● 04 - Colloques & Conférences

« Troisièmes Rencontres de Numismatique Asiatique »
Lisbonne 25 novembre 2017

    Les Troisièmes Rencontres de Numismatique Asiatique, organisées par notre Société, se sont déroulées, le 25 novembre 2017, à Lisbonne, dans le superbe Museu do Oriente, qui avait très aimablement accepté de les accueillir.
    La veille, trois visites de musées avaient été prévues pour les participants français. La première fut celle de la « Casa da Moeda », c’est-à-dire l’Atelier monétaire de Lisbonne.
    L’accueil fut extrêmement chaleureux et la direction avait fait les choses en grand, puisqu’à leur intention avait été spécialement montée une exposition de monnaies, « de Lisboa a Goa. Moedas do Império português na Asia (séculos XVI-XVIII) », le thème de ces Troisièmes Rencontres. Un important catalogue de 64 pages, répertoriant 164 monnaies, avait même été édité à l’occasion.


    Puis cette très intéressante exposition fut suivie d’une visite détaillée des ateliers de fabrication, assortie de nombreuses explications concernant les productions de la Casa da Moeda. La Société de Numismatique Asiatique tient à vivement remercier M. Duarte Azinheira, directeur, ainsi que le personnel de la Casa da Moeda, pour cet accueil exceptionnel.
    La deuxième visite fut consacrée à la remarquable collection de monnaies portugaises de Carlos Marques da Costa, propriété de la Banco Espirito Santo, devenue aujourd’hui Novo Banco. Cette collection est exposée au septième sous-sol du siège de la banque, dans une vaste salle sécurisée, où les participants ont été sympathiquement accueillis par Mme Isabel da Cunha Reis, chargée de la collection. Cette dernière comprend au total 13.000 monnaies, toutes d’une qualité irréprochable ; une très grande partie de ces monnaies est en or. De l’avis général, il serait impossible, aujourd’hui, de réunir un tel ensemble, lequel couvre non seulement toute l’histoire du Portugal, mais aussi celle de ses possessions d’outre-mer. Compte tenu du sujet des Troisièmes Rencontres de Numismatique Asiatique, ce sont les monnaies de l’Inde portugaise qui furent particulièrement appréciées, monnaies dont la collection est très riche.

Xerafim d’or de Goa, 1678 et 1680 (Ø 12 mm)
Deux des unica de la collection Carlos Marques da Costa

    Chacun des participants se vit offrir le magnifique catalogue de la collection, un ouvrage de 302 pages, particulièrement soigné et bien édité. La Société de Numismatique Asiatique a été très sensible à l’excellent accueil reçu et en remercie vivement la Novo Banco, et tout spécialement Mme da Cunha Reis.
    Enfin, la dernière visite du vendredi 24 fut consacrée au Museu do Oriente où devait se dérouler les Rencontres le lendemain. Il s’agit d’un musée très moderne, créé par la Fundaçao Oriente dont l’objet est la promotion des relations historiques entre le Portugal et les pays d’Orient et d’Extrême-Orient, en particulier Inde et Chine, dans lesquels se trouvaient les anciennes possessions portugaises. Une très grande partie des collections porte sur l’Inde portugaise. Toutefois, un niveau complet est consacré au théatre chinois, « A Opera chinesa », collection donnée il y a quelques années, par un professeur de l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris.


