Les grandes voix

Nous avons souihaité mettre en exergue sur notre site des poètes et auteurs de notre patrimoine littéraire qui peuvent être autant de références , voire de guides pour nous. Comme nous ne pouvons prétendre qu'à en présenter un écahantillon modeste, nous avons choisi de mettre particulièrement en avant ceux qui ont un lien avec la Touraine, la région Centre-Val de Loire et les pays de Loire ainsi que ceux qui ont fait l'objet d'articles dans la revue.


Honoré de Balzac

Honoré de Balzac, né à Tours le 20 Mai 1799 et mort à Paris le 18 août 1850 (à 51 ans) a laissé l'une des plus imposantes œuvres romanesques de la littérature française, avec plus de quatre-vingt-dix romans et nouvelles parus de1829 à 1855, réunis sous le titre La Comédie humaine. À cela s'ajoutent Les Cent Contes drolatiques, ainsi que des romans de jeunesse publiés sous des pseudonymes et quelque vingt-cinq œuvres ébauchées.

Honoré de Balzac est le fils de Bernard-François Balssa, secrétaire au Conseil du roi directeur des vivres, adjoint au maire et administrateur de l’hospice de Tours, et d'Anne-Charlotte-Laure Sallambier, issue d'une famille de passementiers du Marais.

Honoré est mis en nourrice immédiatement après sa naissance et ne regagnera la maison familiale qu'au début de 1803. Du 22 juin 1807 à 1813, Honoré est pensionnaire au collège des Oratoriens de Vendôme. En avril 1813, les oratoriens s'inquiètent pour sa santé et le renvoient dans sa famille, fortement amaigri.

De juillet à novembre 1814, il est externe au collège de Tours. Son père ayant été nommé directeur des vivres pour la Première division militaire, la famille déménage ensuite à Paris.

Devenu durablement parisien, Balzac reviendra cependant en Touraine durant toute sa vie, y écrira une partie de son œuvre et l'y maintiendra omniprésente.

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Photo: daguerréotype de Louis-Auguste Bisson

Là se découvre une vallée qui commence à Montbazon, finit à la Loire, et semble bondir sous les châteaux posés sur ces doubles collines ; une magnifique coupe d’émeraude au fond de laquelle l’Indre se roule par des mouvements de serpent. À cet aspect, je fus saisi d’un étonnement voluptueux que l’ennui des landes ou la fatigue du chemin avait préparé.

Le lys dans la vallée

À sa droite, le voyageur embrasse d’un regard toutes les sinuosités de la Cise, qui se roule, comme un serpent argenté, dans l’herbe des prairies auxquelles les premières pousses du printemps donnaient alors les couleurs de l’émeraude. À gauche, la Loire apparaît dans toute sa magnificence. Les innombrables facettes de quelques roulées, produites par une brise matinale un peu froide, réfléchissaient les scintillements du soleil sur les vastes nappes que déploie cette majestueuse rivière. Çà et là des îles verdoyantes se succèdent dans l’étendue des eaux, comme les chatons d’un collier. De l’autre côté du fleuve, les plus belles campagnes de la Touraine déroulent leurs trésors à perte de vue. Dans le lointain, l’œil ne rencontre d’autres bornes que les collines du Cher, dont les cimes dessinaient en ce moment des lignes lumineuses sur le transparent azur du ciel. À travers le tendre feuillage des îles, au fond du tableau, Tours semble, comme Venise, sortir du sein des eaux.

La femme de trente ans

Ne me demandez plus pourquoi j’aime la Touraine ! je ne l’aime ni comme on aime son berceau, ni comme on aime une oasis dans le désert ; je l’aime comme un artiste aime l’art ; […] sans la Touraine, peut-être ne vivrais-je plus.

