La vie des dieux est longue. Très longue. Trop longue. Et quand on dispose de l'éternité devant soi, il faut bien s'occuper. Certains se transforment en cygne pour draguer les mortelles, d'autres s'incarnent et demandent des rituels sanglants, mais ils sont nombreux à ne jamais sortir de leur petit Eden et à y vivre une longue éternité faite de plaisirs faciles et de décadence paresseuse. Les quelques 300 milliards de divinités recensées à ce jour ont un goût profond pour les disputes philosophiques, mais il y a une chose qu'ils aiment par dessus tout : voir les mortels souffrir et subir les conséquences des décisions les plus inconséquentes.
Il y a quelques milliers d'années, un groupe de dieux discutaient, avec véhémence, comme toujours autour d'un verre d'ambroisie, de l'importance de quelques peuples qu'ils jugeaient supérieurs dans la création. Evidemment, ils ne parvinrent pas à se mettre d'accord et la discussion finit en pugilat divin.
Après plusieurs centaines d'années de discussions, un dieu eût une idée farfelue, quoiqu'assez originale pour départager les différentes espèces intelligentes : il faudrait en isoler quelques spécimens sur une ile déserte et voir qui se débrouillerait le mieux.
L'idée était lancée. Plusieurs divinités mineures furent chargées d'organiser le plus grand concours de la création, celui qui permettrait de distinguer l'espèce intelligente la plus incroyable des univers. Les dieux façonnèrent un monde unique, doté d'un seul continu et capable d'accueuillir toutes les formes de vie. Plusieurs centaines de dieux établirent une fiche de candidature pour leur peuple favori et ils furent lancés ensemble dans une gigantesque arène en temps réel, scrutés en permanence par les émissaires des dieux.
Il était évidemment hors de question que les mortels connaissent la volonté divine et tout devait se passer selon des règles strictes, que les protagonistes devraient ignorer à jamais.
L'ile connue sous le nom d'Ilox est la seule surface émergée du globe. Elle recouvre plusieurs dizaines de milliers de kilomètres carrés mais reste un point irrégulier et minuscule dans une planète recouverte par les océans.
L'influence divine sur Ilox a perturbé fortement le climat océanique naturel de l'ile continent. On passe d'un désert de glace à la jungle équatoriale subitement, comme on traverse des zones tempérées simplement boisées avant de découvrir un paysage de montagnes arides. Ces variations étranges sont le fait d'un découpage volontaire des dieux. Un modellage destiné à favoriser la vie sous un maximum de formes dans un espace réduit.
Il est arrivé qu'une zone change brusquement de climat à cause de la bonne ou de la mauvaise volonté des dieux. Dans ce cas, il ne reste plus aux habitants qu'à se trouver des fourures en urgence.
Toutes les parcelles d'Ilox sont habitables et on y trouve toujours de la vie animale (importée par les dieux eux-mêmes) et végétale. N'importe quel peuple qui s'installe dans une zone est certaine d'y trouver de quoi subsister et peut être même de quoi échanger avec ses voisins. On raconte que les fourrures en peau de renne sont très à la mode en ville ces derniers temps.
Au coeur du système créé par les dieux, se trouve ce qu'ils nomment la forge alchimique. Il s'agit d'une construction en dehors de l'univers dans laquelle ils peuvent synthétiser à volonté l'ADN de créatures existantes et en générer un nombre de copies suffisant pour établir une civilisation viable.
En remplissant un formulaire de création à la forge alchimique, la divinité doit présenter quelques individus de l'espèce souhaitée dont on vérifie les capacités cognitives, puis leurs ADN sont copiés et synthétisés avant la création elle-même. La plupart des dieux ne comprennent pas grand chose au fonctionnement de cette forge et le nom magique qui lui a été donné leur convient tout à fait.
A la sortie de la forge, les êtres créés sont placés en groupe dans un environnement qui leur est attribué aléatoirement et ils n'ont plus qu'à survivre et prospérer.
Dès leur sortie de la forge alchimique, les peuples générés sont contraints à s'adapter et à évoluer. Ils doivent trouver de la nourriture, des armes, rencontrer leurs voisins de manière plus ou moins pacifiques et, au final, prospérer et ainsi espérer gagner le concours.
Evidemment, comme les différentes espèces ignorent tout de ce concours, il peut arriver tout et n'importe quoi : des espèces qui se lancent dans la découverte des océans et ne reviennent jamais, d'autres qui n'arrivent pas à découvrir le feu, certains groupes sont victimes de maladies mortelles...
En théorie, les dieux n'interviennent pas directement et doivent seulement observer. En pratique, la plupart des dieux restent sages et en dehors de quelques incidents mineurs, le système fonctionne assez bien.
Une fois installés, les colons doivent pouvoir se débrouiller seuls, mais il arrive fréquemment, et les dieux admettent cette pratique avec enthousiasme, que des peuplades réellement intelligentes s'allient et les transferts de technologies sont assez fréquents et enrichissent fréquemment les différentes parties. La plupart des dieux admettent d'ailleurs que les espèces incapables de coopérer avec les autres ne méritent pas le titre suprême.
