Biographie

BIOGRAPHIE de Jean-Claude ROLLAND

Jean-Claude Rolland est né à Lyon le 16 décembre 1941, et c’est dans cette ville que s’est déroulé l’essentiel de sa carrière, de son activité clinique et de son enseignement. Ce psychanalyste a su se laisser inspirer par une grande diversité de rencontres importantes et fécondes qui ont nourri sa pensée et marqué l’évolution de sa personnalité, de son approche clinique, et sa compréhension de la réalité psychique. Par cette capacité à s’ouvrir à des points de vue très différents dans un esprit de tolérance critique et une grande liberté de pensée, il a pu acquérir une indépendance et un surplombement qui lui ont permis d’élaborer au fil des années une recherche originale sur la clinique psychanalytique, sur le travail du langage et le fonctionnement de l’esprit.

Il avait éprouvé une expérience novatrice en classe de terminale avec François Dagognet, alors jeune professeur de philosophie, qui avait dû remplacer durant un trimestre son professeur du Lycée Ampère. Cette pensée créatrice, inventive, à contre-courant des idées reçues, lui avait dès lors ouvert de nouveaux domaines de réflexion ; il a d’ailleurs retrouvé cet esprit curieux et original sur les bancs de la faculté de médecine !

Jean-Claude Rolland devient interne en médecine en 1965, et choisit alors d’effectuer son service militaire dans le cadre de la Coopération à l’Hôpital Maillot d’Alger durant seize mois, avant d’engager sa formation médicale à Lyon. Alors qu'il s'orientait vers la médecine interne, sa rencontre avec le professeur Marcel Colin a infléchi définitivement son orientation vers la souffrance psychique. Responsable du Département de psychiatrie dans le Service des Urgences dirigé par le professeur Louis Roche au Pavillon N de l’Hôpital Édouard-Herriot, Marcel Colin était marqué au plan personnel par l’expérience de la guerre dans la Résistance et animé d’une grande culture humaniste. Ses visites pittoresques au lit des malades, moments passionnants de grande intensité discursive, témoignaient de son grand intérêt pour l’anthropologie sociale, pour l’humain et le dialogue individu-groupe. C’était alors l’explosion des sciences humaines, des recherches pluridisciplinaires sur les conduites déviantes – délinquance, suicide, psychose –, avec la création d’une discipline criminologique fondée sur les sciences sociales. À la demande du Ministère de la Justice, sous l’égide de l’Institut Alexandre Lacassagne de l’Université Lyon I, Jean-Claude Rolland a participé à une recherche sur la déviance avec deux sociologues, Roger Daille et Daniel Mandon, et un collègue psychiatre, Olivier Quénard, qui a donné lieu à une importante publication en 1976.

Il est à noter que Marcel Colin a partagé la grande aventure collective de la renaissance du Château de Goutelas dans les années 1960, l’un des lieux symboliques de l’humanisme en Forez. Les ruines à l’abandon envahies par la végétation, grâce à un grand élan de bénévolat et de fraternité, sont devenues ce lieu de rencontres et ce centre culturel actif.

Après son internat, Jean-Claude Rolland a été assistant-chef de clinique auprès de Marcel Colin durant deux ans. C’est dans ce Service de Psychiatrie d’urgence qu’il eut à soigner Tito de Alencar, frère dominicain brésilien longuement torturé, définitivement brisé par la dictature, puis banni de son pays. Il a trouvé refuge en Europe, Rome, Paris, avant d’être accueilli par la communauté dominicaine du Couvent de La Tourette à L’Arbresle, près de Lyon, où s’est révélée la désorganisation psychique majeure secondaire à la torture des militaires. Depuis, le cas de cet « homme torturé », devenu le paradigme de la folie meurtrière de la torture, a fait l’objet de rencontres, articles, livres, films.