    Les Troisièmes Rencontres de Numismatique Asiatique proprement dites, dont le thème était « Les monnaies de l’Empire portugais d’Asie (XVIe-XXe siècles) », se déroulèrent au Musée le samedi 25 novembre. Les conférenciers et les auditeurs furent accueillis par le viceprésident de la Fondation, M. Joao Costa Pinto. Puis Mme Barbara Mears, spécialiste du monnayage de l’Inde britannique, présenta les activités de la Maison de ventes britannique Spink qui sponsorisait ces Rencontres. Après quoi se déroulèrent les différentes interventions des participants portugais et français, ces Troisièmes Rencontres ayant pris la forme d’un colloque franco-portugais. En voici la liste :
    - Roger Lee de Jesus, Université de Coimbra : « Dévaluation monétaire et politique financière à Goa au milieu du XVIe siècle : le problème des bazarucos de cuivre».
    - Alain Escabasse, secrétaire général de la Société de Numismatique Asiatique : "Le monnayage de la péninsule indochinoise d'après les sources portugaises (XVIe et début XVIIe s.)".
    -Luis Filipe Thomaz, professeur à l’Universidade Nova de Lisboa : « Les Portugais et le commerce des métaux monnayables dans l’Inde du XVIe siècle »
    -Joao Pedro Vieira, conservateur des monnaies et du papier-monnaie, Banco de Portugal : « Le monnayage de cuivre indo-portugais des XVIe et début XVIIe siècles : sources d’approvisionnement et flux de métaux »
    -Christian Charlet, vice-président de la Société d’Etudes Numismatiques et Archéologiques : « La place du monnayage de Goa et de l’Inde portugaise dans la numismatique portugaise des XVIIe et XVIIIe siècles »
    -Jaime Manuel Martins Ferreira, vice-president de l’Associaçao Numismatica de Portugal, directeur de la revue Numismatica : « La numismatique de Ceylan à l’époque portugaise”
    -Daniel Cariou, président de la Société Bretonne de Numismatique et d’Histoire : « L'opposition de l'évêché portugais de Meliapour à la frappe de la pagode de Pondichéry (1705)".
    -Rui M.S. Centeno, professeur à l’Université de Porto : « Commentaires sur le monnayage d’or indo-portugais »
    -François Joyaux, président de la Société de Numismatique Asiatique : « Quelques termes chinois relatifs à la circulation monétaire à Macao à la fin de la dynastie des Qing (1894-1911) ».
    La journée fut agréablement coupée par l’inauguration, au sein de la Fondation, d’un «Instituto Correia de Lacerda de Estudios Orientais», en souvenir du Professeur Correia de Lacerda, spécialiste de sanskrit. Le Professeur Luis Filipe Thomaz, de l’Universidade Nova de Lisbonne, qui présida les débats du colloque, avait été son élève et avait préparé, à l’intention des participants, une petite exposition de monnaies chinoises, accompagnée d’un intéressant dépliant intitulé « A Numaria da China e das suas dependências culturais ». Qu’il en soit particulièrement remercié.
    Puis tous les intervenants furent invités par la Société de Numismatique Asiatique à un déjeuner dans le superbe restaurant de la Fondation, qui domine le Tage et d’où l’on peut voir la célèbre Tour de Belem.
Au total, une excellente journée de travail et de convivialité : que les conférenciers et les participants en soient remerciés. Pour sa part, la Société de Numismatique Asiatique tient à remercier tout spécialement le Président Carlos Monjardino, le Vice-président Joao Pinto, ainsi que le personnel du Musée, grâce à l’amabilité desquels ces Troisièmes Rencontres de Numismatique Asiatique ont été un franc succès.

« Deuxièmes Rencontres de Numismatique Asiatique » à Versailles

    Comme annoncé précédemment, les « Deuxièmes Rencontres de Numismatique Asiatique » ont eu lieu, le 26 novembre 2016, dans l’ancien Hôtel des Affaires étrangères et de la Marine, à Versailles. Le thème en était « Le commerce maritime aux Indes orientales et en Extrême-Orient aux XVII-XIXes siècles : aspects monétaires et numismatiques ». Près d’une trentaine de spécialistes y ont participé ; une dizaine de communications y ont été présentées par des participants français et étrangers.
    Nous donnons ci-après le résumé de ces communications, dans l’ordre où elles ont été présentées (ces résumés sont ceux qui ont été fournis par les auteurs).

Envois de métaux précieux aux Indes orientales par les Européens au XVIIIe siècle, par Philippe Haudrère (professeur des Universités, historien des compagnies françaises des Indes, auteur de Les Compagnies des Indes orientales, Paris, 2006).
    Environ 75 % en valeur des cargaisons portées par les Français aux Indes orientales sont formées de métaux précieux ; 60 % de celles des Britanniques ; 22 % des Hollandais. Elles permettent de compenser le déficit de la balance commerciale des échanges entre les deux continents.
    De quels métaux s’agit-il et comment les Européens se les procurent-ils ? Majoritairement il s’agit d’argent et surtout de piastres « à la marque d’Espagne », souvent chargées à Cadix, port d’arrivée des galions au retour de l’Amérique espagnole. Par ce courant d’échanges environ 70 % des métaux précieux extraits des mines de l’Amérique sont portés aux Indes orientales, pour un montant annuel d’à peu près 230 tonnes. C’est considérable et c’est un appoint essentiel pour la circulation monétaire en Asie !
Pagode d’or de la Compagnie anglaise (1757-1858)

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The English Coinage of the Bombay Presidency, by Paul Stevens (a specialist of the East India Company coinage, author of The Coinage of the Hon. East India Company, London, 2012).
    Ships of the English East India Company (EIC) first arrived on the coast of India in 1609. After various conflicts with the Portuguese and the Moghuls early in the century they eventually established a factory at Surat. In the 1670s they acquired the island of Bombay from the Portuguese and, since they considered this to be sovereign territory, they felt that they had the right to establish a mint and strike coins, which they duly did. Copper and tin coins were well received but the silver coins bearing a European design were not accepted in trade. After several abortive attempts at producing silver coins in the Moghul style they finally received permission to strike this style of coin in 1717.
    By the end of the eighteenth century their silver coins again became useless because the coins produced by the Nawab of Surat contained less silver causing the EIC coins to melted down. In 1800 the EIC acquired Surat and began producing coins of the Surat standard at both Bombay and Surat.
    As the territory controlled by the Bombay Presidency expanded more coins were needed and had to be produced in local mints across the region. Eventually in the 1830s machinery was installed in the Bombay mint thus enabling the other local mints to be closed. Finally later in the 1830s and 1840s the uniform coinage produced for the whole of the British territories across India was introduced into the Bombay Presidency.
East India Company. Bombay Presidency, Silver Rupee

