Pushuang 譜雙 / 谱双
Hong Zun 洪遵 - 1151
Hong Zun 洪遵 - 1151
Dans le Pushuang, un livre en 5 chapitres, Hong Zun (1120-1174) a écrit en 1151 : "Le Shuanglu 雙陸 commença dans l'ouest de l'Inde 西竺, et arriva en Chine durant la dynastie Wei de la famille Cao (220-265), florissant durant les dynasties Liang, Chen, Qi, Sui et Tang (c'est-à-dire de 502 à 907)."
Le Pushuang apparaît notamment dans :
le Shilin Guangji 事林廣記 / 事林广记 compilé par Chen Yuanjing en 1266
le Xinshang Bian 欣賞編 compilé par Shen Jin 沈津 en 1511
Il décrit les variantes régionales du Shuanglu suivant 4 catégories :
Le Shuanglu du Nord 北雙陸
Le Shuanglu de Canton ou Guangzhou 廣州雙陸
Le Shuanglu des Barbares du Sud 南蕃雙陸
Le Shuanglu japonais 日本雙陸
Certaines variantes du Shuanglu du Nord et de Canton utilisaient déjà la position initiale du Backgammon actuel.
Confucius a dit : « N'y a-t-il pas les jeux de Bo et de Yi (Go) ? S'y appliquer vaut encore mieux que de ne rien faire du tout. »
Généralement, pour les hommes, qui s'adonnent au travail, une journée de labeur fatigue dans les champs ; il est impossible de ne pas se reposer par des loisirs justes afin de régénérer l'esprit. Les chroniques et l'énergie [mentale]. C’est pourquoi on a recours aux jeux de Bo. Bien que les noms des divers jeux de Bo diffèrent, leur intention de passer le temps est identique. Cependant, le Yi (Go), le Qi (Échecs), le Xiangqi (Échecs chinois), sont connus de toutes les familles. Jusqu’au Shuanglu, au Dama (le "Jeu des Chevaux"), au Yezi (le "Jeu des Feuilles/Cartes"), ils ont évolué pour devenir des modèles. Ce n'est pas par calcul [malveillant] qu'on y parvient. Il semble que le Shuanglu soit le plus proche de l'antiquité ; on l'appelle le « Jeu Élégant ». Si l'on examine les chroniques et récits, on lui trouve quatre noms : appelé Wo-shuo (Saisir les lances), appelé Chang-xing (Longue marche), appelé Boluosi-xi (Jeu de Parcheesi/Prasena), et appelé Shuanglu.
Il commença dans les Régions de l'Ouest (Asie Centrale), se propagea sous les Cao-Wei, et fut florissant entre les [dynasties] Liang, Chen, Wei, Qi, Sui et Tang. Notre [Empereur] Taizong le fit chanter dans la poésie et s'y intéressa personnellement dans ses écrits impériaux. Le Shuanglu possède des "chevaux" brillants ; au fil du temps, il est devenu de plus en plus [estimé]. Dans la Plaine Centrale (Chine), [Le jeu] est devenu rare à voir. Pourtant, dans les diverses régions, sous des noms variés, beaucoup savent y jouer. Quand mon père revint du Nord, je l'accompagnais avec soin ; parmi les voyageurs à sa suite, j'entendis pour la première fois parler du Shuanglu du Nord. Lors de mon déplacement vers le Sud à Zhenyang, je me rendis à Panyu pour observer, et j'entendis parler de ce qu'on appelle le Shuanglu du Sud. Je me disais alors en secret : « Des jeux des quatre frontières sauvages, j'en possède désormais deux ».