La rencontre de Jean-Claude Rolland avec le kleinisme est un fait de circonstances, mais s’est révélée essentielle dans son parcours : elle a marqué durablement les relations qu’il a pu entretenir à cette époque avec des analystes non freudiens. Elle s’est organisée autour d’Antoine Appeau, psychiatre, psychanalyste, fondateur à Lyon d’une clinique privée, La Chavannerie, dont l’ambition reposait sur la nécessité d’apporter des soins à des patients très difficiles, psychotiques, suicidaires, dits parfois « borderline », c’est-à-dire des patients dont le comportement l’emporte sur l’activité psychique. Antoine Appeau s’orienta vers la collaboration avec des théoriciens qui lui semblaient proches de ses préoccupations et qu’il invitait régulièrement dans son institution pour des séances de travail et des supervisions. C’est ainsi que Salomon Resnik participa à ces recherches puis qu’il devint l’analyste de Jean-Claude Rolland à Paris, à raison de cinq séances par semaine, dès 1970. Psychiatre et psychanalyste d’origine argentine, Salomon Resnik avait poursuivi sa formation à Londres pendant quatorze ans avec Mélanie Klein, Wilfred Bion, D.W. Winnicott, Esther Bick, avant de s’installer à Paris à la fin des années 1960.

Attiré par la personnalité de ces cliniciens attentifs, réfléchis, curieux, soucieux de supporter des patients difficiles, Jean-Claude Rolland a engagé des supervisions de son travail clinique, notamment avec Herbert Rosenfeld. Ce dernier anima des conférences-débats mensuels à Lyon en grand groupe durant deux ans, ainsi que des séminaires de supervision entre Londres et Lyon avec un petit groupe de jeunes analystes animés par une volonté de compréhension et une passion clinique. Il s’agissait de supervisions méthodiques d’une heure et demie, exigeant le récit détaillé de cinq séances par semaine, recevant une écoute et des commentaires généreux assortis d’un apport théorique. Sémiologue plus que théoricien, Herbert Rosenfeld cherchait à déchiffrer le langage des psychotiques, la violence de leurs conflits intrapsychiques et leur difficulté à penser, selon une technique hautement interprétative. Dans le cadre de La Chavannerie, Jean-Claude Rolland a eu l’occasion de participer à des rencontres avec Wilfred Bion qui supervisait ce travail institutionnel et dont la réflexion sur les « petits groupes » témoigne d'une profonde méthode d’écoute.

Tout en restant durablement fidèle au kleinisme, Jean-Claude Rolland choisit en 1975 d’entrer à l’APF, dix ans après sa fondation et son admission au sein de l’API. Cette association était alors incarnée par des figures remarquables d’analystes qui avaient été amenés à se désolidariser de Jacques Lacan en refusant toute allégeance à un maître ou à un système de pensée. Porteurs de fortes convictions, d’exigences et d’idéaux, ils voulaient partager la diversité de leurs points de vue dans un esprit de liberté et de passion pour les faits psychiques. Auteurs de travaux brillants, ils avaient choisi d’assumer leur indépendance et leur originalité en remettant au travail l’héritage freudien, tout en explorant les sciences humaines : linguistique, philosophie, anthropologie, littérature, ainsi que Freud l’avait initié.

Sous l’influence de Guy Rosolato, son premier superviseur, Jean-Claude Rolland se détourne progressivement de la technique kleinienne, largement interprétative, pour s’intéresser à une autre approche de la cure et à une nouvelle écoute du discours du patient. Guy Rosolato était un analyste d’une grande rigueur, fidèle à l’esprit du texte freudien tout en étant l’auteur de travaux novateurs, désireux de lier les avancées de la pensée et l’expérience de la clinique tout en allant au-devant du mystère de « l’inconnu ». Créateur de concepts, d’un esprit inventif, ses intérêts pour la communication non verbale, la musique, la culture, les mythes religieux lui ont donné accès à un langage articulé aux affects, aux traces mnésiques et aux fantasmes.

Avec cette rencontre, Jean-Claude Rolland s’est interrogé sur la différence de conception et de mise en pratique de la théorie analytique et sur le caractère dogmatique du corpus kleinien principalement orienté vers la construction et l’interprétation. Dans cette position plus modeste de l’analyste, il s’agit de revenir aux faits de l’analyse, au déroulement de la cure, avec une attention particulière portée à la fonction du langage et au maniement du signifiant.