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Quelques monnaies remarquables dans les séries des Indes françaises, par Daniel Cariou (spécialiste des monnaies coloniales françaises, président de la Société Bretonne de Numismatique et d’Histoire, membre du Comité de Patronage de Numismatique Asiatique).
    La numismatique des Indes françaises est désormais assez bien répertoriée. On y trouve peu d'inédits, sauf parfois parmi les épreuves. En revanche les classements et les attributions des monnaies méritent encore quelques études. Et quels ont été les ateliers qui ont frappé les pièces ? Doit-on confondre les monnaies frappées par les compagnies des Indes et celles issues d'ateliers appartenant à des princes indiens et loués occasionnellement? En outre il faut inclure dans cet ensemble les fabrications des éphémères " Colonies à l'est de l'Ile de France" sous Napoléon Ier, et enfin les pièces émises pour les Mascareignes, localement, depuis Pondichéry ou encore depuis la métropole, comme faisant indissolublement partie de la sphère indienne.
Roupie du temps de la Convention (1792-1795)

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Arkat rupees with a Latin D : Danish or French ? by Jan Lingen (a specialist of South and Southeast Asian coinages, author of Marwar, Jodhpur State : history and coinage of the former Indian princely state of Jodhpur, 2012)
    A major trade coin in India as well as in parts of South-East Asia and the Far East was the so-called Arkat or Arcot rupee, struck by the Nawab of Arkat at his mint at Arkat and also at several country-mints under his control. Alamparai was one of the Nawab’s mints from where the French in September 1736 received the dies for the minting of Arkat rupees at Pondicherry.
    From the records of Danish Asiatic Company it is learned that in 1753 the privilege to mint royaliner, pagodas and Pondicherry rupees was obtained from the court of Tanjore, however for rupees the permission of the Arcadian government was also needed. It was on the 23rd November 1754 that they were informed that such a permission would be given, after which the minting of rupees commenced. Two ‘Arkat’ rupees in the name of Ahmad Shah Bahadur, with a mint-mark of a Latin D and dated resp. Ry 4 and Ry 7 have surfaced. The coin with Ry 7 has been described as an issue of the Danish Company, however, the issue with Ry.4 (1751-52) was struck prior to the date that the Danes obtained their minting rights. Could therefore the rupees with this Latin D-mark, which are rather identical to the French Pondicherry rupees, be a Danish issue, or are there also other possibilities? That will be the question to be discussed, whereby Alamparai, a French possession from 1750-1760, is a serious contender.
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Goa au XVIe siècle (gravure de Huygen Van Linschoten)

Les monnaies en vigueur dans les possessions portugaises d’Asie à partir du XVIe s. par Christian Charlet (spécialiste des monnayages des XVIe-XVIIIe siècles, ancien président de la Société d’Etudes Numismatiques et Archéologiques, membre du Comité de Patronage de Numismatique Asiatique)
    Grands navigateurs, les Portugais établirent des comptoirs, parfois même des colonies, dans les territoires qui passèrent sous leur domination. Si le Brésil en Amérique du Sud, l’Angola et le Mozambique en Afrique, furent leurs possessions les plus connues, ils en eurent d’autres, moins importantes, en Asie. Dès le début du XVIème siècle, un monnayage portugais, en or et en argent, se développa à Goa puis à Diu, l’atelier de Goa frappant même pour le Mozambique ; le système de Goa fut développé au XIXème siècle et l’on eut recours à la Monnaie de Bombay en 1871 pour la fabrication de certaines espèces de cuivre. En revanche, il faudra attendre le XXème siècle pour voir apparaître une monnaie métallique à Macao.
Envoyé portugais. XVIe siècle

