Après Montbazens, voici Bournazel. Si peu de sociétaires connaissaient le Musée Gladin-Cavaignac, tous étaient déjà venus visiter le château à plusieurs reprises mais la permanence des travaux et l'enrichissement fréquent des collections justifient de nouvelles visites.
Avant les agapes, sur une agréable terrasse ombragée de l'Auberge du Donjon, Marie-Émilie Douat préside la traditionnelle assemblée générale de printemps en rappelant activités et projets. Ensuite le déjeuner se déroule face à l'actuelle entrée du château où les choucas s'interpellent bruyamment, se disputant des ouvertures de la façade.
Nous accédons au château par l’entrée ménagée entre les deux tours médiévales, elles aussi restaurées. Plus aucun échafaudage ne masque désormais les murs. Depuis la cour d’honneur, le château Renaissance se déploie dans toute sa splendeur, tel qu’on pouvait le voir vers 1550-1560, sous l’impulsion de ses commanditaires: Jean du Buisson et son épouse Charlotte de Mancip. On prête à cette dernière, nourrie de poésie et de lettres, un goût subtil qui aurait inspiré le décor raffiné et la statuaire de l’aile nord, tandis que son mari guerroyait au loin. L’aile Est relève d’un autre parti architectural, attribué à un second maître d’œuvre : elle se distingue par sa double galerie et ses ouvertures en plein cintre. Nous nous souvenons de cet ensemble qui, après un incendie, n’était plus qu’une façade sans toiture, percée d'ouvertures béantes. Le travail accompli par les propriétaires depuis 2008 force aujourd’hui l’admiration.
Au-delà de la tour sud reconstruite, un retour d’équerre abrite un escalier donnant accès aux jardins. Un projet plus ambitieux — édifier une aile symétrique de l’aile nord — fut abandonné, peut-être en raison des guerres de Religion.
Dans la première salle de l’aile nord, notre guide rappelle la volonté des propriétaires de restituer le milieu intellectuel et artistique des commanditaires, en remeublant les pièces et en les décorant selon le goût du XVIe siècle : tapisseries, statues, mobilier, œuvres d’art. Se succèdent ainsi, en enfilade, la salle flamande, puis celles du Mousquetaire, du Lion et des Dauphins, riches de cabinets, coffres, tableaux et dressoirs des XVIe et XVIIe siècles. La visite demeure rapide, nous privant de nous attarder sur l’opulence et la richesse de ces décors.
Dans l’aile Est, reconstruite autour de la cheminée d’origine retrouvée dans les décombres, une vaste salle de bal présente des œuvres remarquables — tapisseries, statues, peintures — le plus souvent d’inspiration religieuse.
Au premier étage — étage noble, plus intime —, la chambre des Héros romains, le cabinet de l’Argentier, les chambres de Jacob, de Danaé et de Jean du Buisson sont toutes pourvues de mobilier, de peintures, de pièces d’orfèvrerie et d’œuvres du XVIe siècle, donnant au visiteur l’impression de renouer avec la splendeur de la Renaissance.
La chaleur nous contraint à écourter la visite des jardins. Le jardin clos, visible d’un seul tenant depuis la terrasse, reprend les codes de la Renaissance. Son parcours, de parterre en parterre, scandé par les encadrements de buis, s’apparente à un itinéraire initiatique destiné à former l’éducation du prince. Dans l’angle sud-ouest, nous admirons l’ingéniosité des concepteurs, qui ont su permettre au château de se refléter entièrement à la surface de l’eau.
Ainsi, Martine et Gérald Harlin, marchant dans les pas de Jean du Buisson et de Charlotte de Mancip, ont redonné à ce château, au cœur du Rouergue, son rang de chef-d’œuvre d’élégance. Au-delà de sa renaissance monumentale, il abrite une collection exceptionnelle d’œuvres d’art, digne des plus grands musées. De nombreux prix sont venus consacrer cette réussite.