À l'est de Xuanyuan, certains disent qu'il n'y a pas de différence avec le Sud. Seul le Shuanglu de l'Ouest est très éloigné, et il est difficile d'en obtenir les détails. Il convient de laisser cette lacune pour plus tard. Par la suite, j'ai alors extrait [des faits] de l'antiquité et examiné le présent, compilant tout ce qui était consigné dans divers livres pour les rassembler et les écrire. Toutes les règles concernant le plateau et les chevaux (pions), ainsi que les mesures pour placer, entrer et sortir [les pièces], sont ici clairement exposées. On appelle ceci le « Manuel de Shuanglu ». Je me souviens de l'époque où j'étais magistrat adjoint à Changzhou ; des voyageurs du Nord arrivaient souvent et, montant sur les barques, jouaient au Shuanglu des jours durant, et même la nuit sans s'arrêter. Ils m'envoyèrent des messagers pour m'interroger à ce sujet. J'y ai réfléchi à maintes reprises, mais je n'y comprenais rien. Alors, le Shuanglu [L'intérêt pour] le jeu s'était presque éteint. Ce livre ne peut certes pas être exhaustif, mais il en contient l'essentiel, environ huit ou neuf dixièmes. En le parcourant [ceux qui le lisent] devraient comprendre d'eux-mêmes (le sens/le plaisir du jeu).
Le Shuanglu du Nord 北雙陸 est joué de 5 façons différentes décrites au chapitre 2 du Pushuang.
Illustration d'une partie de Shuanglu du Nord 北雙陸
Pour installer une partie : deux personnes, l'un avec les blancs, l'autre avec les noirs (encre), disposent chacun de quinze "chevaux" (pions). On utilise deux dés. Selon le résultat des dés (la couleur), on déplace les chevaux. Les chevaux blancs vont de la droite vers la gauche ; les chevaux noirs vont de la gauche vers la droite. Une fois que tous les chevaux ont franchi la "porte", on est alors autorisé à les "sortir" selon les dés. Par exemple, si les chevaux blancs ont passé la porte, un lancer de 6 et 2 permet de sortir un [pion] de la 1ère [case] de l'arrière-gauche et de la 5ème case de l'arrière-gauche. Il en va de même pour les autres lancers. Celui dont les chevaux sont tous sortis en premier gagne une unité (ou un point), ou bien si en sortant tous ses pions l'adversaire n'en a encore sorti aucun, on gagne une double unité (un "double" ou "gammon").
Les dés sont aujourd'hui appelés "shǎi shù" (nombres de couleur).
On les appelle tous des "points de référence". On dit par exemple "Référence 5" ou "Référence 6", ce genre de choses.
Placer les chevaux, déplacer les chevaux et sortir les chevaux se font de la même manière que pour le Shuanglu standard. Il y a en tout quinze chevaux, mais douze chevaux reviennent d'un seul côté, comparés deux par deux. S'il y a un chemin (une case) vide sans cheval entre eux, c'est pourquoi on l'appelle "à trous" (Jian). On gagne un point (un jeton) si l'on réussit à nouveau, on gagne encore, sans limite de méthode. Si sur cinq chemins on a des paires, mais que sur un chemin le cheval est seul (single), alors on n'obtient pas de point.
La disposition et le mouvement des chevaux sont généralement similaires au Shuanglu standard. Cependant, lors de la sortie du plateau, on ne tient pas compte du score exact des points (des dés), quel que soit le nombre, on est libre de sortir deux chevaux.
Deux chevaux côte à côte forment une "Poutre" (Liang). Quatorze chevaux se déplacent d'un côté et se tiennent par paires sur sept chemins, c'est pourquoi on l'appelle [le jeu des] Sept Poutres.
Chaque fois que l'on parvient à former sept poutres (sept paires de pions), on gagne un point (un jeton).
Si l'on y parvient à nouveau, on gagne encore, pour le reste, les règles sont les mêmes que pour le Shuanglu standard.
Chaque fois que l'on déplace ses chevaux pour former à nouveau sept poutres côte à côte, on gagne de nouveau. S'il y a un espace dans les poutres arrière, on déplace à nouveau les chevaux pour former sept poutres, on gagne aussi. Si l'on finit de sortir ses chevaux alors que l'adversaire n'a pas encore formé ses sept poutres, on gagne une double mise.
Si l'on n'a pas encore formé les sept poutres et que les chevaux ne sont pas tous revenus, et que l'on obtient un "grand tirage" (gros score aux dés), on ne peut déplacer que la dernière poutre de l'arrière cela est appelé le "He-tou" (Tête de bure/brune). On perd alors trois mises sans pouvoir descendre.