Jean Laplanche a été son second superviseur. Ce chercheur exigeant, alliant réflexion philosophique et curiosité clinique au service d’un approfondissement de sa connaissance de l’humain, n’a cessé de mettre en travail l’héritage freudien. Co-auteur avec J.-B. Pontalis du Vocabulaire de la Psychanalyse en 1967, il est devenu le traducteur des Œuvres complètes de Freud. Familiarisé avec les aspects les plus profonds de la psyché humaine, son attention à l’énigme de la situation analytique et à l’asymétrie de ce dispositif l’a conduit à théoriser la « situation anthropologique fondamentale » en lien avec l’expérience du transfert. Il a su transmettre à Jean-Claude Rolland son intérêt pour la Versagung, le « refusement », qui a été si important dans l’acquisition de sa propre conception de la cure.

À l’encontre de la démarche kleinienne, Jean-Claude Rolland a dû s’interdire d’interpréter ou d’intervenir pour mieux écouter, repérer les mouvements de la langue et construire une nouvelle approche de l’interprétation. C’est ainsi qu’il a découvert ce qui est devenu pour lui une méthode essentielle de sa conduite des cures analytiques : l’écoute de son « discours intérieur » pour mieux cerner, dans le travail du langage du patient, les variations des affects et les occurrences de l’« analogie ». En repérant la proximité des mouvements de la langue et de l’inconscient, il a retrouvé cette double fonction du langage à l’œuvre dans les cures : contre-investissement ou dévoilement de l’inconscient. La parole travaille à l’une ou l’autre de ces fonctions ; ainsi on ne devine pas l’inconscient, on le laisse se dire. C’est grâce à cette recherche personnelle, à laquelle il a dû se contraindre pour résoudre les contradictions rencontrées au cours de sa formation, qu’il a été amené à élaborer peu à peu, pas à pas, un véritable projet de pionnier, en saisissant en profondeur le pouvoir de rêve dont sont chargés les mots et en remettant à l’épreuve la théorie freudienne.

Tout en engageant une activité privée de psychanalyste, Jean-Claude Rolland a continué à s’occuper de patients dits difficiles dans la recherche de méthodes thérapeutiques collectives, de type groupal, pour tenter de traiter ces pathologies si singulières. Il a ainsi créé un groupe de soins dans le Service des jeunes adultes de la prison Saint-Joseph de Lyon. Il a constitué des groupes de supervisions d’équipes éducatives s’occupant d’enfants en difficultés cognitives dans le cadre de l’Institut médico-éducatif de Saint-Galmier dont Roger Roustand était le psychologue. Plus brièvement, il est intervenu dans d’autres institutions : au Prado, assurant la rééducation d’enfants présentant des troubles sociopathiques, dans un foyer Sonacotra… Ce choix d’un large éventail de pathologies diverses dans des milieux jusque-là relativement fermés à la psychanalyse était animé par son souci de mieux comprendre l’humain et sa souffrance, et d’éprouver la pertinence de la pensée psychanalytique face à ces pathologies extrêmes.

À la même époque, il a créé un groupe de réflexion sur la psychothérapie d’enfants avec de jeunes praticiens, dont Nicole Oury et Jean-Yves Tamet, dans le cadre du CMPP Rockefeller, réflexion qui s’est poursuivie durant une quinzaine d’années et qui a donné lieu à plusieurs publications. Il a dirigé parallèlement un Centre de Psychologie familiale de la SNCF. Puis il a poursuivi sa recherche autour de groupes de soignants dans le Service du docteur Jacques Dubuis à l’Hôpital psychiatrique du Vinatier. Très vite cette recherche collective s’est élargie à la constitution d’un séminaire intitulé « L’atelier du lundi », centré sur la psychopathologie de la pratique quotidienne, ouvert à tous les intervenants du soin psychique. Jacques Dubuis, Michel Gillet et Jean-Claude Rolland en ont été les animateurs durant plus de dix ans et ces rencontres, qui ont connu une grande assiduité des soignants, ont donné lieu à une revue annuelle portant sur le thème de l’année écoulée.