Le Lys dans la vallée

Nous arrivâmes à l’époque des vendanges, qui sont en Touraine de véritables fêtes. Vers la fin du mois de septembre, le soleil, moins chaud que durant la moisson, permet de demeurer aux champs sans avoir à craindre ni le hâle ni la fatigue. Il est plus facile de cueillir les grappes que de scier les blés. Les fruits sont tous mûrs. La moisson est faite, le pain devient moins cher, et cette abondance rend la vie heureuse. Enfin les craintes qu’inspirait le résultat des travaux champêtres où s’enfouit autant d’argent que de sueurs, ont disparu devant la grange pleine et les celliers prêts à s’emplir. La vendange est alors comme le joyeux dessert du festin récolté, le ciel y sourit toujours en Touraine, où les automnes sont magnifiques. Dans ce pays hospitalier, les vendangeurs sont nourris au logis. Ces repas étant les seuls où ces pauvres gens aient, chaque année, des aliments substantiels et bien préparés, ils y tiennent comme dans les familles patriarcales les enfants tiennent aux galas des anniversaires. Aussi courent-ils en foule dans les maisons, où les maîtres les traitent sans lésinerie. La maison est donc pleine de monde et de provisions. Les pressoirs sont constamment ouverts. Il semble que tout soit animé par ce mouvement d’ouvriers tonneliers, de charrettes chargées de filles rieuses, de gens qui, touchant des salaires meilleurs que pendant le reste de l’année, chantent à tous propos. D’ailleurs, autre cause de plaisir, les rangs sont confondus : femmes, enfants, maîtres et gens, tout le monde participe à la dive cueillette. Ces diverses circonstances peuvent expliquer l’hilarité transmise d’âge en âge, qui se développe en ces derniers beaux jours de l’année et dont le souvenir inspira jadis à Rabelais la forme bachique de son grand ouvrage.

La femme de trente ans

Ode à une jeune fille

Du sein de ses torrents de gloire et de lumière,

Où, sur des harpes d’or, les esprits immortels,

Aux pieds de Jéhovah, redisent la prière

De nos plaintifs autels ;


Souvent un chérubin, à chevelure blonde,

Voilant l’éclat de Dieu par son front reflété,

Laisse au parvis des cieux son plumage argenté,

Et descend sur le monde :

Comprenant du Très-Haut le sublime regard,

Il vient sourire au pauvre à qui tout est souffrance :

Et, par son tendre aspect, rappeler au vieillard

Les doux jeux de l’enfance.

Il inscrit des méchants les tardifs repentirs ;

À la vierge amoureuse il accourt dire : « Espère. »

Et, le cœur plein de joie, il compte les soupirs

Qu’on donne à la misère.

De ces anges d’amour, un seul est parmi nous

Que le soin de notre heur égara dans sa route ;

En soupirant, il tourne un regard triste et doux

Vers l’éternelle voûte.


Ce n’est point de son front l’éclatante blancheur

Qui m’a dit le secret de sa noble origine,

Mais son tendre sourire et l’accent enchanteur

De sa plainte divine.

Ah ! gardez, gardez bien de lui laisser revoir

Le brillant séraphin qui vers les cieux revole ;

Trop tôt, il lui dirait la magique parole

Que, pour nager dans l’air, ils prononcent le soir.

Vous les verriez, des nuits perçant les sombres voiles,

Comme un point de l’aurore atteindre les étoiles

De leur vol fraternel ;


Et, le marin, le soir, assis sur le rivage,

Levant un doigt craintif aux campagnes du ciel,

De leurs pieds lumineux montrerait le passage.

Honoré de BALZAC.

Joachim du Bellay

Joachim du Bellay est un poète français né vers 1522 à Liré en Anjou et mort le 1er janvier 1560 à Paris. Sa rencontre avec Pierre de Ronsard fut à l'origine de la formation de la Pléiade, groupe de poètes pour lequel du Bellay rédigea un manifeste, la Défense et illustration de la langue française. Son œuvre la plus célèbre, Les Regrets, est un recueil de sonnets d'inspiration élégiaque puis satirique écrit à l'occasion de son voyage à Rome de 1553 à 1557.

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Les textes

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Ou comme celui-là qui conquit la toison,

Et puis est retourné, plein d’usage et raison,

Vivre entre ses parents le reste de son âge !


Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village

Fumer la cheminée, et en quelle saison,

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,

Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?


Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux,

Que des palais romains le front audacieux,

Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine,


Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,

Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,

Et plus que l’air marin la douceur angevine.


Yves Bonnefoy

Comment faire pour que vieillir, ce soit renaître,

Pour que la maison s'ouvre, de l'intérieur,

Pour que ce ne soit pas la mort qui pousse

Dehors celui qui demandait un lieu natal ?


Les planches courbes - Extrait

Yves Bonnefoy, né à Tours le 24 juin 1923 et mort à Paris le 1er juillet 2016, est un poète, critique d'art et traducteur français. Il est considéré comme un poète majeur de la seconde moitié du xxeet du début du xxie siècle.

Les parents d'Yves Jean1 Bonnefoy, Élie Bonnefoy et Hélène Maury, originaires du Lot et de l’Aveyron, étaient venus après leur mariage s'installer à Tours, l'un comme ouvrier monteur aux ateliers des chemins de fer, l'autre comme institutrice.

Yves Bonnefoy a passé les baccalauréats de mathématiques et de philosophie au lycée Descartes de Tours, où il fit la lecture, déterminante, de la Petite Anthologie du surréalisme de Georges Hugnet, prêtée par le professeur de philosophie. Il a fait des études de mathématiques, d'histoire des sciences et de philosophie dans les classes préparatoires du lycée Descartes, puis à l'université de Poitiers, et à la Sorbonne, lorsqu'il décida en 1943 de s'installer à Paris et de se consacrer à la poésie.

De 1945 à 1947, il fut proche des surréalistes .

En 1947, Yves Bonnefoy refuse de signer le manifeste surréaliste Rupture inaugurale, prenant ainsi ses distances avec le mouvement. Le poète reproche à l'image surréaliste de faire advenir une "mauvaise présence" en substituant à la réalité une surréalité.

Yves Bonnefoy publie en 1953, au Mercure de France qui restera son éditeur, son premier recueil de poèmes Du mouvement et de l'immobilité de Douve.

Ce recueil est une célébration du ressaisissement de la finitude, de l'épreuve de la mort par la parole :

"Que le froid par ma mort se lève et prenne un sens".

C'est aussi pour le poète un moyen de consommer sa rupture avec le surréalisme d'André Breton, qui faisait de la notion d'image une des pierres de touche de sa poétique.

Les trois volumes de poèmes des années suivantes, Hier régnant désert (1958), Pierre écrite (1965), Dans le leurre du seuil (1975), ont été rassemblés, avec Du mouvement et de l'immobilité de Douve, dans un livre intitulé Poèmes en 1978. Puis ce seront Ce qui fut sans lumière en 1987, Début et fin de la neige en 1991, La Vie errante en 1993, Les Planches courbes en 2001 (inscrit au programme du baccalauréat littéraire en 2006 et 2007), La Longue Chaîne de l’ancre en 2008, Raturer outre en 2010.

Yves Bonnefoy définira la poésie comme étant une « articulation entre une existence et une parole ». Toute œuvre poétique est le fruit d'une existence. Il y a continuité entre l'être du poète, de la poétesse, et sa poésie. La parole se distingue du langage, qui est un système ; elle est une présence, par laquelle se manifeste cette existence. La parole a un caractère vivant, car elle est indissociable de l'être qui la prononce.

Les travaux historiques et critiques commencèrent à partir de 1954, avec une monographie consacrée aux Peintures murales de la France gothique. Ils se développèrent beaucoup par la suite et portent principalement sur l'histoire de la peinture, la relation des arts à la poésie, l'histoire de la poésie et son interprétation, la philosophie de l'œuvre et de l'acte poétiques.

Ils vont de pair avec une activité de traducteur de Shakespeare (une quinzaine d'ouvrages), de William Butler Yeats(Quarante-cinq poèmes de Yeats, 1989), de Pétrarque et de Leopardi, ainsi que du poète grec Georges Séféris.