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Les monnaies du Cambodge d’après les sources européennes, du XVIe au XVIIIe s., par Alain Escabasse (spécialiste du monnayage cambodgien, secrétaire général de la Société de Numismatique Asiatique)
    Si l'histoire monétaire du Cambodge est assez bien documentée à partir du règne d'Ang Duong (1847-1860), elle reste cependant à l'état embryonnaire en ce qui concerne les monnaies autochtones de la période post-angkorienne, soit entre leur apparition au début du XVIe siècle et jusqu'à la fin du XVIIIe. Les récits des Européens qu'ils soient voyageurs (missionnaires, marchands) ou simplement rédacteurs d’ouvrages sur le commerce dans les Indes Orientales, constituent, en l'absence presque totale de documents officiels cambodgiens, la principale source d'information sur cette longue période monétaire durant laquelle la monarchie khmère a été soumise à rude épreuve. Un premier travail de recherche pour établir une Bibliographie numismatique du Cambodge(1) nous avait permis de répertorier un certain nombre d’auteurs portugais, espagnols, hollandais, anglais et français ayant fourni des renseignements sur les monnaies utilisées dans ce royaume. Nous étudions ici, le contexte des témoignages les plus importants, puis analysons succinctement les informations présentées par ces auteurs, avant de les comparer, éventuellement, aux autres données disponibles.
(1) Escabasse (Alain), Bibliographie numismatique du Cambodge, Société de Numismatique Asiatique, série « Monnaies d'Asie», n° 7, 2016, 64 pages.
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The town of Palembang (Leyde, 1665)

Chinese influence in the former Dutch East Indies as evidenced by the use of cash-like coinage, by Tjong Ding Yih (a specialist of ancient coinage of Indonesia)
    It is well documented that towards the end of the Majapahit realm with its main center on the island of Java, there was a shift from the gold and silver coinage to the use of Chinese cash (picis). Some have been illustrated in some ancient voyage journals (1597 and 1598) mentioning the circulating coinage at the arrival of the Dutch in the archipelago. There are many reports on the findings of Chinese cash coins, but mainly in terms of numbers without detailed descriptions. This study focusses on pieces with the characteristic central square hole encountered thusfar. The circulating cash consisted firstly of the original bronze Chinese pieces mainly with northern Sung reign titles, but later also smaller pieces with a lower copper and higher lead content were used. It is still a matter of debate whether these smaller pieces were imported from southern China or cast locally in the archipelago. The most abundant reign titles were “Hsien Ping”, “Hsiang Fu” and “Tien Hsi”. More recently, some reports on the occurrence of tin cash pieces have been published. Two main places of origin can be distinguished. One on the northern coast of Mid-Java, the region of Tegal and Cheribon and another on the eastern coast of the island of Sumatra, the Palembang region. The Javanese tin pieces bear corrupted Chinese legends such as Hsien Ping tung pao, Tai Ping yuan pao and most remarkable a legends Tien Hsia Tai Ping ; the legends are often surrounded by a single or a double circle and show mainly the simplified form of the charater pao (宝). There are, however, also blanc pieces without any legends and pieces with geometrical motifs such as dots, crosses or plusses. The most occurring legends on the Palembang tin pieces are Hsien Ping tung pao, Hsiang Fu tung pao, Huang Sung tung pao and most remarkably Kai Ping yuan pao. Furthermore, occasionally some Ming reign titles are encountered such as Hung Wu tung pao, Yung Lo tung pao and Wan Li tung pao. The Palembang tin pieces are reported to originate from recent draggings in the Musi river at Palembang similarly as the pieces used by the Bangka miners. More recently, some new types appeared on the market. A number of single character pieces with the character Li (礼), Tung (同) or Hsin (信). Four-character pieces with the legends Shang Ping yuan pao (尚 平 元 宝), Shang Hsia chung ping (上下中平), a legend containing the character Ke (个) and possibly some numerals or a fantasy legends containing a seal script character pao. Furthermore, some pieces with an Arabic legends : a possibly higher value of the Palembang Alamat Sultan pieces, a legend containing the word khan and some thusfar not translated arabic legends.
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Lê Qúy Đôn (1726 – 1784)


Le désordre dans la circulation monétaire en Chine sous Qian Long. Le témoignage de l’ambassadeur vietnamien, 1761-62, par François Thierry
(spécialiste des monnayages chinois et vietnamiens, ancien conservateur général des Monnaies d’Asie orientale au Département des Monnaies et Médailles de la Bibliothèque nationale de France, membre du Comité de Patronage de Numismatique Asiatique)
    Durant le trajet qui, en 1761, le conduit à la capitale des Qing, où il doit remettre le tribut annuel et recevoir les brevets accordés au roi vietnamien, Lê Qúy Đôn, ambassadeur en second, prend note de tout ce qu’il voit et apprend. Dans ses « Dissertations classées de la Terrasse des herbes de grâce » Vân đài loại ngữ 芸臺類語, rédigées en 1773, il donne la liste des différentes monnaies d’alliages cuivreux qu’il a vues circuler à chaque étape de son trajet, leur valeur réciproque et leur valeur en argent-métal. Il nous dresse un tableau surprenant d’une circulation complètement anarchique du numéraire de cuivre, qui nécessitait des opérations de change complexes, chaque fois que l’on quittait une zone de circulation pour entrer dans une autre. Ce témoignage montre que la circulation des sapèques était dans un désordre aussi complet que celui que les auteurs occidentaux décrivent pour l’argent-métal. On comprend, dans un tel contexte, le succès des piastres espagnoles.
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La Cochinchine au XVIIIe s. (Londres 1806)