Les chevaux sont divisés en trois [groupes]. On joue avec trois dés pour avancer selon le tirage. On peut faire avancer deux chevaux ou trois chevaux ensemble.
Il est également possible de n'en déplacer qu'un seul. À la fin de la partie, la sortie des pièces se fait selon la méthode habituelle.
Le Shuanglu de Canton ou Guangzhou 廣州雙陸 est joué de 5 façons différentes décrites au chapitre 3 du Pushuang.
Illustration d'une partie de Shuanglu de Canton 廣州雙陸
On utilise deux dés. On déplace les chevaux selon le tirage (la couleur). Les chevaux blancs vont de la droite vers la gauche, les chevaux noirs vont de la gauche vers la droite. Les habitants de Panyu (Canton) y jouent beaucoup.
Les barbares du Sud (Nanfan) pratiquent également cette manière de circuler sur le plateau. La sortie du jeu est identique au [style] standard des terres du Nord du Shuanglu.
Placer les chevaux et sortir du plateau se font comme dans le Shuanglu de Luoying. Chaque fois que l'on obtient un double (double un, double deux), on déplace [les pièces] ensemble par quatre chevaux. Si le score du dé est, par exemple, un double trois, alors les quatre chevaux avancent tous de trois cases et vous obtenez un lancer supplémentaire. Les habitants de Panyu (Canton) y jouent beaucoup.
Placer les chevaux et sortir du plateau se font selon la méthode habituelle. On n'utilise pas de dés. On choisit une personne [cachée] dans un endroit sombre qui annonce les scores (chante les couleurs), en prenant le chiffre sept comme base. Soit 2 et 5, soit 1 et 6, soit 4 et 3. Lorsqu'on passe sur un pion [adverse], on ne le frappe pas, c'est pourquoi on l'appelle le Shuanglu sans frappe. Les habitants de Panyu savent y jouer.
Les enfants de la région de Guang (Canton) y jouent. Chacun utilise douze chevaux, et il n'y a pas de disposition initiale (le plateau est vide au départ). On place les pions au fur et à mesure des lancers de dés.
On place deux chevaux sur chaque chemin (case). On s'arrête après avoir placé les douze chevaux sur six chemins. Ils se trouvent sur la première porte, la deuxième porte, la troisième porte, la quatrième porte, la "maison de l'épaule" et la "maison des six têtes". On ne dépasse pas les six portes extérieures. On fait face aux chevaux de l'adversaire, et il n'est plus possible de frapper (capturer).
Si l'on jette un 1 et un 5, on place alors les chevaux sur les chemins 1 et 5. Par exemple, si les chemins 2 et 4 ont chacun une paire de chevaux, et que l'on jette un 2 et un 4, alors on ne peut pas placer de cheval. Il faut obtenir un autre score pour avancer. Une fois que les douze chevaux sont tous entrés sur le plateau on jette les dés pour les sortir.
On utilise deux dés. On dispose les chevaux en trois endroits (piles), comme dans le Shuanglu à trois poutres des terres du Nord. Faire avancer les chevaux et sortir du plateau se fait selon la méthode habituelle. Les habitants de Panyu (Canton) savent y jouer.
Le Shuanglu des Barbares du Sud (les Nánfān) 南蕃雙陸 est joué de 3 façons différentes décrites au chapitre 4 du Pushuang.
Illustration d'une partie de Shuanglu indonésien (Sijiaba 四架八雙陸)
Illustration d'une partie de Shuanglu arabe (Dashi 大食雙陸)
Les gens de Srivijaya (Sanfoqi) et du Cambodge (Zhenla) y jouent. Il y a aussi des experts à Panyu (Canton). On utilise deux dés.
L'avancement des chevaux et la sortie du plateau sont identiques au Shuanglu de Luoying. Seule la disposition des pions diffère légèrement. À la fin de la partie, trois chevaux forment une "maison" (屋). Celui qui parvient à former cinq maisons gagne ce qu'on appelle un "Zi-gou", ce qui vaut deux parties (victoire double).