À partir de 1960, Yves Bonnefoy a été régulièrement l'invité, pour des périodes d'enseignement, d'universités françaises ou étrangères, en Suisse et aux États-Unis. Il a été professeur associé au centre universitaire de Vincennes (1969-1970), à l'université de Nice (1973-1976), et à l'université d'Aix-en-Provence (1979-1981), professeur invité à l'université de Genève (1970-1971 et 1971-1972). Devenu professeur au Collège de France, il continua à donner des conférences dans de nombreux pays.

Prix décernés.

France :

Décorations

Distinctions

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Il existe un fonds « Yves Bonnefoy » à la bibliothèque municipale de Tours, qui s'enrichit régulièrement de ses livres et des travaux critiques sur son œuvre.

Je me souviens, c’était un matin, l’été,

La fenêtre était entrouverte, je m’approchais,

J’apercevais mon père au fond du jardin.

Il était immobile, il regardait

Où, quoi, je ne savais, au-dehors de tout,

Voûté comme il était déjà mais redressant

Son regard vers l’inaccompli ou l’impossible.

Il avait déposé la pioche, la bêche,

L’air était frais ce matin-là du monde,

Mais impénétrable est la fraîcheur même, et cruel

Le souvenir des matins de l’enfance.

Qui était-il, qui avait-il été dans la lumière,

Je ne le savais pas, je ne sais encore.


"La maison natale - Extrait "

On dit

Que des barques paraissent dans le ciel

Et que, de quelques-unes,

La longue chaîne de l'ancre peut descendre

Vers notre terre furtive.

L'ancre cherche sur nos prairies, parmi nos arbres,

Le lieu où s'arrimer,

Mais bientôt un désir de là-haut l'arrache,

Le navire d'ailleurs ne veut pas d'ici,

Il a son horizon dans un autre rêve.


L'Heure présente - La longue chaîne de l'ancre - Extrait

Marceline Desbordes-Valmore

Anatole France

José Maria de Hérédia

Marc Papillon de Lasphrise





Marc Papillon, seigneur de Lasphrise, dit aussi le capitaine Lasphrise et parfois nommé Marc de Papillon, né près d'Amboise vers 1555 et mort vers 1591, est un poète baroque satirique français.

Issu d'une famille méridionale appauvrie par les guerres, orphelin de père, Marc Papillon s'engage très jeune dans les armées catholiques. Il fait de nombreux séjours à la Cour avant de se retirer à Lasphrise, près de Tours, vers 1587. Amoureux peu soucieux des tabous et des conventions, il reste le poète des Amours de Théophile, composées en l'honneur d'une religieuse, Renée Le Poulchre, et de L'Amour passionnée de Noémie, composé pour une cousine, Noémie-la-Tourangelle, remarquables par leur ton libertin. Il y montre un souci de recherches formelles, ainsi qu'un goût prononcé pour le jeu avec la langue.


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Choix de textes






Qu'en dites-vous, mon Coeur ?


Qu'en dites-vous, mon Coeur ? Je vous prie de le dire.

Quoi ? vous rêvez, ce semble, ô quelle étrange humeur !

Mais ce beau teint changeant m'avant-court un bonheur,

Et ce vent tremblotant qui doucement soupire.


Las ! ce bel oeil baissé, dont le jour se retire,

Pourrait bien messager quelque étrange douceur :

Non, ce souris bénin présage une douleur,

Pour donner à ce coup trêve entre mon martyre.


Parlez donc, mon souci, quoi ? vous ne dites rien.

Qui se tait il consent, vous le voulez donc bien.

Approche-toi m'Amour, baise-moi ma chère âme,


Je me veux enivrer de la douce poison,

Qui tant et tant de fois suborna ma raison :

Seigneur Dieu je me meurs, je me perds, je me pâme.

Marcel Proust

Marcel Proust, né à Paris le 10 juillet 1871 et mort à Paris le 18 novembre 1922, est un écrivain français, dont l'œuvre principale est une suite romanesque intitulée À la recherche du temps perdu, publiée de 1913 à 1927.

