La génétique du “criminel” trouve principalement ses racines dans la phrénologie, une discipline qui, au XIXe siècle, tentait de lier la forme du crâne, les protubérances crâniennes…, les traits physiques au comportement criminel.
En 1887,Cesare Lombroso, médecin et criminologue italien du XIXe siècle a publié un livre qui a renversé les esprits. Son ouvrage “L'homme criminel” est une étude phrénologique (Étude du caractère d'un individu, d'après la forme de son crâne) expliquant que le comportement criminel est le fruit de dispositions innées, dès la naissance. C’est la raison pour laquelle, le professeur de médecine légale de l'université de Turin, César Lombroso, est considéré comme le fondateur de la criminologie. Il remet au bout du jour la phrénologie dans les années 1870-80. Il s'en sert pour étudier beaucoup de thèmes, en particulier pour dire que les Africains, les Océaniens ont un cerveau moins lourd que celui des Européens, impliquant une hiérarchie des races, ou bien que les femmes ont un cerveau moins lourd que les hommes, je vous laisse en déduire la conclusion. Enfin, il se sert de la phrénologie pour étudier aussi 35 crânes d'assassins guillotinés. Et il conclut de cette dernière analyse que le crime est dans les gènes. Il reprend l'idée de Galles¹ qu'il existe une ère du cerveau “carnassière”, c'est le terme qui expliquerait les pulsions meurtrières.
1. Le docteur Franz Joseph Gall est un médecin, né en 1758 dans le sud de l'Allemagne, formé à Strasbourg, devint professeur à la faculté de médecine de Vienne. Gall se spécialisa dans l'étude du cerveau, et en particulier de la substance grise appelée plus communément aujourd’hui matière grise. Franz Joseph Gall a développé la théorie selon laquelle les facultés mentales sont liées à des zones spécifiques du cerveau.
Source : 2021. “Criminel-né ?. La phrénologie ou la (fausse) science des crânes au XIXe siècle”, G. Murphy
Près d’un siècle et demi plus tard, cette thèse revient en force en ayant trouvé un puissant soutien récemment : la génétique.
En 1992, Simon Feeley publie son ouvrage The New Penology, dans lequel il propose une vision novatrice du rôle de la biologie dans les comportements criminels, notamment violents. Feeley affirme que les comportements humains, y compris la criminalité violente, pourraient avoir des racines biologiques profondes, redéfinissant ainsi les approches traditionnelles de la criminologie. Cette idée s'inscrit dans un courant de pensée qui cherche à expliquer la criminalité par des facteurs internes et biologiques plutôt que par des influences sociales et environnementales seules.
Dans la période suivante, entre 2001 et 2010, plusieurs chercheurs comme Meaney, Beaver et Walsh développent une thèse qui aligne les comportements violents sur des prédispositions génétiques. Ces études, notamment celles de Meaney sur les effets de l'environnement et de la génétique sur le comportement, et celles de Beaver et Walsh concernant le “gène de l'agresseur”, tentent d'établir un lien direct entre certaines caractéristiques génétiques et la propension à des comportements agressifs. Ces recherches mettent en avant l'idée que des variations génétiques spécifiques pourraient rendre certains individus plus enclins à adopter des comportements violents, en interaction avec des facteurs environnementaux, soulignant l'importance de la génétique dans la compréhension des comportements déviants.
Et puis récemment, en 2014, le professeur Jari Tiihonen, en collaboration avec son équipe du Karolinska Institutet, l’Université d’Helsinki et l’Institut finlandais de santé mentale, a publié le résultat de leur récente étude dans la revue scientifique Molecular Psychiatry.
Cette découverte met en évidence une présence plus fréquente de deux gènes mutés chez les délinquants violents. Le débat sur les “gènes de la violence” est relancé.
Menée sur 800 Finlandais, emprisonnés soit pour des crimes violents, soit au contraire pour des délits sans violence, l'étude démontre que les deux gènes mutés, appelés MAOA et CDH13, comparés à la population globale, seraient “associés à des comportements extrêmement violents”. Les résultats montrent en effet que la fréquence serait “nettement plus élevée” chez des délinquants violents. Pour réaliser leur étude, les chercheurs ont également pris en compte des facteurs environnementaux, tels que la consommation excessive d’alcool ou de drogues, une personnalité antisociale ou encore des antécédents de maltraitance pendant l’enfance. Ces éléments n’ont cependant pas influencé les résultats.