Les gens de Nanpi et de Champa (Zhancheng) savent y jouer. La disposition est identique au Shuanglu indonésien. L'avancement et la sortie sont comme la méthode habituelle. Les dés sont faits de bois ou de corne ; ils sont longs et ne possèdent ni le "As" (1) ni le "Six" (6).
On utilise un tapis en guise de plateau, tissé avec un fond bleu et des chemins blancs. On utilise trois dés. Les chevaux sont divisés en sept [groupes], appelés "chevaux" blancs à droite et noirs à gauche. On ne peut franchir les "Huit Portes" que si l'on obtient un double aux dés. [Concernant] les Huit Portes, on en franchit quatre. Les dix cinq chevaux arrivent aux six portes extérieures sans être dispersés, on gagne un point. Un double donne droit à un lancer supplémentaire en récompense. Il en va de même pour un "Hun-hua" (tirage identique des trois dés).
Le "Hun-hua" désigne des combinaisons comme un triple un ou un triple deux. Si vos chevaux sortent en premier, vous gagnez une petite mise. Si vous avez fini de sortir tous vos pions alors que l'adversaire n'en a sorti aucun, vous gagnez une grande mise. C'est le même système de victoire qu'au jeu de Go (Qi).
Le Shuanglu japonais 日本雙陸 ou Shuanglu des Barbares de l'Est (les Dongyi) 東夷雙陸 est décrit au chapitre 4 du Pushuang.
Au Japon, on fabrique des plateaux d'une largeur d'environ un pied (chi), d'une longueur d'un pied et demi, et d'une épaisseur de trois pouces (cun). On grave les "chemins" (cases) directement à l'intérieur du plateau.
On place deux dés dans un tube de bambou, on secoue et on les lance sur le plateau. On observe le score (la couleur) pour déplacer les chevaux.
Les chevaux sont faits de verre (liuli) de deux couleurs, bleu et blanc, semblables aux jetons de jeu de Go en Chine.
La règle veut que le premier à ramener ses chevaux en un seul endroit gagne.
Les Japonais (Wo-ren) aiment énormément ce jeu. Deux personnes s'affrontent du matin au soir sans s'arrêter, tandis que les spectateurs à côté passent également la journée entière sans s'en aller.
Le Shuanglu est généralement limité au chiffre six. Sa méthode consiste en douze cases (chemins) à gauche et à droite, appelées "Liang" (poutres). À partir des noirs chacun dispose de quinze pions (chevaux). Sur la 6ème poutre avant-droite et la 1ère poutre arrière-gauche, on place 5 pions. Sur la 6ème poutre arrière-droite 2 pions. Sur la 2ème poutre avant-gauche, 3 pions. Les blancs et les noirs se font face. On utilise deux dés, chacun selon son résultat (couleur/point) pour déplacer les pions. Les pions blancs vont de la droite vers la gauche, les pions noirs de la gauche vers la droite. On peut utiliser la somme des deux dés pour déplacer un seul pion, ou déplacer deux pions séparément. On peut bouger ou empiler. Chaque fois qu'un pion est seul, le pion ennemi peut le frapper (le capturer).
Deux pions ensemble forment une "poutre". Les autres pions ne peuvent alors plus frapper, ni emprunter le même chemin. Quiconque subit une capture doit attendre qu'une place vide soit disponible dans la zone d'entrée et que le dé corresponde pour pouvoir rentrer (poser le pion).
Cela signifie par exemple que si la deuxième poutre est vide [si l'on] obtient deux points (aux dés) alors on pose [le pion capturé]. Tant que celui qui a été frappé n'est pas redescendu (remis en jeu), ses autres pions ne peuvent pas avancer vers les six dernières poutres. Cela est appelé "empiler les poutres". Lorsque les piles sont pleines, si l'on frappe un pion adverse, on regroupe alors ses propres pions sur les cinq chemins les plus proches de la sortie.
Chaque fois que l'on ouvre la dernière poutre, cela devient le territoire de l'ennemi. Si l'on ne protège pas ses pions, ils doivent tous être déplacés et renvoyés à la poutre de tête (départ).