Le Dai Viet : problèmes monétaires et commerce international (XVIIe-XVIIIe s.), par Frédéric Mantienne (professeur associé à l’Université de La Rochelle, auteur de Les relations politiques et commerciales entre la France et la péninsule indochinoise aux XVIIe et XVIIIe s., Paris, 2003)
    L’empire du Dai Viet est à cette époque divisé en deux principautés, l’une au Nord, capitale Thanh Long (Hanoi), l’autre dans le Centre du Vietnam actuel (Hué). Le Viet Nam ne sera réunifié qu’après une longue guerre civile (1770-1802). Les deux États sont relativement pauvres, n’ayant que des produits tirés de l’agriculture à offrir pour exporter (soie, notamment).
Ils ont des besoins (armes, cuivre, produits de luxe pour les cours). Peu tournés vers les échanges internationaux, ils dépendent des marchands étrangers (Chinois, compagnies des Indes : Hollandais, Anglais) qui déchargent et embarquent dans les ports vietnamiens ; il n’y a pas de flotte ni de négociants vietnamiens. En conséquence, le système monétaire n’utilise que la sapèque, monnaie de faible valeur, mais suffisante pour les échanges intérieurs. Elle est fréquemment dévaluée par appauvrissement de sa composition (cuivre, mais très souvent un alliage : la toutenargue...). Métal ou pièces, le cuivre doit être importé. L’or et l’argent sont au Viet Nam des matières premières sans valeur monétaire. Les échanges commerciaux doivent tenir compte de ces données. Chinois – surtout – et Européens doivent donc inventer des circuits commerciaux triangulaires pour apporter du cuivre. A défaut, la Compagnie des Indes Orientales française accumulera les échecs dans ce pays.
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1871 : A new currency for Japan and the world, by Helen Wang (a specialist of Far Eastern coinages, curator, East Asian Money, Department of Coins and Medals, The British Museum, membre du Comité de Patronage de Numismatique Asiatique)

Osaka Mint (1871)


    The second half of the 19th century saw great changes across the world. In this paper, I will look at events leading up to the establishment of the new mint at Hong Kong, then at Osaka, and show how the new Japanese yen of 1871 was designed to stand alongside other gold and silver coins on the world stage.
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Les caxas chinois de Quanzhou pour le commerce au sultanat de Banten et îles voisines, aux XVIe-XVIIe s., par François Joyaux (professeur des Universités, e.r.)
    On trouve très couramment, dans les encyclopédies des XVIIe et XVIIIe siècles, des mentions d’une monnaie chinoise appelée caxa, fabriquée à Chinceo. Savary des Bruslons, en 1723, précisait même qu’il s’agissait de «mauvaise monnoye de plomb & d’écume de cuivre» et qu’elle « n’avait point cours dans le Royaume [de Chine] ». En 1751, Diderot et d’Alembert ajoutaient «qu’elle n’avait cours que depuis 1590». En fait, il s’agissait de renseignements fournis par la Compagnie des Indes. Cette monnaie, fondue à Quanzhou, servait pour le commerce avec le sultanat de Banten. En remontant la série de ces textes, qui se recopient souvent les uns les autres, on aboutit finalement à un Journal de voyage des Hollandais aux Indes orientales de 1598, qui donne une figure de cette monnaie dont la légende chinoise était Xian Ping yuan bao, « Monnaie primordiale de Xian Ping ». Probablement s’agit-il de la monnaie fondue en 1590. On connaît quelques rares spécimens, jusqu’ici mal classés, qui semblent correspondre à ces caxas de Quanzhou représentés dans le Journal de 1598.
Caxa de Chinceo dans le Journal hollandais de 1598


Colloque de numismatique cambodgienne

រូបិយវត្ថុកម្ពុជា

            La Société de numismatique asiatique organisait le 10 Octobre 2015, à Paris, aux Missions Etrangères de Paris, son premier colloque, consacré à la numismatique du Cambodge. Il a réuni près d'une trentaine de participants dont on trouvera la liste ci-après.
            Après un Mot de bienvenue de Georges Gautier, ambassadeur de France (e.r.), ancien président de la Société Française de Numismatique et membre du Comité de Patronage de Numismatique Asiatique, les communications de la matinée ont porté sur les sujets suivants :
                -Un premier jalon pour l’histoire monétaire de l’ancien Cambodge : le trésor de Konlah Lan, par G. Epinal, doctorant à l'Ecole Française d'Extrême-Orient
                -Cambodia’s uniface coins (16th-19th c.), par J. Cribb, ancien conservateur en chef des Monnaies et Médailles au British Museum, secrètaire général de l'Oriental Numismatic Society et membre du Comité de Patronage de Numismatique Asiatique
                -Les pénalités en numéraire dans les codes juridiques anciens du Cambodge, par O. de Bernon, directeur d'études à l'Ecole Française d'Extrême-Orient, ancien conservateur général du Patrimoine et membre du Comité de Patronage de Numismatique Asiatique


