LE REGARD QUI BAT. . .
C'est l’apport réciproque entre des cinéastes, leurs œuvres et des psychanalystes
Une fois par mois a lieu la projection d’un film suivie d’un débat entre spectateurs, cinéastes, psychanalystes, philosophes, historiens…
Une fois par mois a lieu la projection d’un film suivie d’un débat entre spectateurs, cinéastes, psychanalystes, philosophes, historiens…
Projection au Cinéma Les 3 Luxembourg
67 Rue Monsieur le Prince, 75006 Paris
DIMANCHE 18 OCTOBRE 2026, à 20h
Holding Liat
De Brandon Kramer
Documentaire. 1h 33 min
La projection sera suivie d'une rencontre-débat en présence de Marc WEITZMANN, journaliste et écrivain, lauréat du prix Femina essai 2025 (sous réserve).
Ainsi que :
Jean-Jacques Moscovitz, Simone Wiener, Lysiane Lamantowicz, Laura Koffler, Maria Landau, Françoise Moscovitz, Thomas Moskowitz, Daniel Friedmann, Muriel Prieur, Annie Staricky, Muriel Aptekier, Catherine Erman, Marie Selin, Laurence Croix - David Rofé-Sarfati - Sandra Basch…
SYNOPSIS :
Le 07 octobre 2023, Liat Beinin Atzili, une institutrice, est enlevée avec son mari Aviv dans le Kibboutz de Nir Oz. Passée la sidération, commence alors pour sa famille, une angoissante course contre la montre entre Israël et les Etats-Unis, pour la faire libérer.
AVANT-PROPOS DE MARC WEITZMANN :
7 Octobre: Trois ans après, que reste-t-il de la violence subie par les victimes du Hamas ? Analyse de l'écrivain et essayiste Marc Weitzmann.
« Huit rapports officiels sur les massacres du 7 Octobre ont été publiés à ce jour par sept organismes internationaux – la Cour pénale internationale, Human Right Watch, Amnesty International, le projet Dinah, l'Association of Rape Crisis Centers et l'ONU (qui, à elle seule, en a produit deux: celui de la commission internationale indépendante et celui de la commission de la représentante spéciale de l'ONU Pramila Patten). Publié en mai dernier, le moins cité, parce que le plus récent ou parce que l'on croit tout savoir, est le fruit de deux ans de recherches menées par les équipes de la Commission civile sur les crimes du 7 octobre par le Hamas, un organisme indépendant créé par les avocates israéliennes en droit international Cochav Elkayam-Levy et Merav Israeli-Amarant, avec le concours de l'ancien ministre de la Justice et ancien porte-parole chargé des droits humains du gouvernement canadien Irwin Cotler. La Commission a examiné de façon systématique 10 000 photos et 1 800 heures de documents vidéos, incluant ceux du Hamas, plusieurs centaines de transcriptions de témoignages, et mené plus de 430 entretiens directs avec des survivants, des témoins, des familles, des experts. Bien que toujours incomplet du fait de la réticence des témoins choqués à s'exprimer, il constitue le document le plus détaillé dont on dispose aujourd'hui, celui qui permet d'appréhender et presque d'entendre ce qu'il s'est produit ce jour-là dans le sud d'Israël.
Le saccage des parties sexuelles des victimes, en particulier des femmes, est systématique. Celles qui ne sont pas retrouvées avec des objets ou des balles dans le vagin sont découvertes le bassin brisé, toute la zone génitale brûlée à l'aide de ce que le rapport nomme « un accélérant », voire le corps coupé en deux. C'est là l'un des deux points sur lequel les médecins légistes ne cessent de revenir dans leurs témoignages. Le second, ce sont les balles dans les yeux des femmes. Comme le dit l'une des médecins interrogées : « Il semble que la mutilation du visage de ces femmes ait été un objectif de leurs meurtres. » Tandis que les hommes sont humiliés, violés, parfois castrés, le sexe et les yeux des femmes constituent l'obsession première des « djihadistes ».
Tortures. Il faudrait un article à part pour évoquer les témoignages des otages devant la Commission. Toutes insistent, elles aussi, sur les agressions sexuelles quotidiennes souvent accompagnées de tortures subies durant les mois de leur détention, y compris de la part du personnel soignant. Car dans le monde du 7 Octobre, white is black and black is white – les signes de soins et de torture sont inversés : l'hôpital Al-Shifa, le plus grand complexe hospitalier de Gaza, a été le lieu d'au moins un viol collectif et d'un meurtre particulièrement sordide ; plusieurs infirmiers ont emmené dans leurs familles les blessées, utilisées des mois durant comme esclaves domestiques et sexuelles.
Mais revenons à la journée du 7 Octobre elle-même, alors que les premières images en provenance des téléphones des victimes et des caméras GoPro des tueurs commencent à circuler. Sur les réseaux, le tweet d'un certain compte « Abier » diffuse une photo appelée à devenir célèbre : le visage angoissé d'une jeune femme au premier plan d'un groupe de jeunes qui courent pour fuir le festival de musique Nova. La légende, en anglais, se veut moqueuse : « Les "habitants indigènes" fuient leur "terre ancestrale" ». À Paris, l'image est repostée le jour même avec un commentaire primesautier signé Muzna Shihabi, épouse du journaliste Benjamin Barthe – alors rédacteur en chef des pages Moyen-Orient au journal Le Monde : « Octobre 2.0 ou comment les colons sont connectés à cette terre. Même en mobilisant Dieu, ça ne marche pas. » (Madame Shihabi est par ailleurs chargée de recherche au Carep, un institut situé en France et financé par le Qatar.)
