● 09 - Nouveautés Bibliographiques

Vietnam Numismatics,
  Vietnam Numismatics est une nouvelle revue publiée à Saïgon depuis octobre 2017. Il ne s’agit pas d’une revue spécialisée sur la numismatique du Viêtnam, mais d’une revue générale de numismatique, encore qu’à en juger par les premiers numéros, la numismatique proprement vietnamienne y tienne une place majeure, ce qui est bien normal. Sa périodicité est trimestrielle. Il s’agit d’une revue en couleur, bien illustrée avec des photographies de bonne qualité.
  Son titre en langue anglaise, Vietnam Numismatics, aurait pu laisser penser qu’il s’agissait d’une revue ouverte sur le monde numismatique extérieur, ce qui ne semble pas être le cas. Les articles sont uniquement en viêtnamien, sans aucun résumé en langue occidentale ou orientale. Tous les auteurs sont viêtnamiens.
  En revanche, il faut souligner que chaque numéro comporte un ou deux articles sur des sujets étrangers, tels le mathématicien néerlandais Christiaan Huysens (1629-1695) à propos d’un billet à son effigie datant de 1955 et d’une médaille qui lui a été consacrée en 1989, ou encore la mathématicienne russe Sofia Vasilyevna Kovalevskaya (1850-1891), à propos d’une médaille de l’an 2000. La numismatique asiatique semble assez bien représentée par des articles sur les hansatsu japonais ou les monnaies cambodgiennes anciennes. La numismatique française ou coloniale française est également représentée, par exemple, avec des articles sur les monnaies de nécessité des chambres de commerce de France et d’Algérie. En général, d’ailleurs, la monnaie de papier paraît tenir une place non négligeable, au moins dans ces premiers numéros : les amateurs de monnaie viêtminh y trouveront probablement d’intéressantes informations.
  Bien évidemment, l’étude des monnaies métalliques vietnamiennes anciennes est assez largement représentée. Notons, par exemple, un long article sur les « monnaies courantes » de l’empereur Gia Long (1802-1820), ainsi que sur les petits lingots d’argent de son règne, ou encore une étude assez détaillée sur le bas-monnayage de l’empereur Minh Mang (1820-1841).
Toutefois, il est à noter que ces articles de numismatique viêtnamienne ne semblent guère tenir compte de tout ce qui a déjà été publié à l’étranger : presqu’aucune référence n’est faite aux travaux occidentaux, chinois ou japonais.
  En dépit de ces réserves, le lancement de cette revue vietnamienne de numismatique est une initiative à saluer. Espérons qu’en s’ouvrant quelque peu sur le monde numismatique extérieur, elle parviendra à se maintenir et même à se développer. (F.J.)
Note : Aucune adresse n’est indiquée. Aucun tarif. Mél : vnnumismatics.order@gmail.com

Journal of the Oriental Numismatic Society,
    
Le n° 229 (Fall 2016) publie des informations très intéressantes pour les numismates spécialisés dans les monnaies d’Extrême-Orient.
    Tout d’abord, on y trouvera un très long et très intéressant compte-rendu (p. 9-13) du nouveau livre de Werner Burger, Ch’ing Cash, Hong Kong University, 2016, 2 vol. 324 p., 
tables. On connaissait déjà cet auteur qui avait publié une thèse sur le sujet, en 1976, sous le titre Ch’ing Cash until 1735. Cet ouvrage, fort détaillé, d’apparence très scientifique, ne nous avait jamais pleinement convaincu. Certes, il dénombrait une quantité considérable de variétés plus ou moins minimes que les collectionneurs peuvent s’amuser à rassembler, mais cela s’apparente plus à la collectionnite qu’à la numismatique. De plus, W. Burger avait entrepris de dater chacune de ces centaines de variétés, et cela sans en donner la justification, ce qui avait finalement détourné les numismates de cette étude. Depuis, le livre de David Hartill, Qing Cash (2003), avait repris la question sur un plan nettement plus lisible ; il s’est d’ailleurs imposé comme référence pour ce monnayage mandchou des années 1644-1911.
    W. Burger, dans son livre de 1976, s’était promis de compléter sa recherche jusqu’à la fin de la dynastie des Qing (Ch’ing) : c’est chose faite avec ce nouveau livre Ch’ing Cash de 2016. N’ayant pas eu en mains cet ouvrage (800 $), nous nous garderons bien de formuler quelque jugement que ce soit et renvoyons au compte-rendu cité ci-dessus. Apparemment, le travail effectué fut considérable : 2 millions de sapèques examinées (7 tonnes), 43.742 pages d’archives en chinois de style bureaucratique dépouillées, quarante ans de travail. Toutefois, sans vraiment « lire entre les lignes », Fresco Sam-sin, auteur du compte-rendu, remarque néanmoins : « This all said, Qing Cash (Hartill’s) remains a landmark in its own right ».
    Dans ce même numéro du JONS, on notera particulièrement le très intéressant article de Vladimir Belaev à propos de « Some silver coins of Mongol states with Chinese, Uighur and Tibetan legends » (p. 26-27).

Historia Mundi
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Dans le n° 6, février 2017, de Historia Mundi, la revue de la Bibliothèque vaticane consacrée aux médailles et monnaies, se trouve un article intitulé « Due collezioni di monete cinesi offerte in dono ai Papi Pio IX e Leone XIII (1869-1899) » par F. Joyaux.
Collection Fontanier
    L’intérêt essentiel de cet article réside dans sa première partie qui est consacrée à un don du diplomate français Henri Fontanier au pape Pie IX, en 1868. Ce don est constitué d’une collection de monnaies chinoises qui se veut assez exhaustive puisqu’elle est composée de monnaies s’étendant des Royaumes combattants jusqu’au XIXe siècle. Or il se trouve que la majeure partie de la collection de monnaies chinoises conservées au Cabinet des monnaies et médailles de la Bibliothèque nationale de France provient également de ce même Henri Fontanier. La comparaison entre ces deux collections est donc pleine d’enseignements pour l’histoire de la numismatique chinoise en France.
    La seconde partie de l’étude porte sur une collection de monnaies chinoises envoyée par la Congrégation des Filles de la Charité de Hankou pour une exposition à Turin en 1898 et offerte au Pape Léon XIII l’année suivante.

A Guide to Cash Coins, par David Hartill, New Generation Publishing, 2017, 246 p. (ISBN 978-1-78719-299-7),
    
David Hartill a publié de nombreux ouvrages sur les monnaies d’Extrême-Orient. Tous ont les mêmes qualités : exhaustivité et clarté.
    Ce sont ces qualités qui en ont fait des livres de références internationalement reconnus : Qing Cash (2003) sur les monnaies de la dynastie mandchoue (1644-1911), Cast Chinese Coins (2005) sur l’ensemble des monnaies chinoises pré-modernes, ou encore Early Japanese Coins (2011) sur les monnaies antérieures à Meiji.
C’est dire que David Hartill, qui avait également dressé le catalogue des amulettes coréennes dans le livre publié avec W. Op den Velde sous le titre Cast Korean Coins and Charms (2013), a étudié l’ensemble du monnayage d’Extrême-Orient, à la seule exception des monnaies annamites. Il était donc bien placé pour proposer un guide relatif au classement de ces monnaies extrême-orientales à trou carré dites cash par les Anglais, sapèques par les Français.
    L’ouvrage comporte six parties.
    La première, « Finding Guide », porte essentiellement sur la calligraphie des caractères chinois, ainsi que leur lecture. Inutile de dire que cette partie, l’une des plus utiles du livre, sera indispensable à tous les amateurs qui ne connaissent pas ces caractères. Accessoirement, on y trouve également la façon de lire les légendes en mandchou, ce qui est fort important pour les collectionneurs des monnaies de la dynastie Qing (1644-1911), si nombreuses sur le marché.
Tout cela est parfaitement expliqué, à une petite réserve près : il est dommage que l’auteur n’explique la façon de tracer les caractères chinois et par conséquent celle de compter les traits qui les composent car toute la suite est fondée sur ce nombre de traits du caractère figurant au sommet du droit de la monnaie (encore faut-il la regarder dans le bon sens, et ce sens est plus évident lorsqu’on connaît les principes élémentaires de la calligraphie). Par ailleurs, dans cette partie comme dans les suivantes, on pourra trouver quelques erreurs minimes, bien compréhensibles, tant la lecture de certains caractères est délicate. Par exemple, la monnaie qualifiée de Thien Nguyen Thong Bao p. 30 en bas, devient Thien Thanh Nguyen Bao p. 108, n° 2.147. Mais dans l’ensemble ces 96 premières pages seront une aide précieuse pour le classement des monnaies d’Extrême-Orient par les numismates ne connaissant pas les caractères.
    La deuxième partie porte sur l’identification des monnaies privées annamites. C’est là un très vaste sujet car elles furent extrêmement nombreuses et on en trouve de nouvelles sans cesse. Cette partie veut être tout à la fois un classement de ces monnaies et un catalogue. David Hartill a raison d’abandonner le système japonais qui consiste à les classer par groupes stylistiques (手), car ce classement est difficile pour un Occidental, très subjectif, souvent discutable et il aboutit rarement à des conclusions solides quant à la datation de ces monnaies. D’où un classement par formats, nombres de traits du premier caractère des légendes et métaux (l’étain est oublié), beaucoup plus rationnel. Cela étant, ce catalogue reste forcément très incomplet ; l’auteur a bien ajouté, en ce qui concerne les monnaies en plomb, une rubrique «Late entries» (p. 138) qui correspond aux types découverts alors qu’il était en train de rédiger son ouvrage, mais depuis, en voici encore d’autres qui sont apparues sur le marché : Zheng Fu yuan bao, Tian Yuan tong bao, Zheng Long yuan bao, etc.
    La troisième partie était un véritable défi : il s’agit de proposer un guide pour les imitations de monnaies chinoises dans les pays d’Asie du Sud-Est : Java et Sumatra, sud du Siam, île de Bangka, Bornéo, Malaisie. Il faut féliciter David Hartill d’avoir mis un peu d’ordre dans le classement de toutes ces monnaies, fort complexes, souvent peu lisibles et pour lesquelles les faux semblent très nombreux. Travail considérable, mais qui sera probablement à réviser rapidement car l’étude de ces monnaies, notamment celles de Java et Sumatra, évolue très vite. Pour l’heure, ce chapitre n’en sera pas moins d’une grande utilité pour les collectionneurs, et même pour les chercheurs.
    Les deux dernières parties sont peut-être d’une utilité moindre. La quatrième porte sur la « Sogdian Script » d’Asie centrale. En ce domaine, les travaux russes se multiplient – pour preuve l’article de V. Belaev mentionné ci-avant – et apportent sans cesse de nouvelles données. Quant à la dernière, elle porte sur des « Miscellaneous ». Parmi ces monnaies diverses, sont mentionnées un certain nombre de faux et fantaisies qu’il aurait peut-être été judicieux de présenter avec beaucoup plus de détails de façon à éviter aux collectionneurs l’acquisition de ces innombrables faux qui envahissent le marché, notamment sur les sites Internet.
    Au total, David Hartill nous offre avec ce Guide to Cash Coins un outil d’une exceptionnelle utilité pour le collectionneur. Pour ceux qui ne connaissent pas les caractères chinois, il serait désormais très osé de s’aventurer dans la collection des monnaies d’Extrême-Orient sans se faire accompagner par ce remarquable guide.
    Ajoutons que les maisons de ventes aux enchères seraient également bien inspirées de se reporter de temps à autres à ce guide. Cela leur éviterait les innombrables photographies présentées à l’envers, les légendes du type « 4 caractères chinois » ou encore les mises en vente de monnaies qui sont de pures inventions, toutes choses qui se multiplient dans les catalogues internationaux, y compris certains édités en Extrême-Orient ou pour des ventes en Extrême-Orient.
    David Hartill avait publié trois catalogues devenus indispensables pour les numismates. A Guide to Cash Coins sera le quatrième.
(F.J.)

Monnaies de la Chine ancienne, par François Thierry, Paris, Les Belles Lettres, 685 p. (ISBN 978-2-251-44686-8),
    
Les numismates spécialistes des monnaies chinoises connaissent tous les recherches de François Thierry sur les monnaies chinoises, notamment ses trois remarquables catalogues de la collection de la Bibliothèque nationale de France, Monnaies chinoises, I. L’Antiquité préimpériale (1997), II. Des Qin aux Cinq dynasties (2003), IV. Des Liao aux Ming du Sud (2014). Ce livre, Les monnaies de la Chine ancienne, reprend toutes ces données, en les révisant lorsqu'il était nécessaire, et en les complétant pour les périodes qui n’avaient pas été couvertes par les catalogues de la Bnf, notamment pour les dynasties Song (960-1279) et Qing (1644-1911).
    L’ouvrage suit donc un plan strictement chronologique, calqué sur celui des catalogues, des origines de la monnaie chinoise, c’est-à-dire des cauris, jusqu'à la fin de l’Empire, en 1911. Il couvre ainsi toute la période qu’on pourrait appeler traditionnelle, celle des monnaies coulées, jusqu'à la transition vers les monnaies frappées de type occidental. S’y ajoutent quelques chapitres thématiques sur le papier-monnaie (Ch. XIII), les unités de compte (Ch. XIV), l’épigraphie et la calligraphie (Ch. XV) et la fabrication (Ch. XVI).
    François Thierry précise lui-même, dans son introduction, que « ce travail n’est ni une histoire économique, ni une histoire financière, ni même une histoire monétaire de la Chine. Ce n’est pas non plus un manuel de numismatique. C’est une histoire des signes monétaires, de leur évolution, de leur production, de leur nature et de leur circulation ». Admettons cette définition voulue par l’auteur, mais un peu trop modeste, car bien souvent certains développements relèvent bel et bien de l’histoire monétaire, économique ou financière, et il faut s’en féliciter, car l’histoire des signes monétaires est, de toute évidence, étroitement liée à celle de l’économie et de la finance.
    On notera tout d’abord que le développement du texte, reprenant celui des catalogues de la BnF, se moule entièrement dans le découpage classique de l’histoire chinoise selon les différentes dynasties traditionnelles. Il est pourtant une tendance actuelle qui consiste à considérer, à l’inverse, que ces fractionnements dynastiques ne sont pas pertinents pour rendre compte de l’histoire chinoise sur la longue durée, que les césures entre dynasties ne sont en fait que des ruptures de pouvoir au sein de la classe dominante, mais que l’évolution sociale de la Chine a suivi une chronologie toute différente, faite de transformations matérielles et économiques. L’auteur, pour sa part, s’en tient aux dynasties traditionnelles de l’historiographie chinoise, et il faut s’en féliciter ; les signes monétaires sont indissociablement liés aux dynasties dont ils émanent.
    L’ensemble du développement est magistralement mené. A chaque étape, F.T. ne se contente pas d’un récit ou d’une description, mais cite les textes à l’appui, rend compte des résultats des fouilles archéologiques qui confirment ou infirment tel ou tel point, redresse les erreurs des numismates chinois qui, trop souvent, n’ont fait que prolonger une tradition incertaine, sans jamais la soumettre à la critique. Mais dans bien des cas, force est également d’admettre notre ignorance : dans quelle mesure les empereurs Song ont-ils participé à la calligraphie des monnaies de leur temps ? Quelles sont les significations des signes, points, traits, marques d’ongle, etc., qu’on observe sur certaines monnaies ? Très honnêtement, l’auteur admet que nous n’avons pas de réponse.
    Très belle étude, mais aussi, très belle présentation, dans la tradition des Editions des Belles Lettres. L’iconographie, en couleurs, est sobre, mais de bonne qualité et abondante. Chaque monnaie est accompagnée de son module et de son poids. La présentation du texte, très étudiée, est agréable. Les erreurs matérielles (du type « République (1644-1647) », p. 506) sont rarissimes. Le tout est complété par une bibliographie très exhaustive et un index très détaillé. C’est dire que la forme est à la hauteur du fond.
    Nous nous permettrons toutefois deux remarques qui sont moins des critiques que des interrogations.
    D'une part, fallait-il reprendre aussi fidèlement certains développements déjà publiés dans les excellents catalogues rédigés par l’auteur pour la BnF ? Le spécialiste avait déjà accès à ces catalogues érudits et peut s’y reporter lorsqu’il en a besoin. L’honnête homme recherche plutôt la synthèse expurgée. La reprise des développements très techniques des catalogues ne s’imposait peut-être pas. Mais on peut parfaitement comprendre la volonté de l’auteur de réunir en un ouvrage unique la somme de ses recherches sur le sujet. Encore une fois, il s’agit moins d’une critique que d’une interrogation.
    D'autre part, en rejetant en fin de volume quelques chapitres thématiques, François Thierry a peut-être été prisonnier d’un plan qu’il avait déjà adopté dans son petit catalogue Monnaies de Chine, publié par la Bibliothèque nationale en 1992, à l’occasion d’une exposition. Celui-ci se terminait également par des chapitres sur la fabrication, les billets, etc. Dès lors que pour l’essentiel de l’ouvrage, est adopté un plan strictement chronologique, n’est-il pas préférable d’y intégrer toutes ces données ? Selon nous, l’excellent développement sur la calligraphie impériale des monnaies Song eût été plus à sa place dans le chapitre consacré à ces dernières. De même, la présentation du papier-monnaie des Ming avait sa place dans le chapitre relatif à la monnaie de cette dynastie, ce qui aurait d’ailleurs permis une meilleure compréhension de la coexistence de ces différents signes monétaires à l’époque.
    Toutefois, ces remarques ne modifient en rien l’impression générale que laisse la lecture des Monnaies de la Chine ancienne. Il s’agit d’un livre de première importance qu’en France, seul François Thierry était capable d’écrire. Incontestablement, il fera date. L’auteur, on l’a noté, affirme dans son introduction qu’il ne s’agit pas d’un « manuel de numismatique ». Certes, mais il n’empêche qu’il serait bien téméraire de prétendre s’intéresser à la numismatique chinoise sans faire de cet ouvrage son livre de chevet ; on ne peut que le recommander à tout numismate sérieux.
    Enfin, sur le plan plus général des études chinoises, ce livre, et ce n’est pas la moindre de ses qualités, est du niveau des grands ouvrages de référence de la sinologie française contemporaine. En somme, il fait doublement honneur, et à la numismatique et à la sinologie.
(F.J.)