            Puis un déjeuner aussi convivial que sympathique a réuni les participants dans un restaurant italien du quartier. Certains ont profité de ce moment de détente pour visiter les Missions Etrangères. En effet, pour leur partie principale, les bâtiments des Missions Etrangères de Paris datent de la fin du XVIIe et du XVIIIe siècle, la Société ayant été fondée en 1622. On peut visiter les jardins à la française, la Chapelle, édifiée entre 1683 et 1697, où eurent lieu les obsèques de Chateaubriand, en présence de Balzac, Victor Hugo et al, ainsi que la crypte ou Salle des martyrs aménagée en 2000.
            Après le déjeuner, les travaux du colloque reprirent, pour écouter les communications suivantes :
                -Datation d’une monnaie cambodgienne au cheval ailé du début du XVIIe siècle, par A. Escabasse, ingénieur à l'Université de Bretagne et secrétaire général de la Société de Numismatique Asiatique
                -Quelques monnaies significatives du règne de Norodom Ier à celui de Norodom Sihanouk, par D. Cariou, président de la Société bretonne de Numismatique et d'Histoire et membre du Comité de Patronage de Numismatique Asiatique
                -Etat d’avancement du Musée de l’Economie et de la Monnaie (Sosoro Museum) de Phnom Penh, par J.-D. Gardère, ancien directeur général du Centre Français du Commerce Extérieur, conseiller de la Banque Nationale du Cambodge et membre du Comité de Patronage de Numismatique Asiatique
                -Les collections françaises de monnaies cambodgiennes durant la période coloniale, par F. Joyaux, président de la Société.
            De façon à donner une idée aussi complète que possible de l'intérêt de ces différentes communications, voici une courte présentation de chacune d‟elles :
I. Un premier jalon pour l’histoire monétaire de l’ancien Cambodge : le trésor de Konlah Lan, par G. Epinal


            Il y a trois ans encore, la plus ancienne monnaie khmère datée avec certitude remontait au règne du roi Ang Duong (1796 – r. 1841-1860). Néanmoins, on semblait admettre sur la base d'un récit portugais, l'antériorité d'un petit monnayage uniface en argent dénommé selung ou prak pae portant l'image d‟un coq. Cette émission anépigraphe dont la chronologie longue reste encore très imprécise, pourrait débuter vers 1500-1600.
            En septembre 2012, lors de travaux de voirie à Angkor Borei (la première capitale historique du royaume khmer), sont apparus de nouveaux éléments qui, totalement inattendus, attestent de pratiques monétaires entre les Ve-VIIe s. Outre la trouvaille d'une monnaie-médaille en or au nom du roi Īśānavarman Ier (r. 611/616-635/637), est documentée la découverte d'un important dépôt de monnaies d'argent du type Pyu au Soleil levant. L'étude de cet ensemble monétaire (le premier signalé au Cambodge pour cette période) donne un aperçu direct sur l'état d‟une trésorerie en cours d‟utilisation. La communication détailla les circonstances de sa mise au jour, le descriptif de son contenu et proposa une interprétation économique, dans son cadre régional, politique et historique.
II. Cambodia’s uniface coins (16th-19th centuries), par J. Cribb


            Until recently the earliest coins known to have been issued in Cambodia have been a series of small uniface silver and silver alloy coins. Reports in the Cambodian Royal Chronicle and by foreign visitors to Cambodia have helped piece together a framework for identifying these coins. From the 16th to 19th centuries these uniface coins provide little evidence of their issuers or mints as they are all uninscribed and have uninformative pictorial designs. Weight standards and comparison with the evidence from the reports by foreign visitors provide some clues for dating the coins, but many questions remain unanswered. More work on classification, hoards, find spots, metrology and metallurgy will be needed before the full story of Cambodia's pre-modern coinage can be told.
III. Les pénalités en numéraire dans les Codes juridiques anciens du Cambodge, par O. de Bernon