Relais. Ce tweet annonce les manifestations d'enthousiasme qui vont ravager la planète dès le lendemain, de Sidney en Australie aux campus américains, en passant par Paris, Londres, Berlin, Madrid, etc., manifestations analysées par Eva Illouz dans son tract Le 8-Octobre. Généalogie d'une haine vertueuse, et qui constituent peut-être l'élément le plus neuf de l'événement.
Que savaient les manifestants de ce qui venait de se produire – mais aussi, que signifie « savoir » dans ce contexte inédit ? Le 7 Octobre marque un tournant du point de vue de l'histoire de la propagande. On le sait, durant toute cette journée, le Hamas a diffusé en direct les images les moins gore des meurtres sur ses chaînes Telegram officielles, tout en laissant ses « combattants » poster les vidéos les plus sadiques sur des comptes officieux ou privés. Cette stratégie faisait de la terreur pure un récit à deux branches. Elle permettait aux auteurs de la violence extrême de nier ce qu'ils étaient en train de faire dans l'instant même où ils l'exhibaient, à charge pour l'opinion de choisir sa version, c'est-à-dire de se rendre ou non complice des meurtriers.
La question qui se pose est donc la suivante : dans quelle mesure le sadisme de masse déployé ce jour-là aurait-il été possible sans l'opération de communication globale qui a suivi le lendemain, c'est-à-dire sans les partis politiques de gauche et les médias internationaux qui s'en sont fait les relais plus ou moins volontaires, et sur lesquels le Hamas savait pouvoir compter ?
Un livre sorti ce mois-ci outre-Atlantique, The Hidden Hand (Signal, non traduit), de l'avocat canadien Warren Kinsella, qui montre comment cette stratégie avait été préparée par le Hamas, bien avant l'opération via des milliers de comptes ouverts sur les réseaux sociaux et la préparation d'éléments de langage en plusieurs langues – l'Iran et le Qatar figurant parmi les principaux bailleurs de fonds de manifestants rémunérés, d'organisateurs professionnels et de lobbyistes. À Sciences Po Paris, qui allait devenir l'un des épicentres médiatiques de la solidarité pro-Hamas en France, Khaled Abu-Qare, un étudiant de l'université de Birzeit inscrit au début du premier semestre 2023, ouvrit la permanence du mouvement Students for Justice in Palestine trois jours avant les massacres ; le premier communiqué du SJP fut diffusé le 11.
Le 7 Octobre marque un tournant du point de vue de l'histoire de la propagande.
La crise des médias était flagrante depuis l'irruption des réseaux sociaux au milieu des années 2010, mais c'est avec le 7 Octobre qu'elle s'est muée en faillite totale – c'est avec cet événement que les réseaux ont pris le contrôle éditorial des médias au niveau mondial. L'aura technocratique du mot « communication » a cependant quelque chose de rassurant, de suranné, qui gomme la nature du mécanisme médiatique contemporain, où sadisme performatif et langage sont inextricablement mêlés et presque interchangeables. La référence en la matière, ici, serait plutôt le nazisme des premières années tel qu'Adorno l'analyse dans Minima moralia : « Lorsque les national-socialistes commencèrent à torturer, ils ne terrorisèrent pas seulement les populations à l'intérieur du pays, mais ils furent d'autant plus sûrs de n'être pas pris que l'horreur s'emparait plus violemment des esprits. Elle était si invraisemblable qu'elle incitait à ne pas croire ce que, pour l'amour de la paix, on ne voulait pas croire au moment où l'on capitulait déjà. » Tout est là.
Massacres empêchés. Samedi 26 septembre, The Times a révélé comment Mr X, un ancien garde du corps du leader du Hamas – Ismaïl Haniyeh –, dont l'identité reste protégée pour des raisons légales, avait obtenu le statut de réfugié en Angleterre, où il s'est marié et est devenu père de famille. Mr X, aujourd'hui sous mandat d'arrêt, a utilisé son statut pour voyager en Turquie, au Qatar et à Vienne afin de planifier un massacre à l'échelle continentale visant plusieurs sites juifs en Europe. Le bain de sang prévu pour le second anniversaire du 7 Octobre, en octobre dernier, a été empêché par la police allemande. Si le 11 Septembre a ouvert le premier quart de ce siècle, les 7 et 8 Octobre ont initié le deuxième. Quelque chose s'est mis en place ces jours-là qui se poursuit aujourd'hui et prépare notre avenir. »
Marc Weitzmann
BANDE ANNONCE
Membres de l'Association Le Regard Qui Bat
Lysiane Lamantowicz - Jean-Jacques Moscovitz (jjmoscovitz@gmail.com) - Simone Wiener - Laura Koffler - Maria Landau - Françoise Moscovitz - Thomas Moskowitz – Daniel
Friedmann - Claude-Noële Pickmann - Barbara Didier-Hazan - Martine Linares (La Rochelle) - Muriel Prieur – Annie Staricky - Muriel Aptekier -Catherine Erman - Marie Selin - Laurence Croix - David Rofé-Sarfati - Sandra Basch
« Il y a en effet un chemin qui permet le retour de l’imagination à la réalité, et c’est l’art » Sigmund Freud