Palembang Coins, by Frank S. Robinson, VPI, Albany (N.Y.), 2015, 20 p.,
    Une fois encore, ce sont les milliers de monnaies trouvées dans la rivière Musi ces dernières années, qui, après plusieurs autres études, sont à l’origine de ce petit fascicule. L’auteur, numismate professionnel, explique que celles qui sont à la base de cette étude, se chiffraient à 35.000. En les étudiant, F.S. Robinson constata que les variétés étaient beaucoup plus nombreuses que celles qui étaient répertoriées jusqu’à maintenant par les ouvrages classiques du XIXe siècle (Millies, Netscher et van der Chijs) ; c’est ce qui l’amena à répertorier les principales.
    L’immense majorité des monnaies cataloguées date des règnes de Mahmud Baharuddin I (1749), Muhammad Bahudin (1776-1804) et Mahmud Badaruddin II (1804-1821). Les monnaies sont réparties en 18 types majeurs, chacun étant décliné en un grand nombre de variétés, soit au total près de 200 types et variétés, tous illustrés. Chacun est assorti d’un indice de rareté, de R1 (les plus communs) à R10 (les plus rares). Incontestablement, ce petit livret sera d’une grande utilité pour les collectionneurs de ces monnaies de Palembang retirées de la rivière Musi.
    Une précision s’impose toutefois. Parmi ces trouvailles récentes dans la rivière Musi, figurent de très nombreuses monnaies de type chinois (trou central carré, caractères chinois, souvent inspirés des monnaies Song) qui ont été en partie étudiées par M. Mitchiner et Tjong Ding Yih dans le Journal of the Oriental Numismatic Society. D’ailleurs, Numismatique Asiatique publiera dans son prochain numéro (n° 22, juin 2017), une étude ce dernier à leur sujet. Or ces monnaies de type chinois ne sont quasiment pas abordées dans le fascicule de F.S. Robinson (à l’exception de quatre d’entre elles, types 1 et 2). En ce qui concerne le type 2, que l’auteur considère comme une fabrication locale, nous pensons plutôt qu’il s’agit d’une fonte chinoise : nous publierons un article sur ce sujet dans le prochain numéro de Numismatique Asiatique, parmi les actes de nos « Rencontres numismatiques » de novembre 2016 à Versailles.
(F.J.)

Bulletin de la Société Française de Numismatique
    Dans les deux livraisons de septembre 2016 (n°71/07) et octobre 2016 (n° 71/08) du BSFN, F. Joyaux présente « La collection Legras de monnaies chinoises et les médailles frappées en son honneur ». Il s’agit d’une importante collection constituée par le numismate Edouard Legras (An XI-1881) et qui compta entre 8000 et 9000 monnaies. Il fit don d’environ 5000 de celles-ci à la Société Française de Numismatique en 1873 et environ 3500 autres furent vendues aux enchères, en 1882, après son décès. Pour l’heure, on ne sait ce qu’est devenue la collection donnée à la Société Française de Numismatique, mais il n’est pas impossible qu’au moins une partie coïncide avec celle de la Bibliothèque municipale de Versailles.
    Cette collection fut honorée d’une première médaille par la Société Française de Numismatique, en 1873, puis d’une seconde, par la Société Belge de Numismatique, en 1874 (Reproduction ci-dessus). Les deux sont de caractère sinisant.

Journal of the Oriental Numismatic Society,
    On notera dans le n° 226 du Journal of the Oriental Numismatic Society (hiver 2016), un intéressant article du numismate japonais Shinji Hirano au sujet de « Some novel pre-islamic coins from central Asia » (p. 11-15). On sait très peu de choses concernant ces monnaies anciennes qui proviennent de régions qui sont aujourd’hui le Nord-Est de la Chine, la Mongolie, le sud de la Sibérie, le Turkhestan chinois, le Kazakhstan, le Kirghizistan ou encore le Tadjikistan. La plupart ne sont pas encore totalement déchiffrées et non datées. Il s’agit là de listes de monnaies qui exigeront de nombreuses recherches.
    Notons que certaines d’entre elles sont imitées des sapèques chinoises anciennes, en particulier les Kaiyuan tongbao de la dynastie des Tang (VIIe-Xe siècles ap. J.C), probablement émis à Samarcande ou Boukhara, en Sogdiane.
    Dans le numéro 227 (Printemps 2016), on trouvera un intéressant compte-rendu de l’exposition « Pax Mongolica : Coins of the Mongol Empire », qui a été organisée à l’Ashmoleam Museum de l’Université d’Oxford en 2016 (jusqu’au 12 juin dernier) (p. 25-27). Cette exposition présentait la particularité d’avoir été préparée par trois de nos compatriotes, chercheurs au Musée ou à l’Université, Marie Favereau, Lyce Jankowski et Jérôme Mairat. Elle fut l’occasion du nettoyage d’une monnaie mongole à légende chinoise, Da Chao tongbao (ci-dessus), dont le compte-rendu détaillé montre que dans certains cas, un nettoyage approprié peut être non seulement bienvenu, mais encore dévoiler d’importantes données nouvelles, en l’occurrence deux contremarques au revers.

Dupaigne (Bernard), Les maîtres du fer et du feu dans le royaume d’Angkor, Paris, CNRS Editions, 2016,
440 p..

    Dans le n° 17 de Numismatique Asiatique (mars 2016), Bernard Dupaigne, ancien directeur du Laboratoire d’ethnologie du Musée de l’Homme, avait accepté de publier, sous le titre « Des barres de fer comme monnaies » (p. 11-26), les « bonnes feuilles » de ce livre consacrées aux monnaies de fer qu’utilisait la population kouay du Cambodge. Nous sommes heureux d’annoncer la publication de ce livre et remercions à nouveau Bernard Dupaigne pour sa collaboration.
Monnaie de fer de forme losangique en usage à Stung Treng (Cambodge)
F. Garnier, « Voyage d’exploration en Indo-Chine » (1872)

Canoz (Arnaud), La Circulation des monnaies de l’Indochine Française (1862-1954), Limoges, Société numismatique du Limousin, Bulletin Horssérie n° 5, juin 2016, 43 p.
    La Société de numismatique du Limousin a publié au mois de juin 2016 un fascicule hors-série intitulé La Circulation des monnaies de l’Indochine Française (1862-1954), signé Arnaud Canoz, jeune adhérent de cette Société.
    En dépit de quelques erreurs, ce texte constitue un survol relativement complet des émissions coloniales françaises de l’Indochine, depuis la sapèque frappée de 1878-1879, jusqu’à la piastre de 1946. Si les émissions métalliques sont toutes évoquées, les émissions de papier-monnaie, en revanche, sont à peine abordées. L’iconographie est de bonne qualité et occupe une très grande partie de cet essai. A l’inverse, l’étude proprement dite est très succincte.
    La circulation des monnaies annamites n’est abordée que très incidemment.

Chopmark News, vol. 20, n° 1, septembre 2016
    Ce dernier numéro de Chopmark News, édité à Taiwan, est particulièrement intéressant. On y trouvera un portrait de Wolfgang Bertsch dont nous publions ici A Survey of the Money used in Tibet, un entretien avec Joe Cribb, membre du Comité de Patronage de Numismatique Asiatique, et surtout une réédition d’un ancien article de ce dernier, publié en 1987 dans la Revue Suisse de Numismatique (n° 66), intitulé Nezumikin. A Group of Japanese Coin Imitations. Il s’agit de faux imitant diverses monnaies de la période des Tokugawa (1601-1868), en argent et en or. Probablement datent-ils du dernier tiers du XIXe siècle. L’article est extrêmement précis et reste très utile pour détecter les faux pour collectionners qui sont si nombreux dans les collections de monnaies japonaises des XVII-XIXes siècles. L’article de Craig Greenbaum The Fake and Fantasy Cast Copper Coins of the Vietnam War Era, dont nous publions la seconde partie dans ce numéro, fait quelque peu écho à celui de Joe Cribb : il est important de repérer ces grandes séries de faux qui perturbent les travaux de recherche comme ils déconsidèrent les collections.

José Valério, As moedas desconhecidas de Malaca : uma nova perspectiva (Les monnaies méconnues de Malacca : une nouvelle perspective), chez l’auteur, Bubok Publishing s.l., 2011.
    Auteur en 2010 d’un ouvrage consacré aux monnaies commémoratives portugaises rassemblant les monnaies anciennes du Portugal et de ses territoires d’Outre-mer depuis la fondation de l’Etat portugais jusqu’en 2010, José Valério s’intéresse ici aux monnaies du territoire stratégique de Malacca, commandant le passage du détroit éponyme, occupé par les Portugais depuis 1511 et qui resta sous leur domination jusqu’en 1641. Aujourd’hui, l’ancien territoire portugais puis hollandais de Malacca fait partie de la Fédération de Malaisie.
    L’ouvrage montre en couverture la photo d’une carte ancienne (XVIe-XVIIe) sur laquelle figure la forteresse (fortaleza) de Malacca située à l’extrémité de la péninsule malaise conduisant au détroit. Il est consacré aux très rares monnaies de Malacca, largement méconnues car découvertes depuis peu de temps. Ces monnaies locales furent créées entre 1511, date de la prise de Malacca par les Portugais et 1515, date de la mort d’Adolphe de Albuquerque, le chef portugais conquérant.
    L’auteur évoque d’abord ses prédécesseurs dont les opinions varient à propos de l’existence de monnaies portugaises spécifiques à Malacca. Il résulte de la confrontation de ces opinions variées que la monnaie la plus ancienne connue de Malacca, avant la domination portugaise, est celle d’un sultan, fondateur du Sultanat de Malacca, frappée vers 1402. Ensuite, au moment de la prise de Malacca par les Portugais, il n’existait sur ce territoire aucune monnaie d’or ni d’argent, en raison de la pratique systématique du troc dans les opérations d’achat et de vente ; une petite monnaie était toutefois utilisée, elle portait le nom de « calains ».
    En 1511, après la prise du territoire, Alfonse de Albuquerque réussit à obtenir la création d’une monnaie d’or et d’argent pour Malacca au nom du roi du Portugal Don Manuel Ier ; un hôtel des monnaies fut créé la même année. Une espèce d’or aurait alors été créée, le católico, par référence au Manuel de Goa, et une monnaie d’argent, le malaquès, par référence à l’Esfera
de Goa ; un demi católico (meio católico) et un demi malaquès (meio católico) auraient également été créés. Toutefois, aucune de ces espèces d’or et d’argent n’a été retrouvée à ce jour. En revanche, des petites espèces en étain ont été retrouvées, depuis le soldo d’une valeur de 6 reais jusqu’au bastardo valant 60 reais ; le malaquès valait alors 720 reais et le católico 1040 reais. J. Valério publie des dessins anciens du católico et du malaquès.
Católico et Malaquês : dessins actuels d’après descriptions anciennes
    L’ouvrage contient de nombreuses comparaisons avec la valeur d’autres espèces circulant dans l’Asie du Sud-Est et il est accompagné d’une vingtaine de pages de documents anciens évoquant les monnaies de Malacca et la circulation monétaire dans le secteur. Suivent un certain nombre de notices historiques concernant des personnages ou des lieux, comprenant notamment un petit historique des territoires portugais de Malacca et des Moluques, ainsi que de Pegu, aujourd’hui Bago, depuis 1989, en Birmanie.
    L’intérêt majeur de ce petit ouvrage est de mettre en évidence la volonté du conquérant portugais de 1511, Alphonse de Albuquerque, de créer à Malacca, dès l’occupation de ce territoire, un système monétaire composé d’espèces d’or, d’argent et d’étain. En 1966, une étude du Centre d’Etudes Historiques de la Faculté des Lettres de l’Université de Lisbonne ne retenait comme monnaie pour Malacca que le demi malaquès ou cruzado d’argent valant 360 reais. L’étude de José Valério permet d’aller beaucoup plus loin et fournit d’intéressantes comparaisons entre les systèmes monétaires de l’Asie du Sud-Est qui étaient en vigueur dans les territoires portugais du secteur et qui régissaient les rapports entre les Portugais et les populations de l’Inde, de la Chine, de la péninsule indochinoise et des autres états. L’auteur nous fait connaître la complexité des changes entre les espèces dans les transactions commerciales entre les Portugais et les populations asiatiques.
    Enfin, s’agissant de la forteresse de Malacca représentée sur la carte ancienne reproduite en couverture de l’ouvrage, on remarquera la parenté de ce type d’ouvrage militaire avec la citadelle de Casal (Casale) en Piémont gravée sur la monnaie obsidionale que fit frapper en 1630 le maréchal de Toiras, défenseur de Casal assiégée par l’armée espagnole d’Amboise de Spinola.
Christian Charlet

Tiền Minh Mênh (Monnaies de Minh Mang), Trong Bảo Tâng Thành Phó Hồ Chí Minh (Musée central de Saïgon), Hải Phòng, 2013, 142 p.
    Ce petit livre publié par le Musée de Saïgon sur les monnaies de l’empereur Minh Mang (1820-1840) n’est une étude très fouillée de ce monnayage, mais elle peut être utile pour ceux qui lisent le vietnamien (aucun résumé en français ou anglais). Son intérêt essentiel réside dans son iconographie en couleurs qui est très bonne, ce qui était assez rare pour les publications vietnamiennes récentes. On y trouvera en particulier de nombreuses photographies de lingots de cette période, ce qui n’est pas si fréquent ; c’est ce qui nous a paru le plus intéressant dans cette publication. Les monnaies de présentation de ce règne sont bien reproduites, avec modules et poids, mais sans plus. Les sapèques sont répertoriées dans le détail.

Thng Tien Tat, Tiền Giấy Việt Nam : Những Câu Chuyện Chưa Kể. Vietnam Currency Notes: The Untold Stories, Saïgon, Alphabooks, 2015, 248 p.
    Ecrit par un Singapourien d’origine vietnamienne, spécialiste de la banque, ce livre offre un panorama général des émissions de billets de banque du Vietnam, depuis la période française jusqu’à nos jours. Il est totalement bilingue, anglais et vietnamien.
Les commentaires sont très succincts, mais l’iconographie est abondante et d’assez bonne qualité. Toutes les périodes sont représentées : période coloniale française, période vietminh, émissions du Sud et du Nord Vietnam, et finalement période contemporaine du Vietnam réunifié, encore qu’elles ne le soient pas dans l’ordre chronologique. Compte tenu de la bibliographie déjà existante sur ce sujet, l’apport principal de cet ouvrage concerne surtout les émissions de la période vietminh pour laquelle l’iconographie est fort abondante.
En revanche, la bibliographie est squelettique. Les conseils donnés par l’auteur aux collectionneurs sont très élémentaires. Quant aux «untold stories», elles sont totalement absentes. (F.J.)
N.B. Nous remercions vivement Craig Greenbaum, membre du Comité de Patronage de Numismatique Asiatique, qui nous a fait connaître et procuré ces deux ouvrages, à son retour d’un nouveau « voyage numismatique » au Vietnam durant le premier semestre 2016. Nous lui devons également le billet commémoratif ci-après.
    Nouveau billet commémoratif vietnamien émis au début de 2016 pour le 65e anniversaire de la création de la Banque d’Etat du Vietnam en 1951 (dans le maquis vietminh).
    De face, le Président Ho Chi Minh. Au revers, siège de la Banque de l’Etat du Vietnam.
    Dimensions : 8, 2 x 16,3 cm.
Vue de la Banque de l’Indochine de Hanoi en 1933
    Ce siège était celui de la Banque de l’Indochine à Hanoi. Le bâtiment fut conçu par l’architecte Félix Dumail entre 1923 et 1928.

