Le séminaire 2025 « Osons l’école de demain » nous a permis d’entrouvrir le champ des possibles et d’amorcer des pistes de réflexion pour la construction de l’école de demain. Ugo Cavenaghi y a éclairé les mutations auxquelles le système éducatif se trouve confronté, l’irruption de l’intelligence artificielle générative et agentique au premier rang, et invité à dépasser le modèle de transmission hérité du XIXᵉ siècle au profit d’une approche centrée sur les compétences qui résistent à l’automatisation : pensée critique, créativité, capacité de jugement. Le séminaire 2025 a posé les bases d’un travail de fond. Il restait à le mener au niveau de notre association.
C’est à cet exercice que le groupe de travail intercantonal « Vision 2030 », accompagné par Gestiforme, s’est attelé depuis. Son objet : élaborer, dans une démarche participative associant les directions des différents cantons de la suisse latine, un document de référence, un manifeste, exprimant les valeurs, la vision et les engagements que la CLACESO entend porter dans le débat éducatif. Ce manifeste se veut être un instrument par lequel notre conférence entend prendre position dans le débat public sur l’école. Il nous appartient désormais de l’éprouver collectivement.
Le séminaire de Champéry est invité à le mettre à l’épreuve. À l’épreuve de la lecture critique de ses propres rédacteurs, des regards extérieurs que nous solliciterons, et de la confrontation aux réalités de terrain dont chaque participant est porteur.
Ce choix répond à des exigences incontestables : Un manifeste qui n’a pas été éprouvé est un manifeste fragile, et un discours public qui n’est pas pleinement assumé par ceux qui le portent est un discours sans portée.
Le manifeste devra poser, à sa manière, une question dont aucune directrice et aucun directeur d’établissement ne peut se déprendre : à quoi l’école sert-elle, au regard d’une société qui change plus vite qu’elle ? Cette question en porte plusieurs :
Quelles compétences devons-nous prioritairement cultiver pour préparer des jeunes appelés à exercer leur jugement dans un environnement incertain et à agir dans une société de plus en plus complexe ?
Comment articuler la formation d’individualités — chacune avec ses talents, ses fragilités, ses aspirations — et la construction d’un commun, d’un lien social, d’une citoyenneté partagée qui ne va plus de soi ?
À quelles fins, enfin, mobilisons-nous l’institution scolaire : la performance économique, l’émancipation des personnes, la cohésion d’une collectivité, la transmission d’un héritage ?
Ces trois objectifs ne sont pas contradictoires, mais leur hiérarchisation engage des choix organisationnels, opérationnels et pédagogiques bien réels.
Sur ces questions, les directions d’établissement disposent d’une expertise singulière. Faite de proximité avec le terrain, de responsabilité institutionnelle et d’une lecture transversale du système, elle demeure pourtant parfois insuffisamment présente dans les arènes publiques où l’on débat l’avenir de l’école. La CLACESO entend la rendre audible : non comme une opinion parmi d’autres, mais comme une contribution argumentée à la défense d’un système éducatif latin dont nous voyons, mieux que quiconque, les forces à préserver et les fragilités à penser.
La position défendue par Philippe Meirieu selon laquelle éduquer consiste moins à remplir de certitudes qu’à former à la recherche, au doute méthodique et à la disponibilité au débat constituera l’un des appuis de notre réflexion[1]. Elle entre en résonance avec les analyses récentes de la Confédération sur le rôle de l’éducation dans une période marquée par les tensions géopolitiques et les bouleversements technologiques[2], et avec le constat formulé par Andreas Schleicher selon lequel ce qui compte n’est pas seulement ce que l’on sait, mais ce que l’on est capable d’en faire[3]. Ces apports ne tiennent pas lieu de réponse. Ils balisent un terrain.
Les personnalités que la CLACESO invitera, issues du monde académique, citoyen et professionnel, recevront le manifeste avant le séminaire et seront invitées à le commenter sans réserve. Leur mission n’est pas de valider notre texte ni de produire un discours surplombant : elle est d’apporter à notre délibération le décalage que seule une perspective extérieure permet. Critique bienvenue, contradiction utile, angle aveugle révélé : nous tirerons profit de tout cela.
Les directrices et directeurs présents à Champéry ne seront pas spectateurs. Ils seront contributeurs. À l’issue du séminaire, une synthèse des observations, divergences et propositions formulées sera transmise au groupe « Vision 2030 » pour réécriture du manifeste. Chacun repartira avec une lecture plus exigeante du texte qu’il aura contribué à façonner — et, je l’espère, avec les arguments et la conviction nécessaires pour porter cette parole, dans son canton et au-delà, comme une contribution attendue au débat public sur l’école.
