Chapitre I — Les Enfants de la Lune
Cendrelune n'était pas une cité comme les autres, et ceux qui avaient eu la chance de la voir de leurs propres yeux disaient qu'elle n'appartenait pas tout à fait à ce monde. Elle ne se trouvait pas au sommet d'une montagne, ni au creux d'une vallée, ni au bord d'un fleuve, ni dans aucun de ces endroits où les mortels ont l'habitude de bâtir leurs demeures. Elle flottait, tout simplement, suspendue dans le vide au-dessus du Lac des Reflets, une étendue d'eau parfaitement calme qui reflétait le ciel comme un miroir brisé. Ses tours de pierre blanche et de verre lunaire s'élevaient vers les étoiles, fines et élancées comme des doigts tendus vers le ciel, et ses rues, pavées de quartz poli, luisaient doucement dans l'obscurité, émettant une lumière pâle et froide qui ne ressemblait à aucune autre. On y accédait par des ponts de lumière, tissés par les anciens Oracles au fil des siècles, qui ne se déployaient que les nuits de pleine lune, lorsque la clarté argentée était assez puissante pour les nourrir. Le jour, la cité disparaissait dans la brume, invisible aux yeux des mortels, comme si elle n'avait jamais existé. La nuit, elle brillait comme un diamant posé sur le velours noir du ciel, un joyau suspendu entre deux mondes, inaccessible et mystérieux.
C'est dans ce lieu hors du temps, dans une petite maison de cristal accrochée aux jardins suspendus, que naquit Hylda Naïeul, un soir d'hiver où la lune était si brillante qu'on aurait dit un soleil d'argent. Sa mère, Gwendolyn, était une femme d'une beauté douce et mélancolique, connue dans toute la cité pour sa voix, qui apaisait les enfants et faisait fleurir les jardins de lune. Elle était herboriste, guérisseuse, et elle passait ses journées à parcourir les serres suspendues, à cueillir des plantes rares et à préparer des remèdes pour les malades. Son teint pâle, presque translucide, était célèbre : on disait qu'elle n'avait jamais été touchée par le soleil, et qu'elle était née de la lune elle-même, comme si la clarté nocturne s'était faite chair pour donner naissance à une femme. Elle avait les mains fines, les doigts longs et agiles, et une patience infinie. Elle ne se mettait jamais en colère, ne haussait jamais le ton, et trouvait toujours les mots justes pour consoler ceux qui souffraient. Les enfants de Cendrelune l'adoraient, et venaient souvent lui apporter des fleurs ou des cailloux brillants qu'ils avaient trouvés au bord du lac, en échange d'une histoire ou d'un sourire.
Son père, Noa, était tout l'inverse. C'était un homme grand, large d'épaules, au regard perçant et à la voix grave, qui semblait avoir été taillé dans la roche plutôt que né de la lune. Il n'était pas né à Cendrelune ; il venait des plaines brumeuses de l'est, où les Elfes de la Lune envoyaient parfois leurs éclaireurs pour surveiller les frontières et repousser les créatures des ténèbres. Il avait été recueilli par la cité après une tempête qui avait détruit son village, tué sa famille, et emporté tout ce qu'il possédait. Il avait choisi de rester, non pas par gratitude, mais par amour pour Gwendolyn, qu'il avait rencontrée un soir de pleine lune, alors qu'elle cueillait des fleurs au bord du lac. Il était devenu gardien des Portes de la Lune, chargé de protéger la cité des intrus et des créatures qui rôdaient dans l'obscurité. Il avait les yeux d'un bleu très clair, presque transparents, avec une pointe de violet au centre, et ce regard étrange qui semblait voir au-delà des apparences, comme s'il pouvait lire les pensées les plus secrètes de ceux qui croisaient son regard. Il parlait peu, souriait encore moins, mais il était d'une loyauté sans faille. Il aurait donné sa vie pour Gwendolyn, et plus tard, pour Hylda, sans hésiter une seule seconde.