Jean-Claude Rolland a constamment eu le souci d’organiser autour de lui une véritable communauté de travail à travers différents séminaires, dont celui autour de Jean-François Lyotard, à Lyon, avec la lecture de Discours, Figure. Dans le cadre du Centre Thomas More au sein du Couvent de La Tourette construit par Le Corbusier, il a invité de nombreux analystes prestigieux à des week-ends de travail : René Diatkine, J.-B. Pontalis, Wladimir Granoff, Jean Laplanche, Pierre Fedida, André Green, Serge Lebovici, Didier Anzieu, Jean-Luc Donnet, Jean Guillaumin, Edmundo Gòmez mango, etc. Ces rencontres, qui attiraient un large auditoire, rassemblaient des personnalités d’horizons très divers dans un véritable élan intellectuel et culturel.

Avec la constitution d’un petit groupe d’analystes de l’APF à Lyon, groupe qui s’est peu à peu considérablement agrandi, les rencontres psychanalytiques locales se sont élargies à des manifestations plus largement ouvertes à toute l’institution APF.

Son séminaire avec Catherine Chabert à Paris, orienté vers la communication analytique et destiné à mettre à l’épreuve la modernité des textes freudiens, a préfiguré la création de la revue Libres Cahiers pour la Psychanalyse en 2000 : revue bisannuelle dont Catherine Chabert et Jean-Claude Rolland sont co-directeurs et à laquelle collaborent plusieurs analystes au sein du comité de rédaction, dont Blandine Foliot et Jean-Yves Tamet. Certains numéros de la revue ont donné lieu à des rencontres organisées avec des acteurs d’autres disciplines, notamment à la Bibliothèque municipale de Lyon à propos des numéros consacrés au féminin, à la mort, à la culpabilité, avec des présentations de Catherine Goffaux. Ou un colloque au Musée des Beaux-Arts, où est intervenue Sylvie Ramond, sa conservatrice, à propos du numéro consacré au rêve, toujours dans ce souci d’ouvrir les frontières de la psychanalyse.

Membre titulaire de l’APF, Jean-Claude Rolland a participé au Conseil en tant que vice-président sous la présidence de Pierre Fedida ; puis il en est devenu le président en 1994-1995 et a été l’organisateur de la célébration du trentenaire de l’association. Il a alors œuvré à une nouvelle collaboration avec la SPP pour la participation de l’APF au Congrès des Psychanalystes de Langue française ; Marilia Aisenstein en était alors la présidente. Très actif dans les institutions internationales, il a animé un séminaire sur la psychanalyse d’enfants avec Laure Schacht dans le cadre de la Fédération européenne ; celui-ci regroupait des analystes européens à Lyon, Londres ou Heidelberg. Il a participé à la création de la Chambre des Délégués au sein de l’IPA et y a siégé durant deux ans. Dans ce cadre, il a été nommé dans la commission d’enquête sur une Société viennoise qui demandait son admission à l’IPA.

À la demande d’Haydée Faimberg et d’Anne-Marie Sandler, Jean-Claude Rolland a intégré durant plusieurs années un groupe de recherche franco-britannique annuel qui se réunissait dans les environs de Londres, à Brighton, Oxford ou Cambridge. Se déroulant sur trois jours, les réunions de ce groupe rassemblaient des analystes anglais et français qui, à partir des cas cliniques présentés, s’efforçaient de théoriser leurs différentes pratiques et d’enrichir leur approche de la cure en cherchant à comprendre et approfondir les raisons profondes de ces différences.