À l'intérieur [de la zone de sortie], à chaque jet, on regarde les points obtenus pour sortir deux pions. Si le nombre est suffisant, on les retire ; s'il est insuffisant, on ne le peut pas.
Si les points sont trop faibles pour sortir, on les déplace ensemble vers la poutre inférieure. Il faut toujours maintenir solidement deux pions ensemble [pour ne pas être frappé] ; on ne doit pas les séparer. En bougeant [imprudemment], la tête est brisée (la défense est rompue). Les six dernières poutres sont appelées "poutres finales". Le premier à sortir tous ses pions est le vainqueur. Si l'on gagne alors que les autres pions ne sont pas encore revenus à leur zone finale, ou y sont mais qu'aucun n'est encore sorti du jeu, on gagne alors une "double mise" (double jeton). Pour ce qui est des récompenses et des pénalités leurs niveaux dépendent uniquement de ce qui a été convenu [entre les joueurs] ; il n'y a pas de nombre fixe.
La dernière poutre est appelée "Gai" (prononcé comme hai). La première poutre est appelée "Men" (la Porte). La zone "Gai-Men" est la plus cruciale. Avoir deux pions arrivant au "Gai" est appelé "Tenir le Gai". Si l'on en retire un, on dit "Briser le Gai". Si deux pions arrivent à la "Porte", on appelle cela "Garder la Porte". En retirer un s'appelle "Ouvrir la Porte".
Les six dernières poutres sont appelées "Palais". Les pions [qui y sont] revenant à ces poutres sont dits "Entrer au Palais". C'est ce que voulait dire Di Renjie en disant : « Au Shuanglu, on ne peut gagner si le Palais est vide ».
Quand deux pions sont ensemble, ils forment une "Poutre". Un seul passage ne peut laisser passer plus de six pions. Pour que les quinze pions passent la Porte et sortent, si sur les chemins 5 et 6 les pions sont trop nombreux, on appelle cela "Tête Lourde". Car obtenir un 5 ou un 6 est un "Grand Score" qui n'arrive pas souvent. Si vous lancez un 2 ou un 3, vous ne pouvez pas atteindre les positions élevées.
Les "pions secs" (isolés) doivent être déplacés depuis la poutre de tête vers le bas pour "alléger la tête". C'est ainsi qu'ils sortent facilement.
Dans le Shuanglu du Sud, sortir depuis le début est appelé "Ouvrir le pied". Deux pions ensemble sont appelés "Faire maison". On dit aussi "Maison d'une porte". Le premier chemin est la 1ère porte, le deuxième chemin est la 2ème porte, le troisième chemin est la 3ème la quatrième route est appelée "Quatrième Porte", la cinquième route est appelée "Maison Gai", et la sixième route est appelée "Maison des Six Têtes". Collectivement, on les appelle les "Six Portes Intérieures". Les six routes suivantes sont appelées "Six Portes Extérieures". La première route après celles-ci est aussi appelée "Six Têtes". Une fois que [un pion] est sorti puis rentre à nouveau, on dit qu'il "tombe". Deux pions ensemble sont dits "liés". (Note : Si sur la 4ème route il y a un pion qui avance d'un pas, on dit qu'il "monte" ; s'il sort de lui-même, on dit qu'il "mange le pion". Regrouper dix pions en un seul endroit est aussi possible chez les gens du Sud lors d'une partie.)
Si, dans une partie, les signes de la défaite sont déjà visibles, alors on frappe fréquemment [l'adversaire] sans lui permettre de former des "maisons" (points d'ancrage) ; c'est ce qu'on appelle "briser l'union". (Note : Cela revient à dire que l'on renverse la partie).
À Srivijaya, à Java et au Champa, on l'appelle "Zhi-cui". Au Cambodge (Zhenla), on l'appelle "Kousha".
