HAITI

The Guardian -

La guerre des gangs piège des milliers de personnes dans les bidonvilles d'Haïti alors que la crise du carburant ajoute au désespoir

Appelle à ce que l'aide soit acheminée vers le district de Port-au-Prince après que la violence sur le "champ de bataille" a fait des dizaines de morts et coupé l'approvisionnement en nourriture et en eau

La capitale d'Haïti a été secouée par une semaine de violents combats entre gangs, l'organisation caritative médicale mondiale Médecins Sans Frontières (MSF) avertissant que des milliers de personnes étaient piégées sans nourriture ni eau dans un quartier du tristement célèbre bidonville de Cité Soleil à Port-au-Prince.

« Nous appelons tous les belligérants à permettre à l'aide d'entrer à Brooklyn et d'épargner les civils », a déclaré Mumuza Muhindo, chef de mission de MSF en Haïti , dans un communiqué faisant référence à la zone contestée au sein de la tentaculaire Cité Soleil.

Environ 20 000 personnes ont fui leur domicile depuis mai à cause de la guerre des gangs, selon l'ONU. Lundi, le maire par intérim de Cité Soleil a déclaré que plus de 50 personnes avaient été tuées le week-end dernier et plus de 100 blessées.

Haïti a été embourbé dans des mois de troubles sociaux de plus en plus violents à cause des pénuries de carburant.

Des gangs rivaux – certains soutenus tacitement par le gouvernement et les forces de sécurité – se bousculent pour le territoire à Port-au-Prince. Photographie : Richard Pierrin/AFP/Getty

"Le long de la seule route menant à Brooklyn, nous avons rencontré des cadavres qui se décomposent ou sont brûlés", a déclaré Muhindo. « Il peut s'agir de personnes tuées lors des affrontements ou de personnes tentant de partir qui ont été abattues.

"C'est un vrai champ de bataille", a-t-il déclaré. "Il n'est pas possible d'estimer combien de personnes ont été tuées."

MSF a indiqué que le 10 juillet, elle avait pu évacuer 12 patients d'une clinique du quartier assiégé, dont des blessés par balle, des femmes enceintes et un enfant souffrant d'un problème de santé urgent.

Dans les rues, il y a des scènes qui ressemblent à une zone de guerre, alors que des milices rivales - certaines tacitement soutenues par le gouvernement et les forces de sécurité - se bousculent pour le territoire.

"Cela empire de jour en jour... Il y a des échanges de tirs, des impacts de balles partout et des cadavres", a déclaré l'un des habitants du bidonville. « Si quelqu'un essaie de partir, il peut être battu ou tué, donc les gens ne peuvent pas aller au marché.

"Depuis mon enfance, j'habite Cité Soleil, mais ça n'a jamais été aussi violent", a déclaré le résident, qui a demandé à ne pas être nommé par crainte de représailles. « Nous n'avons pas de police, pas d'ambulances. Nous sommes complètement seuls. »

Des témoins ont déclaré au Guardian qu'il y avait des pneus en feu et des fusillades dans différents quartiers de la ville, et les analystes disent que sans essence disponible à la pompe, la crise ne fera que s'aggraver.

Les services de sécurité tentent de dégager une barricade sur une route au milieu des manifestations à Port-au-Prince. Photographie : Agence Anadolu/Getty

Des stations-service à travers le pays ont été fermées et un terminal portuaire majeur a dû fermer en raison de la violence. De nombreux Haïtiens dépendent de l'essence pour alimenter les générateurs qui alimentent leurs maisons et leurs entreprises en raison du manque d'infrastructure électrique.

"Il y a des barricades dans le centre-ville et le centre-ville, et les gangs se battent durement depuis [dernier] vendredi à Cité Soleil", a déclaré Louis-Henri Mars, fondateur de Lakou Lapè, une organisation locale de consolidation de la paix. "Une partie de la population a quitté Cité Soleil il y a deux nuits."

La violence est la dernière d'une litanie de malheurs auxquels le pays des Caraïbes est confronté.

Jeudi dernier, Haïti a commémoré le premier anniversaire de l' assassinat de son président, Jovenel Moïse . En août, le pays a été frappé par un tremblement de terre de magnitude 7,2 , qui a tué plus de 2 200 personnes et détruit ou endommagé 135 000 bâtiments dans le sud rural du pays. Depuis lors, la violence des gangs et les enlèvements ont tourmenté la capitale, parallèlement aux pénuries de carburant.

'Incroyable cruauté' : les combats de gangs font 150 morts dans la capitale haïtienne

Lire la suite

Malgré ces problèmes endémiques, certains observateurs voient un moyen de réduire la violence.

Judes Jonathas, responsable de programme en Haïti pour l' organisation caritative américaine Mercy Corps , a déclaré : « Commençons par donner aux jeunes d'autres alternatives, en leur créant des opportunités décentes de gagner leur vie ; mais cela doit se faire avec d'autres mesures de long terme pour redresser tout le système sécuritaire et judiciaire du pays, ainsi qu'un travail d'éducation à la gestion pacifique des conflits au sein des différents acteurs du pays.

The Guardian

https://www.theguardian.com/global-development/2022/jul/16/gang-warfare-traps-thousands-in-haiti-slum-as-fuel-crisis-add-to-desperation


Haïti : à Port-au-Prince, des milliers d’habitants piégés par la guerre des gangs

Depuis plusieurs jours, les combats font rage dans un quartier du bidonville de Cité Soleil. Privés d’eau et de nourriture, empêchés de fuir, les résidents témoignent de l’extrême violence des affrontements entre les gangs.

Cité Soleil, le plus important des bidonvilles de la capitale haïtienne, a été cette semaine le théâtre de violents combats opposant des groupes armés membres de deux gangs locaux, l’un connu sous le nom de G-9 Family and Allies, l’autre – en fait, une coalition de gangs récemment formée – sous celui de “G-pèp-la”, rapporte le Miami Herald :

“Le siège sanglant a commencé lorsque le puissant gang G-9 a attaqué au milieu de la nuit [du 8 juillet] le quartier de Brooklyn, fief du G-pèp-la.”

Lire aussi Violences. “Ils brûlent les cadavres” : en Haïti, la guerre des gangs fait plus de 60 morts

“Ils se battent encore”, explique au Miami Herald Joël Janéus, le maire par intérim de Cité Soleil, soulignant que la situation est “urgente” pour les habitants du bidonville privés d’eau et de nourriture depuis plusieurs jours.

Au moins 99 morts et 135 blessés

“Les affrontements continuent, le bilan des victimes augmente”, confirme Le Nouvelliste, qui relaie les chiffres diffusés le 15 juillet par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU. Selon ce bilan provisoire, les combats auraient fait au moins 99 morts et 135 blessés. On déplore en outre 20 disparus, “de nombreux cas de viol et plus d’une centaine de maisons détruites et incendiées”.

L’accès à la commune de Cité Soleil est extrêmement difficile, poursuit le quotidien de Port-au-Prince. Le ravitaillement en eau potable et en nourriture est à l’arrêt depuis le début du week-end [des 9 et 10 juillet] et les commerces et marchés sont fermés. La volatilité de la situation rend extrêmement difficile et dangereux l’accès aux quartiers où les combats se déroulent ainsi que l’évacuation des blessés vers les hôpitaux.”

