NOTE D'INTENTION

Asteria est la quête d’une vérité intouchable. Nous allons suivre le chemin d’un commun mortel vers son accomplissement, ou en tout cas, vers un accomplissement.Au commencement, ce commun mortel est un jeune homme d’une banalité qu’on pourrait qualifier d’affligeante, si à l’époque où il vit, quelqu’un pouvait encore s’affliger de quoi que ce soit. Car dans ce monde à venir, plus personne ne cherche à affirmer sa propre personnalité. La vie est devenue tellement plus simple depuis qu’on ne se pose plus de question. Certains décident pour tous les autres, et il suffit de suivre le mouvement pour vivre en sécurité, à l’abri de la maladie et de la pauvreté. Qui ne rêverait pas d’une vie aussi parfaite ?La marchandisation du quotidien a enfin atteint la forme la plus mature de toute son histoire. Tant que le commerce tourne, le monde tourne. Pourquoi remettre en cause un système qui profite à tous ? Le corps humain n’échappe pas à la dynamique, sa commercialisation représente même l’aboutissement suprême de cette société idéale. Une simple opération chirurgicale permet d’améliorer ses performances physiques, en remplaçant l’organe de son choix par son substitut robotisé. Nul ne saura jamais comment Julien, notre jeune homme, en cherchant à se conformer à la norme, va réveiller au plus profond de son âme des interrogations qui avaient disparu de la conscience humaine. C’est en cédant un de ses yeux pour le remplacer par un œil mécanique que Julien en vient à se questionner sur la portée réelle de son acte. Il avait envie de mieux voir. Dès lors, faut-il vraiment gouter le poison pour savoir s’il s’agit effectivement d’un poison ? Comme tout objet du réel, les choses ne deviennent dangereuses qu’en fonction de l’usage qu’on en fait. Se défalquer de son propre corps est-il fondamentalement dangereux ? Si je ne suis plus mon corps, qui suis-je ? Dans un premier temps, c’est à ce type d’interrogations sur la nature de son identité que Julien va être confronté.Plongé dans un nouveau monde de doute, le réel perd peu à peu sa solidité. Les certitudes d’hier s’effondrent, mais par quoi vont-elles être remplacées ? Si les choses qu’on croyait acquises peuvent disparaitre, comment accorder sa confiance à la nouveauté, c’est-à-dire à l’inconnu ? Par nature, chacun est persuadé d’avoir raison, personne ne reste sciemment dans ce qu’il estime être l’erreur. Et chacun, donc, tente de rallier l’autre à sa propre raison. Convaincre autrui n’est-il pas une forme de manipulation mentale ? Il est difficile de distinguer le fossé qui sépare – parfois – ce que l’on voit de ce qui est. On frôle la folie, la quête de la vérité rend fragile. Quand on commence à se poser des questions, il ne faut rien admettre, il faut tout remettre en cause. La réponse n’est peut-être pas à chercher dans les choses du monde, puisqu’elles peuvent être trompeuses, mais à l’intérieur de soi. Après avoir sombré dans les affres du doute, à perdre totalement la notion de réel, on en ressort plus fort, si on en ressort. Beaucoup n’en ressortiront pas.Pour les survivants, la dernière étape à franchir consiste à reprendre le contrôle. Mais quand on est plusieurs à vouloir contrôler la même chose, la guerre est inévitable. Détruire est-il un mal nécessaire pour reconstruire ? Les idéaux fraichement éclos sont mis à rude épreuve, quand il s’agit de les maintenir malgré les compromis que la réalité exige. Et pour finir, ai-je vraiment décidé de ma révolte, ou bien n’était-elle pas programmée bien au-delà de ma conscience, par des entités bien plus puissantes que moi ?Asteria est la quête d’une vérité intouchable. Chacun devra trouver son propre accomplissement, parce que ce commun mortel, c’est nous tous.