Issu d'une famille aisée et cultivée (son père est professeur de médecine à Paris), Marcel Proust est un enfant de santé fragile, et il aura toute sa vie de graves difficultés respiratoires causées par l'asthme. Très jeune, il fréquente des salons aristocratiques où il rencontre artistes et écrivains, ce qui lui vaut une réputation de dilettante mondain. Profitant de sa fortune, il n'a pas d'emploi et il entreprend en 1895 un roman qui reste à l'état de fragments (publiés en 1952, à titre posthume, sous le titre Jean Santeuil). En 1900, il abandonne son projet et voyage à Venise et à Padoue pour découvrir les œuvres d'art, en suivant les pas de John Ruskin sur qui il publie des articles et dont il traduit deux livres : La Bible d'Amiens et Sésame et les Lys.

C'est en 1907 que Marcel Proust commence l'écriture de son grand œuvre À la recherche du temps perdu dont les sept tomes sont publiés entre 1913 (Du côté de chez Swann) et 1927, c'est-à-dire en partie après sa mort ; le deuxième volume, À l'ombre des jeunes filles en fleurs, obtient le prix Goncourt en 1919. Marcel Proust meurt épuisé, le 18 novembre 1922, d'une bronchite mal soignée : il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise à Paris, accompagné par une assistance nombreuse qui salue un écrivain d'importance que les générations suivantes placeront au plus haut en faisant de lui un véritable mythe littéraire.


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Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d'autres plus récents ; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s'était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot — s'étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d'expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir.

François Rabelais

François Rabelais est un écrivain français humaniste de la Renaissance, né à la Devinière à Seuilly, près de Chinon (dans l’ancienne province de Touraine), en 1483 ou 1494 selon les sources, et mort à Paris le 9 avril 1553.

Ecclésiastique et anticlérical, chrétien et considéré par certains comme libre penseur, médecin et ayant l'image d'un bon vivant, les multiples facettes de sa personnalité semblent parfois contradictoires. Pris dans la tourmente religieuse et politique de la Réforme, Rabelais se montre à la fois sensible et critique vis-à-vis des grandes questions de son temps. Par la suite, les regards portés sur sa vie et son œuvre ont évolué selon les époques et les courants de pensée.

Admirateur d'Érasme, maniant la parodie et la satire, Rabelais lutte en faveur de la tolérance, de la paix, d'une foi évangélique et du retour au savoir de l'Antiquité gréco-romaine, par-delà ces « ténèbres gothiques » qui caractérisent selon lui le Moyen Âge, reprenant les thèses de Platon pour contrer les dérives de l'aristotélisme. Il s'en prend aux abus des princes et des hommes d'Église, et leur oppose d'une part la pensée humaniste évangélique, d'autre part la culture populaire, paillarde, « rigolarde », marquée par le goût du vin et des jeux, manifestant ainsi une foi chrétienne humble et ouverte, loin de toute pesanteur ecclésiastique.

Son réquisitoire à l'encontre des théologiens de la Sorbonne et ses expressions crues, parfois obscènes, lui attirent les foudres de la censure des autorités religieuses, surtout à partir de la publication du Tiers Livre. Il partage avec le protestantisme la critique de la scolastique et du monachisme, mais le réformateur religieux Jean Calvin s'en prend également à lui en 1550.

Ses œuvres majeures, comme Pantagruel (1532) et Gargantua(1534), qui tiennent à la fois de la chronique, du conte avec leurs personnages de géants, de la parodie héroï-comique, de l'épopéeet du roman de chevalerie, mais qui préfigurent aussi le roman réaliste, satirique et philosophique, sont considérées comme une des premières formes du roman moderne.

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"Lors nous jecta sur le tillac pleines mains de parolles gelées, et sembloient dragée perlée de diverses couleurs. Nous y veismes des motz de gueule, des mots de sinople, des motz de azur, des motz de sable, des motz d'orez."


Quart Livre, LVI

Maurice Rollinat

Joseph Auguste Maurice Rollinat, né à Châteauroux (Indre) le 29 décembre 1846 et mort à Ivry-sur-Seine le 26 octobre 1903, est un poète, musicien et interprète français.