            Faute de disposer d‟archives relatives à l'application des pénalités judiciaires, ni d'archives privées anciennes relatives aux modalités fiduciaires du commerce, les Codes juridiques traditionnels du Cambodge constituent les seuls documents antérieurs aux récits des premiers voyageurs ayant visité le Cambodge à la fin du XIXe siècle, dans lesquels sont évoquées des unités monétaires, ainsi que leur système de fractions ou de multiples. Pour formelles qu'elles soient, l'étude des situations contextuelles telles qu'elles sont décrites dans les Codes, permet seule, en outre, d'évaluer le pouvoir libératoire de ces unités de compte.
            De plus, la mention quasi exclusive, dans les textes légaux, d'unités monétaires – qualifiées parfois de « monnaies fictives » -- tend à démontrer que, bien que tous les mécanismes des échanges fiduciaires fussent connus des Khmers lorsque ces Codes étaient en vigueur, du XVIe au XIXe siècle, la circulation fiduciaire elle-même était fort limitée. Jusqu'à une époque récente, elle ne reposait en effet pas tant sur des échanges de monnaies réelles, en tout cas pas de monnaies nationales, que sur un système conventionnel de mesures d'argent, la frappe de monnaies métalliques étant limitée, au Cambodge, aux dénominations les plus petites.
IV. Datation d’une monnaie au cheval ailé du début du XVIIe siècle, par A. Escabasse


            Si la documentation est lacunaire sur le monnayage du Cambodge, de la chute d'Angkor, au XIVe siècle, jusqu'au début du XIXe siècle, il est cependant un court intervalle de temps, privilégié, pendant lequel nous avons un certain nombre de documents qui nous permettent d'en savoir davantage sur l'aspect et l'usage de la monnaie. Il s'agit de la période, au début du XVIIe siècle, qui correspond au règne de Paramaraja VII (1602-1619), puis à celui de son fils et successeur Chey Chettha II (1619-1627). Ces deux souverains ont eu la volonté de créer un nouveau monnayage à l'intention de la population khmère afin d‟affirmer leur indépendance à l'égard du Siam, dans un contexte de guerre et de rivalité commerciale. Notre but est de faire ici la synthèse de ces textes d'origines diverses, parfois négligés, tel cet important témoignage d'un marchand hollandais de la V.O.C. (Compagnie unie des Indes Néerlandaises) qui, en 1622, révèle l'existence au Cambodge d'une monnaie unique, finement argentée, à la figure d'un "cheval ailé".
V. Quelques monnaies significatives du règne de Norodom Ier à celui de Norodom Sihanouk, par D. Cariou


            A partir de 1860, le royaume du Cambodge utilise différentes monnaies et même différents systèmes monétaires en fonction de l'utilisation que l‟on veut en faire.
            Les anciennes monnaies peuvent circuler.
            La barre d‟argent vietnamienne est quelquefois « khmérisée » grâce à un poinçon portant le chiffre de Norodom. Elle a un cours variable en fonction des fluctuations de l'argent-métal.
            La piastre mexicaine joue un grand rôle.
            Le royaume en fait aussi fabriquer au nom du souverain, mais sans que ces dernières n'aient de diffusion.
            Le franc, déjà en usage en Cochinchine, convient pour certains types de transactions. Les divisions en cuivre de ce franc sont produites par différents fermiers qui semblent abuser, et du rognage sur le poids, et de la quantité.
            Enfin, les monnaies ont un rôle honorifique : distribuées au peuple lors d'évènements dynastiques, elles servent aussi de décorations et de récompenses.
VI. Etat d’avancement du Musée de l’Economie et de la Monnaie (Sosoro Museum) de Phnom Penh, par J.-D. Gardère


            La Banque Nationale du Cambodge a souhaité en 2013 doter le pays d'un musée de la monnaie. Choix un peu paradoxal au regard de l'histoire monétaire du Cambodge, caractérisée par de longues périodes dépourvues de toute émission et parfois usage de monnaie, mais aussi marquée, plus que beaucoup d'autres sans doute, par un multi-monétarisme peu contrôlé. Décision également audacieuse au regard de la relativement modeste implication du gouvernement dans le financement de projets de nature culturelle.
            La conception de ce musée, dont l'ouverture est prévue fin 2016, a donc été d'emblée orientée vers la compréhension des interactions puissantes entre faits historiques, économiques et monétaires. Le parti-pris de départ était de développer une approche croisée de l'histoire et de la monnaie, sans tomber dans les approches réductrices communes à la plupart des visiteurs étrangers. Il était aussi d'initier les visiteurs cambodgiens aux questions de politique économique et monétaire, dont (comme beaucoup d'autres publics, hélas) ils sont souvent ignorants. Pourtant diverses trouvailles importantes et recherches de fond ont permis de compléter l'histoire monétaire du Cambodge ancien au Ier millénaire et de jeter des coups de projecteurs originaux sur le rôle de la monnaie dans l'évolution du pays depuis la période angkorienne jusqu'à nos jours.
            La présentation fut essentiellement portée par une visite virtuelle des principaux aspects scénographiques et de quelques éléments muséographiques du musée.
VII. Les collections françaises de monnaies cambodgiennes durant la période coloniale, par F. Joyaux