Le gène MAOA (monoamine oxidase A) joue un rôle dans la production d’une enzyme qui aide à éliminer certains neurotransmetteurs (molécules chimiques qui permettent la transmission de signaux entre un neurone et une cellule), comme la dopamine. Lorsqu’il est muté, l’activité de cette enzyme diminue, ce qui a déjà été associé à un risque plus élevé de comportements délinquants.
Le gène CDH13, de son côté, est lié à des troubles du contrôle de l’impulsivité. “Nous avons identifié deux gènes qui ont un impact particulièrement fort sur les comportements agressifs, mais il en existe probablement des dizaines, voire des centaines d'autres qui jouent un rôle moindre”, explique le professeur Jari Tiihonen.
Mais vous l’avez sûrement en vous !
Les allèles des gènes MAOA et CDH13 associés à la violence criminelle sont en réalité assez fréquents dans la population générale, avec une présence de 43% pour MAOA et 18 % pour CDH13 (Un individu sur cinq est porteur des deux gènes). Cela montre qu’ils ne sont en aucun cas spécifiques à un comportement violent.
Pourtant, les auteurs de l’étude affirment que leurs résultats “indiquent que CDH13 et MAOA à basse activité sont spécifiques du crime violent”. En réalité, ce que les chercheurs soulignent ici, c’est que l’association entre ces allèles et les actes violents n’est effectivement pas retrouvée avec la criminalité non violente.
C’est bien l’association avec ces deux allèles qui est spécifique, et non les allèles eux-mêmes.
Toutefois l’étude, publiée dans la revue spécialisée Molecular Psychiatry, n’avait pas pour objectif de distinguer les variations génétiques des criminels. En effet, selon les auteurs, de nombreux autres gènes pourraient jouer un rôle, directement ou indirectement, sur le comportement des individus. Ainsi l’idée d'un lien de corrélation entre ces deux allèles et le comportement violent d’une personne s’en trouve donc nuancée.
De même que les chercheurs mettent en garde contre une interprétation hâtive de ces résultats. Ils soulignent que la présence de ces mutations génétiques n'implique pas nécessairement un comportement criminel, et que des facteurs environnementaux et sociaux jouent également un rôle significatif dans le développement de tels comportements.
Sources: Molecular Psychiatry, duodecim, Encore le “gène du crime” ? (medecinesciences)
Dès la parution de cette étude, de nombreuses voix parmi la communauté scientifique se sont élevées. Selon le Pr Jan Schnupp, de l'université d'Oxford, parler de "gènes de la violence" serait “une énorme exagération”, compte tenu du caractère extrêmement répandu de ces gènes parmi la population. Pour son collègue, le professeur émérite John Stein, la contribution de ces gènes n'interviendrait que dans 5 à 10% du risque pour un individu d'être ultra-violent.
Mais cette théorie est-elle légale ?
Le 4 février 2013 est paru le brochet “La Filiation d’Hier et d'Aujourd'hui” de Victor Larger et Philippe Despine. Dans les première page du brochet il se montre ouvertement contre l’utilisation de la génétique pour prédéterminer le comportement d’un être Humain en citant l’article 2 de la Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l’homme (1997) citant “Chaque individu a droit au respect de sa dignité et de ses droits, quelles que soient ses caractéristiques génétiques. Cette dignité impose de ne pas réduire les individus à leurs caractéristiques génétiques et de respecter le caractère unique de chacun et leur diversité”.
Source: Nations Unies. “Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l'homme. Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme.
Parmi les voix critiques de l’hypothèse d’un “gène de la violence”, deux chercheurs se démarquent par leur étude : le médecin et chercheur français Jean-David Zeitoun, pour qui “La culture prime toujours sur la génétique”, et le neurobiologiste français Pierre Karli, qui insiste sur la complexité des interactions entre cerveau, environnement et comportement plutôt qu'un simple programme génétique.
Jean-David Zeitoun, auteur de “Les Causes de la violence”, défend une approche résolument environnementale et culturelle des comportements violents. Selon lui, il est réducteur, voire dangereux, d’expliquer des actes violents par la simple présence d’un “gène de la violence”.
Il argumente cela par le fait que la violence n’est pas "naturelle" chez l’humain : “Nous ne sommes pas des bêtes de violence.” Parce que même en temps de guerre : “ La plupart des soldats tirent à côté de la cible, ont peur ou cherchent à déserter.”