Il a également participé à un groupe de recherche IPA sur les états-limites avec André Green, Otto Kernberg, Gregorio Kohon, etc., tantôt à Paris, tantôt à New York, qui a donné lieu à un opuscule de l’IPA. C’est à la suite de ce travail commun avec André Green que s’est imposée à eux deux l’idée d’un séminaire clinique sur des thèmes propres à la négativité de l’inconscient ; ils étaient animés l’un et l’autre d’un même souci de dépasser les limites de l’analyse en explorant les cas de patients laissés en souffrance par la théorie psychanalytique, mais ils divergeaient à propos de la pulsion de mort chère à André Green, Jean-Claude Rolland soutenant l’idée de la présence des morts en nous. Ouvertes à des praticiens ayant l’expérience de la psychose, ces rencontres biannuelles riches en débats se sont partagées entre Lyon et Paris durant trois ans.

L’activité clinique de Jean-Claude Rolland auprès de ses patients, indissociable de ses travaux d’enseignement et de recherche, s’accompagne, bien sûr, d’une mise en écrits régulière de ce qui représente selon lui ses avancées théoriques et son ambition d’aller toujours au plus archaïque de la vie psychique. Sollicité pour intervenir dans différents colloques ou congrès, il a très régulièrement organisé et consigné l’évolution de sa pensée, toujours adressée à un public particulier. Ainsi il est intervenu lors du Congrès des Psychanalystes de Langues Romanes consacré à la temporalité, lors d’une Journée Porte Ouverte de l’APF intitulée « Le Signifiant, pour quoi dire ? », à un Colloque de Deauville consacré à La Tiercéïté, à l'invitation de Jean-Luc Donnet, etc. Ce dernier est resté un aîné admiré, proche et amical.

De même, il a collaboré à différentes revues : la Nouvelle Revue de Psychanalyse, la Revue française de Psychanalyse, Psychanalyse à l’Université, Libres Cahiers pour la Psychanalyse, L'Annuel de l’APF, etc., ainsi qu’à de nombreuses revues étrangères, dont l’International Journal of Psychoanalysis, revue de l’IPA, la Revista Brasileira de Psicanálise, organe de la Fédération brésilienne, Psychanalyse en Europe, le Bulletin de la FEP, la Tribune psychanalytique, revue lausannoise sous la direction d’Olivier Bonard… La bibliographie ci-jointe, établie par Claude Arlès, recense l’essentiel de ses publications.

Parallèlement, il a publié plusieurs ouvrages aux éditions Gallimard, dans la série « Tracés » dirigée par J.-B. Pontalis, lui-même psychanalyste – l’un des membres fondateurs de l’APF - et écrivain. Celui-ci appartenait au prestigieux comité éditorial de Gallimard, était directeur de la Nouvelle Revue de Psychanalyse et avait créé plusieurs collections dont « Connaissance de l’inconscient » ou encore « L’un et l’autre ». Porté par un goût profond pour l’amitié, curieux de l’autre, il savait écouter et encourager ce qu’il y avait de meilleur dans chaque auteur, avec une grande intelligence du texte et du sens. La collaboration avec J.-B. Pontalis autour de ses publications a été pour Jean-Claude Rolland d’un grand enrichissement et l’occasion de nouer une relation amicale durable et forte. Il a publié en 1998 Guérir du mal d’aimer, en 2006, Avant d’être celui qui parle, et en 2010, Les Yeux de l’âme. Un quatrième ouvrage est en cours de préparation aux Editions Gallimard. Il paraîtra en avril 2015 sous le titre Quatre essais sur la vie de l'âme dans la collection Connaissance de l'inconscient.

Connu grâce à ses travaux, dont un certain nombre a été traduit à l’étranger, Jean-Claude Rolland a été amené à collaborer avec des groupes d’analystes de différents pays, notamment au Canada, autour de Dominique Scarfone. En 2003, au moment de la création du Groupe de Psychanalyse de Lausanne, il a été sollicité par Lucette Nobs pour animer un séminaire de lectures de textes (Freud, Fedida, et ses propres textes…), émaillé librement d’apports cliniques. Ce groupe de psychanalystes suisses romands poursuit toujours son travail avec lui.