Simon Lagger
Président de la CLACESO
[1]Meirieu Ph., « Le sens de mes recherches et de mes engagements », meirieu.com
[2]Hirayama M., secrétaire d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation, contribution publiée à l’occasion du Rapport sur l’éducation 2026
[3]Schleicher A., dans Future Skills — The Quest for Competence, Springer, 2024
Il seminario 2025 «Osiamo la scuola di domani» ci ha permesso di intravedere il campo delle possibilità e di avviare alcune piste di riflessione per la costruzione della scuola di domani. In quell’occasione, Ugo Cavenaghi ha messo in luce le trasformazioni con cui il sistema educativo si trova confrontato, in primo luogo l’irruzione dell’intelligenza artificiale generativa e agentica, invitandoci a superare il modello trasmissivo ereditato dal XIX secolo a favore di un approccio centrato sulle competenze che resistono all’automazione: pensiero critico, creatività, capacità di giudizio. Il seminario 2025 ha posto le basi per un lavoro di fondo. Restava però da svilupparlo all’interno della nostra associazione.
È a questo esercizio che il gruppo di lavoro intercantonale «Visione 2030», accompagnato da Gestiforme, si è dedicato da allora. Il suo obiettivo: elaborare, attraverso un processo partecipativo che coinvolga le direzioni dei diversi cantoni della Svizzera latina, un documento di riferimento, un manifesto, che esprima i valori, la visione e gli impegni che la CLACESO intende portare nel dibattito educativo. Questo manifesto vuole essere uno strumento attraverso il quale la nostra conferenza intende prendere posizione nel dibattito pubblico sulla scuola. Ora spetta a noi metterlo alla prova collettivamente.
Il seminario di Champéry è chiamato proprio a questo: mettere il manifesto alla prova. Alla prova della lettura critica dei suoi stessi redattori, degli sguardi esterni che solleciteremo e del confronto con le realtà del territorio di cui ciascun partecipante è portatore.
Questa scelta risponde a esigenze incontestabili: un manifesto che non è stato messo alla prova è un manifesto fragile, e un discorso pubblico che non è pienamente assunto da coloro che lo sostengono è un discorso privo di portata.
Il manifesto dovrà porre, a suo modo, una domanda dalla quale nessuna direttrice e nessun direttore scolastico può sottrarsi: a cosa serve la scuola, in una società che cambia più velocemente di essa? Questa domanda ne racchiude diverse altre:
Quali competenze dobbiamo coltivare prioritariamente per preparare giovani chiamati a esercitare il proprio giudizio in un ambiente incerto e ad agire in una società sempre più complessa?
Come articolare la formazione delle individualità — ciascuna con i propri talenti, le proprie fragilità, le proprie aspirazioni — e la costruzione di un bene comune, di un legame sociale, di una cittadinanza condivisa che non è più scontata?
A quali fini, infine, mobilitiamo l’istituzione scolastica: la performance economica, l’emancipazione delle persone, la coesione di una collettività, la trasmissione di un’eredità culturale?
Questi tre obiettivi non sono contraddittori, ma la loro gerarchizzazione implica scelte organizzative, operative e pedagogiche molto concrete.
Su queste questioni, le direzioni scolastiche dispongono di una competenza singolare. Fondata sulla vicinanza al territorio, sulla responsabilità istituzionale e su una lettura trasversale del sistema, essa rimane tuttavia talvolta insufficientemente presente nelle arene pubbliche in cui si discute il futuro della scuola. La CLACESO intende renderla udibile: non come un’opinione tra le altre, ma come un contributo argomentato alla difesa di un sistema educativo latino di cui vediamo, meglio di chiunque altro, le forze da preservare e le fragilità da pensare.
La posizione sostenuta da Philippe Meirieu, secondo cui educare consiste meno nel riempire di certezze che nel formare alla ricerca, al dubbio metodico e alla disponibilità al dibattito, costituirà uno dei punti di appoggio della nostra riflessione. Essa entra in risonanza con le recenti analisi della Confederazione sul ruolo dell’educazione in un periodo segnato dalle tensioni geopolitiche e dagli sconvolgimenti tecnologici, così come con la constatazione formulata da Andreas Schleicher secondo cui ciò che conta non è soltanto ciò che si sa, ma ciò che si è capaci di farne. Questi apporti non costituiscono una risposta. Delimitano un terreno di riflessione.
Le personalità che la CLACESO inviterà, provenienti dal mondo accademico, civico e professionale, riceveranno il manifesto prima del seminario e saranno invitate a commentarlo senza riserve. La loro missione non è validare il nostro testo né produrre un discorso dall’alto: consiste nel portare alla nostra deliberazione quello scarto che solo una prospettiva esterna può offrire. Critica benvenuta, contraddizione utile, punto cieco rivelato: trarremo beneficio da tutto questo.
Le direttrici e i direttori presenti a Champéry non saranno spettatori. Saranno contributori. Al termine del seminario, una sintesi delle osservazioni, delle divergenze e delle proposte formulate sarà trasmessa al gruppo «Visione 2030» per la riscrittura del manifesto. Ognuno ripartirà con una lettura più esigente del testo che avrà contribuito a plasmare — e, mi auguro, con gli argomenti e la convinzione necessari per portare questa voce, nel proprio cantone e oltre, come un contributo atteso al dibattito pubblico sulla scuola.
Simon Lagger
Président de la CLACESO
[1]Meirieu Ph., « Le sens de mes recherches et de mes engagements », meirieu.com
[2]Hirayama M., secrétaire d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation, contribution publiée à l’occasion du Rapport sur l’éducation 2026
[3]Schleicher A., dans Future Skills — The Quest for Competence, Springer, 2024