Ce 14 avril au tribunal administratif, un juge a écouté notre avocat, l'avocate de la préfecture puis celle de l'industriel. Il a estimé que la décision d'autoriser la centrale n'était pas illégale et a donc rejeté ce premier recours. Un ou deux détails lui auraient-ils échappé ? Nous revenons sur ces détails dont chaque touche contribue à peindre un tableau cohérent, celui d'un Etat se faisant l'allié d'industriels opportunistes pour extraire aux dépens de sa population et du réel, ce qui subsiste de beauté dans notre nature et le convertir en valeur marchande.
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Monsieur le juge,
nous, habitants et amoureux du Revermont, élus locaux, paysans, naturalistes, pécheurs, jardiniers, chasseurs, forestiers, viticulteurs, responsables syndicaux, représentants d'associations, affirmons que ce projet de centrale photovoltaïque dans la petite reculée de Gizia est en tous points ... remarquable.
C'est précisément ce qu'ont signifié les 15 membres, experts des milieux naturels, agricoles, des organisations ou institutions rurales, y compris le représentant du préfet, quand ils ont pris position à l'unanimité sur ce projet. C'est également le message sans ambiguïté qu'a formulé l'ensemble des 30 élus de la communautés de communes en adoptant cette fois aussi à l'unanimité une motion inédite. C'est encore le caractère d'exception de ce projet que le président de notre communauté de communes a évoqué dans une lettre ouverte. C'est à nouveau l'entièreté des conseillers municipaux de Gizia qui a pris position concernant ce projet extraordinaire. C'est aussi lors de la seule réunion publique consentie par le promoteur que les habitants, ont pu manifester un avis sans appel.
Pourquoi donc ce projet a-t-il recueilli de la totalité des personnes directement concernées par les enjeux du monde rural et par le devenir des lieux, un avis défavorable tandis qu'un bailleur esseulé et un promoteur multimillionnaire sous la protection du cuirassé préfectoral, ignorant ces avis, jugent qu'il doit coûte que coûte voir le jour ?
Existerait-il une réalité sensible pour l'entier de la population mais que les formulaires cerfa et autres demandes d'examen au cas par cas 14734*04 auraient la faculté de dissoudre, de sublimer dans les méandres des préfectures ? Comment expliquer que ce qui n'échappe pas à l'entendement du citoyen se dissolve par la magie du cerfa ?
Quelle est cette langue étrange qui transmute notre reculée de 150 millions d'années, polie par le patient labeur de nos ancêtres en un "paysage rural [...], qui ne présente aucun attrait particulier ». " ? Quel est ce rituel bureaucratique qui exige à deux reprises du promoteur "un document graphique depuis des points stratégiques comme le belvédère de la croix de Gizia", menaçant de rejeter "automatiquement la demande de permis en application de l'article R.423-39 du Code de l'urbanisme" si la précieuse image n'était pas fournie dans les délais ? Liturgie bureaucratique qui n'ayant pas obtenu satisfaction et se trouvant donc dans l'impossibilité de constater par l'incomplétude de la pièce DP06_PointsdevueV2.pdf pourtant exigée, le massacre de la sensibilité auquel veut se livrer l'industriel, décide non pas de mettre sa menace d'annulation à exécution mais au contraire de plaider pour le saccage et d'incriminer les opposants qui réfutent la miraculeuse apparition de la dite photo jamais prise ni transmise et qui eux auraient eu le tort de divulguer des photographies coupables pour d'occultes raisons de "dénaturer l'analyse". Magistrale contorsion de la langue pour dire en creux leur besoin de ... dévaliser la nature.
Alors qu'il y a 23 siècles Eratosthène de Cyrène muni d'outils rudimentaires, calculait la circonférence de la terre au pourcent près, aujourd'hui des industriels prétendant sauver le monde du dérèglement climatique se révèlent des officines de cancres-présomptueux et totalement incapables malgré une pléthore de logiciels professionnels, de calculer la surface de leurs panneaux, encore moins de la projeter au sol par l'entremise trigonométrique, de réaliser un profil conforme à la topographie des lieux, d'appliquer une marge d'incertitude à un calcul de puissance électrique, d'estimer avec sérieux une économie potentielle de dioxyde de carbone ou de simplement fournir la fameuse photographie qui révélerait depuis le belvédère le saccage qu'ils projettent.
Quelle est donc cette cérémonie de troisième millénaire où pavoisent des cancres-présomptueux de surcroît faussaires-sans-vergogne capables d'affirmer et d'écrire sans ciller une chose puis son contraire, capables d'exiger que les gueux se sacrifient aux psalmodies de la transition énergétique pour leurs dividendes prélevés sur nos factures ? Des faussaires tellement étrangers à tout rapport à la nature, au réel et la vérité que leur plus délectable plaisir consiste à nous accuser de leurs propres travers.
Ces mêmes travers emplissent les soutes du bâtiment préfectoral et propulsent ses zélés agents, si merveilleusement obéissants qu'ils se prévalent d'un document antidaté pour affirmer, comble de l'inversion accusatoire, que la version originale produite par les plaignants serait ... un faux grossièrement "maquillé"!
Monsieur le juge,voilà plus de cinquante ans on nous avertissait: "Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux." Aujourd'hui il ne saurait en être autrement puisque le caractère remarquable de ce projet de centrale photovoltaïque a été unanimement reconnu et que par conséquent il ne saurait exister de moyen de nature à faire peser le moindre doute sur la légalité de la décision. Amen.