La collaboration de Jean-Claude Rolland avec l’Amérique latine se poursuit également, en Argentine avec Fernando Uribarri, et surtout au Brésil autour d'Ana Maria Andrade de Azevedo, depuis 2010. En juillet 2013, un petit groupe d’analystes brésiliens avait organisé un séjour à Lyon pour un cycle de supervisions quotidiennes. En 2013 également, un psychanalyste norvégien, Torberg Foss, est venu le rencontrer à son domicile et a traduit en anglais plusieurs de ses articles dans la revue qu’il dirige The Scandinavian Psychoanalytic Review. En octobre 2014, Jean-Claude Rolland a été invité de nouveau à Sao Paulo, puis Rio de Janeiro, pour des supervisions et des conférences. Il a poursuivi son voyage vers Buenos Aires, sollicité par Fernando Uribarri pour participer aux Journées autour d'André Green.

Actuellement, Jean-Claude Rolland anime à Lyon un groupe de travail avec de jeunes analystes de l’APF, notamment Claude Arlès et Françoise Dejour, intitulé « Portée théorético-pratique de la première topique freudienne ». Depuis six ans, il a institué un groupe de réflexion pluridisciplinaire sur le langage et la représentation avec Nicole Oury, Bruno Gelas et Géraud Manhes : « Séminaire Interlectures : Littérature, Philosophie, Psychanalyse », largement ouvert à des auditeurs de divers horizons. Cette confrontation entre une écoute analytique du texte et sa lecture critique, littéraire et philosophique, voudrait permettre une approche approfondie d’une vérité anthropologique commune à ces disciplines, l’une étayée sur l’expérience transférentielle, les autres sur la dimension poétique, romanesque ou fictionnelle. Ces débats tentent, selon des voies de représentation indirectes, d’approcher au plus vif l’inconscient humain.

Jean-Claude Rolland a obtenu le prix Au-Tr-Es pour son premier essai, Guérir du mal d’aimer, en 1998. Ce prix, qui récompensait chaque année un écrivain, un traducteur et un essayiste, était géré par l’ARALD (Agence Rhône-Alpes pour le livre et la documentation) ; il a ensuite siégé plusieurs années au sein de ce jury composé d’écrivains, d’universitaires et de diverses personnalités. En 2013, il a reçu le Prix Maurice Bouvet pour l'ensemble de son œuvre.

En 2004, il a participé à la création de « La Fabrique des idées », association qui avait pour projet d’organiser des rencontres avec des intellectuels de diverses disciplines, invités à retracer leur parcours. L’esprit de ces rencontres était de rendre sensibles la cohérence ou les paradoxes d’un itinéraire de vie singulier en revenant sur le contexte des années de formation, les options théoriques de travail, les influences et les affinités électives, sur le modèle de la libre association des souvenirs. André Green, Chantal Thomas, Michel de M’Uzan, J.-B. Pontalis, Marie Didier, Bernard Ceysson, Olivier Brachet ont accepté successivement de se prêter à cet exercice qui attirait un grand nombre de participants de toutes origines.

Il intervient également dans le cadre de la Villa Gillet, institution culturelle lyonnaise ouverte à toutes les formes de culture : littérature, sciences humaines, politiques et sociales, histoire, art contemporain, etc., et qui organise une réflexion publique autour des questions de notre temps. Il a présidé pendant cinq ans son conseil d’administration.

Par sa curiosité, par sa culture, par sa connaissance de la littérature et de la peinture, par sa familiarité avec la poésie et la musique et par sa fréquentation assidue de Freud, Jean-Claude Rolland a su réinterroger l’approche des faits psychiques et poursuivre la réflexion freudienne au service d’un renouvellement de la pratique clinique auprès des patients. Sa liberté d’écoute et sa sensibilité aux mouvements du langage restent la source de sa détermination à poursuivre l’approfondissement d’une méthode de compréhension et de traitement de l’activité psychique. En cela, il a véritablement imposé un style singulier qui remet constamment en travail la psychanalyse d’aujourd’hui.

Automne 2014