Sète occupe une place particulière dans l’œuvre actuellement documentée de Bernard Lignon. Plusieurs représentations de la ville, réalisées à différentes périodes de sa carrière, ont aujourd’hui été retrouvées : une huile datée de 1948, Sète, 1952, un autre Port de Sète, ainsi qu’un dessin daté de 1958 provenant de la collection d’Odette et Lino Ventura.
Cet ensemble, encore susceptible de s’enrichir, montre que Sète ne fut pas pour Lignon un sujet isolé. Les raisons précises de cet intérêt pour la ville restent toutefois à établir : aucun document retrouvé à ce jour ne permet de déterminer s’il y séjourna régulièrement, s’il y possédait des attaches particulières ou s’il y travailla à l’occasion de commandes.
Au centre de cette recherche se trouve une huile sur toile de 73 × 60 cm, signée « Bernard Lignon » en bas à gauche et portant l’inscription « Sète 1952 » en bas à droite.
Conservée depuis plusieurs générations dans une famille montpelliéraine, l’œuvre représente un quai animé : façades et commerces occupent la partie gauche, tandis que le bassin, les embarcations et les mâts structurent la partie droite. Des personnages circulent sur le quai et plusieurs éléments évoquent directement l’activité maritime du lieu.
La toile appartient aux premières années aujourd’hui bien documentées de la carrière de Lignon. Elle est contemporaine d’autres vues urbaines datées, notamment Place du Tertre, 1952 et Vue du Moulin-Rouge, Paris, 1952.
Bernard Lignon, Sète, 1952, huile sur toile, 73 × 60 cm.
Collection particulière.
Le travail de comparaison avec les photographies et cartes postales anciennes permet de situer la scène sur le quai Général-Durand, ancien quai de la Marine.
L’identification repose sur plusieurs éléments concordants : l’orientation du bassin, la longue perspective du quai, le front bâti et commercial, la présence des embarcations et surtout le pont qui ferme la perspective.
Ce pont est identifiable comme l’ancien pont Legrand, aujourd’hui appelé pont de la Savonnerie. En 1952, il s’agissait encore d'un ouvrage tournant. Le pont fixe actuel est postérieur à la réalisation du tableau.
Une photographie ancienne du quai constitue un document comparatif particulièrement précieux. Elle montre simultanément les façades et terrasses, la circulation, les filets étendus sur le quai, les bateaux et le pont au fond du bassin. Ces éléments permettent de replacer le tableau dans l’environnement portuaire et commercial du Sète de l’après-guerre.
Quai Général-Durand à Sète.
Photographie ancienne utilisée pour l’étude topographique de Sète, 1952.
Source : Delcampe / collectionjfm.
Certaines identifications plus fines restent en revanche ouvertes. Les recherches se poursuivent notamment sur les commerces représentés, les enseignes et tentures, ainsi que sur certains bateaux. Ces hypothèses sont volontairement distinguées des éléments topographiques aujourd’hui établis.
Une autre huile porte l’inscription « Sète 48 ». Datée de 1948, elle montre également l’activité du port : navire, personnages, bicyclettes, tonneaux et bâtiments composent une scène très différente de celle de 1952. Une tenture portant le nom « MARIUS » est visible, mais sa localisation exacte reste à identifier.
D’autres huiles représentant le port ont également été retrouvées dans des ventes publiques. Leur étude permet progressivement de constituer un corpus sétois de Bernard Lignon et de suivre les variations de son regard sur la ville et son activité maritime.
Bernard Lignon, Sète, 1948.
Huile sur toile, 46 × 55 cm.
Hôtel des Ventes de Montpellier, 16 janvier 2026, lot 348.
Six ans après la toile de 1952, Bernard Lignon revient encore au motif sétois.
Un dessin portant l’inscription « Sète 1958 » figurait dans la collection d’Odette et Lino Ventura. Il fut présenté lors de la dispersion de leur succession à Drouot en novembre 2015, au sein d’un ensemble de dessins de Bernard Lignon.
Le rapprochement avec la toile de 1952 est particulièrement intéressant : dans les deux œuvres, le quai conduit le regard vers le fond du bassin, les mâts scandent l’espace et les équipements portuaires participent pleinement à la composition. Il ne suffit pas à démontrer que les deux œuvres représentent exactement le même point de vue, mais il confirme la persistance du motif de Sète dans l’œuvre du peintre.
Bernard Lignon, Sète, 1958.
Dessin, ancienne collection Odette et Lino Ventura.
Succession Odette et Lino Ventura, Drouot, 23–24 novembre 2015, lot 212.
Pourquoi Bernard Lignon a-t-il représenté Sète à plusieurs reprises ? Quels liens entretenait-il avec la ville ? D’autres vues de Sète sont-elles encore conservées dans des collections particulières ?
Ces questions restent ouvertes. Le corpus présenté ici correspond à l’état actuel de la recherche et pourra être complété à mesure que de nouvelles œuvres, archives, photographies ou témoignages seront retrouvés.