Hylda hérita du teint de sa mère et des yeux de son père. Elle avait la peau pâle de Gwendolyn, cette peau laiteuse qui semblait faite de lumière, et les yeux de Noa, ces yeux bleus presque transparents qui changeaient de couleur au rythme des phases lunaires. Dès sa naissance, on sut qu'elle serait différente. Ses premiers cris furent accompagnés d'une lueur étrange, comme si la lune elle-même s'était penchée sur son berceau pour la bénir, ou pour la marquer. Les Anciens vinrent l'observer, murmurèrent des paroles que personne ne comprit, et repartirent en silence, le visage grave. Gwendolyn et Noa ne posèrent pas de questions. Ils savaient que leur fille était spéciale, mais ils ne savaient pas encore à quel point, ni ce que cela signifierait pour elle, pour eux, et pour toute la cité.
Chapitre II — Une Enfance de Lumière
Hylda grandit dans les jardins suspendus de Cendrelune, entourée de fleurs qui ne s'ouvraient que la nuit et de papillons de lune aux ailes argentées. Elle était une enfant curieuse, toujours en train de courir, de grimper aux arbres, de poser des questions auxquelles personne ne pouvait répondre. Elle adorait les histoires que lui racontait sa mère, ces légendes anciennes sur les origines des Elfes de la Lune, sur les premiers Oracles, sur les secrets de la lune et les mystères du ciel. Elle passait des heures à écouter, les yeux grands ouverts, imaginant des mondes lointains et des héros oubliés, des batailles célestes et des amours impossibles. Elle aurait pu rester là pour toujours, bercée par la voix de Gwendolyn, bercée par la lumière des étoiles, bercée par l'illusion d'un monde parfait.
Son père, Noa, l'emmenait parfois avec lui sur les remparts de la cité, pour lui montrer les étoiles. Il lui apprenait à reconnaître les constellations, à lire le ciel comme on lit un livre, à comprendre les signes que la lune envoyait aux vivants. Il ne parlait pas beaucoup, mais ses silences étaient pleins de choses. Hylda apprit à les comprendre, à les aimer. Elle savait quand il était fier d'elle, quand il était inquiet, quand il était triste. Elle n'avait pas besoin de mots pour le savoir ; elle le sentait, simplement, comme on sent la pluie avant qu'elle ne tombe, comme on sent le danger avant qu'il ne frappe. Noa ne lui disait jamais qu'il l'aimait, mais elle le savait. Elle le voyait dans ses yeux, dans ses gestes, dans la façon dont il la protégeait sans jamais le dire.
Mais très vite, Hylda comprit qu'elle n'était pas comme les autres enfants. Elle faisait des rêves étranges, des rêves qui ne ressemblaient pas à ceux des autres. Elle voyait des choses qui n'étaient pas encore arrivées : la mort d'un oiseau, la chute d'une feuille, la naissance d'un enfant, la fin d'un monde. Au début, elle crut que c'était normal. Puis elle comprit que non. Elle en parla à sa mère, qui la rassura, qui lui dit que c'était un don, pas une malédiction, que la lune avait choisi Hylda pour voir ce que les autres ne voyaient pas. Elle en parla à son père, qui ne dit rien, mais qui la serra contre lui, plus fort que d'habitude, comme s'il avait peur de la perdre. Elle comprit alors que ce don était aussi un fardeau, et que Noa le savait. Il savait ce qui attendait sa fille. Il savait que la lune ne donnait jamais rien sans rien en retour.
Les années passèrent. Hylda apprit à contrôler ses visions, à les comprendre, à les utiliser. Elle fut prise sous l'aile de l'ancien Oracle, un homme très vieux, aux yeux blancs et à la voix chevrotante, qui lui enseigna l'art de la divination, la lecture des astres, et les mystères de la lune. Elle apprit vite, plus vite que les autres, plus vite que l'Oracle lui-même ne l'aurait souhaité. Elle avait un talent naturel pour la magie lunaire, pour les illusions, pour les prophéties. L'Oracle fut impressionné, puis inquiet. Il savait ce que cela signifiait. Il savait ce qui attendait Hylda. Il savait que la lune ne choisissait pas ses enfants au hasard, et que ceux qu'elle marquait étaient destinés à de grandes choses, mais aussi à de grandes souffrances.