Et que les causes fondamentales et profondes de la violence seraient “diffuses” et “multifactorielle” : traumatismes infantiles, maltraitance, alcool, normes, sociales, inégalités, pauvreté, histoire, institutions … “L'humiliation ou l'intimidation sont également des causes fréquentes de passage à l'acte violent.” Mais ce qui influence le plus les comportements des gens, c’est les facteurs environnementaux comme la chaleur associés à des poussées de violence populaire sous la forme d'émeutes ou d'augmentation des homicides et même le plomb: “L’intoxication au plomb augmente et produit des effets sur les comportements. Cela a provoqué une augmentation de la criminalité violente.” Quand la pollution au plomb (peintures, carburants …) a été réduite dans l'environnement, la violence a baissé : “Grâce aux mesures prises dans les années 1970 […], la criminalité violente a aussi diminué.” Un autre détail important dans les causes de la violence est l'apparition des armes à feu et la culture de la violence. Puisque la disponibilité des armes influe inexorablement vers la violence. Aux États-Unis en particulier, il y a effectivement une culture de la violence qui fait que la législation est permissive, elle est beaucoup trop tolérante à ce niveau là. Mais en retour, la disponibilité des armes augmente la probabilité de mourir à cause de ces armes, soit accidentellement, soit par suicide, soit par intention. De la même manière, selon l’auteur, un enfant qui joue régulièrement à des jeux vidéo violents pourrait être davantage tenté de manipuler une arme réelle, sans que cela signifie pour autant que ces jeux soient la cause principale de la violence précise Jean-David Zeitoun. Contrairement à l’impact des images violentes qui est difficile à prouver statistiquement. Regarder ce type de contenus pourrait en effet stimuler la violence ou en opposition se défouler virtuellement (comme sur les réseaux sociaux) permettant de libérer une agressivité intérieure, et ainsi éviter le passage à l’acte.
Ainsi pour lui, la culture façonne les cerveaux bien plus que les gènes ne déterminent les comportements: “Croire que la violence vient des gènes, c’est oublier qu’elle est souvent une réponse à un environnement violent.” écrira t il dans son ouvrage. Enfin, si la répression, la punition avec le recours au système judiciaire demeurent indispensables : “Personne ne veut vivre dans une société où n'importe qui peut faire n'importe quoi”. Mais que selon lui elle ne suffit pas à faire baisser réellement la violence. En preuve : les États-Unis, malgré une justice très sévère (jusqu’à la peine de mort), devraient logiquement connaître moins de criminalité qu’en Europe. “Or c’est exactement l’inverse”.
Sources : Bernard Roisin “Il n'y a pas de fatalité à vivre dans un monde violent” [Entretien avec Jean-David Zeitoun] L'Echo. / Zeitoun, J.-D. “Les causes de la violence”. Denoël.
Relation entre les niveaux de plomb dans l'air et les taux de criminalité dans 2772 comtés aux États-Unis publié par l'Environmental Protection Agency (EPA) des États-Unis
Pierre Karli, neurobiologiste français reconnu, a étudié les fondements biologiques et neurologiques de l’agressivité, mais toujours dans une vision multifactorielle comme notre précédent acteur. Dans “Les Racines de la violence”, il montre que certains mécanismes cérébraux peuvent favoriser des réactions agressives, mais il insiste sur le fait qu’ils ne sont ni automatiques ni irréversibles et qu’ils peuvent se transformer au cours du temps, ils ne sont pas figés.
Pour Karli, la biologie prédispose c’est-à-dire “peut aider” mais ne détermine pas.
Il met en lumière l’influence des traumatismes, de l’attachement, de l’éducation, ou encore de l’environnement social dans les comportements agressifs. Par exemple, une personne avec une vulnérabilité neurologique peut parfaitement ne jamais devenir violente si elle évolue dans un cadre sain et protecteur. Il s’oppose à cette idée de génétique de la violence qu’il trouve ridicule et trop approximative : “La violence humaine est trop complexe pour être expliquée par des circuits neuronaux ou des gènes isolés.”
Source : Karli, P. (1999). Les racines de la violence. Paris : Odile Jacob.
Et dans la justice ? Cela vous étonnerait si cet argument avait déjà été soulevé lors de vrais procès, lors du vôtre par exemple ? Imaginez un instant : l’accusé vous regarde droit dans les yeux et vous dit, “Ce n’est pas moi, c’est ma génétique ! Je suis né comme ça, je n’y peux rien…” Et ce, pour justifier admettons d’une agression violente ou un vol à main armée.
En 1994, Stephen Mobley, accusé d'un homicide volontaire, a été le premier à présenter des preuves génétiques pour atténuer les conséquences de son acte devant un tribunal d'Atlanta, en Géorgie. Malgré une vie familiale privilégiée, l'arbre généalogique de Mobley présentait quatre générations de ”violence” ; ses avocats ont fait valoir que son crime pouvait être attribué à son patrimoine génétique. Cette introduction de la défense génétique dans la salle d'audience a constitué une étape importante tant pour la responsabilité de l’individu que pour la génétique.