Issu d'un milieu cultivé, Rollinat se met très tôt au piano, pour lequel il semble avoir de grandes facilités. Dans les années 1870, il écrit ses premiers poèmes. Il les fait lire à George Sand, qui l'encourage à tenter sa chance à Paris. Il y publie son premier recueil Dans les brandes (1877), qu'il dédie à George Sand mais qui ne connaît aucun succès. Il rejoint alors le groupe des Hydropathes, fondé par Émile Goudeau, où se rassemblent de jeunes poètes décadents se voulant anticléricaux, antipolitiques et antibourgeois. Plusieurs soirs par semaine, la salle du Chat noir, célèbre cabaret parisien se remplit pour écouter l'impressionnant Rollinat. Seul au piano, le jeune poète exécute ses poèmes en musique. (Il mit aussi en musique les poèmes de Baudelaire). Son visage blême, qui inspira de nombreux peintres, et son aspect névralgique, exercent une formidable emprise sur les spectateurs. De nombreuses personnes s'évanouissent, parmi lesquelles notamment Leconte de Lisle et Oscar Wilde.

Ses textes, allant du pastoral au macabre en passant par le fantastique, valent à Rollinat une brève consécration en 1883. Cette année-là, le poète publie Les Névroses. Cependant, grâce aux témoignages et aux travaux biographiques, nous savons que Rollinat fut toute sa vie très tourmenté et que ses névralgies ne l'épargnèrent guère.

Malade et fatigué, Rollinat refuse d'être transformé en institution littéraire. Il se retire alors à Fresselines, en 1883, proche de l'École de Crozant dans la Creuse, pour y continuer son œuvre. Il s'y entoure d'amis avec lesquels il partagera les dernières années de sa vie. Pendant les vingt années passées à Fresselines, il publiera cinq livres de poèmes : l'Abîme (1886), La Nature (1892), Le Livre de la Nature (1893), Les Apparitions (1896) et Paysages et Paysans (1899), ainsi qu'un recueil en prose : En errant (1903).

Maurice Rollinat est aujourd'hui considéré comme un précurseur de la poésie-performance.

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Pierre de Ronsard

« Quand vous serez bien vieille »


Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,

Assise auprès du feu, devidant et filant,

Direz, chantant mes vers, et vous esmerveillant :

Ronsard me celebroit du temps que j'estois belle.


Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,

Desja sous le labeur à demy sommeillant,

Qui, au bruit de Ronsard, ne s'aille réveillant,

Benissant vostre nom de louange immortelle.


Je seray sous la terre, et, fantosme sans os,

Par les ombres myrteux je prendray mon repos;

Vous serez au fouyer une vieille accroupie,


Regrettant mon amour et vostre fier desdain.

Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain ;

Cueillez dés aujourd'huy les roses de la vie.

Pierre de Ronsard né en septembre 1524 au château de la Possonnière, près du village de Couture-sur-Loir en Vendômois, et mort le 27 décembre 1585 au prieuré de Saint-Cosme en Touraine, est un des poètes français le plus importants du xvie siècle.

« Prince des poètes et poète des princes », Pierre de Ronsard est une figure majeure de la littérature poétique de la Renaissance. Auteur d’une œuvre vaste qui, en plus de trente ans, s'est portée aussi bien sur la poésie engagée et officielle dans le contexte des guerres de religions avec Les Hymnes et les Discours (1555-1564), que sur l’épopée avec La Franciade (1572) ou la poésie lyriqueavec les recueils Les Odes (1550-1552) et des Amours (Les Amours de Cassandre, 1552 ; Continuation des amours, 1555 ; Sonnets pour Hélène, 1578).

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Les textes


William Shakespeare

Alfred de Vigny

Alfred Victor de Vigny, né le 27 mars 1797 à Loches, et mort le 17 septembre 1863 à Paris 8e, est un écrivain, romancier, dramaturge et poète français.

