le peintre

« Entre terre et mer »

L’artiste, heureux comme Ulysse, s’est embarqué pour un périple de calanques et d’îles.

Quittant port, canaux, étangs, le chatoiement des vieilles demeures aux enduits patinés dominant le balancement des pointus et des haubans sur les mâts des voiliers ; les éclaboussures de couleur de leurs reflets changeants dans l’eau dansent encore dans sa mémoire.

Passé les étangs, la terre s’éloigne et n’est plus qu’une ligne d’horizon évanescente. Le voilà rêvant la vie des pêcheurs partant au petit matin dans une barquette, mouillant entre les bras de roches de discrètes ouvertures abritant des trésors de baies ; pêchant à l’ancienne des poissons de roche aux noms oubliés (galinettes, chapons, girelles, sarans ou mostelles …) qui finiront en bouillabaisse.

La barque se balance (seule parfois), le temps d’une pause à l’ombre des pins émeraude. La mer toujours recommencée le berce, l’attire et le rejette. Il anticipe le retour des pêcheurs débarquant leur butin à la criée, sur les étals des marchés de Provence où les fruits de la mer côtoient les fruits de la terre. Là où les fruits, les légumes et les fleurs se tutoient dans une explosion de couleurs annonciatrices du printemps et de l’été.

Aussi impatient de revenir à terre qu’il l’avait été de prendre la mer, le voici s’élançant sur les chemins de l’arrière-pays, dans les collines chères à Pagnol ; reproduisant sans le savoir, le repli estival d’antan des habitants de la ville à la recherche d’un peu d’ombre et de fraîcheur.

Aux heures les plus hautes, les essences végétales se réveillent et leurs effluves imprègnent l’espace. Les notes de résine des pins dominent les effluves iodées d’en bas. Les bleus s’enrichissent de la palette de la végétation à laquelle s’ajoute l’ocre si chère au potier. C’est un retour aux sources dans tous les sens du terme.

L’eau est partout (fontaines, lavoirs, sources, cascades naturelles …) aussi crainte que vénérée, objet de culte depuis l’Antiquité ; inspiratrice de vie, de bien-être, d’art, de savoir-faire. Dans ces collines, le lien séculaire et passionné entre l’argile et l’eau perdure. De la production de briques, tuiles, céramiques, canalisations et autres qui lestaient les navires de commerce ne subsiste aujourd’hui que la production de poterie.

Alors le peintre pose momentanément son pinceau pour revenir à ses premières amours et redevenir céramiste, maîtrisant à la perfection les secrets de cette terre qui s’unit à l’eau pour prendre vie et laisser s’exprimer tout le talent de l’artiste.

Elfie Roustan-Chapel, historienne d’art

St Florent le 14/01/2018