Chapitre III — L'Appel de la Lune
À l'âge de seize ans, Hylda eut sa première grande vision. Ce n'était pas un rêve comme les autres, pas une image fugace ou un murmure lointain. C'était une vision claire, précise, terrifiante. Elle vit Cendrelune se fissurer, les cristaux se briser, les tours s'effondrer. Elle vit des ombres envahir les rues, des cris, des flammes. Elle vit la mort, la destruction, la fin. Et au milieu de ce chaos, elle vit une silhouette encapuchonnée, debout sur le Lac des Reflets, qui riait. Ce rire résonna dans sa tête pendant des jours, des semaines, des mois. Elle ne pouvait pas l'oublier. Elle ne pouvait pas l'ignorer. Elle savait que c'était un avertissement, un présage, un appel.
Elle se réveilla en hurlant. Sa mère accourut, la prit dans ses bras, la berça, lui murmura des paroles apaisantes. Noa arriva quelques secondes plus tard, l'épée à la main, prêt à défendre sa fille contre n'importe quoi, contre n'importe qui. Mais il n'y avait rien à défendre. Le danger n'était pas encore là. Il était dans l'avenir, quelque part, tapi dans l'ombre, attendant son heure. Noa baissa son épée, regarda sa fille, et comprit. Il comprit que ce jour arriverait, tôt ou tard. Il comprit qu'il ne pourrait pas l'empêcher. Il comprit qu'il devrait se préparer.
Hylda raconta sa vision à l'Oracle. Il l'écouta en silence, le visage grave, puis il hocha la tête. "C'est la Dissension", dit-il simplement. "Elle approche. Nous n'avons que peu de temps." Il convoqua les Anciens, leur raconta tout, leur décrivit la vision dans les moindres détails. Mais les Anciens refusèrent de le croire. Ils dirent que Hylda était trop jeune, que ses visions n'étaient pas fiables, que la Dissension n'était qu'une légende, un mythe, une histoire pour effrayer les enfants. Ils dirent que Cendrelune était protégée par la lune elle-même, et que rien ne pourrait jamais la détruire. Ils se trompaient. Ils se trompaient tous.
L'Oracle insista, plaida, supplia. Mais les Anciens restèrent inflexibles. Ils ne voulaient pas croire que leur cité, leur chef-d'œuvre, leur orgueil, puisse un jour tomber. Ils préférèrent ignorer la menace, la rejeter, la nier. Hylda continua de faire des visions, encore et encore, toujours plus précises, toujours plus terrifiantes. Elle vit les visages de ceux qui mourraient, les noms de ceux qui survivraient, les détails de la catastrophe. Elle essaya de convaincre les Anciens, un par un, mais aucun ne l'écouta. Elle était trop jeune, trop étrange, trop différente. Ils la craignaient, au fond. Ils craignaient ce qu'elle représentait : la vérité qu'ils ne voulaient pas entendre.
Noa, lui, la crut. Il crut chaque mot, chaque vision, chaque larme qu'elle versa. Il ne dit rien aux Anciens, ne tenta pas de les convaincre. Il savait que c'était inutile. Alors il fit ce qu'il savait faire : il se prépara. Il entraîna Hylda au combat, lui apprit à se défendre, à fuir, à survivre. Il lui montra les passages secrets de la cité, les cachettes, les issues de secours. Il lui dit : "Quoi qu'il arrive, tu dois vivre. Tu dois survivre. C'est tout ce qui compte." Hylda acquiesça, sans comprendre. Elle ne savait pas encore ce qui l'attendait. Elle ne savait pas encore ce qu'elle allait perdre.
