Froideur et distance
Hylda n'est pas quelqu'un de facile à approcher. Elle a cette façon de se tenir légèrement en retrait, même quand elle est au milieu d'une pièce, comme si elle observait tout depuis un endroit que les autres ne peuvent pas atteindre. Elle ne cherche pas à se faire remarquer, ne hausse jamais le ton, et ne participe presque jamais aux conversations qui ne la concernent pas. Ce n'est pas qu'elle soit timide ou qu'elle ait peur des autres ; c'est simplement qu'elle a passé trop de temps seule, à observer, à écouter, à attendre. Elle a appris à se taire, et ce silence est devenu une seconde peau.
Quand on lui parle, elle répond toujours avec un temps de retard, comme si elle avait besoin de peser chaque mot avant de le prononcer. Ce n'est pas de la lenteur, c'est de la prudence. Elle sait que les mots peuvent blesser, trahir, ou révéler des choses qu'il vaut mieux garder pour soi. Alors elle parle peu, et quand elle le fait, c'est souvent de manière indirecte, énigmatique, comme si elle laissait à son interlocuteur le soin de comprendre ce qu'elle veut vraiment dire. Certains trouvent cela agaçant ; d'autres, fascinant.
Elle ne sourit presque jamais. Pas parce qu'elle est triste, mais parce qu'elle ne voit pas l'intérêt de sourire pour rien. Un sourire, chez elle, c'est un événement. Il apparaît rarement, souvent au coin des lèvres, et il ne dure qu'un instant. Ceux qui l'ont vu disent que c'est un sourire triste, presque douloureux, comme si elle se rappelait quelque chose qu'elle aurait préféré oublier. Ce sourire, c'est peut-être la seule chose qui trahit ses émotions, et encore, il faut savoir le reconnaître.
Le poids de la culpabilité
Hylda porte en elle une culpabilité qu'elle n'a jamais réussi à déposer. La Dissension a détruit Cendrelune, et elle n'a rien pu faire pour l'empêcher. Elle avait vu la catastrophe venir, elle avait prévenu les Anciens, mais personne ne l'a écoutée. Alors elle s'est persuadée qu'elle aurait pu faire plus, qu'elle aurait dû insister, crier, se battre. Elle sait que c'est irrationnel, que les prophéties ne sont jamais claires, que les Anciens n'auraient peut-être jamais accepté de la croire. Mais la culpabilité ne fonctionne pas avec la logique. Elle fonctionne avec les regrets, et Hylda en a plein.
Cette culpabilité la rend parfois distante, presque absente. Elle s'isole dans ses pensées, fixe un point invisible devant elle, et ne répond plus aux questions qu'on lui pose. Ce n'est pas de l'impolitesse ; c'est qu'elle est ailleurs, dans un endroit que personne d'autre ne peut atteindre. Un endroit où les cristaux se brisent, où les jardins de lune s'effondrent, où les cris de son peuple résonnent encore. Elle revit la Dissension encore et encore, comme si elle espérait trouver une issue, une solution, quelque chose qu'elle aurait manqué.
Elle ne parle jamais de cette culpabilité. Elle ne se plaint pas, ne cherche pas de réconfort, ne demande pas pardon. Elle porte son fardeau en silence, comme elle porte tout le reste. Mais ceux qui la connaissent bien, ceux qui ont passé du temps avec elle, savent reconnaître les signes. La façon dont elle serre les mâchoires quand on mentionne Cendrelune. La façon dont elle détourne le regard quand on parle de la lune. La façon dont elle touche son pendentif, encore et encore, comme pour s'assurer qu'il est toujours là. Ce sont des petits gestes, presque invisibles, mais ils en disent long sur ce qu'elle ressent vraiment.
Méfiance et loyauté
Hylda ne fait pas confiance facilement. Elle a appris à ses dépens que les apparences sont trompeuses, que les gens peuvent sourire tout en préparant leur trahison, que les promesses ne valent que ce que valent ceux qui les font. Alors elle observe, elle écoute, elle attend. Elle ne donne pas son amitié, elle ne donne pas son respect, elle ne donne pas sa loyauté. Pas tout de suite. Pas sans preuves.