Mumuza Muhindo, chef de la mission de Médecins sans frontières (MSF) à Haïti, témoigne dans The Guardian :

“Le long de la seule route menant à Brooklyn, nous avons rencontré des cadavres en décomposition ou brûlés. Il peut s’agir de personnes tuées lors des affrontements ou de victimes qui ont été abattues alors qu’elles tentaient de fuir. La zone ressemble à un véritable champ de bataille.”

Trois membres de MSF installés dans le quartier de Brooklyn soignent les blessés au sein d’une clinique privée qui est “le seul établissement de santé encore en activité dans l’enclave”, précise le site Haïti libre. MSF tente par ailleurs d’évacuer les habitants “ayant des besoins médicaux critiques” à Brooklyn, tandis que de nombreux autres habitants demandent de l’aide pour quitter la zone.

“Nous sommes complètement seuls !”

Depuis mon enfance j’habite Cité Soleil, mais ça n’a jamais été aussi violent, explique un résident qui demande à rester anonyme par crainte de représailles. Si quelqu’un tente de partir, il peut être battu ou tué. Les gens ne peuvent pas aller se ravitailler. Nous n’avons pas de police, pas d’ambulances. Nous sommes complètement seuls.”

La pénurie d’essence qui sévit actuellement à Haïti n’a fait qu’attiser le climat de violence et la crise politique déclenchés par l’assassinat, en juillet 2021, du président Jovenel Moïse. “Dans tout le pays, des stations-service ont fermé et un terminal portuaire majeur est à l’arrêt à cause des violences. Or de nombreux Haïtiens ont besoin d’essence pour faire marcher les générateurs qui alimentent en électricité leur domicile et leur entreprise en raison du manque d’infrastructures électriques”, explique The Guardian.

Timide résolution du Conseil de sécurité de l’ONU

Vendredi 15 juillet, le Conseil de sécurité des Nations unies a voté à l’unanimité la prolongation pour un an de la mission sur place des 42 conseillers en matière de police et d’administration pénitentiaire du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh). Sur le plan politique, la résolution a réitéré la nécessité pour toutes les parties prenantes haïtiennes de parvenir à un “accord urgent” pour permettre l’organisation d’élections législatives et présidentielle “dès que les conditions de sécurité le permettront”. Mais les membres du Conseil n’ont pas réussi à se mettre d’accord pour fournir au pays une assistance supplémentaire en la matière, regrette le Miami Herald.

Concernant la lutte contre l’insécurité, la résolution, rédigée par les États-Unis et le Mexique, se contente de demander aux États membres d’interdire la vente d’armes légères et de munitions à des acteurs “soutenant la violence des gangs, les activités criminelles ou les violations des droits de l’homme en Haïti”.

Courrier international

https%3A%2F%2Fwww.courrierinternational.com%2Farticle%2Fameriques-haiti-a-port-au-prince-des-milliers-d-habitants-pieges-par-la-guerre-des-gangs

6 infos à retenir sur les réparations versées par Haïti à la France

Voici ce que les correspondants du New York Times ont appris sur les sommes qu’Haïti a dû verser après avoir chassé les colons français lors de la première révolte d’esclaves victorieuse du monde moderne.

y Eric Nagourney

Published May 20, 2022Updated May 24, 2022, 11:49 a.m. ET

https://www.nytimes.com/fr/2022/05/20/world/haiti-france-reparations-aristide.html

Un État défaillant. Un piège à aide humanitaire. Une terre maudite tant par la nature que par la nature humaine.

Haïti figure parmi les pays les plus pauvres de la planète, mais la sympathie qu’attirent ses souffrances sans fin se teinte souvent de remontrances et de leçons de morale quant à la corruption et à la mauvaise gestion qui l’affligent.

On sait que les Haïtiens ont chassé leurs maîtres esclavagistes français dont la brutalité était notoire, puis proclamé leur indépendance en 1804. C’est la première nation du monde moderne à être née d’une révolte d’esclaves.

On sait moins ce qui est advenu deux décennies plus tard. Les Français sont revenus à Haïti sur des navires de guerre pour lui délivrer un ultimatum ahurissant. Ils ont sommé le pays, qui avait déjà conquis sa liberté au prix de son sang, de lui verser une colossale somme d’argent en espèces. Sinon, ce serait la guerre.

Des générations successives de descendants d’esclaves ont ainsi dû payer les héritiers de leurs anciens maîtres avec des fonds qui auraint mieux servi à construire des écoles, des routes, des cliniques et à faire tourner l’économie.

Une question plane depuis des années à laquelle les journalistes du New York Times se sont confrontés au fil de leur enquête : Et si ? Et si Haïti n’avait pas été pillé depuis sa naissance par des puissances extérieures, par des banques étrangères et par ses propres dirigeants ? De quels moyens supplémentaires le pays aurait-il disposé pour se construire ?

Pour y répondre, pour quantifier le montant exact payé par les Haïtiens pour leur liberté, notre équipe de correspondants a passé 13 mois à fouiller les archives et les bibliothèques de trois continents. Voici les conclusions de leur enquête que nous publions cette semaine.

Image

À la Citadelle, la plus grande forteresse des Caraïbes, les boulets de canons sont disposés pour parer à une invasion française.Credit...Federico Rios pour The New York Times

Le point de départ : la Double Dette

En 1825, un navire de guerre français hérissé de canons surgit dans le port de la capitale haïtienne. À bord, un émissaire du roi Charles X qui vient livrer une requête ahurissante : la France exige des réparations de la part du peuple qu’elle a jadis asservi.

D’habitude ce sont les vaincus qui paient des réparations, pas les vainqueurs. Dix ans auparavent, la France avait dû en verser à ses voisins européens suite aux défaites militaires de Napoléon — dont les forces, soit dit en passant, avaient ont aussi été vaincues par les Haïtiens. Mais Haïti est très isolé et n’a aucun véritable allié. Le pays redoute d’être de nouveau envahi et a un besoin vital de commercer avec d’autres nations.

La somme exigée est de 150 millions de francs français, à verser en cinq tranches annuelles. C’est bien au-dessus des moyens du pays.

La France ajoute alors une condition : pour régler ses paiements le pays devra emprunter uniquement auprès de banques françaises. Ce rocher de Sisyphe est ce qu’on appelle la Double Dette.

Le coût véritable pour Haïti, hier et encore aujourd’hui

The New York Times a traqué chaque paiement effectué par Haïti sur une période de 64 ans. Leur total se monte à 560 millions de dollars en valeur actualisée.

Mais le déficit pour le pays ne se mesure pas simplement par l’addition des sommes réglées au fil des ans à la France et à d’autres prêteurs.

Chaque franc expédié vers des coffres-forts banaires de l’autre côté de l’Atlantique est un franc qui ne circule pas parmi les paysans, les ouvriers et les commerçants haïtiens, un franc qui n’est pas investi pour construire des ponts, des écoles ou des usines. Un franc, donc, qui ne peut pas contribuer à la construction et la prospérité de la nation.

Nos correspondants ont parcouru des milliers d’archives financières et ont consulté 15 économistes internationalement reconnus. Ils sont arrivés à la conclusion que les paiements à la France ont coûté à Haïti entre 21 et 115 milliards de dollars en perte de croissance économique sur la longue durée. Cela représente jusqu’à huit fois la taille de l’économie entière d’Haïti en 2020.