Programme de recherche DAMIN
    Le programme de recherche DAMIN, sous la responsabilité scientifique de Georges Depeyrot, directeur de recherche au CNRS, porte principalement sur la dépréciation de l’argent dans la seconde moitié du XIXe siècle et ses conséquences sur les pays développés et les relations internationales. Cette dépréciation amena de nombreux pays à adopter l’étalon-or, par exemple, pour ce qui est de l’Asie, l’Inde en 1893, le Japon en 1897, etc. Dans le cadre de ce programme de recherche, de nombreux textes de l’époque ainsi que des études monétaires et numismatiques originales ont été publiés dans la collection « Moneta ». On trouvera ci-après ceux qui concernent l’Asie.
Japon
(M. Kovalchuk, G. Depeyrot, ed.)
Moneta 121
Documents and Studies on 19th c. Monetary History, Japan, Republication of The Currency of Japan, A Reprint of Articles, Letters, and Official Reports, Published at Intervals in the Foreign Newspapers of Japan, together with Translations from Japanese Journals, Relating to the Currency, Paper and Metallic, of the Empire of Japan (Yokohama, 1882), 2011, 204 pages.
Moneta 132
Documents and Studies on 19
th c. Monetary History, Japan, Reports of the Imperial Mint (Osaka), I. (3rd - 16th years of Meiji) (1870 – 1883), 2012, 384 pages.
Moneta 140
Documents and Studies on 19
th c. Monetary History, Japan, Selection of British and US documents (1857-1898), 2012, 220 pages
Moneta 143
Documents and Studies on 19
th c. Monetary History, Japan, Reports of the Imperial Mint (Osaka), II. (17th – 26th years of Meiji) (1884-1893), 2012, 376 pages.
Moneta 144
Documents and Studies on 19
th c. Monetary History, Japan, Reports of the Imperial Mint (Osaka), III. (27th - 36th years of Meiji) (1894 – 1903), 2012, 388 pages.
Documents and Studies on 19
th c. Monetary History, Japan, Reports of the Imperial Mint (Osaka), IV. (37th - 45th years of Meiji) (1904– 1912), 2013, 452 pages.
Moneta 173
Documents and Studies on 19
thh c. Monetary History, Japan, Count Matsukata Masayoshi, The history of National Debts in Japan (1890), 2014, 166 pages.
Moneta 174
Documents and Studies on 19
th c. Monetary History, Japan, Count Matsukata Masayoshi, Report on the adoption of the gold standard in Japan (1899), 2014, 336 pages
Moneta 175
Documents and Studies on 19
th c. Monetary History, Japan, Count Matsukata Masayoshi, Report on the post-bellum financial administration in Japan, 1896-1900 (1901), ed., 2014, 170 pages.
Inde
(G. Depeyrot, ed.)
Moneta 124
Documents and Studies on 19
th c. Monetary History, India, Republication of Report of the Committee appointed to inquire into the Indian Currency (with Minutes of evidence, Correspondence, Index, Further papers) (London, 1893), 2011, IV + 432 + 10* pages.
Moneta 160
Documents and Studies on 19
th c. Monetary History, International Monetary Conferences, Translation of the Procès-verbaux of the Paris International Monetary Conference of 1881 (London, 1881), Correspondence with the India Office on the subject of the Conference (London, 1881)., 2013, x+236+6* pages.
Moneta 169
Documents and Studies on 19
th c. Monetary History, India, Resolution, n° 1325, 12th July 1864, on the subject of a Gold Currency for India and Correspondence between the Secretary of State for India and the Government of India on the same subject (London, 1865), 2014, VI+142+2* pages.
Moneta 170
Documents and Studies on 19
th c. Monetary History, India, Copy or Extracts of Letters or Papers relating to the Depreciation in the Value of Silver (13 October 1876, 22 March 1877, 31 July 1877, 26 May 1879, 11 August 1879), 2014, VIII+260+10* pages.
Moneta 171
Documents and Studies on 19
th c. Monetary History, India, Copy or Extracts of Papers from Her Majesty’s Representatives and Consuls in Foreign Countries having reference to the Silver Question (15 June 1885) and Correspondence between the British and Indian Government respecting the silver question (1886), 2014, VI+142+2* pages.
Moneta 181
Documents and Studies on 19
th c. Monetary History, India, Indian Currency Committee, Minutes of Evidence taken before the Committee appointed to inquire into the Indian Currency together with an Analysis of the Evidence, Part I (London, 1898), 346 pages
Moneta 182
Documents and Studies on 19
th c. Monetary History, India, Republication of Indian Currency Committee, Report of the Committee appointed to inquire into the Indian Currency Minutes of Evidence taken before the Committee, Part II Index and Appendices to the Evidence (London, 1899), 556 pages.
Chine et Hong-Kong
(Marina Kovalchuk - Georges Depeyrot, ed.)
Moneta 141
Documents and Studies on 19th c. Monetary History, China, Hong Kong, Selection of British and US documents (1855-1897), 2012, 218 pages.
Moneta 142
Documents and Studies on 19th c. Monetary History, China, Correspondence Received at the Colonial Office and the Foreign Office upon the Subject of the Supply of Silver in the Markets of China (1852-1858), 2012, 81 pages.
Moneta 167
Documents and Studies on 19th c. Monetary History, Hong Kong, Rise and fall of the Hong Kong Mint (7 May 1866 – 25 April 1868), 2013, 340 pages.
Moneta 177
Documents and Studies on 19th c. Monetary History, China, The silver question (2nd half of the 19th century), 2014, 266 pages
Corée
Moneta 184
Documents and Studies on 19th c. Monetary History. Korea. Le commerce de la Corée selon Collin de Plancy, ministre plénipotentiaire (1887-1906), par Sylvain Michon. Préface de G. Depeyrot, 2015, 152 pages (Voir ci-après).
*
Moneta 176
When Orient and Occident Meet. Proceedings of the Round Table of the "Silver monetary Depreciation and International Relations" Program, Osaka, April 4-6, 2014.

Documents and Studies on the 19th c. Monetary History. Korea. Le commerce de la Corée selon Victor Collin de Plancy, ministre plénipotentiaire (1887-1906). Michon (Sylvain). Préface de Georges Depeyrot, Wetteren (Belgique), Moneta, n° 184, 2015, 152 p.

    Ce 184e numéro de la Collection « Moneta » tombe à merveille, en cette « Année France-Corée 2015-2016 », célébrant le 130e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques franco-coréennes en 1886, par un traité dont la ratification s’effectua en 1887, à l’occasion de laquelle Collin de Plancy fit son premier, mais court séjour à Séoul., avant d’y résider comme consul de 1888 à 1891, puis de 1895 à 1906.
    L’ouvrage, comme l’indique son titre, n’est nullement une étude de numismatique, mais essentiellement un recueil de rapports commerciaux et financiers de Collin de Plancy, publiés dans le Moniteur officiel du commerce entre 1888 et 1900, auxquels ont été ajoutées quelques coupures de presse de 1896-1904. L’ensemble illustre le soin méticuleux dont faisait preuve Collin de Plancy dans ses observations sur le commerce de la Corée.
    Du point de vue proprement numismatique, c’est surtout la fin de ce recueil qui est intéressante, puisqu’on y trouve quelques renseignements sur la collection numismatique de Collin de Plancy, en particulier une analyse détaillée du catalogue manuscrit de ses monnaies coréennes, catalogue déposé à la Bibliothèque municipale de Troyes, sa ville natale, y compris quelques photographies de ce dernier.

Journal of the Oriental Numismatic Society, n°224, Été 2015

        Le numéro de l’été 2015 du Journal of the Oriental Numismatic Society contient de très intéressants articles et comptes-rendus relatifs à l’Asie orientale.
        On y trouvera tout d’abord un excellent compte-rendu d’un nouveau livre sur le monnayage tibétain. Il s’agit de l’ouvrage publié au début de 2015 par René van den Hooff, intitulé The Tibetan Gaden Tangka. A Die Study. Ce compte-rendu est rédigé par Wolfgang Bertsch, orfèvre en matière de monnaies tibétaines.

Au monastère de Gaden en 1990
        Le monastère de Gaden, situé à une soixantaine de kilomètres de Lhassa, que nous avons eu la chance de visiter il y a vingt-cinq ans, alors qu’il commençait à se relever des ruines de la révolution culturelle chinoise, tient une place éminente dans l’Eglise lamaïste tibétaine. Son monnayage est également très célèbre, lequel, d’ailleurs, a déjà fait l’objet de plusieurs études, notamment celle de Nicholas G. Rhodes, The Gaden Tangka of Tibet (Oriental Numismatic Society, Occasional Paper, n° 17, 1983). Nous ne sommes en rien compétent pour porter un jugement personnel sur ce livre, mais livrons bien volontiers la conclusion de W. Bertsch : « His book is a most useful tool for building a systematic collection of Tibetan Gaden Tangkas ».

        Toujours de W. Bertsch, on notera en particulier un très bon article intitulé « Fantasies and forgeries of quarter and half Sichuan rupees, struck in gold » (p. 38-40). Un article qui tombe fort à point, alors que se multiplient les ventes aux enchères qui présentent de plus en plus de ces fausses roupies chinoises du Sichuan. L’auteur en présente plusieurs sous l’appellation « fantasy », ce qui est plus aimable que « forgery », mais pas très différent. On comprend qu’il soit délicat de citer les très nombreux exemples de ces faux dispersés par les grandes maisons de ventes nationales et internationales. Aux amateurs d’être vigilants.
        Dans ce même numéro, est reproduit l’article que Joe Cribb, membre du Comité de Patronage de Numismatique Asiatique, avait écrit dans le numéro 6 de notre revue (juin 2013) à propos du « First Coin of Ancient Khmer Kingdom Discovered ».
        Enfin, notons l’aimable annonce du Colloque de numismatique cambodgienne organisé par notre Société le 10 octobre dernier : nous en remercions vivement le Journal of the Oriental Numismatic Society.

The Coinage of Bhutan, Essen, 2014, 179 p. (ISBN 978-3-00-044412-8),
Bronny (Klaus), Essen, 2014, 179 p. (ISBN 978-3-00-044412-8),
Reproduction of the advertising flyer concerning this book :
“The first great challenge which I encountered when starting to write the Book of Bhutanese Coins, about five years ago, was to find a system which would allow the arrangement of the coins into groups and subgroups taking certain easily identifiable features as guidelines for the classification. The organization of my overview is unusual in numismatics and so I will explain my thoughts and considerations.
“In the case of Bhutanese coins, the sort of design details or mintmarks, which enable the numismatist to attribute the coins of many countries to certain issuing authorities or mints, unfortunately are not available. Furthermore there no :
Name of the issuing authority in Bhutan : Deb Raja (civil ruler), Penlop (governor) or Dharma Raja (spiritual ruler),
Portrait of the ruler who issued the coin,
Coat of arms,
Year, in which a coin was struck,
Denomination of the coin,
Insignias (marks) of mint or mint master (…)
To find coins using my system I begin with the chapter “Group Index”, which classifies the coins according to typical marks, followed by the 136 pages long chapter ‘Overview’, showing coin images from different collections, sorted by the Group Index number system. Thereafter I show additional coins which were circulated in Bhutan to make payments.
Because of the inexhaustible variety of Bhutanese coins, this book can only give an overview”.

Dans le Journal of the Oriental Numismatic Society (Hiver 2015),
Dans ce n° 222, nous avons tout particulièrement relevé les trois études suivantes :
« The Birth of the ‘New’ Bombay Mint. Matthew Boulton’s Pioneering Contribution to the Modernisation of Indian Coinage”, par Mahesh A. Kalra (p. 31-35)
“Diu : “40 bazarucos” Coins”, par Rohan Bahri (p. 35-36)
« Three Unknown Chinese Spade Coin », par W. Op den Velde et D. Hartill (p. 36-39)

Chopmarked Coins. A History. The silver coins used in China 1600-1935,
GULLBERG (Colin James), Taipei, iAsure, 2014, 187 p. (ISBN 978-0-9905200-0-9),
Jusqu’à la parution de ce livre, les amateurs de contremarques n’avaient à leur disposition que l’ouvrage de Frank M. Rose, Chopmarks, publié en 1987, Dallas, par Numismatics International. Rose avait été le pionnier des études de contremarques sur monnaies d’argent ayant circulé en Extrême-Orient et c’est à juste titre que son excellent livre faisait autorité. Toutefois, il avait été matériellement assez mal édité, avec une iconographie très médiocre, et de toutes façons, de nombreuses découvertes effectuées dans les dernières années, appelaient une révision du livre de Rose.
En 1994, la collection de F.M. Rose avait été achetée par un marchand de Taiwan et c’est sur la base de cette collection que C.J. Gullberg a construit son livre.
Demi-ducaton de Zelande, 1773, avec contremarques chinoises
L’étude des monnaies d’argent contremarquées en Extrême-Orient, principalement en Chine, est fort intéressante dans la mesure où elle reflète ce qu’étaient les circuits commerciaux dans la région, du XVIIe au XXe siècle.
Comptoirs commerciaux étranger à Canton vers 1820
Pour la période la plus ancienne, il s’agit le plus souvent de monnaies espagnoles, telles celles que Joe Cribb a décrites dans son article « Some Hoards of Spanish Coins of the Seventeenth Century Found in Fukien Province, China », (Coins Hoards, III, The Royal Numismatic Society, Londres, 1977). Mais on trouve également des ducatons des Pays-Bas, des dollars mexicains, guatemaltèques, péruviens, chiliens, des monnaies britanniques, des dollars des Etats-Unis, des monnaies des Philippines, du Japon, etc. Bien évidemment, les monnaies chinoises sont très nombreuses, car elles étaient contremarquées pour vérification, tout comme les monnaies étrangères. C.J.
Gullberg rend parfaitement compte de la diversité de ces contremarques, les différents cas étant présentés de façon chronologique, ce qui donne évidemment une idée assez précise des monnaies utilisées dans les échanges commerciaux de la Chine au fil du temps.
Pièce française de 5 francs (1877)
et sa représentation dans un livre de changeur de Taiwan

Les monnaies françaises sont assez peu représentées dans le livre, mais cela ne fait que traduire la faiblesse du commerce de la France avec la Chine, comparé à celui des autres puissances. Les pièces métropolitaines contremarquées en Chine sont rares, mais elles devaient néanmoins être suffisamment abondantes pour être figurées dans les livres des changeurs (Fig. ci-dessus). En revanche, les piastres de commerce en argent d’Indochine contremarquées sont assez nombreuses, quoique nettement moins fréquentes que les trade dollars américains ou britanniques contremarqués. On notera d’ailleurs que ces contremarques sur les monnaies d’Indochine peuvent avoir été imposées en Chine, mais aussi par des changeurs chinois d’Indochine.
Piastre de commerce d’Indochine contremarquée
A juste titre, l’auteur a reproduit dans son livre le tical cambodgien provenant de la Collection de Rose, contremarqué ji 記 (Fig. ci-après). C’est à vrai dire le seul exemplaire connu.

Tical cambodgien contremarqué provenant de la Collection Rose
Au total, il s’agit d’un excellent livre, qui actualise avec clarté ce que l’on sait des contremarques frappées en Extrême-Orient. Certes, il est encore quelques questions qui demeurent sans réponses : par exemple, la signification et l’intérêt des contremarques sur certaines monnaies de laiton sans grande valeur, comme les sapèques chinoises. Mais de façon générale, ce livre, excellemment illustré, constitue une synthèse intelligente et claire sur le sujet, à la fois historique et numismatique.
Ajoutons que ces dernières années, J.C. Gullberg a été le rédacteur des Chopmark News, éditées par le Chopmark Collectors Club, un bulletin très précieux pour les amateurs de contremarques.
Une dernière remarque, toute personnelle : il nous semble très regrettable que les collectionneurs et le commerce numismatique considèrent les pièces contremarquées comme étant de qualité inférieure. On lit trop souvent : « contremarquée, sinon excellente ». Il est vrai que si les contremarques sont trop nombreuses sur une même pièce et trop fortement frappées, la pièce devient illisible et déformée : dans de tels cas, la dépréciation est évidente. Mais il s’agit de cas extrêmes. Sinon, une contremarque nous paraît apporter un supplément d’intérêt à une monnaie. Le demi-ducaton de Zélande de 1773, contremarqué en Chine (Fig. au début de ce compte-rendu), porte la trace d’une histoire particulière, celle du commerce néerlandais en Asie, absente sur le demi-ducaton qui n’a circulé qu’en Zélande. L’intérêt d’une monnaie est, entre autres, l’apport qu’elle fournit à l’histoire. La contremarque est l’illustration du commerce ancien entre la Chine et l’étranger. En ce sens, elle ne déprécie pas la monnaie, au contraire, elle l’enrichit. (F.J.)

Monnaie et Souveraineté. Eléments pour une histoire économique, politique et monétaire du Cambodge,
Gardère (Jean-Daniel), Phnom-Penh, Banque Nationale du Cambodge, 2009, 636 p, Ill.,
Il existe une version de ce livre en langue anglaise :
Money and Sovereignty. An exploration of the economic, political and monetary history of Cambodia,
Gardère (Jean-Daniel), Phnom Penh, JRSC Printing House, 2010, 728 p.,