Chapitre IV — La Dissension
La Dissension frappa un soir d'automne, alors que la lune était voilée par des nuages noirs. Hylda avait eu une dernière vision, quelques heures plus tôt. Elle avait vu la silhouette encapuchonnée, debout sur le Lac des Reflets, et elle avait entendu une voix, une voix froide et cruelle, qui murmurait des mots anciens, des mots de destruction. Elle avait compris que c'était pour ce soir. Elle avait couru prévenir son père, qui avait couru prévenir sa mère. Ils s'étaient préparés, en silence, sans espoir. Ils savaient que la fin était proche. Ils savaient qu'il n'y aurait pas de retour en arrière.
La première fissure apparut sur la tour centrale, celle qui abritait le Cercle des Visions. Un craquement sinistre, comme un os qui se brise, résonna dans toute la cité. Puis les cristaux commencèrent à tomber, un par un, comme des larmes de verre. Les rues se mirent à trembler, les ponts de lumière à vaciller. Les cris commencèrent. Les Elfes de la Lune, tirés de leur sommeil, sortirent de leurs demeures, paniqués, désorientés. Ils ne comprenaient pas ce qui se passait. Ils n'avaient pas vu les signes, n'avaient pas écouté les avertissements. Ils étaient condamnés, et ils ne le savaient même pas.
Hylda était avec ses parents, dans leur maison près des jardins suspendus. Noa tenait son épée, Gwendolyn serrait son pendentif, et Hylda, elle, regardait la scène avec des yeux horrifiés. Elle voyait tout, chaque détail, chaque visage, chaque cri. Elle voyait la silhouette encapuchonnée, debout sur le lac, qui levait les bras vers le ciel. Elle voyait les ombres qui sortaient de l'eau, qui rampaient sur les murs, qui dévoraient tout sur leur passage. Elle voyait la mort, la vraie mort, celle qui ne pardonne pas, celle qui ne fait pas de différence entre les innocents et les coupables.
"Nous devons partir", dit Noa, d'une voix calme mais ferme. "Maintenant." Il prit Hylda par la main, la tira vers la porte. Gwendolyn les suivit, en tenant son pendentif contre sa poitrine. Ils coururent dans les rues dévastées, évitant les débris, les flammes, les ombres. Ils atteignirent les Portes de la Lune, mais elles étaient déjà brisées. Les ponts de lumière s'étaient effondrés, et il ne restait qu'un gouffre béant, un vide noir qui semblait aspirer tout autour de lui. Noa jura, regarda autour de lui, cherchant une autre issue. Mais il n'y en avait pas. Cendrelune était piégée.
C'est alors que Gwendolyn s'avança. Elle regarda son mari, puis sa fille, et elle sourit. Un sourire triste, doux, résigné. "Je vais vous ouvrir un chemin", dit-elle. "Non", dit Noa. "Non, tu ne vas pas..." Mais Gwendolyn ne l'écouta pas. Elle leva son pendentif, murmura des mots anciens, et la lumière lunaire jaillit du cristal, formant un pont de lumière au-dessus du gouffre. "Courez", dit-elle. "Courez, et ne vous retournez pas." Noa hurla, voulut la retenir, mais Hylda le tira en avant. Elle savait que c'était la seule chance. Elle savait que sa mère se sacrifiait pour eux. Elle savait qu'elle ne la reverrait jamais.
Ils coururent. Le pont de lumière tremblait sous leurs pas, mais ils coururent. Ils atteignirent l'autre rive, s'effondrèrent sur le sol, haletants. Hylda se retourna, juste à temps pour voir Cendrelune s'effondrer. Les tours tombèrent, les cristaux se brisèrent, les jardins furent engloutis. Et au milieu de ce chaos, une silhouette encapuchonnée riait. Gwendolyn avait disparu. Le pont de lumière s'était éteint. Il ne restait que des ruines, et un ciel noir, sans lune.