C’est “le néocolonialisme par la dette”, dit Thomas Piketty, l’un des économistes que nous avons rencontrés. “Cette fuite a totalement perturbé le processus de construction de l’État”

Et ce n'était que le début. La double dette a contribué à précipiter Haïti dans une spirale d’endettement qui l’a paralysé pendant plus d’un siècle.

Image

Le siège parisien du Crédit Industriel et Commercial. La banque a tiré d’énormes profits d’Haïti.Credit...Mauricio Lima pour The New York Times

Pour une banque française, c’est la poule aux oeufs d’or

Après avoir saigné Haïti avec sa demande de réparation, la France change de tactique. Ce sera la main tendue d’un partenaire en affaires.

En 1880, Haïti fête la création de sa première banque nationale après un demi-siècle de paiements écrasants liés à la double dette. C’est ce type d’institution qui en Europe sert à financer la construction de chemins de fers et d’usines.

Las, la Banque Nationale d’Haïti n’a d’haïtien que son nom. Elle est en réalité une émanation de la banque française Crédit Industriel et Commercial, ou CIC. Elle contrôlera la banque nationale d’Haïti depuis Paris et prélèvera des commissions sur chaque transaction effectuée. Les archives retrouvées par The New York Times montrent de façon claire que le CIC a siphonné des dizaines de millions de dollars à Haïti au bénéfice d’investisseurs français et accablé ses gouvernement de prêts successifs.

Les Haïtiens déchantent vite quand ils réalisent que quelque chose ne tourne pas rond.

“N’est-ce pas drôle”, fait remarquer un économiste haïtien, “qu’une banque qui prétend venir au secours d’un trésor public obéré commence, au lieu d’y mettre de l’argent, par emporter tout ce qu’il y avait de valeur ?”

Image

Des forces américaines en Haïti en 1915.Credit...Getty Images

Pour les États-Unis, Haïti est une caisse enregistreuse

Quand les militaires américains envahissent Haïti à l’été 1915, leur prétexte officiel est que le pays est trop pauvre et trop instable pour être laissé à lui-même. Le secrétaire d’État des Etats-Unis Robert Lansing ne cache pas son mépris de la “race africaine” et présente l’occupation comme une mission civilisatrice destinée à mettre fin à “l’anarchie, la sauvagerie et l’oppression”.

Mais d’autres motivations perçaient depuis l’hiver précédent. En décembre 1914, un petit nombre de Marines avaient franchi le seuil de la banque nationale d’Haïti pour en ressortir avec 500 000 dollars en or. Quelques jours plus tard, l’or reposait dans le coffre d’une banque à Wall Street.

“J’ai contribué à faire d’Haïti et de Cuba des coins où les gars de la National City Bank pouvaient se faire de jolis revenus”, avouera quelques années plus tard le général qui avait commandé les forces américaines en Haïti et qui reconnaîtra avoir été “racketteur au service du capitalisme”.

C’est sous pression de la National City Bank, l’ancêtre du géant bancaire Citigroup, et d’autres acteurs importants de Wall Street que Washington prend le contrôle d’Haïti et de ses finances, comme le révèlent les décennies d’archives, de rapports financiers et de correspondances diplomatiques que The New York Times a consultés.

Les États-Unis sont la puissance dominatrice en Haïti au cours des décennies suivantes : ils dissolvent son parlement manu militari, exécutent des milliers de citoyens et expédient une grande partie des revenus du pays à des banquiers à New York. Pendant ce temps, les paysans qui travaillent à les enrichir vivent au seuil de la famine.

Haïti retire tout de même quelques bénefices tangibles de l’occupation américaine, estiment les historiens : construction d’hôpitaux, 1 200 km de routes et une fonction publique plus efficace. Mais à quel prix : les Américains établissent le travail forcé pour la construction des routes. Les soldats américains, non contents d’attacher les Haïtiens avec des cordes et de les faire travailler sans rémunération, tirent sur ceux qui tentent de fuir.

Sur une période de dix ans, un quart du revenu total d’Haïti sert à rembourser des dettes contrôlées par la National City Bank et sa filiale, d’après les informations contenues dans les 20 rapports annuels de fonctionnaires américains que le Times a consultés.

Certaines années, les Américains aux commandes des finances d’Haïti consacrent une plus grande part à leur rémunération et au règlement de leurs frais qu’au budget de santé du pays, qui compte deux milions d’habitants.

Image

Les membres du gouvernement haïtien, dans une gravure de 1892.Credit...Getty Images

Un fléau intérieur : la corruption

“Ils ont été trahis par leurs propres frères, et ensuite par les puissances étrangères.”

Ce sont les mots de Georges Michel, un historien haïtien qui, comme nombre d’experts d’Haïti, assure que l’infortune du pays ne peut s’expliquer sans reconnaître le profond ancrage de sa culture de la corruption.

Un fonctionnaire haïtien au 19ème siècle conclut un accord avantageux pour une banque en France — pour ensuite y prend sa retraite ?

“Ce n’est pas le premier exemple d’un fonctionnaire haïtien qui brade les intérêts de son pays pour son profit personnel”, déplore M. Michel. “Je dirais que c’est presque une règle”.

Les dirigeants haïtiens ont toujours fait main basse sur les richesses du pays. Il arrive même qu’on entende à la radio des élus parlementaires discuter ouvertement des pots-de-vin qu’ils touchent. Nombre d’oligarques s’enrichissent à la tête de monopoles lucratifs et ne paient qu’un minimum d’impôts. Transparency International classe le pays parmi les plus corrompus du monde.

C’est un problème qui remonte loin.

En accordant le prêt de 1875, les banquiers français ont d’emblée prélevé 40 % de son montant total. Le reliquat a essentiellement servi à rembourser d’autres dettes, et une petite part a disparu dans les poches de fonctionnaires haïtiens véreux qui, pointent les historiens, s’enrichissaient aux dépens du sort de leur pays.

Un siècle plus tard, quand les Haïtiens élisent à la présidence un médecin érudit et d’âge mûr appelé François Duvalier, les perspectives du pays sont au vert. Pour la première fois depuis plus de 130 ans, Haïti n’a plus à porter le fardeau d’une dette internationale écrasante.

On est en 1957.

Les 28 années suivantes verront Duvalier et son fils imposer une dictature notoirement corrompue et brutale. Les professionnels haïtiens prennent la fuite. Un pays déjà dans la misère s’enfonce encore davantage, tandis que les Duvalier détournent à leur profit des millions de dollars.

Haïti n’a peut-être jamais été aussi pauvre.

Image

Jean-Bertrand Aristide, l’ancien président d’Haïti, chez lui à Port-au-Prince l’année dernière.Credit...Federico Rios pour The New York Times

L’histoire qu’on n’enseigne pas en France

La double dette a largement disparu des mémoires. Des générations de Français ont copieusement profité des exploits financiers de leurs ancêtres mais rien de cela n’est enseigné dans les salles de classe. The New York Times Times s’est entretenu avec une trentaine de descendants de familles ayant reçu, jadis, des paiements au titre de la double dette d’Haïti. Pour la plupart, ils tombent des nues. “C’est une partie de l’histoire de ma famille que je ne connaissais pas”, s’étonne un descendant de sixième génération de la première femme de Napoléon.