Pourtant, quand elle accorde sa confiance, c'est pour toujours. Nilaos, le Grand Sage de Silvaris, a été l'un des rares à l'accueillir sans arrière-pensée. Il ne lui a pas demandé de prouver sa valeur, il ne l'a pas jugée sur son passé, il ne l'a pas traitée comme une étrangère. Il lui a offert un refuge, un endroit où elle pouvait être elle-même, sans peur. Et pour ça, Hylda lui sera éternellement reconnaissante. Elle ne le dit pas, elle ne le montre pas, mais elle le pense. Et si un jour Nilaos avait besoin d'elle, elle serait là, sans hésiter.
Cette loyauté, elle l'étend à Silvaris, la forêt qui l'a recueillie. Elle ne se sent pas encore complètement chez elle, mais elle se sent en sécurité. Elle connaît les sentiers, les clairières, les arbres anciens. Elle sait où trouver la mousse qui apaise les brûlures, où cueillir les baies qui calment les fièvres, où se cacher quand elle a besoin d'être seule. Silvaris est devenu son refuge, et elle le protège à sa manière, discrète mais efficace. Elle utilise ses visions pour avertir les Elfes Sylvains des dangers à venir, elle lit les astres pour prédire les tempêtes, elle observe les étoiles pour comprendre les menaces qui pèsent sur la forêt. Elle ne demande rien en retour, elle ne cherche pas à se faire remarquer. Elle fait simplement ce qu'elle peut, avec les moyens qu'elle a.
Le rapport à la lune
La lune est bien plus qu'un astre pour Hylda. C'est une présence, une compagne, une confidente. Elle a passé des nuits entières à la contempler, à lui parler, à attendre une réponse qui ne vient jamais. Elle connaît ses phases, ses cycles, ses humeurs. Elle sait quand elle sera pleine, quand elle sera nouvelle, quand elle brillera d'un éclat étrange. Elle sait aussi quand elle se cachera derrière les nuages, et ces nuits-là, elle se sent un peu plus seule.
La lune est la source de son pouvoir, mais aussi la source de sa mélancolie. C'est elle qui lui a donné ses visions, ses prophéties, sa connexion avec les astres. Mais c'est aussi elle qui lui a montré la Dissension, qui lui a fait vivre la chute de Cendrelune avant même qu'elle ne se produise. Hylda ne sait pas si elle doit aimer la lune ou la craindre. Elle ne sait pas si elle est une bénédiction ou une malédiction. Alors elle l'accepte, simplement, comme elle accepte tout le reste. Elle ne cherche pas à comprendre, elle ne cherche pas à contrôler. Elle se contente de l'écouter, de la suivre, de la laisser guider ses pas.
Silences et non-dits
Hylda parle peu, mais elle n'est pas muette. Elle communique à sa manière : un regard, un geste, un silence. Elle a compris que les mots ne sont pas toujours nécessaires, et qu'ils peuvent parfois faire plus de mal que de bien. Alors elle les utilise avec parcimonie, comme on utilise une arme rare et précieuse. Elle ne dit pas "je vais bien" quand ce n'est pas vrai. Elle ne dit pas "je t'aime" quand elle ne le pense pas. Elle ne dit pas "je te pardonne" quand elle ne le peut pas. Elle est honnête, à sa manière, et cette honnêteté est parfois brutale.
Elle a aussi ses non-dits, ces choses qu'elle garde pour elle et qu'elle ne partagera jamais. Les souvenirs de Cendrelune, les visages de ceux qu'elle a perdus, les nuits passées à pleurer en silence, les doutes qui la rongent, les peurs qui la paralysent. Elle ne les montre pas, ne les mentionne pas, ne les laisse pas transparaître. Elle les garde enfouis, quelque part au fond d'elle, et elle espère qu'un jour, ils finiront par s'effacer. Mais elle sait que ce n'est pas vrai. Ces souvenirs feront partie d'elle pour toujours, comme la cicatrice sur sa joue, comme le pendentif autour de son cou, comme la lune dans le ciel.