    Ancien directeur général du Centre Français du Commerce Extérieur, l’auteur a passé plusieurs années au Cambodge en tant que conseiller économique et consultant. C’est dire que son approche est principalement économique et financière. Le titre de l’ouvrage – Monnaie et Souveraineté – pourrait faire penser à un ouvrage de numismatique, mais tel n’est pas le cas. D’ailleurs le sous-titre l’indique immédiatement : Eléments pour une histoire économique, politique et monétaire du Cambodge. En revanche, s’il ne s’agit pas d’une étude numismatique, l’ouvrage aborde quantité de sujets qui sont fort intéressants pour ceux des numismates ou collectionneurs qui souhaitent aller au-delà de la simple description des monnaies et comprendre leur place dans l’évolution historique des Etats.
    L’histoire monétaire du Cambodge, de ses origines jusqu’au XIXème siècle, est une suite quasi ininterrompue d’énigmes et de paradoxes que l’auteur souligne à très juste titre.
    Dès la période pré-angkorienne, surgissent de premières questions fondamentales, restées jusqu’ici sans réponses claires. Tel est le cas, par exemple, en ce qui concerne le Founan. J.D. Gardère est tout-à-fait d’accord avec Robert S. Wicks, auteur d’un ouvrage fondamental sur la monnaie dans l’Asie du Sud-est ancienne, pour conclure que le cas founanais est totalement « énigmatique » (p. 41). Le Founan « connaît certainement une période de prospérité en partie fondée sur l’économie marchande », possède des comptoirs lointains, en péninsule malaise et en Birmanie, et pourtant, on ne lui connaît pas de monnaie. Il est classique, à ce propos, de faire référence aux découvertes de Louis Malleret à Oc-Eo : aucune monnaie n’était locale, toutes étaient étrangères.
Monnaies du Founan (Ier-VIème siècles)
    De là, l’auteur nous entraîne vers un deuxième paradoxe, majeur, qui est peut-être le prolongement du premier : l’absence de monnaie dans l’empire d’Angkor. J.D. Gardère se rallie à la thèse de Bernard-Philippe Groslier selon laquelle «Angkor ne possédait pas de monnaie»  (p. 43), même si aux XI-XIIIèmes siècles, on décèle quelques rares paiements en or ou argent. Comment un tel empire, organisé et puissant, a-t-il pu se construire et se développer en ne recourant qu’au seul troc ? C’est effectivement une énigme, sur laquelle s’interroge longuement l’auteur. La seule réponse possible, selon lui, est qu’il s’agissait d’une société qui ne vivait « ni par ni pour l’échange », mais uniquement sur « une économie du troc, de l’offrande et du don ». J.D. Gardère pose très judicieusement cette question : « Déclin et absence de monnaie : une corrélation possible ? » (p. 48).
    Angkor disparu, la monnaie apparaît enfin, mais, selon l’auteur, à des dates qui sont controversées. S’agit-il de Sri Jettha au tout début du XVIème siècle, ou de Jayajettha II au tout début du XVIIème (p. 94-95) ? La première thèse est celle qui est généralement admise ; en tout cas, c’est celle qui a la faveur des dirigeants cambodgiens contemporains. C’est des monnaies de Sri Jettha que la Banque Nationale du Cambodge fit frapper des copies en 2005. Le Vice-Premier ministre et ministre de l’Economie et des Finances déclarait à J.D. Gardère en 2009 : « La monnaie est un acte fondateur de l’autorité ; la souveraineté, c’est-à-dire la rencontre d’un Etat et d’un territoire, commence par une affirmation de l’autorité royale sur un peuple et un territoire donné. La monnaie permettant à cette affirmation de se manifester à la fois symboliquement et concrètement. Elle est un symbole et un instrument de souveraineté. C’est pourquoi, avec le Premier ministre lui-même, nous attachons tant d’importance aux slins, ces pièces frappées par Sdech Kan, ou Sri Jettha, au début du XVIème siècle. Elles correspondent à un geste fort » (p. 96).
    Cela étant, les monnaies cambodgiennes anciennes ne furent jamais émises en quantité bien considérable. Ce fut toujours le troc, semble-t-il, qui fut le moyen dominant de transaction : tel était encore le cas au XIXème siècle. L’auteur en fournit de nombreux exemples (p. 89).
Monnaies du Musée National de Phnom Penh
    Il est une autre énigme dans l’histoire monétaire du Cambodge. En effet, fidèles héritiers du monde indien, les Khmers ont produit de très nombreux textes juridiques. Or bien souvent, les sanctions sont prévues en termes monétaires, alors que la monnaie était fort rare, voire inexistante dans certaines régions rurales retirées. Ainsi les relations entre le maître et l’esclave sont-elles précisément codifiées et les fautes sanctionnées selon des barèmes monétaires. Il en va de même des engagements matrimoniaux, du régime de la famille, de celui des biens, etc. (p. 77-78). Comment expliquer le nombre de ces sanctions en monnaie dans un pays qui n’en émet guère ?
    Ces deux premiers chapitres dont nous venons de rendre compte ont des titres sans ambiguïté : « L’Empire sans monnaie » et « Les royaumes démonétisés ». Ce sont pourtant des chapitres qui devraient fortement intéresser le numismate, toujours confronté à des monnaies rares et difficiles à dater. Il y a là un champ de recherches qui est immense et quasiment vierge. Mais il est clair que des progrès ne seront possibles que dans la mesure où, de leur côté, les recherches archéologiques, menées scientifiquement, se développeront.
    Avec le XIXème siècle, on aborde un terrain plus sûr, mieux balisés grâce aux nombreux témoignages des voyageurs, explorateurs, missionnaires, militaires, administrateurs qui ont sillonné le pays. Et puis, c’est l’époque des premières monnaies de type occidental, qui nous sont plus familières.
    Comme dans le reste de l’Asie, les monnaies étrangères continuaient à pénétrer dans le royaume. Ce fut le cas, en particulier, des monnaies d’argent espagnoles : le riel, monnaie contemporaine du Cambodge, tirera son nom du real espagnol. Mais il est très remarquable que, très en retrait sur le plan monétaire, le royaume khmer allait se retrouver très en avance dans le nouveau contexte monétaire du XIXème siècle, dominé par l’étalon argent. Face aux piastres espagnoles et autres monnaies d’argent étrangères, le roi Ang Duong (1841-1859) prit la décision de faire frapper une « piastre cambodgienne », ses célèbres prak bat frappées en 1852-1853 (p. 100 et suiv.). « Acte fort ! », souligne l’auteur. « Il a donc introduit dans la grande famille  des piastres, vingt ans avant les Français, sa propre « piastre cambodgienne » (p. 102). Toutefois, ni son poids d’argent fin, ni le volume de l’émission ne permirent à cette « piastre cambodgienne » de vraiment s’imposer sur le plan commercial. Le résultat ne fut pas à la hauteur de l’intention, mais le Cambodge avait fait là preuve de sa volonté de modernisation monétaire, à l’égal de ses voisins annamites et siamois. Dans un Etat de tradition aussi peu monétaire, c’était effectivement un « acte fort ». Le numismate ne peut pas rester indifférent à de telles considérations s’il veut apprécier la véritable signification historique d’une monnaie.
    Finalement, ce devait être la piastre de commerce française qui allait faire entrer le Cambodge dans la modernité monétaire (chapitre IV). Au détriment de la « piastre cambodgienne », bien sûr. Si la piastre française empiète évidemment sur la souveraineté cambodgienne, « elle apporte cependant au Cambodge un instrument monétaire moderne. Elle va d’ailleurs tantôt accompagner et tantôt susciter d’innombrables progrès et changements qui s’étendent bien au-delà de la sphère monétaire » (p. 136). L’auteur consacre de longs développements à l’introduction de la piastre métallique et du billet de banque au Cambodge, ainsi qu’à l’implantation du système bancaire. Mais il explique aussi comment la préférence pour la liquidité demeura forte et la thésaurisation importante.
    En revanche, la piastre indochinoise priva le Cambodge d’une monnaie souveraine nationale. « le Gouvernement ayant décidé l’Union indochinoise, l’idée de frapper une monnaie spéciale pour le Cambodge doit être écartée », écrivait le Payeur général en 1898 (p. 149). Une fois encore, le Cambodge vivait sur une monnaie qui lui était étrangère. « La piastre écartelée entre l’or et l’argent » (p. 163) : J.D. Gardère consacre d’intéressants développements à ce sujet, mais cela ne concerne plus guère la question monétaire proprement cambodgienne : le royaume se trouve « pris dans des enjeux qui le dépassent » (p. 169).
10 cents de 1953
    «De la piastre au riel» (chapitre V) : le contexte de la naissance d’une monnaie enfin nationale est fort bien expliqué. La Banque Nationale du Cambodge est créée le 23 décembre 1954 et le privilège d’émission des billets de banque libellés en riels lui est conféré le 1er janvier 1955. L’indépendance politique de 1953 trouvait là sa traduction monétaire (p. 226-227). C’est sur cette naissance du riel que s’achève le « Livre Premier », complété par une belle série de reproductions en couleur, de monnaies du Founan au Protectorat (p. I-XV).
    Les «Livre Deuxième» (« La marche conjointe et heurtée du politique et du monétaire », p. 229-438) et « Livre troisième » (« Vers la souveraineté monétaire et l’efficacité bancaire », p. 439-605) intéresseront plus l’économiste que le numismate. Ce dernier, toutefois, y trouvera nombre de sujets de réflexion. C’est le cas, notamment, de la suppression de la monnaie par les Khmers rouges (p. 328-345).
    J.D. Gardère constate finalement qu’aujourd’hui, « la pluralité monétaire règne encore au Cambodge. Plus encore, dans ses tréfonds, la population accorde plus de valeur à l’or et aux bijoux qu’à la monnaie. Elle en fait ses instruments de réserve de prédilection, au détriment de placements dans l’économie via le système bancaire » (p. 610). Un point positif n’en émerge pas moins : « La perspective d’une souveraineté monétaire pleine existe » (p. 622). Conclusion optimiste de la vaste et passionnante fresque que constitue ce livre. (F.J.)

Cambodge : Du Funan au Chenla. 1000 ans d’histoire monétaire,

Epinal (Guillaume) (avec la collaboration de Jean-Daniel Gardère), Phnom-Penh, Publication de la Banque Nationale du Cambodge, JSRC Printing House, 2014, 129 p.
    Les lecteurs de Numismatique Asiatique connaissent déjà Guillaume Epinal puisqu’il est l’inventeur de la monnaie d’ Īśānavarman dont il a été longuement rendu compte dans le n° 6 (Juin 2013) de cette revue. Cette fois, au contraire, c’est à une vaste synthèse et une discussion de données diverses, souvent hétéroclites ou peu fiables, que nous invite G. Epinal, en collaboration avec J.D. Gardère, puisqu’il s’agit de « 1.000 ans d’histoire monétaire » au Cambodge. Le propos pourrait sembler bien ambitieux, concernant un pays dont l’histoire monétaire, précisément, est si mal connue. En fait, on va le voir, l’auteur adopte une méthode qui lui évite de tomber dans les errements habituels sur ce sujet et fait de ce livre une contribution significative à  l’histoire monétaire de ce pays.
    Comme il se doit, l’ouvrage s’ouvre sur une description géographique et surtout un rappel historique de ce que furent les empires pré-angkoriens, d’abord celui du Funan (Ier-VIIème siècles), puis celui du Chenla (VII-IXèmes siècles). C’est l’occasion de rappeler l’apport exceptionnel de quelques paléographes, archéologues et historiens français à la connaissance de ces périodes, tels Paul Pelliot, George Coedès ou Louis Malleret.
    Puis très justement, G. Epinal s’intéresse à ce que furent les premières découvertes monétaires, certes modestes et malheureusement tombées dans l’oubli, mais qui ont leur place dans cette reconstitution du passé monétaire de la région. Citons en particulier celle de l’ingénieur Philippe Cappon, vers 1881-85, aux alentours de Saïgon, publiée par la Revue Numismatique en 1886, ou celles, plus connues, décrites par George Groslier en 1921, et surtout celles découvertes sur le site d’Oc-Eo par Louis Malleret en 1944. Autant de jalons qu’il faudra réétudier à la lumière des données plus récentes. La monnaie d’or d’ Īśānavarman qu’on doit à la perspicacité de G. Epinal, est, elle aussi, à replacer dans cette suite de découvertes, de façon, un jour, à tenter une synthèse.
    L’auteur aborde alors une des grandes questions qui sous-tendent cet ouvrage : l’acquisition en 2013, par la Banque Nationale du Cambodge, pour le futur Musée de l’Economie et de la monnaie, de la Collection Tranet. Cette collection est à la fois importante, mais pose de réels problèmes d’authenticité et de provenance, deux questions intimement liées. Elle compte 106 monnaies dont 64 appartenant au Ier millénaire. G. Epinal ne cherche pas à dissimuler la difficulté, et il faut lui en savoir gré : « Il s’y trouve des types monétaires jamais répertoriés et d’autres, dont l’authenticité parfois douteuse, rend l’étude assez ardue » (p.32). Il est affirmé, toutefois, qu’une grande partie de ces monnaies proviendrait du site d’Angkor Borei, cité majeure du Funan, d‘autres d’Oudong. Quelques unes sont hellénistiques, romaines ou indiennes. Certains experts renommés, pourtant, estiment que la grande majorité de cette collection n’est pas authentique.
Quelques monnaies d’argent de la Collection Tranet
    L’auteur propose une analyse très fouillée de cette collection : c’est une partie fort importante de ce livre. Il ne saurait être question dans ce compte-rendu, de reprendre cette analyse, groupe par groupe. On se contentera de souligner quelques hypothèses avancées par l’auteur. Ainsi G. Epinal écrit-il : « Certains types monétaires particulièrement prisés, produits initialement dans un lieu spécifique ou par une autorité bien déterminée, ont pu être reproduits, copiés ou réinterprétés ailleurs, à la même époque ou plus tard » (p. 97). En d’autres termes, les « monnaies au Soleil levant », d’origine pyu (Birmanie actuelle), qui paraissent avoir joué un rôle prépondérant dans les échanges commerciaux de la région, ont très bien pu être copiées au Funan, de la même façon – c’est nous qui le précisons -- que, beaucoup plus tard, les monnaies chinoises de la dynastie Song, dominantes dans le commerce asiatiques, seront copiées au Japon, en Annam, à Palembang (Indonésie actuelle) et ailleurs. C’est ce qu’on appelle « monnaies de commerce ». D’où l’hypothèse de l’auteur : « La monnaie d’argent au type du Soleil levant est fort probablement ‘devenue’ une monnaie du Funan. D’abord par son acceptation et son usage de plus en plus courant, au niveau bien entendu des élites politiques et marchandes et ensuite par sa fabrication et ses manipulations effectuées localement » (p. 101). Ou encore : « Il faut en conséquence retenir l’hypothèse de l’existence de plusieurs ateliers régionaux indépendants, plus ou moins éloignés de la source d’émission initiale » (p. 100). Hypothèse séduisante, mais qu’il faudra étayer par des recherches archéologiques qui prouvent incontestablement l’existence de sites locaux de fabrication.
    Au total, nous nous trouvons en face d’un excellent livre, qui pose clairement les problèmes et propose hardiment, mais à bon escient, des pistes de recherches nouvelles. Chea Chanto, gouverneur de la Banque Nationale du Cambodge, écrivait dans la préface du livre : « Je suis convaincu que ce travail va lancer ou relancer de nombreux débats. N’est-ce pas aussi le but d’un musée [le futur Musée de l’Economie et de la Monnaie] que de faire avancer par de nouvelles recherches et analyses une histoire encore obscure à maints égards ? ». De fait, il est urgent en cette période de développement économique rapide et de grands chantiers qui vont inévitablement faire surgir de nouvelles trouvailles, de structurer les études numismatiques khmères. La trouvaille de la monnaie d’or d’ Īśānavarman tout comme ce livre y contribuent grandement ; il faut en remercier l’auteur.
    Nous ajouterons qu’il est heureux qu’un jeune chercheur travaillant dans le cadre de l’Ecole Française d’Extrême-Orient s’intéresse à la numismatique khmère. Toutefois, c’est là un terrain de recherche très difficile, compte tenu de la rareté des recherches archéologiques menées scientifiquement et de l’abondance des faux proposés dans le commerce, provenant des pays voisins, notamment de la Thailande. (F.J.)
Monnaie d’or d’ Īśānavarman (x 2)

« Newly Discovered Types of Mid-13th Century Chingizid Silver Coins »,
Belyaev (V.A.), Sidorovich (S.V.), publié sur Internet, Academia.edu, février 2015, 7 p.,

    Les Russes sont vraiment les maîtres en ce qui concerne la numismatique des confins entre Chine, Mongolie, Turkhestan et Tibet. Cet article de V.A. Belyaev et S.V. Sidorovich en est une nouvelle preuve.
    Il s’agit de la présentation de monnaies d’argent découvertes en 2007 dans la province du Gansu, plus précisément celles de types inconnus jusqu’ici. Les unes (figure ci-dessus) se lisent Xining tongbao au revers, c’est-à-dire « Monnaie courante de Xining », plus exactement « Monnaie courante émise à Xining » : la mention du toponyme du lieu d’émission est tout à fait inhabituelle sur les monnaies chinoises. La légende du droit est en langues ouighoure et mongole.

    Les autres (figure ci-dessus) se lisent, au droit, Dachao tongbao, soit « Monnaie courante de la Grande Dynastie » ou « Monnaie courante de la Grande Cour », ce qui désigne l’empire mongol sous Genghis Khan ; au revers, l’inscription est en arabe.
    Les deux auteurs donnent ensuite des commentaires très fouillés sur ces monnaies inédites du XIIIe siècle, notamment en ce qui concerne les légendes chinoises et leurs équivalents en ouighour, mongol et arabe.
    Nous profitons de ce compte-rendu pour remercier à nouveau V.A. Belyaev, responsable du site Internet Zeno.ru, de très loin le meilleur des sites consacrés à la numismatique orientale, qui a bien voulu accorder une place particulière à notre revue Numismatique Asiatique dans la section « Bibliography » de ce site.

Lao Coins and Currency,
de H. A. Daniel III,
    Howard A. Daniel, membre de notre Société et auteur de nombreuses études sur les monnaies d'Asie du Sud-Est à publié début 2014 (Editions The Southeast Asian Treasury, Vietnam), le volume IV de sa série ‘The Catalog and Guidebook of Southeast Asian Coins and Currency’. Intitulé ‘Lao Coins and Currency’ (2014, 233 p., ISBN 9786048607609), il s’agit d’un catalogue des monnaies et billets entièrement consacré au Laos.

    Les numismates qui avaient acquis, le tome III de la série, ‘Cambodian Coins and Currency’, paru en 2013, seront déjà familiers avec la structure de ce catalogue qui, selon le même découpage, comporte également sept chapitres :
        1. Legal tender coins & notes
        2. Bullion bars & rounds backgrounds
        3. Patterns, proofs & specimens
        4. Counterfeits, replicas & fantasies
        5. Medals & non circulating legal tender
        6. Miscellaneous
        7. Certificates, covers, boxes & holders.
    L’ouvrage est complété par une préface, une introduction, un glossaire, une bibliographie et un index. La préface est l’occasion pour l’auteur de préciser qu’il existe actuellement peu de personnes qui s’intéressent à la numismatique du Laos et qu’il souhaite que cette première édition suscite des vocations dans ce domaine, autant au niveau de la recherche que de la collection.
    L’ouvrage décrit les émissions de monnaies laotiennes du 16ième siècle à nos jours, ainsi que les billets (depuis 1945). L’iconographie est abondante, puisque chaque type est représenté. Ainsi sont présentés, en couleurs, environ 850 objets monétaires.