Figure influente du romantisme, il écrit parallèlement à une carrière militaire entamée en 1814 et publie ses premiers poèmes en 1822. Avec la publication de Cinq-Mars en 1826, il contribue au développement du roman historique français. Sa poésie est empreinte d’un stoïcisme hautain, qui s’exprime en vers denses et dépouillés, souvent riches en symboles, annonçant la modernité poétique de Baudelaire, Verlaine et Mallarmé.

Alfred de Vigny naît à la fin du xviiie siècle, au sein d’une famille issue de la vieille noblesse militaire. Après une vie de garnison monotone – il passe quinze ans dans l'armée sans combattre–, il fréquente les milieux littéraires parisiens et notamment le Cénacleromantique de Victor Hugo. De 1822 à 1838, il écrit des poèmes (Poèmes antiques et modernes), des romans (comme Stello), des drames (comme La Maréchale d’Ancre) et des nouvelles (Servitude et grandeur militaires) qui lui apportent la célébrité. Il parvient en 1845 à se faire élire, au bout de la cinquième tentative, à l'Académie française. En revanche, candidat en Charente, lors des élections de 1848, il échoue à la députation.

Son recueil posthume Les Destinées est publié en 1864. Son Journal est révélé en 1867.


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Les textes

Les amants de Montmorency


Elévation

I

Etaient-ils malheureux, Esprits qui le savez !

Dans les trois derniers jours qu’ils s’étaient réservés ?

Vous les vîtes partir tous deux, l’un jeune et grave,

L’autre joyeuse et jeune. Insouciante esclave,

Suspendue au bras droit de son rêveur amant,

Comme à l’autel un vase attaché mollement,

Balancée en marchant sur sa flexible épaule

Comme la harpe juive à la branche du saule ;

Riant, les yeux en l’air, et la main dans sa main,

Elle allait, en comptant les arbres du chemin,

Pour cueillir une fleur demeurait en arrière,

Puis revenait à lui, courant dans la poussière,

L’arrêtait par l’habit pour l’embrasser, posait

Un oeillet sur sa tête, et chantait, et jasait

Sur les passants nombreux, sur la riche vallée

Comme un large tapis à ses pieds étalée ;

Beau tapis de velours chatoyant et changeant,

Semé de clochers d’or et de maisons d’argent,

Tout pareils aux jouets qu’aux enfants on achète

Et qu’au hasard pour eux par la chambre l’on jette.

Ainsi, pour lui complaire, on avait sous ses pieds

Répandu des bijoux brillants, multipliés

En forme de troupeaux, de village aux toits roses

Ou bleus, d’arbres rangés, de fleurs sous l’onde écloses,

De murs blancs, de bosquets bien noirs, de lacs bien verts

Et de chênes tordus par la poitrine ouverts.

Elle voyait ainsi tout préparé pour elle :

Enfant, elle jouait, en marchant, toute belle,

Toute blonde, amoureuse et fière ; et c’est ainsi

Qu’ils allèrent à pied jusqu’à Montmorency.

II

Ils passèrent deux jours d’amour et d’harmonie,

De chants et de baisers, de voix, de lèvre unie,

De regards confondus, de soupirs bienheureux,

Qui furent deux moments et deux siècles pour eux.

La nuit on entendait leurs chants ; dans la journée

Leur sommeil ; tant leur âme était abandonnée

Aux caprices divins du désir ! Leurs repas

Etaient rares, distraits ; ils ne les voyaient pas.

Ils allaient, ils allaient au hasard et sans heures,

Passant des champs aux bois, et des bois aux demeures,

Se regardant toujours, laissant les airs chantés

Mourir, et tout à coup restaient comme enchantés.

L’extase avait fini par éblouir leur âme,

Comme seraient nos yeux éblouis par la flamme.

Troublés, ils chancelaient, et le troisième soir,

Ils étaient enivrés jusques à ne rien voir

Que les feux mutuels de leurs yeux. La nature

Etalait vainement sa confuse peinture

Autour du front aimé, derrière les cheveux

Que leurs yeux noirs voyaient tracés dans leurs yeux bleus.