Ce n’est pas un hasard. La France a tout fait pour gommer ce chapitre de son histoire, ou du moins le minimiser.

En Haïti même, il était mal connu jusqu’à ce qu’en 2003, le président Jean-Bertrand Aristide électrise les foules en dénonçant la dette imposée par la France et en exigeant des réparations.

La France a vite fait de le discréditer. Laisser parler de réparations est hautement risqué pour une nation dont d’autres anciennes colonies souffrent encore de séquelles de leur exploitation. De l’aveu même de l’ambassadeur de Français en Haïti à l’époque, la demande est de l’“explosif”.

“Il fallait essayer de la désamorcer”, dit-il.

Jean-Bertrand Aristide a même avancé un chiffre précis de ce que la France doit à Haïti, s’attirant d’ailleurs des railleries. Mais le calcul par The New York Times des pertes subies par Haïti s’avère étonemment proche de l’estimation . Il se peut même qu’il ait été trop prudent.

En 2004, M. Aristide s’est retrouvé dans un avion, évincé au moyen d’une opération orchestrée conjointement par les États-Unis et la France. Américains et Français justifient encore l’éviction au titre de la nécessité de stabiliser Haïti, alors en proie à des troubles. Mais avec le recul, un autre ancien ambassadeur concède qu’il y avait sans doute d’autres facteurs.

L’abrupte destitution du président haïtien, a-t-il dit au New York Times, était “probablement un peu liée” aussi à sa demande de réparations.






L'ONU inquiète face à la violence "inimaginable" des gangs en Haïti

océan atlantique


ONU a fait part mardi de son inquiétude face aux conséquences humaines de la recrudescence de la violence des gangs "lourdement armés" dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince, où la violence a atteint des "niveaux inimaginables".


Guadeloupe La 1ère avec AFP • Publié le 21 mai 2022 à 14h00 mis à jour le 21 mai 2022 à 11h40

"J'exhorte la communauté internationale à redoubler d'efforts pour empêcher que la situation ne devienne encore plus incontrôlable", a demandé la Haute-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, dans un communiqué.

Selon l'ONU, au moins 92 personnes non affiliées à des gangs et 96 personnes présumées membres de gangs auraient été tuées lors d'attaques armées coordonnées à Port-au-Prince entre le 24 avril et le 16 mai. Mais le bilan réel pourrait être beaucoup plus élevé.

Selon des chiffres corroborés par des responsables onusiens, 113 autres personnes ont été blessées, 12 ont été portées disparues et 49 ont été enlevées contre rançon.

"La violence armée a atteint des niveaux inimaginables et intolérables en Haïti", a déclaré Mme Bachelet.

Des décapitations, mutilations et assassinats de mineurs signalés

Des violences extrêmes ont été signalées, selon l'ONU, avec notamment des décapitations, des mutilations et des corps incendiés, ainsi que l'assassinat de mineurs accusés d'informer un gang rival.

La violence sexuelle, y compris le viol collectif d'enfants âgés d'à peine 10 ans, a également été utilisée par les gangs.

Pour Michelle Bachelet, "il est crucial que des mesures urgentes soient prises pour rétablir l'Etat de droit, protéger la population contre la violence armée et demander des comptes aux commanditaires politiques et économiques de ces gangs".

Ces violences ont contraint des milliers de personnes, y compris des enfants, à abandonner leur lieu de résidence au cours des trois dernières semaines.

La Haute-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme a dénoncé "l'impact sévère" de la violence des gangs "sur les droits humains les plus fondamentaux des personnes", avec des dizaines d'écoles, de centres médicaux, d'entreprises et de marchés fermés, et de nombreuses personnes qui ont du mal à trouver des produits de base.

La circulation sur les deux principales routes nationales reliant la capitale au reste du pays a également été sérieusement compromise, les gangs contrôlant l'accès aux zones sous leur influence.

"Ces restrictions à la circulation des personnes et des biens pourraient également avoir des effets dévastateurs à long terme sur la situation économique déjà difficile en Haïti", a estimé Michelle Bachelet.

Depuis plusieurs décennies, les bandes armées sévissent dans les quartiers les plus pauvres de Port-au-Prince, mais elles ont drastiquement accru leur emprise sur la ville et le pays ces dernières années, multipliant assassinats et enlèvements crapuleux.



Les ménages protestent contre les prix des produits de première nécessité

Par Vladimir Predvil, 11/05/22 (Le National)

La flambée des prix des produits de première nécessité sur le marché national inquiète sérieusement les citoyens ces derniers temps. Pour cause, la majorité de la population se retrouve dans la plus grande difficulté et peine à joindre les deux bouts. Des citoyens dénoncent le laxisme des dirigeants en place qui ne font rien pour réduire le coût de la vie sur le territoire national. Les produits de consommation sont devenus excessivement chers, ont fait savoir les membres du Plateforme des combattants emblématiques pour le changement (PCEC) dans un sit-in organisé devant les locaux du ministère du Commerce et de l'Industrie ( MCI) ce lundi 9 mai 2022.

Chaque jour, les ménages achètent les produits de consommation à un prix différent de la veille. La petite marmite de riz importée, qui se vendait autrefois à 90 gourdes, est passée à 100 gourdes chez certains détaillants et 110 gourdes chez d'autres . Le riz du pays est vendu à 750 gourdes la marmite. La petite marmite de haricot noir se vend à 175 gourdes et celle du haricot beurre se vend à 180 gourdes. La marmite de sucre roux est vendue à 450 jusqu’à 500 gourdes au marché. Ainsi, le lait, le blé, le spaghetti, le maïs et l'huile végétale ont connu également une hausse des prix sur le marché national.

La hausse des prix des denrées alimentaires sur le marché est intenable et le budget des ménages se resserre beaucoup plus. De l'avis de certains citoyens, cette crise multidimensionnelle risque de plonger le pays dans une crise sociale sans précédent. « Au vu de tous, nous ne pouvons nous procurer aucun produit de base. Attendons-nous à un grand éclatement social », a prophétisé Natacha Bernard.

Aucune mesure n’est encore prise pour lutter contre la cherté de la vie alors que la situation est vraiment alarmante », ont reproché des gens lors du sit-in, ce lundi, devant les locaux du ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI). Cette situation délétère aura de graves conséquences sur les jeunes en particulier, ils vont s'adonner aux actes du banditisme parce qu’ils ne pourront même pas consommer un plat chaud par jour, ont-ils renchéri.

Conjointement, ces protestataires ont laissé entendre que le chômage endémique, la quasi-inexistence de la production nationale, l’insécurité chronique et le système judiciaire bancal sont les facteurs clés de la crise qui a totalement déstructuré le pays.

De ce fait, ils appellent le Premier ministre Ariel Henry à prendre en main ses responsabilités, ajoutant que le laxisme du chef du gouvernement face à l’aggravation de la crise globale est révoltant.

Vladimir Predvil

http://lenational.ht/

Haïti : Plusieurs centaines de personnes manifestent contre les violences des gangs dans la Plaine du Cul-de-sac

Par Marie Farah Fortuné

P-au-P, 06 mai 2022 [AlterPresse]

Plusieurs centaines de personnes ont gagné les rues, dans la Plaine du Cul-de-sac, de Bon Repos au Carrefour Shada, ce vendredi 6 mai 2022, pour dénoncer les violences armées des gangs rivaux 400 mawozo et Chen mechan (« chiens méchants »), dans la commune de la Croix-des-Bouquets (au nord-est de la capitale, Port-au-Prince) et ses environs, selon les témoignages recueillis par l’agence en ligne AlterPresse.