            Alors qu‟il est fréquent de trouver des collections de monnaies annamites, les collections de monnaies cambodgiennes, au contraire, sont beaucoup moins nombreuses. Cela tient, certes, à la rareté de ce monnayage, mais aussi à l'inexistence de catalogues spécialisés.
            Les plus importantes collections privées de monnaies cambodgiennes constituées durant la période coloniale (1863-1953), furent, à notre connaissance, celles de Jules Silvestre, très renommée en son temps, d'Albert Schroeder et d'André Salles. Toutes les trois, malheureusement, ont été dispersées.
            En ce qui concerne les collections publiques, il faut citer celles de la Monnaie de Paris et de la Ville de Marseille, dont les noyaux résultent de dons du roi Norodom en 1907. La première, bien que diminuée de certaines pièces en or, est demeurée en place jusqu'à nos jours ; la seconde a disparu. La collection de la Bibliothèque nationale de France est actuellement indisponible.
            Deux collections de monnaies anciennes ont été constituées par des chercheurs à la suite de collectes et fouilles effectuées en Indochine : la collection Groslier, conservée au Musée de Phnom Penh et la collection Malleret (fouilles d'Oc-éo) conservée à celui de Saïgon. Il faut également mentionner la collection constituée par Adhémard Leclère, déposée au Musée d'Alençon.
            Il est à souhaiter que l'ouverture du nouveau Musée de l'Economie et de la Monnaie prévu à Phnom Penh, permette de reconstituer une collection exhaustive de monnaies cambodgiennes, surtout anciennes.


LISTE DES PARTICIPANTS
ABDOUL-CARIME Nasir. Université de Paris-Diderot.
ANDURAND Claudette. Numismate.
ANTELME Michel. Professeur des Universités (langue khmère) à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales.
ANTERION Dominique. Direction des Patrimoines. Chargé de conservation. Monnaie de Paris.
BARRETT William. Numismate. Membre de la Société (Canada).
BAZIN Etienne. Numismate.
BERNON Olivier de. Directeur d'études à l'Ecole Française d'Extrême-Orient. Ancien Conservateur général du Patrimoine. Comité de Patronage de Numismatique Asiatique. Membre de la Société.
CARIOU Daniel. Président de la Société bretonne de Numismatique et d'Histoire, Comité de Patronage de Numismatique Asiatique. Membre de la Société.
CHABAT Florent. Numismate. Membre de la Société.
CHARLET Christian. Ancien président de la Société d'Etudes Numismatiques et Archéologiques. Comité de Patronage de Numismatique Asiatique. Membre de la Société.
COMPAROT Laurent. Numismate professionnel. Compagnie Générale de Banque. Membre de la Société
CRIBB Joe. Ancien conservateur en chef des Monnaies et Médailles au British Museum. Secrétaire général de l'Oriental Numismatic Society. Comité de Patronage de Numismatique Asiatique.
DESNIER Jean-Luc. Chargé des collections du Musée de la Monnaie de Paris. Comité de Patronage de Numismatique Asiatique.
DUPAIGNE Bernard. Directeur du Laboratoire d'Ethnologie, Musée de l'Homme.
EPINAL Guillaume. Doctorant au Centre Asie du Sud-Est de l'EFEO (CNRS / EHESS)
ESCABASSE Alain. Ingénieur à l'Université de Bretagne. Secrétaire général de la Société de Numismatique Asiatique
GARDERE Jean-Daniel. Ancien directeur général du Centre Français du Commerce Extérieur. Conseiller de la Banque Nationale du Cambodge. Comité de Patronage de Numismatique Asiatique. Membre de la Société.
GAUTIER Georges. Ambassadeur de France (e.r.), ancien président de la Société Française de Numismatique. Comité de Patronage de Numismatique Asiatique.
GOODALL Dominic. Directeur d'études à l'Ecole Française d'Extrême-Orient.
JOYAUX François. Professeur des Universités (e.r.), président de la Société de Numismatique Asiatique.
JUVENAL Sylvie. Chargée de fonds patrimoniaux. Monnaie de Paris.
LEGRAND Georges. Numismate. Membre de la Société.
MIKAELIAN Grégory. Chargé de recherche au Centre Asie du Sud-Est (CNRS/EHESS)
NOUTH Narang. Ambassadeur du Cambodge en France.
PAPIN Franck. Numismate. Membre de la Société.
SCHMITT Laurent. Président de la Société d'Etudes Numismatiques et Archéologiques.
THIERRY François. Conservateur général honoraire. Département des Monnaies et Médailles, Bibliothèque nationale de France. Comité de Patronage de Numismatique Asiatique.
VINCENT Brice. Maître de conférences à l'Ecole Française d'Extrême-Orient.