Pour veiller au bon déroulement de l'épreuve, les dieux ont mis en place un système simple : ils ont créé des arbitres qui circulent librement et ne sont attachés à aucun peuple. Les Asirs, puisqu'ils se nomment ainsi, sont de petites créatures magiques que l'on trouve partout en grand nombre. Ils observent et gardent trace de tout ce qui arrive.
Les Asirs peuvent prendre une infinité de formes et de couleurs différentes. Ils apparaissent et disparaissent en fonction de leurs volonté propre et n'interfèrent jamais dans les affaires des différents peuples. Chaque Asir génère en permanence une aura magique à proximité et dont les effets peuvent considérablement varier. Il est possible de faire apparaitre un Asir et de profiter de ses capacités quelques temps, mais ce ne sont pas des associations perennes et il n'a jamais été possible de domestiquer le moindre Asir. A l'heure actuelle, aucun scientifique n'a pu percer leur secret et les différents peuples se contentent de prier pour que les Asirs soient là où il faut quand il faut.
Globalement le système fonctionne plutôt bien. Les différentess espèces s'intègrent ou disparaissent, et chaque fois qu'une race est détruite, elle est remplacée par une autre qui sort de la forge alchimique et en vient à coopérer et prospérer. A ce jour, un seul cas de tricherie manifeste a vraiment posé problème.
Un dieu qui tient depuis des millions d'années à se faire appeler l'Unique par les autres dieux (qui ne comprennent pas en quoi il serait unique du coup) a eu l'idée d'aller chercher sur la planète terre des représentants de l'espèce humaine. Comme les dieux en ont l'habitude, ils ont envoyé des vaisseaux capturer quelques humains, pratiquer des expériences et des tests d'intelligence (que les humains ont réussi de peu), récupérer leur ADN et intégrer les données dans la forge alchimique pour les faire apparaître sur la côte ouest d'Ilox.
Tout se passait normalement, jusqu'à ce que l'Unique se rende compte que son peuple favori n'aurait que peu de chances face à des des peuples plus élaborés que le sien. Il lui fallait trouver une astuce pour avoir une chance de gagner. Profitant d'un vide juridique pitoyable, il s'incarnât directement sur Ilox et révéla aux humains un certains nombre de règles qui leur permettraient d'atteindre son paradis. Evidemment, il ne parla pas véritablement du concours, mais donna aux hmains tous les ingrédients pour gagner à coup presque sûr. Histoire de faire bonne figure, il les aida de quelques miracles bien sentis qui débarassa les humains de rivaux potentiels sans avoir à se fatiguer beaucoup.
Au départ, les humains pensaient simplement vénérer une divinité bienfaisante, mais avec le temps, ils devinrent de plus en plus fanatiques et violents. Comme il s'agit, en plus, d'une race très prolifique, il arriva un temps où il y avait plus d'humains sur Ilox que la totalité des autres espèces présentes. C'est là que les humains entrèrent en guerre avec tout le monde.
Un véritable massacre organisé de créatures étranges fut organisé par les groupes religieux humains. Nul n'était à l'abri de la guerre. Loin de tout, les dieux ne comprirent que trop tard les rapports qu'ils recevaient des Asirs. L'Unique fut accusé de triche et interdit de participer au concours. Les humains furent ramenés en quelques catastrophes naturelles à l'état de peuple comme les autres puis après quelques autres désastres furent au bord de l'élimination.
Leur détermination farouche et leur capacités à apprendre, et potentiellement, à gagner attirèrent l'attention de plusieurs divinités qui parièrent alors sur la race déchue. En quelques générations, l'Unique fut mis de côté par les cultistes humains et la civilisation humaine fut à nouveau capable de se développer.
Les humains étant ce qu'ils sont, ils ne réussirent pas à rester unis bien longtemps et aujourd'hui, une dizaine de peuples humains occupent différentes zones d'Ilox, plus ou moins en conflit les unes avec les autres. Les humains ne sont plus près de s'unir et le jeu peut reprendre son cours. La situation a été stabilisée et la catastrophe évitée de peu.
Depuis l'épisode fâcheux de la tricherie humaine, et la guerre presque totale qui a suivi, les différents peuples de l'ïle-Continent ont tendance à éviter les guerres ouvertes. Les risques d'élimination définitive de toute une faction étant trop élevés en raison des avancées technologiques récentes : arbalètes, poudre à canon ou armures de plates, mais aussi poisons, machines de guerre mécaniques et fortifications en pierre.
Le monde a grandement évolué et les differents peuples ont des échanges commerciaux fréquents. Quelques merveilles artitistiques ont vu le jour et la totalité des peuples bénéficie d'une prospérité jusqu'ici inégalée, la dernière famine remontant à plus de dix ans. Les sciences ont évolué de manière spectaculaire et la découverte récente d'une force que d'aucun nomment la gravité pourrait à terme être une véritable révolution.