Ces violences de gangs armés, qui ont éclaté depuis le dimanche 24 avril 2022, ont fait au moins 75 morts, 68 blessés et poussé des milliers de personnes à fuir leurs domiciles.

« Nos enfants n’arrivent pas à se rendre à l’école. Nous n’allons pas fuir la zone pour la laisser aux bandits. Nous exigeons le départ de ce gouvernement de facto », ont exprimé beaucoup de manifestantes et manifestants.

« Nous demandons la paix », ont-ils scandé, lors de la manifestation encadrée par des agents de la Police nationale d’Haïti (Pnh).

Les protestataires accusent le gouvernement américain d’être responsable de tout ce qui se passe en Haïti, particulièrement l’Américaine Helen Meagher La Lime, cheffe du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh), qui, selon eux, aurait « fédéré les gangs armés ».

Ils condamnent le silence déconcertant du gouvernement de facto, dont le premier ministre de facto, les titulaires de facto de l’intérieur et des collectivités territoriales, ainsi que de la défense, sur les violences, perpétrées par les gangs armés depuis le 24 avril 2022, dans la Plaine du Cul-de-sac.

Kominote entènasyonal lan, nou di w mèsi. Twòp san koule. Laplenn p ap tounen Matisan (nous disons merci à la communauté internationale. Trop de sang a coulé. La Plaine du Cul-de-sac ne se transformera pas en Martissant, sous contrôle, en toute impunité, des gangs armés depuis le 1er juin 2021), pouvait-on lire sur des pancartes.

Dans une note, l’institution policière a promis de traquer tous les bandits, qui sèment la terreur, au nord et au nord-est de Port-au-Prince, en vue de rétablir l’ordre et la paix au sein de la population.

Des individus suspects et des membres actifs de certains groupes armés chercheraient, à tout prix, à se diriger vers d’autres territoires, suite aux affrontements, qui ont éclaté entre les gangs 400 Mawozo et Chen Mechan, fait savoir la Police nationale d’Haïti.

Lors d’une visite, le jeudi 5 mai 2022, à la Direction départementale de police/Ouest-2 (Ddo2), le directeur général ad intérim, Frantz Elbé, a félicité les policiers nationaux, qui ont pris part aux opérations et interventions visant à traquer les gangs armés à Butte Boyer, Croix-des-Missions, Shada, Santo, etc...

Cette détérioration rapide des conditions de sécurité à Port-au-Prince a fait réagir diverses institutions et personnalités.

Dans un tweet, le professeur James Boyard a invité les autorités politiques, judiciaires, policières et civiles locales, à constituer, à titre anticipatif, des Comités de défense civile (Cdc), pour empêcher la contamination des autres communes par les membres des gangs armés, qui opèrent dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince.

Ce modèle de partenariat sécuritaire Public/Privé de proximité pourrait empêcher, notamment, les membres de ces Comités de défense civile de connaître les mêmes dérives que les comités de vigilance, mis en place par les résidentes et résidents de plusieurs quartiers, après le 7 fevrier1986 (date de la chute de la dictature des Duvalier), souligne le professeur James Boyard.

Dans un communiqué, les Nations unies ont exprimé de vives préoccupations face à la rapide détérioration de la situation sécuritaire et des droits humains, dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, causée par les affrontements meurtriers entre les gangs.

Au moins 75 personnes, dont des femmes et des enfants, ont été tuées, et 68 autres blessées, dans les affrontements violents, entre les gangs armés rivaux, qui ont éclaté depuis le dimanche 24 avril 2022, dans les communes de Croix-des-Bouquets et Tabarre (municipalités au nord-est de la capitale, Port-au-Prince) et Cité Soleil (au nord), selon des chiffres fournis par les Nations unies, citant plusieurs sources.

Au moins 12 maisons ont été délibérément incendiées et cinq personnes auraient été brûlées vives au cours d’événements à Cité Soleil, relatent les Nations unies.

Près de 1,700 écoles sont actuellement fermées dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, relève le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), dans un communiqué.

Cette situation affecte grandement l’avenir de 500 mille enfants qui ont perdu l’accès à l’éducation en raison de la violence liée aux gangs, déplorée l’Unicef.

En seulement 10 jours, une dizaine d’enfants, dont 6 en une seule journée, ont été tués, signale l’Unicef. [mff emb rc apr 06/05/2022 16:10]


https://www.alterpresse.org/spip.php?article28274

En Haïti, l’avenir des enfants est menacé par les gangs, selon l’Unicef

En 10 jours, 10 enfants tués, dont 6 en une seule journée - 500,000 enfants hors de l’école.

En 10 jours, 10 enfants ont été tués, dont 6 en une seule journée, indique le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) dans un communiqué en date du 5 mai 2022. Près de 1,700 écoles sont actuellement fermées dans la zone métropolitaine. L’Unicef a reçu des informations crédibles, selon lesquelles des enfants, qui risquent d’abandonner l’école, seraient recrutés par des gangs et payés à la semaine.

Intégralité du communiqué de l’Unicef transmis à AlterPresse

En Haïti, 500,000 enfants ont perdu l’accès à l’éducation en raison de la violence liée aux gangs. Près de 1,700 écoles sont actuellement fermées dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, alors que des affrontements entre gangs rivaux ont éclaté depuis fin avril (2022).

En Haïti, l’avenir des enfants est menacé par les gangs. L’insécurité prive des milliers d’enfants de leur éducation. De nombreuses écoles de la capitale restent vides en raison de la violence des gangs - fermées ou inaccessibles.

« Les familles, les femmes et les enfants ont peur de sortir de chez eux, les enfants ont peur d’aller à l’école. Aucun enfant ne peut aller à l’école alors que des balles volent en l’air, c’est dangereux et cela ne doit pas l’être », a dit Bruno Maes, représentant de l’Unicef en Haïti.

Sur l’ensemble de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, 772 écoles sont fermées à Croix-des-Bouquets, 446 écoles à Tabarre, 274 à Cité Soleil, et 200 autres à Martissant, Fontamara, Centre-Ville et Bas-Delmas, selon le Ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle (Menfp).

Les gangs ont gardé la main mise sur les écoles, où les directeurs ont dû payer les chefs de gangs pour assurer la sécurité de l’école. Les directeurs n’ayant pas les moyens de continuer à payer, ils ont été obligés de fermer les portes des écoles. En outre, de nombreuses écoles sont également occupées par des familles déplacées.

L’Unicef a reçu des informations crédibles, selon lesquelles des enfants, qui risquent d’abandonner l’école, seraient recrutés par des gangs et payés à la semaine.

« Donner aux enfants des armes pour combattre et les utiliser comme soldats ou espions est une violation des droits de l’enfant et est condamnée par les lois nationales et internationales. Cela m’attriste que les enfants désireux d’apprendre et les enseignants désireux d’éduquer ne puissent pas le faire, parce qu’ils ne se sentent pas en sécurité. Les enfants doivent pouvoir aller à l’école en toute sécurité, jouer librement et profiter de leur enfance, et avoir la possibilité de développer leur plein potentiel », a déclaré Maes.