Chapitre V — L'Exil
Les jours qui suivirent furent un cauchemar. Hylda et Noa errèrent dans les terres sauvages, fuyant les ombres qui les poursuivaient, cherchant un refuge, un endroit où ils pourraient survivre. Noa était brisé. Il ne parlait plus, ne mangeait presque plus. Il avait perdu Gwendolyn, sa raison de vivre, et il ne savait pas comment continuer. Il marchait, mécaniquement, les yeux vides, le visage fermé, comme si une partie de lui était morte avec elle. Hylda, elle, était anéantie. Elle avait perdu sa mère, sa cité, son peuple. Elle se sentait coupable, responsable. Si seulement elle avait pu convaincre les Anciens, si seulement elle avait été plus forte, plus convaincante... Mais c'était trop tard. Le mal était fait. Il n'y avait plus rien à sauver.
Ils marchèrent pendant des semaines, traversant des forêts sombres, des plaines désolées, des montagnes escarpées. Noa tomba malade, épuisé par le chagrin et la fatigue. Hylda le soigna comme elle put, avec les moyens du bord, mais elle n'était pas guérisseuse comme sa mère. Elle ne pouvait pas le sauver. Elle ne pouvait que le regarder s'éteindre, lentement, jour après jour. Un matin, alors qu'ils approchaient de la forêt de Silvaris, Noa s'arrêta. Il regarda sa fille, et pour la première fois depuis des semaines, il sourit. "Tu es forte", dit-il. "Plus forte que tu ne le crois. Ta mère serait fière de toi." Il ferma les yeux, et il ne les rouvrit jamais.
Hylda l'enterra au pied d'un arbre ancien, non loin de la lisière de Silvaris. Elle resta là, agenouillée, pendant des heures, incapable de bouger, incapable de pleurer. Elle avait perdu tout le monde. Elle était seule. Elle n'avait plus rien. Puis elle se releva, essuya ses larmes, et continua d'avancer. Elle entra dans la forêt de Silvaris, et elle ne se retourna pas.
Chapitre VI — Silvaris
Silvaris n'était pas Cendrelune. C'était une forêt dense, sombre, pleine de bruits et de mouvements, loin de la lumière froide et silencieuse de la lune. Hylda s'y sentit perdue, au début. Elle ne connaissait pas les sentiers, ne reconnaissait pas les plantes, ne comprenait pas les coutumes. Elle était une étrangère, une exilée, une survivante. Elle erra pendant plusieurs jours, se nourrissant de baies et de racines, dormant dans des creux d'arbres, évitant les créatures sauvages. Elle était épuisée, affamée, désespérée. Elle pensait souvent à sa mère, à son père, à Cendrelune. Elle se demandait si elle avait fait le bon choix, si elle n'aurait pas dû mourir avec eux, plutôt que de survivre seule, dans un monde qui n'était pas le sien.
C'est alors que Nilaos la trouva. Le Grand Sage de Silvaris, un Elfe Sylvain âgé de plusieurs siècles, aux longs cheveux argentés et aux yeux verts comme la mousse, était en train de méditer dans une clairière lorsqu'il sentit une présence. Il ouvrit les yeux, et il vit une jeune femme aux cheveux blancs, aux cornes noires, aux yeux bleus presque transparents, qui le regardait avec méfiance. Il ne la connaissait pas, mais il sentit en elle une âme brisée, une sagesse ancienne, et une force qu'elle ne soupçonnait pas. Il ne dit rien. Il se contenta de sourire, et il lui tendit la main.
Hylda hésita. Elle ne faisait pas confiance aux étrangers, et cet homme était un étranger. Mais il y avait quelque chose dans son regard, quelque chose de rassurant, de paternel. Elle prit sa main, et il la conduisit à Silvaris. Il lui offrit un refuge, une chambre de cristal près du Conseil des Anciens, un endroit où elle pourrait se reposer, se soigner, se reconstruire. Il ne lui posa pas de questions, ne lui demanda pas d'où elle venait, ne la jugea pas. Il se contenta de l'accueillir, simplement, comme on accueille un oiseau blessé.