Ils tombèrent assis, sous des arbres ; peut-être …

Ils ne le savaient pas. Le soleil allait naître

Ou s’éteindre… Ils voyaient seulement que le jour

Etait pâle, et l’air doux, et le monde en amour…

Un bourdonnement faible emplissait leur oreille

D’une musique vague, au bruit des mers pareille,

E formant des propos tendres, légers, confus,

Que tous deux entendaient, et qu’on n’entendra plus.

Le vent léger disait de la voix la plus douce :

« Quand l’amour m’a troublé, je gémis sous la mousse. »


Les mélèzes touffus s’agitaient en disant :

« Secouons dans les airs le parfum séduisant

« Du soir, car le parfum est le secret langage

« Que l’amour enflammé fait sortir du feuillage. »

Le soleil incliné sur les monts dit encor :

« Par mes flots de lumière et par mes gerbes d’or

« Je réponds en élans aux élans de votre âme ;

« Pour exprimer l’amour mon langage est la flamme. »

Et les fleurs exhalaient de suaves odeurs,

Autant que les rayons de suaves ardeurs ;

Et l’on eût dit des voix timides et flûtées

Qui sortaient à la fois des feuilles veloutées ;

Et, comme un seul accord d’accents harmonieux,

Tout semblait s’élever en chœur jusques aux cieux ;

Et ces voix s’éloignaient, en rasant les campagnes,

Dans les enfoncements magiques des montagnes ;

Et la terre, sous eux, palpitait mollement,

Comme le flot des mers ou le cœur d’un amant ;

Et tout ce qui vivait, par un hymne suprême,

Accompagnait leurs voix qui se disaient : « Je t’aime. »


III

Or c’était pour mourir qu’ils étaient venus là.

Lequel des deux enfants le premier en parla ?

Comment dans leurs baisers vint la mort ? Quelle balle

Traversa les deux cœurs d’une atteinte inégale

Mais sûre ? Quels adieux leurs lèvres s’unissant

Laissèrent s’écouler avec l’âme et le sang ?

Qui le saurait ? Heureux celui dont l’agonie

Fut dans les bras chéris avant l’autre finie !

Heureux si nul des deux ne s’est plaint de souffrir !

Si nul des deux n’a dit : « Qu’on a peine à mourir ! »

Si nul des deux n’a fait, pour se lever et vivre,

Quelque effort en fuyant celui qu’il devait suivre ;

Et, reniant sa mort, par le mal égaré,

N’a repoussé du bras l’homicide adoré ?

Heureux l’homme surtout, s’il a rendu son âme,

Sans avoir entendu ces angoisses de femme,

Ces longs pleurs, ces sanglots, ces cris perçants et doux

Qu’on apaise en ses bras ou sur ses deux genoux,

Pour un chagrin ; mais si la mort les arrache,

Font que l’on tord ses bras, qu’on blasphème, qu’on cache

Dans ses mains son front pâle et son cœur plein de fiel,

Et qu’on se prend du sang pour le jeter au ciel. —

Mais qui saura leur fin ? —

Sur les pauvres murailles

D’une auberge où depuis on fit leurs funérailles,

Auberge où pour une heure ils vinrent se poser

Ployant l’aile à l’abri pour toujours reposer,

Sur un vieux papier jaune, ordinaire tenture,

Nous avons lu des vers d’une double écriture,

Des vers de fou, sans rime et sans mesure. — Un mot

Qui n’avait pas de suite était tout seul en haut ;

Demande sans réponse, énigme inextricable,

Question sur la mort. — Trois noms, sur une table,

Profondément gravés au couteau. — C’était d’eux

Tout ce qui demeurait… et le récit joyeux

D’une fille au bras rouge. « Ils n’avaient, disait-elle,

Rien oublié. » La bonne eut quelque bagatelle

Qu’elle montre en suivant leurs traces, pas à pas.

Et Dieu ? — Tel est le siècle, ils n’y pensèrent pas.


Écrit à Montmorency, 27 avril 1830.