Tout d’abord, revenons aux bases. La science génétique, dans sa forme moderne, a vu le jour au début du XXe siècle, mais ses origines remontent à plusieurs découvertes majeures au XIXe siècle. Tout commence en 1859, lorsque Charles Darwin publie “L'Origine des espèces”, une œuvre révolutionnaire dans laquelle il énonce sa théorie de l’évolution par la sélection naturelle. Bien que Darwin ne parle pas directement de génétique, ses idées jetteront les bases de la compréhension de l'hérédité et de l'évolution des espèces, concepts qui seront explorés, plus tard, grâce aux découvertes en génétique.
En 1869, un autre jalon important est franchi avec la découverte de l'acide désoxyribonucléique (ADN) par le biologiste suisse Friedrich Miescher. Bien que Miescher ne reconnaisse pas immédiatement l'importance de sa découverte, il identifie pour la première fois la molécule qui deviendra centrale dans la biologie moderne. L'ADN était jusque-là inconnu et son rôle dans le stockage de l'information génétique n'avait pas encore été compris.
Dix ans plus tard, en 1879, les biologistes allemands Walther Flemming et Eduard Remmert effectuent une autre avancée fondamentale en découvrant les chromosomes. Ces structures, situées dans le noyau des cellules, se révèleront être essentielles dans la transmission de l’information génétique. Leur découverte permet de mieux comprendre la manière dont les caractères héréditaires sont transmis d'une génération à l'autre, ouvrant ainsi la voie à l'étude de la génétique.
Enfin, en 1944, une étape décisive est franchie avec la démonstration que l'ADN est le support biochimique des caractères héréditaires. C'est grâce aux travaux de chercheurs comme Oswald Avery, Colin MacLeod et Maclyn McCarty que l'ADN est formellement identifié comme la molécule responsable de la transmission des traits génétiques. Ce moment clé marque le début de l'ère moderne de la génétique, avec une compréhension plus précise de son rôle dans l'hérédité.
Sources : “Individual-specific 'fingerprints' of human DNA”. Nature, PUBMED / Jeffreys, A. J., Wilson, V., & Thein, S. L. (1985). The Guardian. (2009, May 24). “Eureka moment that led to the discovery of DNA fingerprinting”
Et les criminels dans tout ça ?
L’utilisation de l’ADN en police judiciaire trouve ses origines dans les travaux du généticien britannique Alec Jeffreys, qui découvre en 1984 la technique de l’empreinte génétique. Il met en évidence que certaines régions de l’ADN varient fortement d’un individu à l’autre. Il découvre alors le moyen d’identifier une personne de manière unique à partir d’un simple échantillon biologique. Cette avancée scientifique spectaculaire connaît rapidement une première application concrète en police en 1986, lors de l’enquête sur deux meurtres et viols de jeunes filles à Narborough, en Angleterre. Pour la première fois, le profil ADN d’un suspect, Colin Pitchfork, est comparé à celui prélevé sur les scènes de crime. Résultat : il est confondu par la génétique, devenant ainsi le premier criminel identifié et condamné grâce à l’ADN. Cet événement marque un tournant majeur dans l’histoire de la criminalistique et ouvre la voie à l’utilisation massive de l’analyse génétique dans les enquêtes judiciaires futures.
Source : ITV News. (2023, December 7). “How Colin Pitchfork was the first murderer convicted using DNA”.
Prenons un exemple, vous en avez sûrement entendu parler de l’affaire sur la mort du petit Émile dans le hameau du Haut-Vernet. Regarder l’impact de la génétique dans l'enquête.
Depuis la découverte des ossements d’Émile, disparu en juillet 2023, plus de soixante expertises ont été menées, apportant des éléments cruciaux à l’enquête. L’anthropologie médico-légale a révélé une lésion faciale, orientant les enquêteurs vers l’hypothèse d’une intervention humaine qui aurait provoqué cette blessure. Des analyses environnementales et entomologiques (branche de la zoologie dont l'objet est l'étude des insectes) ont permis de conclure que le corps a été déplacé et non enfoui, et qu’il ne s’est pas décomposé dans les vêtements retrouvés. Parallèlement, des examens ADN et hématologiques, menés notamment au laboratoire privé du professeur Doutremepuich, ont été réalisés, bien que leurs résultats restent confidentiels. Enfin, une autopsie psychologique a exploré le comportement de l’enfant pour déterminer s’il était en capacité de s’éloigner seul, complétant ainsi cette enquête médico-légale multidisciplinaire.
Source : “Mort du petit Émile : comment les experts ont-ils mis les enquêteurs sur la piste de l’intervention d’un tiers ?” France Télévisions.
Plus personne ne peut le nier, la génétique est aujourd’hui au cœur des affaires policières et son rôle est totalement décisif, déterminant et implacable dans le cadre des procédures judiciaires.
Mais ce n’est là qu’un simple prélude, car d’autres méthodes, bien que peu connues du grand public, sont déjà largement employées et se montrent aujourd’hui encore plus efficaces, notamment pour résoudre des affaires longtemps restées non élucidées.