Afin de surveiller les différents protagonistes, les Asirs ont choisi d'apparaître plus fréquemment encore qu'à leur habitude. Ils surveillent presque tout le monde et certains dieux s'inquiètent déjà des risques de trop grande ingérence de ces arbitres qui ne devraient en théorie pas modifier l'équilibre du jeu.
Pour déterminer le gagnant, les Asirs se réunissent de manière régulière, environ une fois par an, dans un lieu secret qu'ils nomment le Conseil des Asirs. Cette réunion a lieu tard dans la nuit afin qu'ils ne risquent pas d'être invoqués pendant les discussions. Le vote se déroule toujours de la même façon, les noms des peuples sont annoncés dans l'ordre de présentation des candidatures par un secrétaire de scéance déterminé aléatoirement et chaque Asir ne peut voter qu'une fois en affichant son aura de manière visible. Le peuple qui reccueille plus de 65 pour cent des voix des Asirs en un seul vote est proclamé vainqueur.
A l'heure actuelle, malgré leur petite tricherie, les humains sont en tête avec 21% des voix au dernier Conseil.
Evidemment, les résultats des votes sont inconnus des participants, seuls les dieux y ont accès.
La plupart des peuples participant au concours finissent à un moment ou à un autre par construire des cités plus ou moins importantes. Certaines sont de grands ports de pêche, d'autres des cités fortifiées ou des bibliothèques géantes, on trouve aussi de gros bourgs avec des chemins de boue sur lesquels il est difficile de circuler.
Les cités les plus grandes ont souvent pour point commun d'être le centre névralgique d'une civilisation. Tout un peuple s'y retrouve et ce sont souvent des lieux d'échange et de débats. La plupart des peuples n'ont pas bâti de remparts pour leurs villes et une forme de gentleman agreement a été passé entre les différents dirigeants pour éviter les massacres de population inutiles. L'accord ne plait toutefois pas à tout le monde et n'est pas toujours bien respecté.
Le nom Ilox d'abord. C'est le nom que les divinités donnent au concours et à l'Ile-Continent et il est utilisé par les Asirs et par la plupart des espèces intelligentes qui participent au concours. Ilox n'est pas un mot sorti d'un générateur aléatoire de noms. C'est l'abréviation, traduite du Galach Impérial, de Concours d'Evolution Divine. Pourquoi un nom en Galach Impérial? Parce que Bill, le dieu responsable de la création de l'évènement parlait très bien le Galach Impérial. Et le X? Il s'agit tout simplement du numéro de cette édition, la dixième en chiffres romains.
Les dieux adorent ce concours. Et s'il s'agit de la dixième édition, ce n'est pas pour rien. Il se passe toujours quelque chose à découvrir et pour quoi s'enthousiasmer. Parmi les neuf éditions précédentes, seule la troisième fut mortellement ennuyeuse (même pour les dieux). Dlul, un dieu assez obscur, parvint à découvrir une race tellement supérieure aux autres – les Melmaciens - qu'elle surpassa efficacement toutes ses rivales dès le début de l'épreuve, atteignant l'âge de l'écriture alors que les autres n'avaient pas encore découvert le feu. On ne sait pas trop si les Melmaciens étaient véritablement brillants ou si leurs adversaires étaient simplement trop mauvais pour vraiment présenter de l'intérêt.
Depuis, les races trop efficaces ou brillantes sont écartées automatiquement de la compétition. La Forge alchimique assurant que des écarts de niveaux trop importants soient minimisés. On murmure toutefois dans quelques milieux autorisés que des "Masters" pourraient avoir lieu pour la centième édition, avec les champions des éditions précédentes... A suivre.
Plusieurs divinités ont plusieurs fois demandé si les auras des Asirs n'étaient pas un élément de trop dans ce concours. Ils existent et arbitrent mais ont-ils véritablement besoin d'affecter leur environnement? Ce point n'a toujours pas été tranché et il faut reconnaître que les gagnants de la cinquième édition – les Quashqars - ont su tirer leur épingle du jeu sans jamais avoir recours aux auras magiques des Asirs, qu'ils annulaient par un hasard regrettable.
Une des grandes questions qui reste à la lecture de tout ceci est :"mais qu'est-ce qu'il y a à gagner?". La réponse est simple mais multiple.
Pour les participants, rien. Ils vivent et prospèrent sous l'oeil attentif des dieux et c'est tout.
Pour les Asirs, rien non plus. Leur seule existence ne se justifie que par le concours et sans lui, ils n'auraient même pas été inventés. En plus ils ne peuvent pas participer puisque ce ne sont pas véritablement une espèce intelligente.
Pour les dieux, l'enjeu est de taille. Les divinités parient sur les peuple gagnants et offrent en gage à peu près tout et n'importe quoi. Certains parient de l'ambroisie, d'autres des peuples de dévôts, certains parient des privilèges divins. Tout et n'importe quoi peut faire partie d'un pari et devenir un lot éventuel. Quand à la façon dont les dieux parient, c'est quelque chose qu'il faudra leur demander directement si vous en croisez un.