Hylda mit du temps à s'habituer à Silvaris. Elle resta d'abord recluse dans sa chambre, refusant de parler, refusant de sortir. Elle passait ses journées à regarder par la fenêtre, à contempler les arbres, à se remémorer Cendrelune. Elle pleurait, souvent, en silence, la nuit, quand personne ne pouvait l'entendre. Elle pensait à sa mère, à son père, à tout ce qu'elle avait perdu. Elle se demandait pourquoi elle était encore en vie, pourquoi elle avait survécu alors que tant d'autres étaient morts. Elle ne trouvait pas de réponse.
Puis, petit à petit, elle commença à sortir. Elle explora la forêt, apprit les sentiers, rencontra les Elfes Sylvains. Elle découvrit les jardins, les serres, les ateliers. Elle s'intéressa aux plantes, aux herbes médicinales, aux remèdes. Elle se souvint que sa mère était herboriste, et elle se dit que peut-être, elle pourrait suivre ses traces. Elle se mit à étudier, à apprendre, à travailler. Elle trouva un but, une raison de continuer. Elle ne serait jamais Gwendolyn, mais elle pouvait être Hylda, l'Oracle de la Lune, une femme qui avait survécu et qui refusait de se laisser briser.
Chapitre VII — L'Oracle de Silvaris
Les années passèrent. Hylda devint une figure familière de Silvaris, discrète mais respectée. Elle ne parlait pas beaucoup, ne se mêlait pas aux conversations, mais elle était toujours là, observant, écoutant, apprenant. Elle avait repris ses lectures des astres, ses méditations, ses visions. Elle avait retrouvé un peu de paix, un peu de stabilité. Elle ne se sentait pas encore chez elle, mais elle ne se sentait plus une étrangère. Silvaris était devenu son refuge, et elle le protégeait à sa manière, discrète mais efficace.
Nilaos la consultait souvent pour ses visions. Il savait qu'elle avait un don rare, un don précieux. Il savait qu'elle pouvait voir des choses que les autres ne voyaient pas. Il l'écoutait, respectait ses silences, suivait ses conseils. Hylda, de son côté, avait appris à faire confiance au vieux Sage. Elle ne le disait pas, ne le montrait pas, mais elle lui était reconnaissante. Il l'avait accueillie quand elle n'avait plus rien. Il lui avait offert un foyer quand elle était perdue. Il ne l'avait jamais jugée, jamais pressée, jamais abandonnée. Pour Hylda, c'était plus que de la gentillesse. C'était de la bonté.
Elle n'avait pas oublié Cendrelune. Elle n'oublierait jamais. Elle pensait encore à sa mère, à son père, à ceux qu'elle avait perdus. Elle rêvait encore de la Dissension, de la silhouette encapuchonnée, du rire cruel qui résonnait dans sa tête. Mais elle avait appris à vivre avec. Elle avait appris à porter son fardeau sans se briser. Elle avait appris à regarder l'avenir sans oublier le passé. Elle était devenue plus forte, plus sage, plus patiente. Elle était devenue l'Oracle de Silvaris, une femme respectée et crainte, une femme qui avait survécu à l'impensable et qui continuait d'avancer.
Mais au fond d'elle, une question restait sans réponse. Une question qui la hantait, nuit après nuit, jour après jour. Pourquoi la Dissension avait-elle eu lieu ? Qui était la silhouette encapuchonnée ? Et surtout, pourquoi la lune l'avait-elle épargnée, elle, alors qu'elle avait pris tant d'autres vies ? Elle n'avait pas de réponse. Elle n'en aurait peut-être jamais. Mais elle continuait de chercher, de lire les astres, d'interroger la lune. Elle savait que la vérité finirait par éclater, un jour ou l'autre. Et ce jour-là, elle serait prête.
Objectifs : Comprendre la Dissension et empêcher qu'elle ne se reproduise ailleurs. Protéger Silvaris, qui l'a accueillie. Retrouver les survivants de Cendrelune et, peut-être, un jour, rebâtir sa cité.