Exemples d’explications concernant les monnaies dites lat
    Le chapitre 1, qui représente presque la moitié de l’ouvrage est consacré aux émissions légales et aux billets. Ces derniers se taillent une large part (70 pages) dans laquelle l’auteur nous livre ses recherches personnelles. Quant au monnayage métallique autochtone laotien, il a la spécificité de se composer, dès ses débuts, et sur une longue période, uniquement de lingots en alliage d’argent ou en cuivre. La section dédiée à ces lingots est particulièrement développée et les diverses marques gravées du décor sont décrites en détails. Certains lingots aux formes et décors peu courants (losange, dépressions, etc..) pourraient être des objets cérémoniels ou des amulettes. Howard A. Daniel s’est appuyé sur l’aide de nombreux spécialistes, mais il avoue cependant qu’étant donné le nombre élevé de faux qui ont circulé à diverses époques, il reste difficile de discerner l’authenticité d’un lingot monétaire laotien. Les cinq pages du chapitre 4 permettent cependant de reconnaître quelques faux, souvent modernes. Il faudra attendre la période de colonisation française pour voir apparaître les premières monnaies conventionnelles. Le gouvernement autonome du PDR continuera dans cette voie jusqu’à nos jours.
    Le chapitre 2 traite des monnaies ayant eu un cours réglementé particulier, telles que les monnaies étrangères : anciens sycees chinois, barres vietnamiennes, monnaies européennes contremarquées et taels français employés dans le commerce de l’opium. Les 25 pages du chapitre 3, consacré aux spécimens et essais, décrivent essentiellement des billets. La partie réservée aux médailles (chapitre 5) est assez fournie (environ 40 pages) : la grande majorité de celles-ci datent de la période 1971-2012. Le chapitre 6 (Divers) concerne les jetons, les coupons télégraphiques, les cartes téléphoniques, les billets de loterie et les actions. Enfin, le dernier chapitre reproduit quelques présentoirs à monnaies ou billets dont la plupart sont récents.
Essai de couleurs pour le billet de 50 at du Lao Issara (1948)

    Les cotations sont données en dollars pour trois états (Very Fine, Extremely Fine et UNC). Elles reflètent, à mon avis, les prix du marché américain et de certains résultats de ventes internationales prestigieuses. Elles peuvent parfois paraître assez élevées par rapport aux prix du marché français ou européen, mais elles doivent être vues avant tout comme des repères.
    Cet ouvrage, qui a l’avantage de représenter une très large gamme d’objets monétaires laotiens sur une longue période et de fournir de nombreuses informations, s’adresse avant tout au collectionneur, puisqu’il lui permettra d’identifier et de classer facilement monnaies et billets, et de connaitre leur rareté relative. Il s’agit d’une source abondante et incontournable, d’un format pratique et agréable, bien actualisée, et d’un prix modeste, qui apportera des informations nouvelles, mêmes aux collectionneurs les plus avancés. (A.E.).
Médaille en l’honneur de l’action de Lucien de Reinach (1864-1909) au Laos

Catalogue des monnaies de Malaisie,
Boon (K.N.), Malaysia, Brunei & Singapore Banknotes & Coins, Kuala Lumpur, Trigometric SDN BHD, 2014,    496 p.

    Ce catalogue est devenu la référence classique pour les monnaies de Malaisie, puisque cette édition de 2014 est la septième. Et c’est un succès qui est mérité. D’abord, il se présente sous une forme qui est excellente : très bonne et abondante iconographie entièrement en couleurs, bons agrandissements et schémas, classement clair, etc. Toutes les cotes apparaissent en « Fine », « Very Fine » et « Extremely Fine ».
Sarawak. 1856. Billet de 10 cents

    Mais surtout ce catalogue est rédigé avec sérieux et minutie. Les aperçus historiques sont nombreux, donnés en anglais, en chinois et en malais. De même, les reproductions de documents numismatiques anciens sont nombreuses. Tous les tirages sont mentionnés. En ce qui concerne les monnaies métalliques, on appréciera en particulier le fait que sont répertoriées de nombreuses variétés. Les deux parties consacrées respectivement aux monnaies métalliques et aux billets sont sensiblement équivalentes et aussi bien traitées l’une que l’autre.
    On regrettera toutefois l’absence du monnayage de Singapour depuis l’indépendance : le mot « Singapore » dans le titre ne fait référence qu’aux monnaies du « Settlement » lorsqu’il était lié au reste de la Malaisie sous administration coloniale britannique. Sinon, ce catalogue constitue en tous points, un très bon outil de travail et une référence tout à fait recommandable pour les collectionneurs de monnaies de Malaisie.

Les monnaies Song de la Bibliothèque Nationale de France,
POISSON (E.), Monnaies chinoises  III Les Song, Paris, Bibliothèque Nationale de France, 2013, 136 p., VIII pl. (ISBN 978-2-7177-2540-7)
Ce volume III du catalogue des monnaies chinoises de la Bibliothèque Nationale de France, consacré aux monnaies de la dynastie Song (960-1279), était attendu depuis longtemps. Il fait suite aux deux catalogues publiés par François Thierry concernant respectivement L’Antiquité préimpériale (vol. I) et la période Des Qin aux Cinq Dynasties (vol. II).
    Contrairement aux deux précédents, ce troisième volume n’est pas rédigé par le responsable de la collection, F. Thierry, mais par E. Poisson, professeur à l’Université Paris-Diderot. C’est bien dommage, car les utilisateurs de cette série étaient habitués à une certaine qualité de recherche et d’information qui est loin de se retrouver dans ce troisième volume. L’idée de confier la rédaction d’un catalogue relatif aux monnaies d’une période aussi importante de l’histoire de Chine à un « historien du Viêt Nam classique » était surprenante, alors que nous possédons en France d’excellents spécialistes de la dynastie Song.

Le « Commentaire historique et numismatique »
    L’ouvrage s’ouvre sur un « Tableau d’histoire politique » (p. 11-17). « L’étude de la monnaie des Song du Nord (960-1127) et du Sud (1127-1279) ne saurait faire l’économie d’un exposé des grandes lignes de l’histoire politique », écrit l’auteur. C’est parfaitement juste ; on pourrait d’ailleurs faire la même remarque, assez banale, à propos de n’importe quelle période dans n’importe quel pays. Cela étant dit, encore faut-il qu’un tel Tableau soit rédigé de façon à éclairer ce qui est le corps de sujet, c’est-à-dire la présentation de la collection monétaire, et non un Tableau plaqué artificiellement en début d’ouvrage. Est-il important, par exemple, de savoir que « L’armée impériale est divisée en trois sections, placées chacune sous le commandement direct d’un généralissime », pour comprendre la question monétaire sous les Song ? En revanche, il aurait été intéressant de préciser comment une telle politique de centralisation « a fait obstacle à l’émergence de pouvoirs locaux centripètes », phénomène assez rare méritant explication (p. 11). Suit une longue histoire événementielle, de lecture difficile ; y sont mises en relief toutes les crises qui ont émaillé ces trois siècles, sans que jamais la grandeur et le prestige de la dynastie Song n’y apparaissent. Bien dommage, car ce sont cette grandeur et ce prestige qui contribueront à la force de sa monnaie, laquelle sera copiée dans toute l’Asie orientale durant des siècles.
    Suivent « Quelques éléments d’histoire économique » (p. 18-19). Effectivement, il ne s’agit que de « quelques éléments », résumés en deux pages seulement, alors que nous approchons du cœur du sujet, c’est-à-dire du lien entre économie et monnaie. A juste titre, l’essor du commerce extérieur est souligné, mais cet essor était avant tout fondé sur une économie intérieure qui progressait fortement, ce qui aurait mérité quelques explications : ce sont là des données plus importantes que le rappel des importations de « pachak (saussurea costus) du Jipin (Cachemire) » ou des exportations de parasols vers l’Asie du Sud-Est (p. 19).
    Cette présentation générale s’achève sur un très long passage intitulé « Monnaie et circulation monétaire » (p. 20-29). La longueur de ce développement est tout-à-fait justifiée, car là, on est effectivement au cœur du sujet. L’auteur souligne très justement que « les plus fortes émissions de l’histoire de la Chine sont contemporaines de la dynastie » (p. 20). Les chiffres avancés ne laissent aucun doute sur ce point : plus de cinq milliards de sapèques fondues chaque année durant l’ère Yuan Feng (1078-1085). Et l’Histoire des Song, Song Shi 宋史 – abondamment référencée Songshi dans le texte, mais qu’il faut aller chercher à « Tuo Tuo » dans la bibliographie ! -- permet de brosser un tableau particulièrement précis de l’histoire monétaire de la dynastie. On a là quelques pages (p. 20-23) qui sont parmi les plus intéressantes de ce volume : « famine monétaire », fraude, fuite de la monnaie de bronze vers l’étranger, répartition géographique de la production, utilisation de la monnaie de fer, composition des alliages, développement de la monnaie de papier. Chacun de ces aspects, toutefois, aurait pu faire l’objet de développements plus complets : c’eût été plus approprié que les récits de conflits militaires de la première partie.
    Puis à partir de la p. 24, toujours sous ce même titre « Monnaie et circulation monétaire », est abordée une question quelque peu différente : celle de la calligraphie des caractères sur ces monnaies de la période Song (p. 24-29). Pour le monnayage de cette dynastie, de fait, c’est une question de première importance, car on y voit apparaître de nombreux styles de calligraphie : officiel, sigillaire, cursif, etc. L’auteur préfère écrire lishu 隸書, zhuanshu 篆書, xingshu 行書, etc., c’est plus « scientifique ». Les explications de l’auteur sont intéressantes, mais pas toujours claires. 
Prenons un exemple. Ainsi écrit-il : « Pour les monnaies Song yuan tong bao, les numismates chinois ont ainsi dégagé un type initial qui, sans équivoque, dérive des kaiyuan, les kaiyuan Song yuan 開元宋元 (n°4) : la calligraphie des caractères yuan 元, bao 寶 et tong [ là, le caractère est supposé connu, car absent du texte] provient en droite ligne de celle des monnaies Tang » (p. 26). Si l’on se reporte à l’inventaire, on y trouve effectivement un Type I appelé Kaiyuan Song yuan (p. 36). Mais si l’on compare ce Type I au Type II, dit Song yuan (émission courante) (p. 37), force est d’admettre que la distinction entre les deux graphies, n’est pas évidente (fig. ci-dessous) ; quelques explications auraient été bienvenues, montrant  qu’on est là, « sans équivoque », en présence de deux types différents.
Ce qui distingue « sans équivoque », ces deux types aurait mérité explication

    Accessoirement, aurait également été bienvenue une explication quant au fait que le Type II est celui d’une «émission courante», et que par conséquent, le Type I doit être celui d’une émission exceptionnelle : en quoi l’une est « courante » et non l’autre ? Rien de tout cela n’est indiqué.
    Par ailleurs, toujours en matière de calligraphie, il est traditionnel d’énumérer les monnaies dont les caractères, durant cette dynastie, ont été tracés par des lettrés célèbres et surtout par les empereurs eux-mêmes. C’est en particulier le cas de l’empereur Tai Zong (976-997) ou, plus célèbre encore, celui de l’empereur Hui Zong (1101-1125). L’auteur consacre d’importants développements à la calligraphie de ce dernier, dite d’ « or mince », qui ne sont pas sans intérêt. En revanche, on aurait souhaité que soit franchement abordée la question des sources relatives à ces calligraphies monétaires dues à ces empereurs. Une fois encore, on doit se contenter du classique : « la tradition rapporte que … » (p. 27), mais jamais il n’est précisé d’où provient cette tradition, ce qui aurait pourtant été une information nouvelle et intéressante.
    Ainsi s’achève le « Commentaire historique et numismatique », fort léger (18 pages au lieu de 140 dans le volume précédent) et souvent insuffisant. Par exemple, on ne trouvera pas la moindre allusion sur l’origine de cette collection : est-ce la même que celle des monnaies répertoriées dans les vol. I et II ? Dans quelle mesure résulte-t-elle de dons, d’achats, de fouilles, à quelles époques ? Rien de tout cela n’est indiqué ; seules quelques références anciennes, dans la partie Catalogue, apporteront certaines précisions quant aux provenances, mais une synthèse relative à ces dernières aurait été utile. De même, certaines spécificités des monnaies de cette dynastie demandaient explication. Par exemple, à partir de l’ère Chun Xi (1174-1189) des Song du Sud, les monnaies sont datées au revers, année par année : pour quelle raison ? pourquoi à partir de cette ère ? les Annales fournissent-elles des éléments d’information ? La question est totalement passée sous silence. Et d’autres insuffisances pourraient être citées. On attend d’un tel catalogue qu’il fasse le point, mieux encore, qu’il devienne la nouvelle référence pour la période abordée : de toute évidence, ce n’est pas le cas.

Le catalogue
    Après ce « Commentaire historique et numismatique », suit le Catalogue proprement dit des 3263 monnaies constituant la collection (p. 36-127). Elles sont évidemment répertoriées dans l’ordre chronologique des règnes ; à l’intérieur de chaque règne, dans celui des ères (nianhao) successives ; à l’intérieur de chaque ère, dans celui des styles calligraphiques : il ne pouvait pas en être autrement.
    Ensuite, le classement devient plus délicat : il s’agit de répartir les monnaies par types et variétés. Il aurait été indispensable de définir ce que l’auteur, pour ce catalogue, entendait par « type ». Or visiblement, cela n’a jamais été fait. Aussi se trouve-t-on, selon les monnaies, en face de types de nature totalement différente. De façon tout à fait aléatoire, on passe successivement par des distinctions de types qui se fondent soit sur le module, soit sur la graphie des caractères, soit sur la largeur des rebords, soit encore sur la grandeur des caractères, le sens de la lecture, etc. L’absence de définition initiale fait que tel critère à l’origine d’un type pour telle monnaie perd toute pertinence pour telle autre. Prenons l’exemple de l’ère Chun Hua (p. 38) : en ce qui concerne les monnaies de style régulier, l’auteur considère qu’il existe deux types I et II fondés sur des graphies différentes du caractère yuan 元 ; en revanche, pour les monnaies de style cursif, il distingue également deux types I et II, mais fondés sur des différences de modules. Pour les monnaies primordiales de l’ère Da Zhong xiangfu (p. 42), les deux types I et II sont fondés sur la largeur des rebords : de ce fait, la grandeur des caractères devient indifférente ; mais pour les monnaies courantes de cette même ère, les trois types I, II et III sont fondés sur la grandeur des caractères, et par conséquent, c’est la largeur des rebords qui devient indifférente. Et ce ne sont là que des exemples, pris au hasard parmi bien d’autres, tout au long du catalogue.
n° 742                                                                        n° 750
Des types mal définis : exemple de deux monnaies considérées comme appartenant à un même type II et sous-type IIa.
Ici, la grosseur des caractères et la largeur des rebords sont considérées comme non significatives,
seule la graphie de bao
a été prise en considération.

    Ce classement est d’autant difficile à admettre que dans de très nombreux cas, non seulement il n’est pas logique, mais encore il semble défier toute logique. Prenons l’exemple des types fondés sur le module. Concernant les monnaies de l’ère Taiping (976-984), la monnaie n° 21 de 24,9 mm est dite de grand module, tandis que la monnaie n° 32 de 25,5 mm est dite de petit module (p. 37). Concernant les monnaies de l’ère Zhi Dao (995-997), la monnaie n° 120 de 24,3 mm est dite de grand module, tandis que la monnaie n° 125 de 24,8 mm est dite de petit module (p. 39) ; la monnaie n° 130 de 24,7 mm est dite de grand module, tandis que la monnaie n° 142, également de 24,7 mm, est dite de petit module (p. 39). Et d’innombrables cas comparables ponctuent l’ensemble du catalogue : on pourrait en dresser une liste fort longue. Soit ces classements sont justifiés, mais il aurait fallu les expliquer, soit ils sont totalement anarchiques, ce qui déconsidérerait beaucoup l’ouvrage.
    Ajoutons que dans de nombreux cas, rien n’indique ce qui fait la spécificité du type : par exemple le « Type I » des monnaies de style régulier de l’ère Tian Sheng (1023-64) n’est  nullement défini (p. 45), pas plus que le « Type I » des monnaies de style des scribes de l’ère Bao Yuan (1038-40) (p. 49), ou encore le « Type I » des monnaies de style sigillaire de l’ère Zhi Ping (1064-67) (p. 54), etc. Autre insuffisance : les revers plats sont confondus avec les revers vides (par exemple, n° 694, 918, etc.), ce qui est bien regrettable car précisément, l’existence de nombreuses monnaies Song sans rebord au revers aurait mérité explication. Parfois, c’est le nombre de traits d’un caractère qui est mal compté, alors que ce nombre est précisément le critère retenu pour définir un type (n° 958 ci-dessous).
Monnaie n° 958 classée en Type III (yuan 元 à 3 traits) alors que le caractère yuan en compte 4

    Dans d’autres cas, le type, de façon assez surprenante, est dit « indéterminable »  (p. 65). Il peut aussi être défini de façon assez sibylline : par exemple, celui de la monnaie n° 2105 bis, dont la légende Da Guan tong bao n’est pas transcrite, et dont le type est ainsi défini : « Hypothèse traditionnelle : Mi Fu Da Guan » (p. 81). L’existence de monnaies Da Guan tong bao calligraphiées par Mi Fu – c’est nous qui interprétons l’expression Mi Fu Da Guan -- aurait demandé explication.
    Dans les catalogues précédents, le faux monnayage d’époque était, à juste titre, systématiquement indiqué. Dans ce vol. III, sauf erreur de notre part, il n’en apparaît aucun : sur une collection de 3263 monnaies, c’est statistiquement très surprenant.  Soit ce faux monnayage d’époque a été écarté de la collection, soit il y a été maintenu, mais non signalé : dans l’un ou l’autre cas, c’est très regrettable.
    Enfin, force est de constater que les photographies sont le plus souvent d’une qualité médiocre. Alors que la typographie est excellente et le papier plutôt luxueux, cette iconographie n’en apparaît que plus médiocre. Le catalogue proprement dit se termine sur huit planches en couleurs dont on saisit mal l’utilité puisqu’elles reprennent des photographies qui se trouvent déjà dans le texte et concernent des monnaies tout à fait courantes : elles font seulement regretter que toute l’iconographie ne soit pas de cette qualité.
    L’ouvrage comporte une abondante bibliographie, pour l’essentiel constituée d’articles de revues chinoises. Tous sont-ils utiles ? On peut en douter puisque sur 133 références chinoises répertoriées, cinq seulement ont été utilisées dans ce volume. La bibliographie occidentale, qui n’est pas forcément moins « scientifique » que la chinoise, s’en trouve quelque peu négligée. Mais il est vrai que les ouvrages occidentaux cités ont été, quant à eux, très utilisés : sur les 59 notes que compte ce catalogue, 53 proviennent d’ouvrages en français ou en anglais, notamment les livres classiques de Herbert Franke sur les biographies Song (notés Franke 1 et Franke 2 dans la bibliographie, mais seulement Franke en note, si bien qu’on ne sait jamais celui qui est cité). En revanche certains auteurs ont été systématiquement écartés : c’est le cas, par exemple, de N. Nicolas-Vandier, à laquelle on doit pourtant une excellente étude sur la calligraphie (« Note sur les origines de l’écriture cursive en Chine », Journal Asiatique, 1959, p. 410 et suiv.) et surtout le livre de référence sur Mi Fu (Art et sagesse en Chine : Mi Fou (1051-1107), Paris, Annales du Musée Guimet, P.U.F., 1963). De même, les adresses internet – il en est de très sérieuses et très scientifiques – ont été exclues, sauf pour les travaux personnels de l’auteur (p. 4).
    L’ouvrage se termine sur un manque. En effet, contrairement aux volumes précédents, celui-ci ne comporte aucun index, ce qui est pourtant considéré comme indispensable dans toute étude scientifique et aurait sérieusement facilité l’utilisation de ce catalogue.
F. Joyaux