Outre les conséquences sur l’éducation, des enfants sont également déplacés, blessés et tués, en raison de la propagation de la violence des gangs à Port-au-Prince.

En dix (10) jours, 10 enfants ont été tués, dont six (6) en une seule journée

Selon l’Organisation internationale pour les migrations (Oim), 9,000 personnes ont été déplacées de Croix-des-Bouquets, Tabarre et Cité Soleil en raison de l’insécurité. Au 3 mai (2022), 752 personnes, dont au moins 124 femmes et 200 enfants, ont trouvé refuge sur neuf sites autour de Clercine à Tabarre. Ils vivent dans des conditions précaires, sans hygiène et assainissement adéquats, sans accès aux services de base, sans eau potable et sans intimité pour les femmes et les enfants, avec un risque accru de violences basées sur le genre.

« Les femmes et les enfants de la capitale haïtienne craignent pour leur vie et celle de leurs enfants. Ils souffrent d’enlèvements, de maisons incendiées, de meurtres et de déplacements, car leur vie est constamment mise en danger par la violence persistante des gangs urbains. Déjà touchées par les effets néfastes du Covid-19, en plus des catastrophes naturelles du pays, les familles haïtiennes continuent de fuir pour sauver leur vie », a déclaré Maes.

Alors que la violence des gangs, depuis août 2020, a provoqué le déplacement de 19,000 personnes, dont 15,000 femmes et enfants, et a entravé le transport de fournitures et de personnes vers le Sud-Ouest d’Haïti, touché par un tremblement de terre massif en août dernier, la « crise » actuelle des gangs affecte déjà les routes vers le Nord, allongeant le délai de livraison aux personnes dans le besoin et augmentant considérablement les coûts des opérations humanitaires pour répondre à ceux dans le besoin.

Avec le soutien de l’Unicef, le Menfp travaille au lancement d’une station FM pour diffuser exclusivement la « Radio éducative » à travers le pays. En attendant, les émissions seront diffusées sur la radio nationale haïtienne, pour combler les heures d’apprentissage que les enfants des zones marginalisées de Port-au-Prince ont perdu, en raison de l’insécurité.

L’Unicef continue de répondre aux besoins croissants à Port-au-Prince et exhorte tous les acteurs concernés à s’abstenir de recourir à la violence, mettant en danger la vie des femmes et des enfants, et à cesser de recruter des enfants. L’Unicef appelle toutes les parties prenantes à prendre des mesures, pour restaurer un environnement pacifique, afin de protéger les enfants haïtiens de la violence.


En Haïti, l’avenir des enfants est menacé par les gangs, selon l’Unicef

En 10 jours, 10 enfants tués, dont 6 en une seule journée - 500,000 enfants hors de l’école.

En 10 jours, 10 enfants ont été tués, dont 6 en une seule journée, indique le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) dans un communiqué en date du 5 mai 2022. Près de 1,700 écoles sont actuellement fermées dans la zone métropolitaine. L’Unicef a reçu des informations crédibles, selon lesquelles des enfants, qui risquent d’abandonner l’école, seraient recrutés par des gangs et payés à la semaine.

Intégralité du communiqué de l’Unicef transmis à AlterPresse

En Haïti, 500,000 enfants ont perdu l’accès à l’éducation en raison de la violence liée aux gangs. Près de 1,700 écoles sont actuellement fermées dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, alors que des affrontements entre gangs rivaux ont éclaté depuis fin avril (2022).

En Haïti, l’avenir des enfants est menacé par les gangs. L’insécurité prive des milliers d’enfants de leur éducation. De nombreuses écoles de la capitale restent vides en raison de la violence des gangs - fermées ou inaccessibles.

« Les familles, les femmes et les enfants ont peur de sortir de chez eux, les enfants ont peur d’aller à l’école. Aucun enfant ne peut aller à l’école alors que des balles volent en l’air, c’est dangereux et cela ne doit pas l’être », a dit Bruno Maes, représentant de l’Unicef en Haïti.

Sur l’ensemble de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, 772 écoles sont fermées à Croix-des-Bouquets, 446 écoles à Tabarre, 274 à Cité Soleil, et 200 autres à Martissant, Fontamara, Centre-Ville et Bas-Delmas, selon le Ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle (Menfp).

Les gangs ont gardé la main mise sur les écoles, où les directeurs ont dû payer les chefs de gangs pour assurer la sécurité de l’école. Les directeurs n’ayant pas les moyens de continuer à payer, ils ont été obligés de fermer les portes des écoles. En outre, de nombreuses écoles sont également occupées par des familles déplacées.

L’Unicef a reçu des informations crédibles, selon lesquelles des enfants, qui risquent d’abandonner l’école, seraient recrutés par des gangs et payés à la semaine.

« Donner aux enfants des armes pour combattre et les utiliser comme soldats ou espions est une violation des droits de l’enfant et est condamnée par les lois nationales et internationales. Cela m’attriste que les enfants désireux d’apprendre et les enseignants désireux d’éduquer ne puissent pas le faire, parce qu’ils ne se sentent pas en sécurité. Les enfants doivent pouvoir aller à l’école en toute sécurité, jouer librement et profiter de leur enfance, et avoir la possibilité de développer leur plein potentiel », a déclaré Maes.

Outre les conséquences sur l’éducation, des enfants sont également déplacés, blessés et tués, en raison de la propagation de la violence des gangs à Port-au-Prince.

En dix (10) jours, 10 enfants ont été tués, dont six (6) en une seule journée

Selon l’Organisation internationale pour les migrations (Oim), 9,000 personnes ont été déplacées de Croix-des-Bouquets, Tabarre et Cité Soleil en raison de l’insécurité. Au 3 mai (2022), 752 personnes, dont au moins 124 femmes et 200 enfants, ont trouvé refuge sur neuf sites autour de Clercine à Tabarre. Ils vivent dans des conditions précaires, sans hygiène et assainissement adéquats, sans accès aux services de base, sans eau potable et sans intimité pour les femmes et les enfants, avec un risque accru de violences basées sur le genre.

« Les femmes et les enfants de la capitale haïtienne craignent pour leur vie et celle de leurs enfants. Ils souffrent d’enlèvements, de maisons incendiées, de meurtres et de déplacements, car leur vie est constamment mise en danger par la violence persistante des gangs urbains. Déjà touchées par les effets néfastes du Covid-19, en plus des catastrophes naturelles du pays, les familles haïtiennes continuent de fuir pour sauver leur vie », a déclaré Maes.

Alors que la violence des gangs, depuis août 2020, a provoqué le déplacement de 19,000 personnes, dont 15,000 femmes et enfants, et a entravé le transport de fournitures et de personnes vers le Sud-Ouest d’Haïti, touché par un tremblement de terre massif en août dernier, la « crise » actuelle des gangs affecte déjà les routes vers le Nord, allongeant le délai de livraison aux personnes dans le besoin et augmentant considérablement les coûts des opérations humanitaires pour répondre à ceux dans le besoin.

Avec le soutien de l’Unicef, le Menfp travaille au lancement d’une station FM pour diffuser exclusivement la « Radio éducative » à travers le pays. En attendant, les émissions seront diffusées sur la radio nationale haïtienne, pour combler les heures d’apprentissage que les enfants des zones marginalisées de Port-au-Prince ont perdu, en raison de l’insécurité.