Concernant le Shuanglu, Liu Cun et Feng Jian disent tous deux que Cao Zhi (des Wei) fut le premier à le créer. Cependant, l'examen de l'Histoire du Nord (Bei Shi) indique que c'est le roi des Hu (barbares) dont le frère créa ce "jeu des poutres pointées", qui entra récemment en Chine. D'autres recherches (Zhu) affirment que le Shuanglu provient du Tianzhu (l'Inde).
Son nom est le jeu de Boluosai (transcription du sanskrit Prasaka). Ainsi, ce jeu existe à l'étranger depuis fort longtemps avant de se répandre en Chine centrale alors [l'idée que] Cao Zhi l'ait commencé [est une erreur de perspective]. (Note : Le recueil de Zhou Wangji mentionne que les termes de "couleur" et de "partie du Roi Cao" font référence à cela).
Le plateau du Shuanglu du Nord ressemble à la moitié d'un plateau de Go, mais plus long. Les deux portes et les vingt-quatre routes sont toutes gravées.
On les incruste d'ivoire. On utilise du bois de catalpa de la mer de Bohai pour le rendre lourd ; ainsi, il n'est pas nécessaire de le laquer, et la poussière ou la saleté ne peuvent l'entamer. Certains sont décorés de mosaïques de pierres colorées supportées par du bois. On utilise du bois clair pour les pions blancs, et du bois de ébène pour les pions noirs. Les riches utilisent de la corne de rhinocéros ou de l'ivoire. La base des pions est ronde et plane, s'affinant vers le haut. Ils mesurent en longueur trois pouces et deux fen. Le diamètre supérieur est de quatre fen, le diamètre inférieur d'un pouce et un fen. Ils ressemblent globalement à ceux que les familles utilisent aujourd'hui comme battoirs à linge.
Les gens de Panyu (Canton) utilisent une planche pour plateau, tracent les routes en noir et les laquent, ou bien on dessine les cases au sol. On utilise du bois de buis pour les pions blancs et du bois de bixun pour les pions noirs. La base est courte comme un kaki coupé, et la forme ressemble à une pagode (stupa).
À Srivijaya, Java, au Champa et au Cambodge (Zhenla), au Sud on utilise du bois de rose (Huali) pour le plateau. Les chemins sont gravés au couteau. On pose souvent le plateau à même le sol sur une natte. Les rois barbares font installer des ressorts en cuivre sous le plateau, comme des plaques sonores. Ainsi, quand on déplace les pions, cela produit un cliquetis métallique mélodieux.
Cela sert de divertissement. On utilise l'ivoire pour les pions blancs et le bois d'ébène (bois de prunier noir) pour les noirs, ou parfois de l'ivoire teinté en rouge pour les pions noirs.
Au pays des Arabes (Dashi), on utilise des tapis tissés en guise de plateau de jeu. Les pions blancs et noirs sont similaires à ceux des autres pays.
À Srivijaya, Java, au Cambodge et chez les Arabes, on utilise le bois pour fabriquer les dés à six faces.
À Nanpi (Malabar) et au Champa on les fabrique en ébène ou en corne. Ils mesurent environ deux pouces de long et n'ont pas de faces "un" ou "six".
À Srivijaya, Java, au Champa, les dés sont appelés Huchan. Un se dit "Sa", deux se dit "Tuda", trois se dit "Dijia", quatre se dit "An" cinq se dit "Banzi", six se dit "Nan".
Au Cambodge (Zhenla), pour les dés, un se dit "Weitu" ou "Me", deux se dit "Meipi", trois se dit "Lin", quatre se dit "Bulinpi", cinq se dit "Jia", six se dit "Xin".
Chez les Arabes, un se dit "Yi", deux se dit "Tuda", trois se dit "Yada", quatre se dit "Chazhe", cinq se dit "Banda", six se dit "Shida".
Les gens du Nord parient de l'or, de l'argent, des esclaves, des moutons ou des chevaux. (Note : Les hommes et femmes capturés ou les pauvres rachetés sont ce que les gens de Liu appellent esclaves).
[Ailleurs], on joue pour une coupe de vin ; la victoire ou la défaite ne dépend pas du nombre de parties, mais on fixe généralement une limite de quinze jetons. Le premier à les atteindre l'emporte. Parfois on fixe la limite à dix jetons, ou sept ou huit, selon ce qui est convenu au début de la partie. Si un joueur est bien plus fort, on lui donne un handicap d'un jeton ou bien trois ou quatre jetons.