Les Compagnies des Indes,
ESTIENNE (René), sous la direction de, Les Compagnies des Indes, Paris, Gallimard, Ministère de la Défense DMPA, 2013, 288 p. (ISBN : 978-2-07-014135-7).
    Cet ouvrage n’est pas un ouvrage de numismatique, mais on voit mal comment un numismate s’intéressant aux compagnies des Indes pourrait s’en passer, tant pour situer le contexte général de sa collection que pour comprendre le rôle de la monnaie dans les flux commerciaux entre l’Europe et l’Asie.
    Ce travail collectif est dans la droite ligne d’un autre ouvrage collectif indispensable, Les Compagnies des Indes (Rennes, Ouest-France, 1999). Les auteurs en étaient les universitaires Philippe Haudrère et Gérard Le Bouëdec, ainsi que Louis Mézin, à l’époque conservateur du Musée de la Compagnie des Indes à Port-Louis. Il s’agissait alors d’une avancée considérable, par le contenu, mais aussi par le choix des illustrations et la qualité de la mise en page faite par une équipe exceptionnelle de graphistes.
    Le livre de 2013 est de la même veine qualitative, mais d’une autre ampleur, avec les mêmes auteurs, mais aussi beaucoup d’autres, qu’on ne peut tous citer, sous la direction de René Estienne, conservateur en chef du patrimoine à Lorient : historiens spécialistes de la marine, des indiennes, etc.
    L’ensemble forme une véritable encyclopédie des Compagnies des Indes, laissant la part la plus belle, il faut le dire, aux compagnies françaises. Quelques titres de chapitres au hasard : La grande crise financière de la fin du règne de Louis XIV (Thierry Claeys), Le marché français (Gérard Le Bouëdec et Eugénie Margoline-Piot), La Compagnie des Indes orientales (André Lespagnol), en tout trente sujets qui font le tour de la question.
    On retrouvera dans ce grand livre la qualité iconographique de l’ouvrage de 1999, avec le même soin dans la mise en page. Au plaisir de se plonger dans l’histoire des Compagnies des Indes, s’ajoute la nécessité, pour le numismate, de connaître au moins tout ce qui est écrit dans l’ouvrage. La frappe des roupies y apparaît comme ce qu’elle est : un maillon d’une chaîne commerciale longue et impliquant quatre continents.
Daniel Cariou

Tan Ji, une nouvelle revue chinoise de numismatique,
    En janvier 2014, est apparue une nouvelle revue de langue chinoise, intitulée Tan Ji 探極, éditée par la Société « Qian Dynasty » 錢朝 de Taipei (République de Chine, Taiwan) (www.tanji.com.tw). Il s’agit d’une revue destinée au grand public des numismates, qui souhaite allier numismatique et culture générale. Ainsi, dans ce n° 1, apparaissent quelques articles consacrés au jade, aux miroirs anciens, aux porcelaines, aux tabatières, etc. Mais 80 % de la revue porte effectivement sur la numismatique, à la fois monnaies et billets. On sent la volonté de ne pas concentrer la totalité des articles sur la seule Chine : ainsi trouve-t-on dans ce premier numéro un article sur les médailles commémoratives des concours de tir en Suisse !
    N’en demeure pas moins que l’immense majorité des articles portent sur les monnaies métalliques et les billets chinois, essentiellement ceux des XIXe et XXe siècles. La présentation est séduisante, les articles nombreux (160 pages pour ce n° 1), la photographie de bonne qualité. Toutefois, les articles sont tous assez brefs et sans aucune référence. Il s’agit avant tout d’une revue destinée aux collectionneurs, sans aucune prétention en matière de recherche : ce numéro est d’ailleurs accompagné d’un fascicule complémentaire reprenant toutes les cotes atteintes récemment pour des monnaies dispersées par les principales maisons de vente chinoises et internationales.
F. Joyaux

The early coins of Myanmar (Burma). Messengers from the past. First Millenium AD,
Mahlo (Dietrich).Bangkok, White Lotus Co., Ltd., 2012, 192 p. (ISBN 978 974 480 191 3)
    Table des matières : Préface. I. Introduction.  II. Catalogue des monnaies et annotations. III. Résultats. IV. Deutsche Fassung. Suppléments 1 et 2. Appendices. Bibliographie. Carte de la Birmanie avec les principaux sites de trouvailles de monnaies. 16 pl. en couleurs hors texte.
    Cet ouvrage en langue anglaise (traduit de l'allemand par Karen Margolis), traite des monnaies fabriquées durant le premier millénaire de notre ère sur l'actuel territoire de la Birmanie. Dietrich Mahlo qui a exercé des fonctions diplomatiques pour le gouvernement allemand, en particulier à Rangoun, pendant 4 ans, s'intéresse particulièrement, depuis un demi-siècle, à la provenance du monnayage birman et il produit ici une remarquable étude qui consacre ses recherches et actualise les travaux précédents qui dataient quelque peu, en proposant un catalogue, classé selon une chronologie découpée en 9 sections et 68 types. Les monnaies étudiées proviennent de collections de Birmanie, Thaïlande et Europe.
    Bien que diverses par leurs nombreux types, ces monnaies sont interconnectées et relativement homogènes. Chaque type fait ici l'objet d'une étude approfondie : les origines des symboles gravés sont méticuleusement recherchées, mais l'auteur a également le souci de bien préciser le contexte historique, malgré le peu de documents disponibles sur cette période.
    Des analyses de métal ont été effectuées sur 50 types différents. L'emploi de métaux nobles était systématique : or, électrum et argent. L'argent est le plus fréquent du fait de l'abondance de ce métal en Birmanie. Faits rares, les monnaies ont une pureté de 97 % et l'aloi ne s'est pas dégradé dans le temps. Bien que la région du golfe de Martaban soit surnommée 'pays de l'or', peu d'exemplaires du monnayage en or ou en électrum ont cependant survécu.
    Le monnayage birman se caractérise par des motifs symboliques empruntés à l'Inde (conque, vase fleuri, taureau allongé, etc..). Mais l'auteur souligne qu'il s'agit de créations indépendantes, qui ont débuté vers le 1er siècle sur la côte, puis au centre du pays, avec des types nommés pré-srivatsa. La frappe est alors assez grossière et les métaux employés sont d'abord l'argent, puis l'électrum. On trouve denombreuses divisions des unités de 9 grammes (et 7,5 grammes pour l'Arakan) selon le système indien des quarts. On trouve également des demis, dixièmes et autres infimes fractions. Vers le Ve siècle, apparaissent dans le nord de la Birmanie des monnaies fort différentes, ce sont les premiers types avec un srivatsa (temple stylisé) au revers : monnaies des Pyu portant au droit un soleil levant, puis un bhadrapitha (autel). Viennent ensuite d'autres types de monnaies au srivatsa : monnayage Mon à la conque ou à la roue  et d'Arakan à la conque ou au bœuf. Au cours du IXe siècle, la qualité du graphisme, emprunt désormais d'un certain maniérisme, ainsi que le soin apporté à la fabrication, se dégradent. Ce sont les types tardifs des Mon qui représentent des thèmes nouveaux tels qu'un lièvre, un lion ou une roue. La formation du premier empire birman au XIe siècle marque la disparition pendant plusieurs siècles du monnayage sur ces territoires.
    La diffusion de ce monnayage, dépasse largement les limites géographiques de la Birmanie, puisque de nombreuses trouvailles ont été faites depuis la Seconde Guerre mondiale dans des contrées aussi éloignées que les plaines centrales de la Thaïlande (U Thong, etc…) et le sud du Vietnam (site d'Oc-Eo). Une partie de ce monnayage (monnaies dites 'au soleil') avait été jusqu'à présent assimilée par les divers auteurs à la civilisation du Founan. Il se confirme que la Birmanie a été en fait le premier et le plus important centre de production, puis de diffusion monétaire de l'Asie du Sud-Est. 
    L'auteur corrèle le monnayage à l'histoire : existence de petits Etats maintenant inconnus, naissance du royaume de Sri Ksetra, apparition et chute d'Halingyi, origines de Pagan, probable excursion des Khmers dans le nord-est et le centre du pays au Xe siècle qui se reflète sur le graphisme de certaines monnaies. Dietrich Mahlo avoue qu'il reste encore beaucoup de choses à découvrir sur ces monnayages anciens birmans (A.Escabasse).

History of Chinese Numismatics,
    Helen Wang, conservateur des monnaies d'Asie orientale au British Museum et membre du Comité de Patronage de Numismatique Asiatique, a publié dans le n° 35-36 (2012-2013) de la revue Early China (Université de Californie), p. 395-429, un très intéressant article intitulé A Short History of Chinese Numismatics in European Languages.
    Cet article fait la synthèse de tout ce qui a été publié en Europe et en Amérique du Nord en matière numismatique chinoise, principalement aux XVIIIe et XIXe siècles. Certes, les publications en langue anglaise s'y taillent la part du lion ; toutefois, cette étude nous rappelle fort à propos d'anciens textes en langue française, trop oubliés aujourd'hui, par exemple ceux du Père L. Le Comte dans les Nouveaux Mémoires sur l'état présent de la Chine (1696), ceux du Père jésuite J.B. DuHalde (1674-1743) dans sa célèbre Description […] de l'empire de la Chine et de la Tartarie chinoise (1735), et bien d'autres. Des lectures qui sont loin d'avoir perdu toute leur actualité. Remercions Helen Wang de nous rappeler ainsi l'importance de l'histoire ancienne de la numismatique pour mieux comprendre son évolution actuelle. (F.J.)

An Irish Engineer. The Extraordinary Achievements of Thomas J. Waters and Family in Early Meiji Japan and Beyond, VIVERS (Meg), Brisbane (Australie), CopyRight, 2013 (?) (ISBN 978-1921452048).
    Nous signalons cette biographie de Thomas J. Waters car ce dernier fut, au tout début de l'ère Meiji, l'architecte de l'atelier monétaire d'Osaka, le premier atelier de type occidental au Japon.

Monnaies et jetons de l'Indochine française, LECOMPTE (Jean), Monaco, Victor Gadoury, 2013, 161 p. (ISBN 978-2-906602-42-7).
    Notons d'abord, parmi les questions de forme, d'une part le bilinguisme français-anglais, mais surtout l'introduction de la couleur, que nous défendons par ailleurs dans notre revue depuis ses débuts. En effet, la monnaie n'est pas qu'un objet de nomenclature ; non seulement la couleur renforce la description et la mémorisation des pièces, mais elle introduit une meilleure perception esthétique de la numismatique. La phase suivante étant l'agrandissement en couleur, mais hors de propos à l'intérieur d'un manuel.
    Nous remarquons aussi l'envol des cotes, pharaoniques mais correspondant à des résultats de ventes publiques internationales. Cette tendance aura pour effet de déplacer la numismatique de l'Indochine, de l'Europe vers l'Asie et l'Amérique, où l'on trouvera plus facilement de riches collectionneurs disposés à investir des fortunes dans ce monnayage. Est-ce un bien ou un mal ? Ce n'est pas notre propos de le dire, mais il est à parier que dans une génération ou deux, en Europe,  il faudra étudier les monnaies indochinoises essentiellement à partir des collections publiques.
    Un autre phénomène assez propre à la numismatique asiatique peut toutefois remettre en cause cette tendance lourde : c'est l'arrivée massive de fausses monnaies dans tout secteur numismatique soumis à de violentes hausses de prix. Ainsi nous voyons régulièrement apparaître en ventes publiques de faux taëls au cerf aux cornes longues ou de fausses monnaies fabriquées pour les GI's pendant la guerre du Vietnam ; même de fausses sapèques, pourtant bien innocentes et sans valeur, de l'empereur Khai Dinh, inondent le marché. Il est des secteurs de la numismatique, comme les monnaies grecques, qui ont payé très cher l'intrusion massive de faux à la suite d'une envolée déraisonnable des prix.
    Mais c'est le fond du travail de Jean Lecompte qui nous intéresse surtout.
    Deux chapitres font le tour d'une nomenclature déjà initiée dans les précédents ouvrages du même auteur, et l'on aura des difficultés à y ajouter de nouvelles monnaies dans l'avenir : il s'agit de la suite des monnaies d'hommage cambodgiennes, frappées dans tous les métaux et à toutes les épaisseurs, et des essais du gouvernement général de l'Indochine française. A cet égard, les travaux de François Thierry et, récemment, de François Joyaux, ont permis de resituer complètement le rôle de l'atelier tonkinois durant la dernière guerre, et la publication des fonds Mercier dans Numismatique Asiatique a révélé une richesse numismatique dont on ne soupçonnait pas l'étendue. C'est là une avancée majeure que diffuse l'ouvrage de Jean Lecompte.
    L'auteur, par ailleurs, a fait le tour des implantations françaises en Asie orientale, marquant chaque chapitre par l'évocation des monnaies proches quand on ne connaissait pas encore de pièces émises par l'autorité française : c'est le cas à Shanghai où la circulation monétaire est suggérée par un ensemble de pièces de  la concession internationale.
    Des chapitre collatéraux ont été ajoutés, permettant de situer le contexte international, économique ou politique de l'Indochine française : il s'agit des essais allemands pour l'Annam au moment où la France est empêtrée dans sa guerre de 1870, de l'influence économique française au Siam voisin, et même des monnaies au nom de Ho Chi Minh : doit-on les inclure ou pas dans le monnayage de l'Indochine française ? Jean Lecompte répond par l'affirmative. De même qu'en l'absence de documents, il faut faire des hypothèses sur quelques monnayages, comme celui des concessions chinoises.
    Il reste à souhaiter à l'auteur un épuisement rapide du tirage ; que pourrait-il alors ajouter lors d'une seconde édition ?
    Peut-être l'Annam fera-t-il l'objet d'un nouveau développement, mais c'est sans doute encore trop tôt ; il faudra préalablement recenser les collections publiques et privées recélant des monnaies au nom des empereurs après 1883, et la dispersion des quelques monnaies connues sur plusieurs continents et même chez les spécialistes de phaléristique ne va pas faciliter la tâche de ceux qui s'y consacreront.
    Les fonds Mercier et Morani - les taëls au cerf sambar et leurs essais - n'ont sans doute pas encore tout donné. Par ailleurs, si le nombre de pages le permet, il sera toujours intéressant de multiplier les pièces justificatives, comme celle indiquant la genèse de la république assise de Barre. Enfin, si le phénomène des faux poursuit sa lancée dévastatrice, peut-être sera-t-il intéressant de lui tordre le cou en signalant comment reconnaître les principales forgeries. Tant la numismatique, comme beaucoup de choses, évolue très vite…
    Certes, quelques spécialistes trouveront peut-être telle ou telle nuance à apporter sur des points précis. Par exemple, en ce qui concerne l'Indochine proprement dite, le taël proposé par la Maison Baldwin's (n° 326) ne ressemble pas tout à fait à celui qui est reproduit dans l'article de F. Thierry mentionné en note. De même, l'attribution des deux " monnaies de nécessité " de valeurs 5 et 40 au Kouang Tcheou Wan est très incertaine dans la mesure où la légende commence par Da Qing, c'est-à-dire " Grande [dynastie] des Qing ", en d'autres termes, l'empire chinois avant 1911. Mais ce sont là des détails qui n'ôtent rien à la qualité du livre.
    En l'état, nous prenons acte de l'étape majeure constituée par le livre de Jean Lecompte, sans oublier les progrès que la forme même du livre fait faire à la numismatique. (D.C.)

Autour des monnaies Hồng Đức thông bảo de Thánh Tông des Lê (1460-1497, THIERRY (François), BLET-LEMARQUAND (Maryse), Revue numismatique, 2013, p. 583-603
    Les monnaies
Hồng Đức thông bảo de l'empereur vietnamien Thánh Tông des Lê (1460-1497) sont classées en trois groupes selon la graphie des caractères. Le type 3 apparaît atypique avec une graphie lourde et des caractères épais. Une trentaine de monnaies ont été analysées par activation aux neutrons rapides de cyclotron. Les analyses élémentaires montrent qu'aux trois types monétaires correspondent des tendances significatives de la composition. Mais, contrairement à ce qui était attendu, l'alliage de type 3 est le plus riche en cuivre, et donc le plus onéreux, tandis que le type 1 présentant la graphie la plus soignée a été le plus avili par l'ajout de plomb. En l'absence de sources historiques et de données archéologiques fiables, les compositions élémentaires constituent un critère pour proposer une chronologie relative des Hồng Đức thông bảo, par comparaison avec les monnaies immédiatement antérieures et postérieures " (Résumé accompagnant l'article).