Cette défense était fondée sur la découverte d'un “gène criminel” dans une famille néerlandaise. Bien que la famille soit nombreuse et qu'elle vive dans différentes régions des Pays-Bas à celle de notre meurtrier, elle partage le même problème : depuis 35 ans, beaucoup d'hommes de la famille, sont agressifs et enclins à commettre des actes impulsifs, violents tels que le viol, l'incendie criminel ou bien le meurtre.
C’est la raison pour laquelle, les femmes de la famille ont contacté le docteur Han Brunner, de l'Institut de génétique de Nimègue, désireuses de savoir comment mettre fin à ce trait de caractère, mystérieusement transmis par les femmes et qui ne s'exprime que chez les hommes. Le comportement violent de la famille suivait un schéma que M. Brunner a pu relier à un seul gène. Il a découvert que ce schéma génétique se transmet par le chromosome X. Comme les hommes ne possèdent qu’un seul chromosome X, la mutation ne peut pas être compensée, “écrasée” par un autre chromosome, contrairement aux femmes qui en ont deux. Cela expliquerait pourquoi les effets de cette mutation sont plus marqués chez les hommes.
Néanmoins, le tribunal rejettera cette requête, estimant que les éléments avancés étaient insuffisamment confirmés. Stephen Mobley sera ainsi condamné à mort par injection létale.
Sources : findagrave.com (image), “Genes and behaviour” (Prospect) écrit par Annabel Gillings
Un autre cas, lors d’une bagarre, le 10 mars 2007 à Udine en Italie, Abdelmalek Bayout a poignardé à mort un homme qui l’avait traité de “pédé” . Condamné initialement à neuf ans et deux mois pour avoir tué un homme l’ayant insulté, il a finalement écopé de huit ans et deux mois après la mise en évidence de “gènes de la violence” dans son ADN . Avant de décider sur la réduction de peine, le juge d’appel Pier Valerio Reinotti a demandé une expertise indépendante pour approfondir les troubles mentaux déjà identifiés chez Abdelmalek Bayout lors du premier procès. Cette nouvelle analyse a été menée par les neurologues Pietro Pietrini (Université de Pise) et Giuseppe Sartori (Université de Padoue), qui ont détecté dans le patrimoine génétique du meurtrier plusieurs mutations de gènes associées à des comportements agressifs.
Dans leur rapport, les neurologues italiens Pietro Pietrini et Giuseppe Sartori s’appuient notamment sur une étude de 2002 dirigée par Terrie Moffitt, portant sur plus de 1 000 enfants et jeunes adultes âgés de 3 à 26 ans. Cette recherche a permis de mettre en évidence le rôle du gène MAOA, encore lui, qui code pour une enzyme, surnommée enzyme apaisante, essentielle à la régulation des réactions au stress. Une faible activité, “production” de cette enzyme dû à une mutation du gène MAOA, favoriserait des comportements agressifs. En analysant le profil génétique d’Abdelmalek Bayout, les scientifiques ont identifié ces mutations, concluant à une prédisposition génétique à réagir violemment en cas de provocation ce qui aurait pu expliquer sa réaction après avoir été insulté : “Il existe des preuves de plus en plus solides que la combinaison de certains gènes, dans un contexte d’insultes, peut prédisposer à certains comportement”a assuré Pietro Pietrini. Le juge lui, a été convaincu.
Ce jugement, passé inaperçu jusqu’à sa médiatisation par le journal Messaggero Veneto, soulève des questions profondes sur l’avenir du droit pénal. En allant au-delà des simples circonstances atténuantes liées à des troubles psychiatriques, il ouvre la voie à une reconnaissance potentielle de la responsabilité atténuée fondée sur la génétique. Une telle décision implique que la simple présence de certains gènes pourrait réduire la culpabilité d’un individu, remettant en question les fondements même de la responsabilité individuelle et de l’égalité devant la loi. En effet, où serait l’égalité si je me retrouvais jugée pour les mêmes crimes qu’une autre personne avec cette mutation, et qu’en plus, c’était moi qui prenais la peine la plus lourde ? Pas très équitable, cette génétique à géométrie variable ! Ce jugement laisse entendre que certains gènes, par leur présence même dans notre ADN, atténueraient la responsabilité d’un accusé.
Sources : Riché, P. “Une peine réduite après la découverte de mauvais gènes”. L’Obs.