Il existe aussi la règle du "Minggui" : avant même de lancer les dés, on déplace d'abord le "pion noir de tête" pour le ramener sur la troisième poutre. C'est ce qu'on appelle "tirer la troisième poutre", et cela autorise à lancer les dés en premier.
Les gens de Panyu (Canton) misent de cent à deux ou trois cents ligatures de monnaie. On convient d'un set de trois parties pour une mise allant jusqu'à dix ligatures. Les plus pauvres misent quelques pièces d'argent, les plus riches jusqu'à plusieurs dizaines d'onces d'or.
On peut accorder un handicap d'un pion, ou une avance d'un point (un point équivaut à une case) jusqu'à six points, ou encore accorder le premier lancer de dés.
À Srivijaya et Java au Champa, au Cambodge et à Nanpi, on utilise de l'or, de l'argent ou des milliers de ligatures. On joue généralement des sets de trois ou cinq parties.
Chez les Arabes (Dashi), on utilise les pièces d'or de leur propre pays pour parier ; les inscriptions sur les faces de leurs pièces sont des pictogrammes (象形).
Les gens du Nord, pour dire "jouer au Shuanglu", disent "frapper le double plateau" (Da Shuangpan), ou "chevaux du double plateau", ou "doubles chevaux".
À Panyu, on dit "frapper le double lu". On dit aussi "plateau de Shuanglu", "pions de planche de Shuanglu" ou "fils de Shuanglu".
À Srivijaya et Java au Champa, jouer au Shuanglu se dit Ba-seng, le plateau se dit Ba-ban, les pions se disent Gu-cha, et une partie se dit Sa.
Au Cambodge (Zhenla), jouer au Shuanglu se dit Chu-di, le plateau se dit Ge, les pions se disent Sai, et une partie se dit Mei.
Chez les Arabes (Dashi), jouer au Shuanglu se dit Ba-duo, le plateau se dit Tan (tapis), les pions se disent Wo, et une partie se dit Yi.
Le Shuanglu du Nord possède cinq variantes : le Shuanglu standard, le Trois-Poutres, le Sept-Poutres, le Dajian et le Huihui.
Le Shuanglu standard est maîtrisé par la plupart des gens du Nord. Quant au "Trois-Poutres", seul un joueur sur dix environ est capable d'y briller.
Pour les variantes Dajian, on les regroupe sous le terme de "jeu à trous".
Dans les maisons de thé de la région de Yan (Pékin), on installe souvent de nombreux plateaux, parfois cinq ou six, et jusqu'à plus de dix. Les parieurs paient une somme d'argent pour louer le plateau, tout comme dans les auberges de Chine centrale on met à disposition des jeux de Go (Qi). Ainsi, les Hans et les familles Khitanes (Liao) installent des plateaux de jeu. Lorsqu'ils se déplacent, ils ordonnent même à leurs serviteurs de porter le matériel pour eux afin de pouvoir lancer les dés [partout] dans un "Habo" (Note : Habo désigne un coffret ou un étui en cuir).
À Panyu (Canton), il existe cinq noms pour le Shuanglu : le Xiapen, le Sandui (Trois piles), le Luoying, le Budia (Sans frappe) et le Shuanglu bouddhique.
Le Xiapen et le Sandui sont difficiles, tandis que le Luoying et le Budia sont faciles. Le Shuanglu bouddhique est réservé aux jeunes enfants. D'une manière générale, même les gens du peuple et les serviteurs subalternes maîtrisent ce jeu. Quant aux lettrés et aux hauts fonctionnaires, ils ne le pratiquent pas [autant]. Dans les quatre préfectures de Duankang et Lianhui, on trouve aussi de très bons joueurs.
Au Sud, chez les barbares, il existe trois noms : le Sijiaba, le Nanpi et le Dashi (Arabe). Seul le Sijiaba est maîtrisé par les gens de Panyu.