L’Unicef continue de répondre aux besoins croissants à Port-au-Prince et exhorte tous les acteurs concernés à s’abstenir de recourir à la violence, mettant en danger la vie des femmes et des enfants, et à cesser de recruter des enfants. L’Unicef appelle toutes les parties prenantes à prendre des mesures, pour restaurer un environnement pacifique, afin de protéger les enfants haïtiens de la violence.


Recrudescence de la violence en Haïti Le peuple impatient face à l’inaction des élus

LA PRESSE (Canada)

(Port-Au-Prince) Les actes violents liés aux gangs se sont aggravés cette semaine en Haïti avec des combats entre rivaux dans une partie de la capitale qui a fait au moins 20 morts, y compris des enfants, et contraignant des milliers de personnes à fuir leur résidence.

Publié le 28 avril

’Agence de protection civile d’Haïti a déclaré que les combats ont commencé dimanche dans quatre quartiers de Port-au-Prince, au nord de l’aéroport international. Au moins une douzaine de maisons ont été incendiées et beaucoup de ceux qui ont fui se sont d’abord réfugiés dans la cour d’un bureau de mairie.

Cette escalade survient au milieu d’un pic de violence et d’enlèvements alors que les gangs deviennent de plus en plus puissants et cherchent à contrôler davantage de territoires au milieu du vide de pouvoir politique depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse le 7 juillet dernier.

La situation a mis en colère et frustré les Haïtiens, qui exigent de l’action de la part de l’administration du premier ministre Ariel Henry, qui reçoit pourtant de l’aide financière internationale pour renforcer ses corps de police sous-financés.

Une famille de huit personnes, dont six enfants, a été décimée dimanche dernier, ont déclaré les autorités mercredi. Les écoles et les entreprises de la région demeurent fermées, car des milliers de familles avec enfants campent dans un parc près du bureau d’un maire.

« Ils ont besoin d’eau, de nourriture et d’approvisionnement », a souligné Jean Raymond Dorcely, qui dirige un petit organisme communautaire. « Ils ont dû partir les mains vides. »

Il a dit que le quartier est généralement calme et que son enfant joue souvent dans le parc maintenant transformé en un abri extérieur de fortune.

« Je vois des enfants pleurer parce qu’ils ont faim et que les familles n’ont rien à leur offrir », a-t-il affirmé, ajoutant que les besoins augmentaient à mesure que les combats se poursuivaient. « Je ne sais pas ce que ce sera demain ».

Les autorités ont déclaré qu’en plus des morts, deux douzaines de personnes avaient été blessées dans les violences, et qu’une balle avait touché un hélicoptère vide du Service aérien humanitaire des Nations Unies stationné près de l’aéroport.

« Le conflit risque de s’intensifier dans les prochains jours, entraînant de nouvelles victimes et de nouvelles migrations de population », a déclaré l’Agence de protection civile.

Les responsables ont averti que les routes principales menant à la région nord d’Haïti pourraient être coupées en raison des combats.

La violence des gangs dans la communauté de Martissant dans le sud de Port-au-Prince a déjà coupé l’accès à la région sud du pays, qui tente de se remettre du tremblement de terre meurtrier de l’année dernière.

Les violences de Martissant ont déplacé l’année dernière des milliers de familles qui ont passé des mois dans des abris gouvernementaux surpeuplés de Port-au-Prince et dans les environs. On ne savait pas tout de suite où les familles nouvellement déplacées allaient demeurer.

L’agence de protection civile a attribué la violence de cette semaine à une bagarre entre le gang Chen Mechan et le gang rival 400 Mawozo. qui a été impliqué dans l’enlèvement de 17 missionnaires américains l’année dernière.

Le Bureau de protection des citoyens d’Haïti a publié une déclaration condamnant la violence. Il a critiqué les dirigeants politiques, affirmant que leur inaction et leur silence ont apporté « une forme de cynisme ou de mépris des droits de la personne, en particulier le droit à la vie et à la sécurité ».

Le bureau a également demandé si la zone connue sous le nom de Plaine du Cul de Sac devenait un autre Martissant et a appelé les autorités à assumer leur responsabilité de protéger les citoyens.

Avec la collaboration de Dánica Coto à San Juan, Puerto Rico.

LA PRESSE (CANADA) https://www.lapresse.ca/international/caraibes/2022-04-28/recrudescence-de-la-violence-en-haiti/le-peuple-impatient-face-a-l-inaction-des-elus.php

En Haïti, le calvaire des familles piégées au milieu d'une guerre des gangs

Publié le : 28/04/2022 - 12:04 - FRANCE 24

Selon la protection civile haïtienne, au moins 18 civils ont été tués depuis dimanche dans la banlieue nord de Port-au-Prince, où sévit une guerre des gangs sanglantes dans des quartiers abandonnées par les forces de l'ordre. Les habitants de la zone sont aux abois.

Des viols, des maisons incendiées, et la mort d'au moins 18 civils : les habitants de la banlieue nord de Port-au-Prince subissent, depuis dimanche 24 avril, une guerre des gangs dévastatrice dans des quartiers déjà dominés par les bandes criminelles.

"Les hommes armés du gang '400 Mawozo' ont mis le feu à ma maison" et ont "tué plusieurs de mes voisins avant d'incendier aussi leurs maisons", témoigne auprès de l'AFP Lucien, un habitant de la zone.

"Ils violent les femmes et les filles quand ils parviennent à entrer dans une maison", ajoute l'homme qui, par peur de représailles, préfère ne pas donner son nom complet.

La violence est telle que, depuis mardi, Lucien a dû quitter son domicile pour se réfugier avec "(sa) mère malade" sur une place publique.

Au moins 18 civils ont été tués depuis dimanche, selon la protection civile haïtienne.

>> À voir L'Entretien : Jerry Tardieu, ancien député haïtien : "Des gangs ont pris le contrôle de Port-au-Prince"

Parmi ces victimes "tuées entre le 24 et le 26 avril", se trouvaient "une famille de huit personnes" ainsi que "trois jeunes femmes et trois enfants", indique l'organisme public.

Comme Lucien, plusieurs centaines de personnes ont réussi à quitter la zone d'affrontements, dont une cinquantaine se sont réfugiées sur une place publique "à quelques centaines de mètres de la ligne de front", selon la protection civile. Mais d'autres restent prises au piège chez elles.

Parmi eux, un habitant, qui préfère rester anonyme, dont le petit frère a reçu "une balle perdue à la jambe dimanche, alors qu'il était à la maison".

"On a pu stopper l'hémorragie mais on ne peut pas prendre le risque de l'emmener à l'hôpital et on n'a pas non plus de médicaments pour soulager sa douleur", s'inquiète l'homme d'une vingtaine d'année.

Coincés sans eau ni nourriture

Alors que les rafales d'armes automatiques résonnent dans leur quartier depuis quatre jours, les habitants sont aux abois.

"Nous n'avons plus ni eau ni nourriture", alerte une jeune habitante. Son père, qui souffre de diabète et d'hypertension artérielle, "est actuellement dans un état critique mais nous n'avons aucun moyen d'aller acheter des médicaments et c'est trop dangereux de se déplacer avec lui", ajoute-t-elle.

