’aide d’une clé nécessitait l’utilisation d’une loupe binoculaire (Widmer et Bétrancourt, 2018). Ainsi, je crois qu’une piste de réflexion pertinente pour un enseignant de science et technologie souhaitant créer une situation d’enseignement et d’apprentissage (SEA) de travaux pratiques faisant intervenir le numérique serait non seulement de se demander si la ressource numérique qu’il veut faire utiliser à ses élèves est conviviale, mais aussi de se questionner à savoir si cette ressource est bien adaptée aux travaux pratiques dans lesquels il aimerait l’intégrer (ou, à l’inverse, de se demander si les travaux pratiques dans lesquels il souhaite intégrer une ressource numérique sont bien adaptés à l’utilisation de cette ressource).
Source : Lee (2021)
Le deuxième élément que je retiens de l’étude Widmer et Bétrancourt (2018) est le défi que peut représenter le fait de retirer des bénéfices pédagogiques de la part d’une activité de travaux pratiques intégrant le numérique. En effet, même si la SEA qu’ils ont organisée remplissait les quatre conditions (c.-à-d. un travail en petites équipes, la réalisation d’une vraie tâche de groupe, une responsabilisation individuelle et une situation d’interdépendance positive) qui, selon eux, étaient requises pour que les interactions ayant lieu entre les élèves soient constructives (c.-à-d. pour qu’elles favorisent leurs apprentissages en faisant évoluer leurs conceptions préalables), ils ont observé des interactions compétitives (c.-à-d. des interactions qui sont défavorables aux apprentissages et dans lesquelles un élève cherche absolument à convaincre son coéquipier qu’il a raison, et ce, sans nécessairement utiliser des arguments de nature épistémique) entre les élèves de certaines équipes. Cela laisse penser que, bien qu’une SEA intégrant le numérique fasse appel aux plus hauts niveaux d’usage des TIC (c.-à-d. la cocréation participative de connaissances (Romero, 2015) et la redéfinition (Levy, 2017)), tous les élèves ne sont pas assurés d’en retirer des bénéfices satisfaisants si leurs interactions ne sont pas convenablement régulées. Ainsi, je pense que l’étude de Widmer et Bétrancourt (2018) nous oriente vers une autre piste de réflexion pertinente pour la recherche en enseignement, soit celle consistant à se questionner à savoir s’il existe d’autres moyens permettant de réduire au maximum les chances que des interactions non favorables à l’apprentissage des élèves puissent se produire entre eux lors d’une SEA qui intègre le numérique.
Source : Firkin (2017)
Firkin. (2017, 8 juin). Argument [image]. Openclipart. https://openclipart.org/detail/281212/argument
Lee, C. (2021, 18 novembre). A Cheiracanthium inclusum strikes a typical outdoors pose [photo]. SpiderHugger. https://spiderhugger.com/category/envenomation/
Levy, A. (2017). SAMR, un modèle à suivre pour développer le numérique éducatif. TECHNOLOGIE, 206, 8-13.
Romero, M. (2015, 4 décembre). Usages pédagogiques des TIC : de la consommation à la cocréation participative. Éductive. https://eductive.ca/ressource/usages-pedagogiques-des-tic-de-la-consommation-a-la-cocreation-participative/
Widmer, V., & Bétrancourt, M. (2018). Les technologies numériques comme soutien à une activité coopérative de travaux pratiques en biologie. Schweizerische Zeitschrift für Bildungswissenschaften, 40(2), 405-425.