Cast Korean Coins and Charms, OP DEN VELDE (Wybrand) and HARTILL (David), Sandy (Angleterre), 2013, Bright Pen Book, 397 p. (ISBN 978 0 7552-1594-2).
    Les amateurs de monnaies coréennes étaient habitués à l'excellent livre d'Edgar J. Mandel, Cast Coinage of Korea, Racine (Wisconsin, Etats-Unis), Western Publ. Co, 1972, qui était leur bible depuis quarante ans ; ceux d'amulettes coréennes, moins bien pourvus, devaient se contenter, du moins en langue anglaise, du petit opuscule de H. A. Ramsden, Corean Coin Charms and Amulets, publié à Yokohama en 1910. Certes, la bibliographie, tant sur les monnaies que sur les amulettes, ne se réduisait pas à ces deux seuls ouvrages, mais c'étaient les plus utilisés en Occident. Le livre de Wybrand Op den Velde et David Hartill met fin à cette époque. Désormais, ce sera incontestablement leur livre, tant pour les monnaies que pour les amulettes, qui fera autorité.
    Plutôt que " leur livre ", il serait préférable d'écrire " leurs livres ". Les deux auteurs, en effet, expliquent comment est né cet ouvrage : " By a lucky chance the authors discovered that one of us (Wybrand) was working on a revised catalogue of Korean cash coins, and the other (David) was working on the charms and amulets. We decided to amalgamate our work to provide an easily accessible guide to both types of objects". L'ouvrage s'ouvre donc sur le livre de Wybrand Op den Velde concernant les monnaies et s'achève sur celui de David Hartill concernant les amulettes.
    Après de très intéressantes pages relatives à l'histoire monétaire de la Corée, la fonte des monnaies, les variétés calligraphiques des caractères et quelques considérations sur les symboles utilisés, l'ouvrage débute donc sur le catalogue de monnaies (p. 57-246). Comme il l'indique lui-même, l'auteur s'est le plus souvent contenté de reprendre les illustrations et le système de numérotation de Mandel, mais en y ajoutant un grand nombre de variétés et sous-variétés. Mandel répertoriait 511 types et variétés, alors que le présent ouvrage en répertorie 907. Le catalogue commence par les monnaies les plus anciennes, correspondant à celle des Kaiyuan des Tang en Chine (VIIe-IXe siècles), puis suit la chronologie. Jusqu'au XVIIe siècle, ces monnaies sont rares. Ensuite, c'est-à-dire durant la dynastie des Qing en Chine (XVIIe-XIXe siècles), on entre en Corée dans la période du Bureau de Stabilisation, Sang Pyong Chong (qui stockait les surplus de récoltes les plus abondantes pour les redistribuer les années de pénurie). Ces monnaies, dites de Stabilisation, Sang Pyong
常平, très standardisées, sont généralement communes, bien que certaines soient fort rares : chaque monnaie du catalogue est accompagnée d'une indication quant à sa rareté. L'ensemble est fort méthodiquement présenté, émetteur par émetteur : ministère des Finances, ministère des Travaux (comme en Chine), puis innombrables autres services émetteurs : Bureau des Transports, Bureau de charité de Séoul, Bureau militaire général, unités spéciales de l'Armée, etc. S'il fallait faire un reproche à ce catalogue, ce serait son caractère monotone puisque ne sont présentés que des estampages retouchés. A quand un catalogue constitué de photographies de monnaies ?
    Les amulettes, au contraire, sont présentées sous forme de photographies, ce qui est beaucoup plus séduisant. Cette seconde partie (p. 247-383) a été rédigée par David Hartill, auteur de quelques autres ouvrages désormais bien connus, notamment Qing Cash (2003), Cast Chinese Coins (2005) ou Early Japanese Coins (2011).
    Le classement des amulettes est toujours délicat. D. Hartill a choisi de les classer en fonction de leur forme : rondes à haut relief, formes fantaisistes, formes de poids, à côtés rectilignes, rondes sans trou central, rondes avec trou central circulaire, avec trou central carré, châtelaines, ainsi qu'une dernière catégorie, purement coréenne, les médaillons de mandat d'inspection (Ma pae). C'était déjà ce type de classement qu'avait adopté Ramsden en 1910. On pourrait longuement débattre de la pertinence de ce classement. Il est vrai qu'il ne rend pas compte de la fonction de l'amulette et mêle à l'intérieur de mêmes catégories, des amulettes dont l'objet est fort différent. Mais à l'inverse, ce classement permet au collectionneur de situer rapidement son amulette dans telle ou telle catégorie, du simple fait de sa forme. A lui, ensuite, d'en approfondir la fonction. Dans la mesure où il s'agit essentiellement d'un guide pour collectionneur, le classement adopté par l'auteur est parfaitement justifié. Au total, 1015 amulettes et châtelaines sont répertoriées : le progrès est considérable depuis les 207 numéros de Ramsden (273 avec le Supplément qu'en avait donné F. Starr en 1917, Transactions of the Korea Branch of the Royal Asiatic Society, vol. VIII, 1917). Il faut féliciter David Hartill pour cet excellent travail.
    Notons enfin que le livre est accompagné d'un lexique d'iconographie, très utile pour l'étude des amulettes, d'une importante bibliographie, principalement en langue anglaise, de tables de concordance, etc, autant d'annexes qui font de ce catalogue un instrument de travail de première qualité. (F.J.)

The Coins of the Bengal Presidency, de Paul STEVENS, Londres, Baldwin & Sons Ltd, 2012, 564 p. (ISBN 978-0-906919-25-5)

Ce livre est une véritable somme, et qui plus est, ce n'est que la première partie d'un projet plus ambitieux.
Mais avant d'aborder le contenu, il nous semble important de présenter l'auteur, car cela peut être plein d'enseignement pour nous, Français. En effet, Paul Stevens est un scientifique qui a fait toute sa carrière dans la recherche en matière de médicaments, puis dans une firme multinationale. En 2008, il prit une retraite anticipée pour se consacrer entièrement à la recherche numismatique. Paul Stevens est honorary research associate à l' Heberden Coin Room, qui est une partie de l'Ashmolean Museum de l'Université d'Oxford. Pour nous, qu'une université possède et entretienne un musée, dont une importante collection numismatique, est déjà surprenant. Mais qu'une aussi vénérable institution ait pour research associate un collectionneur - car Paul Stevens est avant tout collectionneur - venu du privé et d'un domaine d'activité radicalement différent, est parfaitement inconcevable dans le milieu totalement fermé de la numismatique française.
Ce livre de Paul Stevens, en fait, n'est que la première partie d'un projet plus vaste : The Coinage of the Hon. East India Company. Il porte plus précisément sur la période 1757-1835, c'est-à-dire de l'année où la Compagnie anglaise des Indes obtint pour la première fois le droit de produire de la monnaie, jusqu'à celle, en 1835, où apparut un monnayage commun à toute l'Inde britannique.
L'ouvrage comporte dix chapitres qui portent respectivement sur :
  I.      Calcutta Mint, Early Years, 1757 to 1760
  II.    Calcutta Mint, 1761 to 1790
  III.  Pulta mint, 1780-1786
  IV.   Calcutta Mint, 1790 to c. 1802
  V.     Other mints in Bengal, Bihar and Orissa. Includes Murshidabad, Patna, Dacca, Monghyr and Cuttack, also Tripura & Garhwal
  VI.   Calcutta Mint, c. 1800 to c. 1830
  VII.  Benares Mint, 1775-1830
  VIII. Mints in the Ceded & Conquered Provinces. Includes Ajmir, Agra, Allahabad, Bareilly, Delhi, Farrukhabad, Gwalior, Hathras, Najibabad, Saharanpur, Saugor and Sohagpur
  IX.   Calcutta Mint. Coinage with Steam-Driven Machinery, c. 1818 to 1835
  X.    Soho Mint
A cela, s'ajoutent des tableaux de concordance, un glossaire des mots indiens, un système de concordance avec la numérotation de Pridmore, les noms des ateliers et des empereurs figurant sur les monnaies. Il n'y a pas de bibliographie générale, mais un ensemble important de références à la fin de chaque chapitre. Ajoutons que l'iconographie est excellente.
Au fond, ce livre est un développement de celui du Major Fred Pridmore , publié chez Spink en 1975. Mais il va très au-delà, car il s'appuie massivement sur les archives de la Compagnie. C'est, selon nous, une des qualités et un des apports majeurs de cette étude. Trop d'ouvrages se laissent enfermer dans une vue étroitement restrictive de la numismatique : seuls comptent la monnaie, son poids, son métal, sa légende, etc., négligeant ainsi l'éclairage essentiel du texte historique qui l'a vue naître. On pourrait citer nombre d'études compliquées autour de telle ou telle monnaie, alors qu'une ligne d'archive peut fournir la réponse au problème. Le livre de Paul Stevens est tout l'inverse : non seulement il donne systématiquement ses sources d'archives, mais de plus, il n'hésite pas à les citer longuement. Numismatique et histoire se font ainsi constamment écho.
La seconde grande caractéristique du livre est que chaque chapitre de présentation historique est suivi d'un catalogue. Un vrai catalogue, c'est-à-dire un texte qui, derrière un numéro et à l'intérieur de tableaux fort clairs, donne poids, module, métal, année, transcription et traduction de la légende, etc. On y trouve même les références des ventes publiques correspondantes et un indice de rareté (à huit degrés). Nous en donnons ci-après un exemple pris au hasard : celui de la roupie d'argent de Patna, 1769-1770. Là encore, il y aurait beaucoup à dire par rapport aux publications scientifiques françaises qui n'imaginent pas un seul instant mêler science et commerce … renvoyant finalement aux publications anglo-saxonnes qui deviennent les seules autorités consultées.

Les spécialistes trouveront probablement telle ou telle affirmation discutable. Il n'en demeure pas moins que sur le plan strictement scientifique, c'est-à-dire celui de la méthode historique et de la précision numismatique, comme sur celui de l'utilisation pratique, c'est-à-dire du point de vue du collectionneur, ce livre nous semble être un modèle du genre. Deux autres volumes sont prévus. Il est certain que s'ils sont de la même qualité que ce premier volume, on aura là le classique en la matière, pour de nombreuses années. (F.J.)

Cambodia Coins and Currency, de H.A. Daniel
How ard A. Daniel, auteur de nombreuses études sur les monnaies d'Asie du Sud-Est et membre de notre Société, vient de publier au Vietnam, aux Editions The Southeast Asian Treasury, un catalogue des monnaies et billets du Cambodge sous le titre Cambodia Coins and Currency (2012, 219 p., ISBN 978-1-879951-00-6)
Ce catalogue comporte sept chapitres :
   1.    Legal tender coins & notes
   2.    Bullion
   3.    Patterns, proofs & essais
   4.    Counterfeits, replicas & fantasies
   5.    Medals & non circulating legal tender
   6.    Miscellaneous
   7.    Certificates, boxes & holders
Il se termine sur un glossaire, une bibliographie et un index, tous fort utiles. L'iconographie de l'ensemble, constituée de nombreuses photos en couleurs, est très précise. Au total, l'ouvrage se présente de façon séduisante.
Il est net que l'auteur est grand amateur de billets de banque car ceux-ci tiennent une place de choix dans ce catalogue. Pour la période postérieure à l'indépendance de 1953, il y a peu de sujets d'incertitude : cet ouvrage peut donc être considéré comme un guide fiable pour le collectionneur, lequel y trouvera une mine de renseignements assez inédits qui constituent un des intérêts majeurs de ce livre.
En revanche, comme on le sait, pour la partie ancienne, jusqu'au XIXe siècle inclus, l'histoire numismatique de l'ancien Cambodge est très imprécise, voire méconnue. C'est donc un domaine où des recherches originales s'imposait. H.A. Howard a réussi à rassembler un grand nombre d'informations et à les présenter clairement. Toutefois, la majorité des sources sont des travaux antérieurs de langue anglaise, ce qui constitue forcément une limite. On ne connaît en effet ni annales dynastiques ni données archéologiques déterminantes qui auraient pu être les bases solides d'une histoire numismatique de l'ancien royaume khmer. Aussi l'auteur a-t-il été amené à proposer des hypothèses ou des estimations. C'est le cas en matière de chronologie ou encore en matière de chiffrage des émissions. Dans ce dernier cas, par exemple, il n'a pas hésité à avancer des estimations quantitatives calculées à partir de l'importance supposée de la population à telle ou telle époque et du nombre d'exemplaires connus de monnaies de cette même période. On comprend bien que le résultat de tels calculs est forcément très fragile. Pour les spécialistes du monnayage cambodgien ancien, il y aura probablement là matière à débat.
Ce Cambodia Coins and Currency n'en constitue pas moins un effort très louable de mise en perspective de l'histoire de la monnaie dans ce pays. Les collectionneurs lui trouveront incontestablement une grande utilité. H.A. Howard annonce pour la fin de cette année 2013, un catalogue des monnaies du Laos construit sur le même modèle. (F.J.)..

Felicitas. Essays in Numismatics, Epigraphy and History in Honour of Joe Cribb, Mumbai, Reesha Books, 2011, 492 p.
Il s'agit d'un ouvrage d'hommage à Joe Cribb, conservateur en chef du Département des monnaies et médailles du British Museum jusqu'en 2010.
Joe Cribb, né en 1947, a fait, entre autres, des études de chinois moderne et classique à la School of Oriental and African Studies de l'Université de Londres. Il a fait toute sa carrière au British Museum à partir de 1970 : d'abord chargé des monnaies d'Asie du Sud, puis conservateur en chef  du département juqu'en 2010. Mais Joe Cribb fut également président de la Royal Numismatic Society, de 2004 à 2009. Il est aujourd'hui secrétaire général de l'Oriental Numismatic Society et notre Société de Numismatique Asiatique se félicite de le compter parmi les membres du Comité de Patronage de Numismatique Asiatique.
Les publications de Joe Cribb sont fort nombreuses. Nous retiendrons en particulier :
A Catalogue of Sycee in the British Museum. Chinese Silver Currency Ingots, c. 1750-1933, Londres, British Museum Press, 1992, 366 p.
Money in the Bank. An Illustrated Introduction to the Money Collection of the Hongkong and Shanghai Banking Corporation, Londres, Spink & Son Lts, 1987, 204 p.
Magic Coins of Java, Bali and the Malay Peninsula. 13th Century to 20th Century. A Catalogue based on the Raffles Collection of Coin-shaped charms from Java in the British Museum, Londres, British Museum Press, 199, 208 p.
Quant à ce livre d'hommage, Felicitas, il porte très majoritairement sur l'Inde ancienne, un des points forts de la collection monétaire du British Museum.

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A cette évocation très rapide de la carrière de Joe Cribb, je me permettrai, à l'occasion de son entrée dans le Comité de Patronage de Numismatique Asiatique, d'ajouter quelques mots plus personnels.
Lorsque nous avons créé la Société de Numismatique Asiatique, en 2011, et lancé la revue Numismatique Asiatique l'année suivante, j'ai immédiatement considéré qu'il nous fallait prendre contact avec Joe Cribb pour une double raison : son expertise en matière de numismatique orientale et sa fonction de secrétaire général de l'Oriental Numismatic Society. Je connaissais une grande partie de ses travaux, mais, bien évidemment, lui ne me connaissait absolument pas. Or il m'a immédiatement accueilli, à Londres, dans un petit restaurant près du British Museum, comme si nous avions été de vieilles connaissances. A aucun moment, Joe Cribb ne m'a fait sentir qu'il avait été conservateur en chef du Département des monnaies et médailles du British Museum, et que j'étais, moi, un simple numismate amateur. C'est un don d'accueillir les autres de cette façon, et Joe Cribb possède incontestablement ce don. Puis je lui ai demandé s'il accepterait de faire partie de notre Comité de Patronage, ce qui serait pour nous une aide précieuse : il m'a immédiatement répondu par l'affirmative, sans tergiverser. Et Dieu sait qu'il n'a pas besoin de ce titre de membre du Comité de Patronage de Numismatique Asiatique pour exister ! J'ai connu Joe Cribb trop tard pour contribuer à cet ouvrage Felicitas, je le regrette bien vivement. Mais que Joe Cribb -- les Anglo-saxons diraient tout simplement Joe -- considère ces quelques lignes comme une marque de profonde reconnaissance pour son accueil chaleureux, de ma part et surtout de la part de notre jeune Société de Numismatique Asiatique à laquelle, sans hésiter, il a apporté son entier soutien. (F.J.)

Krisadaolarn (Ronachai), Mihailovs (Vasilijs), Siamese Coins from Funan to the Fifth Reign, Bangkok, River Books, 2012, 271 p. (ISBN 978 974 9863 54 1).

Voilà un livre qui était fort attendu, car jusqu'à présent, la bibliographie relative au monnayage siamois était fort ancienne et peu abondante. A quelques exceptions près, on en était toujours à l'étude, d'ailleurs excellente, de Reginald LeMay, The Coinage of Siam, publiée par la Siam Society en 1932. Certes, depuis cette date, quelques études ponctuelles ont vu le jour, mais il n'existait aucun ouvrage général, faisant la synthèse de ces rechertches et pouvant constituer, pour les collectionneurs, un catalogue exhaustif des monnaies siamoises.

Ronachai Krisadaolarn est un avocat américain, Ronald Jay Cristal, devenu citoyen thailandais, lequel possède une importante collection de monnaies siamoises ; on lui doit en particulier les deux catalogues Coins of Rattanakosin Era, 1782-1982 et Medals of Rattanakosin Era, 1782-1982, publiés par le Trésor thailandais, à l'occasion du bicentenaire de Bangkok, en 1982. Vasilijs Mihailovs, quant à lui, est originaire de Latvia : après avoir travaillé pour l'UNESCO à Bangkok, il s'est spécialisé dans l'histoire ancienne du Siam.

Le livre, sur le plan matériel, est parfaitement bien présenté. Il est très abondamment illustré de photographies d'excellente qualité ; est d'ailleurs adjoint à l'ouvrage un CD fournissant de nombreuses photographies supplémentaires, en particulier pour la période ancienne. Il comporte une très importante partie qui regroupe de nombreux textes de références en ce qui concerne l'histoire du monnayage siamois, ce qui s'avère extrêmement utile pour les chercheurs (on aurait pû imaginer qu'ils fussent dans l'ordre chronologique). Par ailleurs, il se termine sur une partie relative à la traduction et à la transcription de certains termes siamois, ce qui est non moins utile pour les numismates qui connaissent la langue thai. L'index est peu détaillé, mais il existe. En revanche, bien que chaque chapitre comporte sa propre bibliographie, on aurait souhaité une bibliographie générale en fin de volume.

L'ouvrage s'ouvre sur une introduction ("Pre-Siamese States") et trois chapitres ("Coinage of the Rattanakosin Period", "Emblems on Siamese Coins" et "Legends on Siamese Flat Coins") qui seront très utiles aux numismates qui ne connaissent pas la langue siamoise, d'autant que très souvent (mais pas systématiquement), chaque terme siamois est repris en transcription et en alphabet thai. Puis suit un chapitre 4 qui constitue l'essentiel du livre, p. 33-183, lequel présente toutes les planches de photographies, chacune étant accompagnée d'un commentaire plus ou moins détaillé.

