Camille Saint-Saëns (1835–1921) était une personnalité complexe, à la fois brillante, excentrique, attachante et parfois difficile. Les témoignages de ses contemporains et les études biographiques font apparaître plusieurs traits de caractère marquants.
Enfant prodige absolu, il compose dès l’âge de trois ans, joue Mozart en public à cinq ans et propose une symphonie à dix ans. Cette précocité exceptionnelle forge chez lui une confiance totale en son talent, qu’il conservera toute sa vie. Il n’hésite pas à se considérer comme l’égal des plus grands compositeurs, une assurance parfois perçue comme de l’arrogance, mais le plus souvent reconnue comme fondée.
Saint-Saëns est également doté d’un esprit vif, ironique et caustique. Sa correspondance et ses écrits témoignent d’un humour mordant et d’une grande liberté de ton. Il n’hésite pas à lancer des formules piquantes, comme lorsqu’il surnomme Wagner « le grand blond qui s’ennuie ». Cette dimension moqueuse se retrouve aussi dans Le Carnaval des animaux, véritable fantaisie musicale où il caricature avec humour certains compositeurs… et même lui-même.
Extrêmement cultivé, il s’intéresse à une multitude de disciplines : astronomie, mathématiques, archéologie, poésie, philosophie ou encore dramaturgie. Grand voyageur, il parcourt l’Europe, l’Afrique du Nord, l’Amérique du Sud et l’Asie. Il parle plusieurs langues et peut passer d’un sujet à l’autre avec une aisance remarquable, ce qui en fait une figure intellectuelle d’une rare curiosité.
Derrière cette façade brillante se cache cependant une grande sensibilité. Profondément affecté par la mort de ses deux jeunes fils en 1871, il voit son équilibre personnel bouleversé, et son mariage se délite progressivement jusqu’à la séparation. Par la suite, il supporte de plus en plus difficilement la vie parisienne et mène une existence souvent nomade, notamment en Algérie, aux Canaries ou en Égypte.
Sur le plan musical, il se montre conservateur dans ses principes esthétiques, défendant avec vigueur la clarté française face à ce qu’il appelle les « brouillards wagnériens ». Pourtant, il n’en reste pas moins un compositeur ouvert à certaines innovations, intégrant des influences exotiques et explorant des formes nouvelles, comme la Symphonie avec orgue ou Le Carnaval des animaux.
Enfin, malgré un caractère parfois piquant, il se révèle généreux envers les jeunes compositeurs. Il soutient notamment Fauré, son élève qu’il admire particulièrement, mais aussi Ravel ou Messager, et participe à la création de la Société Nationale de Musique, destinée à promouvoir la musique française contemporaine.
En résumé, Saint-Saëns apparaît comme un mélange de Mozart pour la précocité et l’esprit, de Rossini pour la légèreté, de Berlioz pour l’érudition et le goût du voyage, et de Mendelssohn pour l’élégance classique — le tout teinté d’une excentricité et d’une mélancolie très personnelles.
Le Carnaval des animaux en est sans doute le reflet le plus parlant : une œuvre d’une virtuosité éblouissante, une farce pleine d’ironie, que le compositeur a refusé de publier de son vivant (à l’exception du « Cygne »), car il craignait qu’on ne le prenne plus au sérieux.
Camille Saint-Saëns parlait couramment plusieurs langues et en lisait beaucoup d’autres avec une grande aisance. Ses lettres, ses écrits et les témoignages de ses proches permettent de préciser les langues qu’il maîtrisait pleinement, à l’oral comme à l’écrit.
Le français, sa langue maternelle, est bien sûr celle dans laquelle il s’exprime avec le plus de naturel. Très tôt formé aux humanités classiques, il maîtrise également le latin, qu’il lit et écrit avec aisance, allant jusqu’à traduire Horace et composer des textes dans cette langue. Le grec ancien fait aussi partie de ses compétences, lui permettant de lire les textes originaux et d’échanger avec les érudits.
Il parle et écrit couramment l’anglais, avec lequel il entretient une correspondance régulière, notamment avec des éditeurs britanniques, et qu’il pratique lors de ses tournées en Angleterre et aux États-Unis. L’allemand est également bien maîtrisé, tant à l’oral qu’à l’écrit : il le lit couramment et connaît les grands compositeurs germaniques comme Bach, Beethoven ou Schumann, même s’il se montre très critique envers Wagner.
L’italien, langue essentielle du monde lyrique, lui est tout aussi familier, notamment pour ses activités liées à l’opéra et à ses voyages en Italie. Il possède également une bonne pratique de l’espagnol, acquise au fil de ses séjours en Espagne et aux Canaries.
D’autres langues lui sont surtout accessibles à la lecture : l’arabe, découvert lors de ses séjours en Algérie et en Égypte, ainsi que le portugais. Le russe fait également partie de cet ensemble : il effectue plusieurs tournées en Russie et entretient des relations avec des compositeurs russes, notamment Tchaïkovski et les membres du Groupe des Cinq.
Cette aisance linguistique lui permet de traduire lui-même certains de ses livrets d’opéra, comme Samson et Dalila, et de corriger personnellement les traductions de ses œuvres. Ses carnets de voyage et sa correspondance témoignent d’une grande facilité à passer d’une langue à l’autre, un vrai polyglotte du XIXe siècle !