Longtemps cantonnées dans les zones très défavorisées du bord de mer de Port-au-Prince, les bandes armées ont grandement accru leur emprise à travers la ville et le pays depuis l'automne 2020, multipliant assassinats et enlèvements crapuleux.

Le gang "400 mawozo", puissant et redouté, avait enlevé un groupe de 17 personnes composé de missionnaires nord-américains et de leurs proches, dont cinq enfants, à l'automne dernier.

Le quartier où ont lieu ces violences est hautement stratégique, car il constitue l'unique voie d'accès routier vers le nord du pays ainsi qu'entre la capitale haïtienne et la République dominicaine.

Les autorités ont déjà perdu depuis juin 2021 le contrôle du seul accès routier qui relie Port-au-Prince au sud car, sur l'espace de deux kilomètres, la route nationale est totalement sous la maîtrise des bandes armées des bidonvilles de Martissant.

Une police nationale impuissante

Dans ce quartier pauvre, la mainmise des gangs a forcé l'organisation Médecins sans frontières à fermer l'hôpital qu'elle faisait fonctionner depuis 15 ans.

La police nationale, dont l'arsenal est loin de suffire pour affronter des bandes criminelles suréquipées, n'a mené aucune opération pour reprendre le contrôle de l'entrée sud de la capitale.

Et depuis dimanche, les forces de l'ordre ne sont pas encore intervenues dans la banlieue nord.

Pour les associations aussi, il est difficile d'accéder à ce quartier dangereux.

"Nous ne pouvons pas encore nous rendre dans ces zones mais les informations qui nous sont parvenues sont tristes et inquiétantes", déclare à l'AFP Pierre Espérance, responsable d'une organisation haïtienne de défense des droits humains.

Les autorités ne se sont pas encore exprimées sur ces violences, qui paralysent toute activité dans le nord de Port-au-Prince, et le porte-parole de la police nationale n'était pas en mesure de fournir des informations à la presse mercredi midi.

Avec AFP

Détours à Port-au-Prince par Étienne Côté-Paluck 6 avril 2022

LE MONDE (FRANCE)

Les habitants de Port-au-Prince évitent le quartier Martissant depuis que des gangs se battent pour le contrôler. Or, c’est là que passe la seule route qui relie la capitale d’Haïti au sud du pays. Il n’y a que deux voies de contournement : grimper une montagne… ou prendre la mer.

https://lactualite.com/monde/detours-a-port-au-prince/


Construits sur le flanc des collines qui se jettent dans la baie de Port-au-Prince, des milliers de duplex, maisons individuelles et autres habitations sont abandonnés depuis des mois. Une très grande partie des 250 000 résidants de ce quartier de la capitale d’Haïti ont fui depuis que deux factions criminelles s’affrontent pour son contrôle, dans ce pays sans gouvernement élu depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, en juillet 2021. Qui voudrait demeurer dans le «garde-manger des kidnappeurs », comme le titrait en décembre un important quotidien haïtien à propos de Martissant : des centaines de personnes y ont été rançonnées, kidnappées ou tuées l’an dernier. Qui voudrait même y circuler…

Sauf que c’est par là que passe la seule route asphaltée reliant la péninsule sud à Port-au-Prince. En temps normal, ce tronçon de 2,5 km est l’un des plus achalandés d’Haïti. Aujourd’hui, les quatre voies sont parsemées de débris et de flaques d’eau, leur entretien ayant été négligé pour des raisons de sécurité.

Pour rejoindre le Sud depuis le centre de Port-au-Prince, deux autres possibilités : un étroit chemin en terre battue, qui serpente dans les montagnes, praticable seulement à moto, à pied ou en quatre roues motrices, et où chaque passage se monnaie. Ou encore la mer : un trajet imprévisible, uniquement accessible aux employés de l’État et à ceux qui en ont les moyens.

Lire la suite ... lactualite.com/monde/detours-a-port-au-prince/

La République dominicaine entame la construction d’un mur à sa frontière avec Haïti

LE MONDE

Ce projet d’une barrière de béton de 164 km de long permettra de « contrôler » l’immigration clandestine et le crime, selon le président dominicain.

Le Monde avec AFP - Publié le 21 février 2022 à 01h51

Promise il y a un an par le président de la République dominicaine, Luis Abinader, la construction d’un mur le long de la frontière de son pays avec Haïti a été lancée en grande pompe, dimanche 20 février, dans la zone frontalière de Dajabon (nord-ouest).

Cette barrière « bénéficiera aux deux pays, car elle permettra de contrôler beaucoup plus efficacement le commerce bilatéral, de réguler les flux migratoires pour lutter contre les mafias de trafic d’êtres humains, de lutter contre le trafic de drogue et les ventes illégales d’armes », a déclaré, lors d’une cérémonie, M. Abinader, élu en juillet 2020 et dont la lutte contre l’immigration clandestine est l’un des chevaux de bataille.

Les travaux coûteront 31 millions de dollars (environ 27 millions d’euros) et dureront neuf mois. La première étape lancée dimanche comptera 54 kilomètres de clôture « dans les zones les plus peuplées et sensibles de la frontière », selon le président. Une deuxième étape prolongera le mur de 110 kilomètres. Le mur s’étendra ainsi sur 164 des 380 kilomètres de la frontière poreuse entre les deux voisins qui se partagent l’île d’Hispaniola.

Près de 4 mètres de hauteur, 70 tours de surveillance

Le mur en béton armé sur lequel sera posée une structure métallique sera haut de 3,90 mètres et épais de 20 centimètres. Il y aura, a ajouté l’armée, 70 tours de surveillance et de contrôle.

« La grave crise institutionnelle et sécuritaire en Haïti a conduit sa population à une situation préoccupante d’instabilité politique et sociale, ainsi qu’une crise économique et alimentaire endémique », a déclaré, pendant son discours, M. Abinader, évoquant les soubresauts que traverse Haïti depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse le 7 juillet.

« Chaque fois qu’Haïti a subi une catastrophe, nous, les Dominicains, avons toujours été les premiers à lui venir en aide. Cependant, la République dominicaine ne peut pas prendre en charge la crise politique et économique de ce pays ni résoudre le reste de ses problèmes », a-t-il dit. Cette crise « doit être surmontée par les Haïtiens eux-mêmes et prise en charge par la communauté internationale », a-t-il ajouté.

« Xénophobie et racisme »

Les organisations de défense des migrants critiquent la construction du mur, estimant qu’il provoquera « xénophobie et racisme ». Le maire de Dajabon, Santiago Riveron, a déclaré à l’Agence France-Presse qu’il n’était pas d’accord « avec ce type de mur », car « le vrai mur, c’est celui de l’économie » et de la corruption, accusant des « militaires d’encaisser des pots-de-vin de 100 ou 200 pesos [2 ou 4 dollars] » par immigrant clandestin.

La République dominicaine (10,5 millions d’habitants) accueille quelque 500 000 Haïtiens à la recherche de meilleures conditions de vie chez le voisin bien plus prospère, selon l’Enquête nationale auprès des immigrants.

https://www.lemonde.fr/international/article/2022/02/21/la-republique-dominicaine-entame-la-construction-d-un-mur-a-sa-frontiere-avec-haiti_6114551_3210.html