Ce chapitre répartit les monnaies en six groupes :

A.                            Coinage in Siam during the First Millenium

B.                            Ingots in Northern Thailand and Laos from the 14th-20th Centuries

C.                             Pot Duang Coinage before the Rattanakosin Period

D.                            Flat Coinage during the Second Millenium

E.                             The Pot Duang Coinage of the Rattanakosin Period

F.                             Flat Coinage in Thailand during the Rattanakosin Period

Le premier groupe pose évidemment une question de méthode : qu'est-ce que le Siam? Certes, le titre de l'ouvrage précise bien qu'il porte sur une période commençant au Funan. Mais le premier chapitre admet que cet Etat est à compter parmi les "Pre-Siamese States", au même titre que le royaume de Dvaravati, l'empire maritime de Srivijaya, l'empire d'Angkor, etc. Par conséquent, sommes-nous bien dans le sujet : "Siamese Coins" ? On peut en douter. Le Funan recouvrait l'ère géographique que constituent, outre la Thailande, les Etats modernes de la Péninsule malaise, de la Birmanie, du Laos, du Cambodge et même une partie du Vietnam. Il n'est donc pas certain que ce monnayage des III-VIIes siècles, dont les valeurs s'expriment en ratti,  ait vraiment sa place dans un ouvrage consacré au Siam (pas plus que le monnayage romain n'aurait sa place dans un ouvrage intitulé French Coins). Selon nous, il en va de même du monnayage des Mon de Dvaravati (VIIe siècle). Notons toutefois qu'en incluant dans leur ouvrage ces monnaies du Funan, de Dvaravati, etc, les auteurs ne font que suivre le classement  selon lequel sont présentées les monnaies dites "thai" au Musée national de Bangkok. Cela étant, les auteurs donnent pour ce groupe environ 150 excellentes photographies, droit et revers, de monnaies d'Asie du Sud-est, y compris de nombreux faux pour comparaison, qui seront certainement d'une très grande utilité pour les collectionneurs intéressés par cette période et cette aire géographique.

Avec le groupe B, on entre plus clairement dans le sujet, dans la mesure où les anciens royaumes du nord de l'actuelle Thailande et du Laos, Lanna et Lanchang, étaient bien des royaumes de populations thai. On trouvera là d'intéressants développements sur les monnaies Tok de Nan et de Chiang Mai et de leurs dérivés, les lingots du Nord et de la haute vallée du Mékong (XVII-XIXes siècles), les monnaies Chiang (XV-XVIes siècles). Toutes sont fort bien illustrées et pour ces dernières, figurent des tableaux de marques et de noms de principautés qui sont remarquables.

Le groupe C est celui des pot-duang antérieurs à la dynastie de Bangkok. Ceux des XVII-XVIIIes siècles étaient relativement bien connus. En revanche, ceux des XIV-XVIes siècles ne l'étaient guère. S'appuyant sur les travaux d'U. Guehler, publiés dans le Journal of the Siam Society entre 1944 et 1948, ainsi que sur l'étude de Krom Thanarat กรมธนารัษ  Ngieunpotduang เงินพดด้วง [Pot-duang d'argent] (Bangkok, 2524/1981), les auteurs brossent un excellent tableau de ces premiers pot-duang. Comme dans le reste de l'ouvrage, les photographies sont nombreuses et excellentes, pour des exemplaires peu communs, voire très rares, le tout complété, pour comparaison, par des photographies de faux. C'est l'une des parties les plus novatrices.

Le groupe D est consacré au "monnaies plates du second millénaire". Cette partie, au contraire, est extrêmement décevante. Le titre est assez curieux : il s'agit d'une partie qui regroupe les jetons des maisons de jeu chinoises et les monnaies des Etats vassaux du Sud, très islamisés. Ces deux catégories n'ont aucun rapport entre elles. On y trouve soixante bonnes photographies de jetons métalliques de maisons de jeu, mais tous répertoriés sous la même rubrique : "unknown provenance, 17th-20th centuries", ce qui est pour le moins décevant. Puis suivent quarante-huit photographies de jetons en verre et surtout en porcelaine sous le même intitulé, "unknown provenance, 17th-20th centuries", pratiquement sans explication sérieuse. C'est ainsi que les jetons bien connus, représentant le reine Victoria, se retrouvent datés des "17th-20th centuries". Pour ce qui est des monnaies du Sud, on notera une belle série de photographies de trente monnaies d'or des Etats de Pattani et Kelantan, mais sans explication ni classement, tous uniformément datés "16th-19th centuries", ce qui ne donnera probablement pas satisfaction aux spécialistes. N'aurait-il pas été préférable d'exclure ce monnayage qui n'est guère siamois et qui relève aujourd'hui de la Malaysia ?

Avec le groupe E consacré aux pot-duang de la dynastie de Bangkok (Période Rattanakosin), on retrouve un terrain sûr, que connaissent nettement mieux les auteurs. Les développements sont précis, les tableaux nombreux : on est là en présence d'une autre bonne partie de l'ouvrage, qui fait tout naturellement suite à celle consacrée au groupe C et qui en possède les mêmes qualités. Les collectionneurs de pot-duang des cinq premiers règnes de la dynastie trouveront là un très bon guide, avec de précieuses reproductions de faux contemporains, malheureusement nombreux.

En revanche, il faut regretter l'absence presque totale de développements et de reproductions sur la menue monnaie que constituèrent les cauris jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle (et même au début du XXe, dans certaines régions reculées du Nord-est). Est-ce parce qu'elle serait considérée comme trop "primitive" et par conséquent indigne d'un ouvrage sur les "Siamese Coins" ?

Pour les collectionneurs d'aujourd'hui, le groupe F est évidemment important : il porte sur les monnaies plates des cinq premiers règnes. C'est également un excellent chapitre, très technique, avec nombre de tableaux, schémas, explications des symboles et notations en siamois pour ceux qui ne lisent pas la langue. Cela fait d'autant plus regretter que les auteurs aient choisi d'interrompre leur étude au Cinquième règne (1910).

Enfin, en ce qui concerne ce dernier groupe, peut-être aurait-il été opportun de développer certains points. Par exemple, on aurait souhaité plus de renseignements sur les monnaies qui furent frappées à l'étranger (Angleterre, Italie, France, Belgique). De même, quelques développements sur les monnaies poinçonnées dans les temples pour les transformer en amulettes, auraient été les bienvenues. Une remarque toute française : dans sa proclamation de 1860 concernant le nouveau monnayage, le roi se félicitait de la qualité des monnaies frappées au Siam et ajoutait qu'elles avaient aussi bonne apparence que celles de "cet Etat d'Europe qui s'appelle la France" ; les auteurs, avec une élégance qui leur est propre, ont cru devoir préciser (p. 21, note 22) que, selon eux, le roi ne songeait nullement au monnayage de France, mais au monnayage européen en général.

Dans la mesure où l'on s'en tient strictement aux "Siamese Coins", c'est-à-dire aux groupes B, C, E et F, ce livre est de qualité. Les développements consacrés à ces quatre groupes, précis, bien documentés et abondamment illustrés, constitueront un excellent guide pour les collectionneurs des anciennes monnaies siamoises. (F.J.)

Wright (Richard N. J.), The Modern Coinage of China, 1866-1949, The Evidence of Western Archives, Edited by Joe Cribb and Helen Wang, Londres, Spink, 2012, 308 p. (ISBN-13 : 978-1-907427-20-6).

Ce livre de Richard N.J. Wright est une somme qui, probablement, fera date dans les recherches numismatiques relatives à la Chine contemporaine. Nous disons bien "somme", plus que livre, car en fait, comme l'écrit Joe Cribb dans sa préface, lequel est à l'origine de ce recueil,  il s'agit d'une réunion d'articles publiés entre 1974 et 2003 dans diverses revues, en particulier Numismatic Chronicle et Numismatic Circular. R Wright commença à collectionner les monnaies chinoises en argent de la fin du XIXe et de la première moitié du XXe siècle dans les années 1960. Rapidement confronté aux contradictions et silences des ouvrages anglais de l'époque, il décida de retourner aux sources, c'est-à-dire, de son point de vue, aux archives anglaises. A partir des années 1970, il commença à publier de nombreux articles, trente-huit exactement, et ce sont ces articles qui sont aujourd'hui réunis dans ce livre.

Il serait fastidieux de passer en revue chacun de ces articles et d'exposer ce qu'ils apportent de nouveau à la numismatique chinoise. Disons de façon générale, qu'il s'agit d'un ensemble considérable de recherches que Joe Cribb et Helen Wang ont eu raison de rééditer, car elles fournissent une quantité importante de renseignements sur l'histoire monétaire de la Chine depuis la fin du XIXe siècle, jusqu'en 1949. C'est un fait que l'Angleterre a joué un rôle majeur dans la modernisation du monnayage chinois depuis les années 1880. Qu'on songe, par exemple, au rôle de premier plan qui fut celui de la Société Heaton de Birmingham ou du Royal Mint. Aussi était-il logique que les archives de ces institutions renferment de précieux renseignements concernant le monnayage chinois. Richard Wright a su les exploiter à merveille et c'est là l'intérêt majeur de ce livre.

Tous les articles n'ont pas la même ampleur. Parmi ceux qui nous ont semblé les plus importants, on notera en particulier le §2 "Some Further Information on the Origin of the Milled Coinage of Imperial China", le §9 "The Silver Dragon Coinage of the Chinese Provinces, 1888-1949", le §15 "The Silver Coinage of China, 1912-1928", et quelques autres. Incontestablement, l'ensemble de ces articles constitue un guide remarquable pour les spécialistes de cette période.

Est-ce à dire que ce recueil d'articles ne comporte aucun point faible ? Certainement pas. Par exemple, on peut regretter que ces articles soient présentés dans l'ordre chronologique de leur parution plutôt que dans l'ordre chronologique des monnaies concernées. Il est vrai que dans ce cas, le livre se serait ouvert sur une monnaie ... française (!), l'essai de Barre, qui date de 1866 et explique les dates adoptées dans le titre. De même, le sous-titre du livre, The Evidence in Western Archives, est quelque peu trompeur, car en fait de Western Archives, il s'agit presqu'exclusivement de British Archives ; ainsi même pour un article intitulé §22 "The Chinese 1910 Coinage and the Vienna Mint", ce sont les sources anglaises qui sont mises en avant. Enfin se pose la question des sources et études chinoises.

En tant que Français, ces remarques semblent clairement s'appliquer à l'article § 25 " China. The Machine-Minted T'ung Chih Cash Coin of 1866". Pour R. Wright, le fait que la France ait pu être mêlée à ces questions monétaires chinoises "is somewhat of an enigma", pour ne pas dire une incongruité. Et pourtant, force est de se rendre à l'évidence : la Monnaie de Paris a frappé en 1866 un essai de sapèque pour la province du Chekiang (Zhejiang). Pour l'auteur, l'explication s'en trouve probablement dans le voyage effectué en 1866 par un mandarin des Douanes, Pin Ch'un (Bin Chun), à l'initiative de Robert Hart, inspecteur général (anglais) des Douanes chinoises. Ce mandarin, explique R. Wright, refusa de visiter la Monnaie de Paris -- il était indisposé -- mais visita probablement la Société Heaton : certes, on n'a pas d'archives qui le prouvent, "but given time, this point can be resolved". Probablement était-ce en prévision de la visite manquée à la Monnaie de Paris que les Français, pense R. Wright, avaient préparé cet essai.

C'est là le type même de sujet à propos duquel les archives anglaises ne peuvent rien apporter. En revanche, les Western Archives, c'est-à-dire les françaises, le peuvent. Si Pin Ch'un n'a pas visité la Monnaie le 12 mai 1866, du moins y a-t-il envoyé son fils Guang Yin et le reste de la délégation chinoise : F. Thierry a rapporté cette mission. Par ailleurs, les archives françaises montrent que la Monnaie de Paris a frappé cet essai, gravé par Albert Barre, à la demande de la Banque Erlanger de Paris. Celle-ci, en négociations depuis 1865 avec Zuo Zongtang, gouverneur du Zhejiang et du Fujian, envisageait de financer la construction d'un vaste arsenal au Zhejiang, arsenal auquel serait annexé un atelier monétaire. D'où l'essai de Barre, prévu pour le Zhejiang. Finalement l'arsenal sera construit (décision de juillet 1866), non au Zhejiang, mais à Fuzhou (Fujian), et sans atelier monétaire. Certes, ce sont là des détails, mais qui ont une certaine importance numismatique et historique.

Nous nous sommes longuement attardé à cette question de l'essai Barre de 1866 parce qu'il concerne directement la France et que nous l'avions particulièrement étudié. Mais, somme toute, c'est là un article tout à fait secondaire dans le livre de R. Wright. Il ne faudrait pas que ces remarques oblitèrent l'essentiel, à savoir que nous sommes en face d'une série d'articles tout à fait intéressants, d'une documentation qui, grâce à J. Cribb et H. Wang, est rassemblée en un ouvrage par ailleurs fort bien édité, au sens français comme au sens anglais du terme. Un livre so British, là aussi, dans tous les sens du terme. (F.J.)

Scott (Janet Lee), For Gods, Ghosts and Ancestors. The Chinese Tradition of Paper Offerings, Seattle, University of Washington Press, 2007, 311 p (ISBN-13 : 978-0-295-98718-7).

Voici un livre qui ne fait pas vraiment partie des "nouveautés" puisqu'il date de 2007, mais qui nous a paru digne d'intéresser les numismates, au moins ceux qui concoivent cette science avec largesse d'esprit.

La tradition du papier à brûler pour les dieux, les démons et les ancêtres dépasse de beaucoup le domaine de la numismatique. En effet, depuis très longtemps -- peut-être depuis que le papier n'est pas trop cher -- les Chinois ont l'habitude de rendre hommage aux dieux, de se protéger des mauvais esprits et d'honorer leurs ancêtres en brûlant des papiers représentant ce qui peut plaire aux dieux, ce qui peut éloigner les mauvais esprits et ce dont leurs ancêtres peuvent avoir besoin dans l'au-delà. Tout cela est fort bien exposé dans le livre de J.L. Scott qui a surtout enquêté à Hong Kong, mais ce n'est pas là notre sujet.

Or il se trouve que parmi les besoins des ancêtres dans l'autre monde, figure l'argent. Comme sur terre avant leur décès, les ancêtres, dans le monde invisible, doivent faire face à leurs dépenses courantes et extraordinaires : nourriture, vêtements, logement, etc. De façon à satisfaire ces besoins, on peut leur offrir, c'est-à-dire brûler du papier représentant nourriture, vêtements, logement, mais aussi de l'argent de façon à ce qu'ils puissent acquérir tous ces biens. Depuis des siècles, il est donc de tradition d'enterrer les morts avec des objets représentant ces biens ou des monnaies permettant de les acquérir. Les fouilles archéologiques ont suffisamment montré l'importance des dépôts monétaires dans les tombes.

Puis progressivement, on substitua aux monnaies véritables, des monnaies funéraires uniquement destinées à ces dépôts. Très tôt, durant le Ier millénaire avant J.C., des cauris fabriqués à cette fin vinrent remplacer les cauris véritables. Aboutissement de ce processus, des monnaies de papier se substituèrent finalement aux monnaies funéraires. Les spécialistes ne s'accordent pas sur l'époque des premières monnaies funéraires de papier, mais les dynasties des Tang (VII-Xes siècles) ou des Song (X-XIIIes siècles) sont souvent citées. Toutefois, c'est seulement lorsque le papier-monnaie fut largement répandu (fin du XIXe siècle) et que le papier lui-même devint peu onéreux, que la pratique consistant à brûler du papier-monnaie funéraire en grande quantité, devint réellement courante. La République, au début du XXe siècle, puis la République populaire, après 1949, tentèrent de réagir contre cette pratique considérée comme rétrograde, mais rien n'y fit. Aujourd'hui, elle connaît même un net renouveau, en particulier dans le Sud de la Chine, et plus encore dans les communautés chinoises d'outre-mer.

J. L. Scott expose en détail ce que sont ces billets funéraires modernes, aussi appelés, en anglais, joss money, spirit money, hell money, etc. Il en existe de très nombreuses catégories. Les plus courants sont les billets émis par la Tian Di Yinhang天地銀行 , la "Banque du Ciel et de la Terre", à l'effigie de Yu Huang Shangdi玉皇上帝, le "Suprême Empereur Auguste de Jade", dieu suprême qui gouverne le monde.

Billet funéraire de 100 milliards de yuan. Chine 2011 (x 0,5)

Sommes-nous trop loin de la numismatique ? Certainement, si l'on considère celle-ci comme la simple collection de monnaies métalliques, plus ou moins rares. Mais probablement pas, si on considère que la numismatique est l'étude de tous les signes monétaires, quels qu'ils soient, y compris ceux qui, inaptes à l'acquisition des biens physiques, rendent néanmoins fidèlement compte des pratiques religieuses d'une société à une période précise de l'histoire. Pourquoi des cauris funéraires anciens de deux millénaires auraient-ils leur place dans la numismatique -- il en existe une collection au Cabinet des monnaies et médailles --  et pas des billets funéraires contemporains qui en sont les descendants directs ?

C'est en ce sens que le livre de J. L. Scott nous a paru fort intéressant, au moins pour les passages qui traitent directement de ces papiers à brûler que sont les billets funéraires. (F.J.)

Incinération de papier à brûler à Taitung (Taiwan) en l'honneur de Handan, dieu de la richesse (2011)

Stevens (Paul), The Coinage of the Hon. East India Company of the Bengal Presidency, Londres, Baldwin & Sons, 2012, 564 p.

Bertsh (Wolfgang), The Paper Currency of Tibet, Gundernhausen and Lalitpur, 2012, 274 p.

Lingen (Jan), Marwar. Jodhpur. History and Coinage of the Former Indian Princely State of Jodhpur, Mumbai, IIRNS Publications, 208 p.

Jhunjhunwalla (K.), Razack (R.), The Revised Standard Reference Guide to Indian Paper Money, Mumbai, Currencies & Coins, 607 p.

(Le chap. 13 porte sur les billets de l'Inde française).